Avis au peuple sur sa santé ou traité des maladies les plus fréquentes

Part 29

Chapter 293,833 wordsPublic domain

§. 570. Heureusement tous les remedes qu'on débite ne sont ni aussi employés, ni aussi dangereux; mais l'on doit juger toutes ces affiches sur ce principe, je n'en connois point de plus vrai en Physique & en Medecine; c'est que, quiconque annonce un remede universel, est un imposteur, & qu'un tel remede est impossible, & contradictoire. Je n'entrerai point dans des détails de preuves; mais j'en appelle hardiment à tout homme sensé, qui voudra bien réflechir un moment sur les différentes causes des maladies, sur l'opposition de ces causes, & sur l'absurdité de vouloir combattre toutes ces causes avec le même remede.

Quand on sera bien rempli de ce principe, on ne s'en laissera plus imposer par des tissus de sophismes, destinés à prouver que toutes les maladies viennent d'une cause, & que cette cause est de nature à ceder au remede vanté. On comprendra d'abord qu'une telle assertion est le comble de la fourberie ou de l'ignorance; & l'on découvrira bientôt où est le sophisme. Peut-on esperer de guérir une hydropisie, qui vient de ce que les fibres sont trop lâches, & le sang trop dissous, avec les remedes qu'on emploie pour guérir une maladie inflammatoire, dans laquelle les fibres sont trop roides & le sang trop épaissi. Parcourez les annonces publiques, vous trouverez dans toutes des vertus aussi contradictoires; & ceux qui les font seroient sans doute punissables juridiquement.

§. 571. Je souhaite qu'on fasse une réflexion, qui se présente naturellement. Je n'ai traité que d'un petit nombre de maladies, ce sont presque toutes des maladies aigües; je puis assurer qu'aucun Medecin éclairé, n'a jamais employé moins de remedes; cependant j'en indique près de soixante & dix, & je ne saurois lequel retrancher, si j'y étois obligé. Comment peut-on esperer, que l'on guérira avec un seul remede, dix & vingt fois plus de maladies que je n'en indique.

§. 572. J'ajouterai une observation très importante, & qui se seroit sans doute presentée à plusieurs lecteurs; c'est que les différentes causes des maladies, leurs divers caracteres, les différences qui dépendent des changemens nécessaires qui arrivent pendant leur durée, les complications dont elles sont susceptibles, les variétés qui dépendent des épidémies, des saisons, des sexes, de plusieurs autres circonstances, obligent très souvent à faire des changemens dans les remedes; ce qui prouve combien il est dangereux d'en ordonner sans des connoissances plus nettes, que celles qu'ont ordinairement les personnes qui ne sont pas Medecins; & la circonspection doit, dans ces cas, être proportionnée à l'intérêt qu'on prend au malade, & à la charité dont on est animé.

§. 573. Les mêmes considérations, ne font-elles pas sentir la nécessité d'une entiere docilité, de la part du malade & des assistans. L'histoire des maladies, qui ont leurs tems limités pour naître, se développer, rester dans leur force, décroître, ne démontre-t-elle pas, & la nécessité de la continuation des mêmes remedes, aussi long-tems que le caractere de la maladie est le même, & le danger d'en changer fréquemment, par la seule raison, que celui qu'on a ne soulage pas dans le moment. Rien ne nuit plus au malade, que cette instabilité. L'on doit, après avoir examiné les indications que fournit la maladie, choisir le remede le plus propre à en combattre la cause, & en continuer l'usage, tant qu'il ne survient aucune circonstance nouvelle qui oblige à le changer, à moins qu'on ne reconnoisse évidemment qu'on s'est trompé. Mais s'imaginer qu'un remede est inutile, parcequ'il ne détruit pas la maladie au gré de notre impatience, & le rejetter pour en prendre un autre, c'est casser sa montre parceque l'éguille emploie douze heures à faire le tour du cadran.

Les Medecins font quelque attention aux urines des malades; mais c'est une ignorance crasse, que de croire, & le comble de la fourberie, que de persuader, que leur seule inspection suffit pour juger des symptômes, de la cause, & des remedes d'une maladie. Le seul bon sens le démontre, & je n'en détaillerai point les preuves.

QUESTIONS

_Auxquelles il est absolument nécessaire de savoir répondre quand on va consulter un Médecin._

§. 574. Il faut beaucoup d'attention & d'habitude pour bien juger de l'état d'un malade qu'on ne voit pas, lors même qu'on est instruit aussi exactement qu'on peut l'être de loin. Mais cette difficulté est fort augmentée, & même changée en impossibilité, quand l'information n'est pas exacte. Il m'arrive souvent qu'après avoir questionné des paysans, qui viennent du dehors, je n'ose rien leur ordonner, parcequ'ils n'ont pas pû m'instruire assez pour me mettre à même de juger de la maladie. C'est pour prévoir cet inconvénient, que je joins ici une liste des questions auxquelles il faut pouvoir répondre.

_Questions communes._

Quel âge a le malade?

Jouissoit-il d'une bonne santé?

Quel étoit son genre de vie?

Depuis quand est-il malade?

Comment a commencé son mal?

A-t-il de la fiévre?

Son pouls est-il dur ou mou?

Est-ce qu'il a encore des forces, ou est-il foible?

Se tient-il tout le jour au lit, ou se leve-t-il?

Son état est-il le même à toutes les heures du jour?

Est-il inquiet ou tranquille?

A-t-il chaud ou froid?

A-t-il des douleurs de tête, de gorge, de poitrine, d'estomac, de ventre, de reins, de membres?

A-t-il la langue séche, de l'altération, mauvais goût à la bouche, des envies de vomir, du dégoût ou de l'appétit?

Va-t-il du ventre souvent, ou rarement?

Comment sont ses selles?

Urine-t-il beaucoup? Comment sont ses urines?

Est-ce qu'il sue?

Est-ce qu'il crache?

Dort-il?

Respire-t-il aisément?

Quel régime suit-il?

Quels remedes a-t-il employés?

Quel effet ont-ils produit?

Est-ce qu'il n'a jamais eu la même maladie?

Etoit-il sujet à quelque hémorrhagie?

A-t-il eu quelque maladie de peau?

§. 575. Il se trouve dans les maladies des femmes & des enfans, des circonstances particulieres; ainsi quand on consulte pour eux, il faut pouvoir répondre non seulement aux questions ci-dessus communes à tous les malades; mais aussi à celles qui leur sont propres.

_Questions relatives aux femmes._

A-t-elle ses regles, & sont-elles régulieres?

Est-elle enceinte? Depuis quand?

Est-elle en couche?

La couche a-t-elle été heureuse?

La malade perd-elle suffisamment?

Est-ce qu'elle a du lait?

Nourrit-elle elle-même?

N'est-elle point sujette aux pertes blanches?

_Questions relatives aux enfans._

Quel est très exactement son âge?

Combien a-t-il de dents?

Souffre-t-il lorsqu'elles percent?

N'est-il point noué?

Est-ce qu'il a eu la petite vérole?

Rend-il des vers?

Son ventre est-il gros?

Son sommeil est-il tranquille?

Outre ces questions générales pour toutes les maladies, il faut pouvoir répondre à celles qui ont un rapport plus précis avec le mal actuel.

Dans l'esquinancie, par exemple, il faut être instruit exactement de l'état de la gorge. Dans les maux de poitrine, il faut pouvoir rendre raison des douleurs, de la toux, de l'oppression, des crachats. Je n'entrerai pas dans un plus long détail; il ne faut que du bon sens pour saisir tout ce plan; & quoique les questions paroissent nombreuses, il sera toujours très aisé d'écrire les réponses dans aussi peu d'espace que les questions en occupent. Il seroit à souhaiter que les personnes de tout ordre, qui écrivent pour consulter, voulussent bien, dans leurs lettres, observer un plan à peu près semblable; elles se procureroient souvent par là des réponses plus satisfaisantes, & s'épargneroient la peine d'écrire de nouvelles lettres, pour servir d'éclaircissement aux premieres.

Le succès des remedes dépend de l'exacte connoissance de la maladie; & cette connoissance, de l'information qu'on donne au Médecin.

TABLE

DES REMEDES,

_Avec des notes que je prie de lire avant que de se servir du remede auquel elles se rapportent._

Je me suis servi, pour déterminer les doses des remedes, de livres, onces, demi-onces, &c. Je parle par-tout de la livre de seize onces, ou livre marchande, & des onces marchandes.

Le _Grain_ est la pesanteur d'un grain d'orge de moyenne grosseur. Vingt-quatre grains font un _Scrupule_; trois scrupules, ou soixante & douze grains, font un _Gros_ ou une dragme.

Huit Gros font une _Once_.

Seize Onces font une _Livre_.

La _Pinte_ pese deux livres.

La _Chopine_ pese une livre.

Le _Demi-septier_, huit onces.

La _Goutte_ est la plus petite partie qu'on peut verser d'une liqueur.

La _Cuillerée_ est ce que contient une cuiller ordinaire à bouche; on l'évalue à une demi-once.

Le _Verre_ contient deux onces, ou deux onces & demie.

J'ai marqué par tout les doses pour un homme adulte, depuis dix-huit ans jusqu'à soixante. Depuis douze jusqu'à dix-huit, les deux tiers de la dose suffiront assez généralement. Au-dessous de douze jusqu'à sept à huit ans, la moitié. L'on diminue ensuite proportionnellement. L'on ne donne pas plus d'un demi-quart de la dose à un enfant de quelques mois. Mais les tempéramens mettent dans tout ceci beaucoup de différence. Il seroit à souhaiter que chacun observât à cet égard s'il lui faut pour le purger, des doses fortes, ou des doses foibles.

Nº. 1.

Prenez une poignée de fleurs de sureau, mettez-les dans une écuelle de terre; ajoutez-y deux onces de miel & une once & demie de bon vinaigre; versez sur le tout un pot d'eau bouillante; remuez un peu le tout avec une cuiller pour faire fondre le miel; couvrez l'écuelle, & quand la liqueur est froide, passez par un linge.

Nº. 2.

Prenez deux onces d'orge ou d'aveine, faites bouillir avec cinq chopines d'eau, jusqu'à ce que le grain soit bien ouvert; jettez sur la fin de la coction une dragme & demie de nitre. Passez par un linge, après quoi ajoutez une once & demie de miel & une once de vinaigre.

Avant de préparer la ptisane, il faut jetter sur le grain qu'on veut employer de l'eau bouillante; laissez un quart d'heure au feu; jettez cette eau, & faites la ptisane; c'est non-seulement pour laver le grain, mais pour en emporter une partie extractive qui est dans l'écorce, & qui donne un mauvais goût. On n'aura pas cela à faire si on se sert de grain mondé. On peut substituer des gruaux, du ris.

Nº. 3.

Faites la ptisane d'orge comme Nº. 2. Au lieu de nitre, faites bouillir avec l'orge, dès le commencement, un quart d'once de crême de tartre. Coulez & n'ajoutez rien.

Nº. 4.

Prenez trois onces d'amandes, une once de graine de courge ou de melon; pilez-les dans un mortier, en y ajoutant peu à peu une chopine d'eau. Passez par un linge. Repilez le résidu avec une chopine de nouvelle eau, & réitérez de cette façon jusqu'à ce que vous ayez employé une pinte & chopine d'eau, qu'on peut encore faire repasser sur le marc.

Nº. 5.

Prenez deux poignées d'herbe & fleurs de mauve, hachez-les, & broyez les un peu avec les mains; jettez dessus une chopine d'eau bouillante. Passez par un linge, & ajoutez à la colature une once de miel.

Quand on a des mauves, il faut les préférer. Si elles manquent, on peut y suppléer par la mercurielle, la pariétaire, l'althea, le passerose ou rose tremiere, les laitues, les épinars.

Il y a quelques personnes qui n'évacuent aucun lavement, excepté ceux d'eau tiede, sans aucune addition, elles ne doivent point en employer d'autres. Il faut donner les lavemens tiédes, & non pas chauds.

Nº. 6.

Une chopine de la décoction d'orge, dans laquelle on fait bouillir une poignée de fleurs de mauves ou de passeroses, qui est la _grande mauve_.

Nº. 7.

Prenez un pot de la ptisane d'orge, ajoutez-y trois onces de jus exprimé de trois ou quatre des feuilles & tiges des plantes suivantes: buglose, bourrache, laiteron, pissenlit, tussilage, ou pas d'âne, chicorée sauvage, seneçon, artichaud sauvage, scolopendre, cerfeuil.

Pour préparer ces jus, on prend les herbes bien fraîches & jeunes si l'on peut; on les pile dans un mortier de marbre, ou de fer; on exprime le jus par un linge; on le laisse reposer pendant quelques heures dans une écuelle; & quand il est éclairci, on sépare le plus clair en versant doucement, & on laisse la lie.

Nº. 8.

Une once d'oximel scillitique, cinq onces d'une forte infusion de sureau. Si cette potion n'a pas l'effet qu'on desire, on peut substituer la potion Nº. 72.

Les préparations de scille sont cheres; mais il n'y a point de remede aussi efficace dans les cas où on les recommande & d'ailleurs on ne les continue pas long-tems en grande dose. L'oximel se conserve plus d'un an dans un endroit sec & temperé.

Nº. 9.

L'on peut employer différentes applications émollientes, qui ont à-peu-près les mêmes vertus; telles que 1. les flanelles trempées dans une décoction de fleurs de mauves. 2. Des sachets remplis de ces mêmes fleurs de mauve, de celles de bonhomme, de sureau, de pavot rouge, de camomille, & cuits dans de l'eau ou du lait. 3. Des cataplasmes de ces mêmes fleurs cuites dans de l'eau & du lait. 4. Des vessies à moitié remplies d'eau chaude & de lait, ou de la décoction émolliente. 5. Un cataplasme de mie de pain & de lait, ou une bouillie d'orge ou de ris extrêmement cuits. 6. Dans la pleurésie §. 90, l'on frotte quelquefois la partie malade avec l'onguent d'alchea.

On fera bien d'ajouter aux cataplasmes un peu d'huile, ou quelques jaunes d'oeufs, pour les empêcher de se secher promptement.

Nº. 10.

Esprit de soufre ou de vitriol, une once; sirop de violette, six onces.

Ceux pour qui la dépense du sirop de violette seroit trop considérable, peuvent se contenter d'une décoction d'orge un peu épaisse.

Nº. 11.

Deux onces de manne, demi-once de sel de sedlitz, fondus dans quatre onces d'eau chaude, & coulez.

On peut substituer au sel de sedlitz, un autre sel neutre, comme sel d'epsom, de saignette, ou bien deux gros des sels de glauber, vegetal & de duobus. L'on peut aussi, si la manne est trop chere, employer un quart d'once de sené & demi-dragme de nitre. On verse dessus un verre de décoction de mauve bouillante, & on passe. Mais le premier remede vaut mieux. La manne se conserve plus d'un an.

Nº. 12.

De fleurs de sureau, une poignée; d'hysope, une demi-poignée: versez dessus trois chopines d'eau bouillante; délayez dans la colature trois onces de miel.

Nº. 13.

C'est le même remede, sans l'hysope qu'on remplace en mettant plus de sureau.

Nº. 14.

Du meilleur Quinquina une once, partagez-le en huit prises.

Il se conserve long-tems, moyennant qu'il ne soit pas pilé. Rien ne peut en tenir lieu.

Nº. 15.

Des fleurs de millepertuis, de sureau, de melilot, de chacune quelques pincées: mettez-les au fond d'un pot, avec demi-once d'huile de térébenthine, & jettez dessus de l'eau bouillante.

L'huile de térébenthine se conserve plus d'un an.

Nº. 16.

Sirop de pavot rouge.

Se conserve plus d'un an.

Nº. 17.

Du petit lait très clair; dans chaque chopine on délaie une once de miel.

Nº. 18.

Du savon blanc, six dragmes; d'extrait de dent de lion, une dragme & demie; de gomme ammoniac, demi-dragme; ce qu'il faut de sirop de capillaire. Faites des pilules de trois grains.

Une once dure huit jours.

Nº. 19.

L'on peut faire des gargarismes avec une décoction, ou plutôt infusion de pervenche, ou de fleurs de roses rouges, ou de passe-roses. Sur chaque chopine on ajoute deux onces de vinaigre, & autant de miel, & l'on se gargarise chaudement.

Le gargarisme détersif §. 107, est une legere infusion des sommités de sauge, & deux onces de miel, par chopine.

Nº. 20.

Une once de nitre partagée en seize prises.

Nº. 21.

De jalap, de sené, & de crême de tartre, de chacun trente grains, réduits en poudre & bien mêlés.

On peut substituer 40 grains de la poudre cornachine.

Nº. 22.

Faites bouillir pendant un instant une once de pulpe de tamarins; quatre onces d'eau, & une demi-dragme de nitre; ajoutez-y deux onces de manne, & coulez.

Ceux qui ne pourront mettre le prix aux tamarins, peuvent leur substituer la crême de tartre dont la dose soit une once. Les très pauvres gens peuvent employer, au lieu de cette potion, celle avec le senné, dont il est parlé note Nº. 11; mais il faudroit boire ensuite beaucoup de petit lait, ou de ptisane de mauve.

Nº. 23.

Crême de tartre: l'once partagée en huit prises.

Nº. 24.

Kermes minéral, ou poudre des chartreux: la dose est un grain.

Nº. 25.

Trois onces de racine de bardane ou glouteron. Faites bouillir pendant demi-heure, avec demi-dragme de nitre & une pinte d'eau. Coulez.

Nº. 26.

Prenez des herbes indiquées dans le Nº. 9, art. 2, de chacune une demi-poignée, & une demi-once de savon blanc rapé; versez dessus un demi-pot d'eau bouillante, & un verre de vin. Coulez en exprimant fortement.

Nº. 27.

De Mercure crud bien purifié, une once; de térébenthine de Venise, demi-dragme; de graisse de porc très fraîche, deux onces. On réduit le tout en onguent.

Ce remede se doit prendre chez les Apoticaires.

Nº. 28.

Onguent _basilicum_, ou suppuratif.

Nº. 29.

De cinnabre naturel, & de cinnabre factice, de chacun vingt-quatre grains; de musc, seize grains. Le tout réduit en poudre & exactement mêlé.

Voyez ce qui est dit du cinnabre, §. 179. Le Nº. 30 est plus efficace que le musc, & on peut employer, au lieu de l'inutile cinnabre, l'utile mercure argentin.

Nº. 30.

Une dragme de racine de serpentaire de Virginie; dix grains de camphre; autant d'assa-foetida; un grain d'opium; ce qu'il faut de conserve de sureau pour en faire un bol.

Dans le cas où on s'en serviroit au lieu de musc, qui entre dans le Nº. 29, il faudroit retrancher le grain d'opium, excepté une fois ou deux par jour. On donneroit le mercure argentin dans la matinée, entre les bols, deux doses par jour, dont chacune contient quinze grains de mercure.

Nº. 31.

De tamarins, trois onces. Versez dessus une chopine d'eau bouillante; faites cuire une ou deux minutes. Passez par un linge.

Nº. 32.

Sept grains de turbith minéral; ce qu'il faut de mie de pain pour en faire un bol.

Ce remede fait vomir & abondamment baver les chiens. Il a opéré plusieurs guérisons quand la rage étoit déja déclarée. On le donne trois jours consécutifs, ensuite deux fois par semaine, pendant quinze jours.

Nº. 33.

Six grains de tartre émétique.

La force de ce remede varie suivant la façon dont il est préparé. Il y en a qui à trois grains produit autant d'effet que d'autre à six grains; c'est pourquoi il est à propos de l'acheter d'Apoticaires habiles, qui connoissent & instruisent de sa force. Lorsqu'on ne connoît pas l'émétique dont on se sert, on en peut mettre six grains dans une pinte d'eau, & la donner par petits verres; si les premiers verres font vomir violemment, on y ajoutera un tiers d'eau, & lorsque le malade aura vomi quatre à cinq fois, on ne lui en donnera plus. Voyez §. 223, 290.

On s'abstiendra de donner les vomitifs à ceux qui en ayant déja pris, ont fait des efforts sans vomir; à ceux qui sont sujets aux crachement & vomissement de sang, aux pertes, & qui ont la poitrine foible ou attaquée, ou des descentes; aux femmes qui ont leurs regles, sont grosses, ou nouvellement accouchées.

Nº. 34.

Trente-cinq grains d'ypecacuana. On peut aller jusqu'à quarante-cinq & cinquante.

Nº. 35.

Emplâtre vésicatoire ordinaire.

L'on se sert aussi de levain, qu'on pêtrit avec des cantharides & tant soit peu de vinaigre. On met demi-once de cantharides pour une once de levain, ce qui fait un vésicatoire très fort. L'on prépare les sinapismes avec la moutarde & le levain, ou la pulpe de figues séches, & un peu de vinaigre. L'on peut mettre autant de moutarde que de levain. Pour les enfans qui ont la peau délicate, le vieux levain pêtri avec quelques gouttes de vinaigre, fait l'effet du sinapisme.

Nº. 36.

Prenez des sommités de petit chêne ou germandrée, de petite centaurée, d'absinthe & de camomille, de chacune une poignée. Versez dessus un pot d'eau; laissez refroidir. Passez par un linge en exprimant.

Nº. 37.

Quarante grains de rhubarbe, & autant de crême de tartre.

La rhubarbe se conserve deux ans dans un endroit sec & froid.

Nº. 38.

Trois dragmes de crême de tartre, une dragme d'ypecacuana, partagés en six prises.

Nº. 39.

De mixture simple[22] (_mixtura simplex_), un once; d'esprit de vitriol, demi-once. Mêlez; la dose est de deux cuillerées à caffé, dans une tasse de la boisson ordinaire.

[22] A son défaut, de l'eau hériacale, ou de l'eau camphrée.

Nº. 40.

Demi-dragme de racine de serpentaire de virginie; dix grains de camphre; ce qui faut de rob de sureau pour faire un bol.

S'il y avoit diarrhée trop forte, on substitueroit le diascordium au rob de sureau.

Nº. 41.

La Thériaque des pauvres. Elle est connue de tous les Apoticaires, quoiqu'ils ne la tiennent pas tous. La prise est d'un quart d'once.

Elle seroit plus efficace si on la préparoit de la façon suivante. De racine d'aristoloche ronde, de racine d'helenium ou aunée, de mirrhe & de conserve de genievre, de chacune parties égales, en ajoutant ce qu'il faudroit de sirop d'écorce d'oranges, pour qu'elle ne fût pas trop épaisse.

Nº. 42.

Le premier des trois remedes, est celui Nº. 36.

Le second. Prenez de petite centaurée, d'absinthe, de mirrhe, le tout en poudre, de conserve de genievre, de chacun parties égales; de sirop d'absinthe, ce qu'il faut pour faire un opiate épais. La prise est d'un quart d'once. On les prend dans le même ordre que les prises de quinquina.

Le troisieme. Prenez de racine de calamus aromaticus, de celle d'aunée, de chacune deux onces; de petite centaurée, une poignée; de limaille de fer qui ne soit point rouillée, deux onces; de vin vieux blanc, trois chopines.

L'on pile grossierement les racines, on hache l'herbe, on met le tout dans une bouteille à large col, sur des cendres, sur un fourneau, derriere une plaque, afin qu'il soit toujours chaud; on laisse infuser pendant vingt-quatre heures, en remuant cinq ou six fois; on le laisse reposer & on passe. La dose est d'une tasse, de quatre en quatre heures, quatre fois par jour, une heure avant le repas.

Nº. 43.

Un quart d'once de crême de tartre, une poignée de camomille commune, douze onces d'eau. Faites bouillir pendant demi-heure. Coulez.

Nº. 44.

Sel ammoniac. La prise est de deux scrupules, jusqu'à une dragme.

On peut mettre le sel en bol avec un peu de conserve, ou rob de sureau. Mais je réitere que les fiévreux qui ont l'estomac sensible, ne soutiennent point ce remede, non-plus que plusieurs autres sels, qui leur causent un mal-aise étonnant, & même de l'angoisse.

Nº. 45.

Poudre. Prenez des fleurs de camomille & de sureau, de chaque une poignée, pilées grossierement; de fine farine ou d'amidon, trois onces; de céruse & d'émail, de chacun demi once. Mêlez exactement le tout.

L'on peut, ou appliquer immédiatement cette poudre sur le mal, ou la renfermer dans un sachet de linge très fin. La premiere méthode est plus efficace.

Emplâtre. Prenez d'onguent _nutritum_ fait avec de l'huile très fraîche, deux onces; de cire blanche, trois quarts d'once; d'émail, un quart d'once. L'on fait fondre la cire; quand elle est fondue, on y ajoute le _nutritum_, dans lequel on a exactement mêlé l'émail réduit en poudre fine, & l'on remue avec un morceau de fer, jusqu'à ce que le tout soit bien mélangé & refroidi. On en étend ce qu'il faut sur un linge. On peut aussi mêler un quart d'once d'émail, à deux onces de beurre de saturne, ce qui fait un onguent au lieu d'une emplâtre.

Il y en a autant qu'il en faut pour guérir une érésipelle.

Nº. 46.

Une once de sel de sedlitz, deux onces de tamarins. Versez dessus huit onces d'eau bouillante; remuez, pour délayer les tamarins. Coulez, pour boire en deux prises, en mettant demi-heure d'intervalle entre l'une & l'autre.

Nº. 47.

De laudanum liquide de Sydenham, quatre-vingt gouttes; d'eau de mélisse, deux onces & demie. Si la premiere ou la seconde dose arrêtent ou diminuent considérablement les vomissemens, on ne donne pas les autres.

Nº. 48.