Avis au peuple sur sa santé ou traité des maladies les plus fréquentes
Part 25
§. 486. Les topiques font souvent du mal dans les dartres. En général, il faut s'en abstenir jusqu'à ce qu'on ait pris pendant quelque tems des remedes internes; alors on se contentera, dans les dartres rongeantes, vives & douloureuses, d'appliquer une toile trempée dans un jaune d'oeuf délayé avec une eau de safran, ou de morelle, ou de cigüe: les dartres séches peuvent être humectées avec de la salive, ou de l'eau de sel marin, ou de l'eau avec un peu de vinaigre: on les couvrira du sparadrap Nº. 64: si la dartre est maligne ou rebelle, on appliquera le Nº. 51. On peut substituer à ce traitement, celui qui est marqué §. 261 & suiv.
On emploiera les mêmes remedes dans les cas d'ébullitions, échauboulures, boutons, rougeurs au visage.
_Ecrouelles, Humeurs froides._
§. 487. Les écrouelles sont des tumeurs situées sous la peau; elles sont fort long-tems sans douleur, sans chaleur, ordinairement mobiles, lisses & unies; tantôt cedant un peu, & seulement pour un moment, à l'impression des doigts, tantôt très dures. Ces tumeurs sont des glandes grossies & enflées par le séjour de la lymphe, qui est l'humeur qui s'y prépare & s'y conserve. Toutes les glandes sont le siege de cette maladie. Les causes de cette maladie, sont un vice héréditaire de la lymphe qui produit son épaississement, le virus vérolique des peres & meres, la mauvaise nourriture de quelque genre que ce soit, lait, eau, fruits non mûrs, &c. le froid, surtout s'il frappe les glandes du cou; c'est pourquoi ces glandes sont le plus souvent attaquées dans les enfans de la campagne, qui ordinairement n'ont point le cou couvert: les coups & contusions des glandes, qui détruisent leur organisation; la mauvaise conformation de ces glandes. Les tumeurs écrouelleuses sont d'abord petites, paroissent dans peu d'endroits, ne changent point la couleur de la peau; le plus souvent les glandes du col, des aisselles, sont les premieres affectées; mais de quelque côté qu'elles commencent, si on n'y remédie dès qu'elles se manifestent, elles s'étendent à toutes les glandes dont elles sont proches, & ensuite l'humeur écrouelleuse gagne celles qui sont répandues par tout le corps, internes & externes, & toutes les articulations.
§. 488. Cette maladie est ordinairement très longue, difficile à guérir, surtout si elle est héréditaire, ou dans un sujet foible & mal constitué, & dans les adultes; mais il y a beaucoup à esperer, si elle se trouve dans des enfans, depuis peu de tems, dans des sujets bien constitués, qui ont peu de glandes écrouelleuses, & qui n'ont point encore atteint l'âge de puberté, tems où la nature est souvent venue à bout de les dissiper sans aucun secours. C'est pourquoi il importe de faire de bonne-heure tout ce qu'il est possible pour guérir une maladie si opiniâtre, & qui d'ailleurs peut avoir des suites très funestes, si elle subsiste long-tems. Le traitement de cette maladie est très long; le malade comme le Médecin doivent s'armer de patience, & ne s'attendre qu'à des progrès presque insensibles.
§. 489. Si le malade est d'un tempérament sanguin, & dans l'état décrit §. 537, il sera saigné: s'il est dans celui qui est décrit §. 544, il sera purgé avec la potion Nº. 46, ou la poudre Nº. 21; ou même on le fera vomir avec un des remedes Nº. 33 ou 34; puis on le mettra à l'usage de la ptisane laxative Nº. 79, dont il prendra deux verres le matin, à deux heures de distance, & un le soir. On ajoutera dans le Printems & l'Eté, à chaque verre de cette boisson, deux onces des sucs de plantes fondantes Nº. 7; on fera prendre tous les matins à jeun, deux pilules Nº. 80, ou l'extrait de cigüe Nº. 55, & on purgera tous les douze jours avec la poudre Nº. 21.
§. 490. Cette maladie étant fort longue, il faut, au bout de quelque tems changer de médicamens, tant à cause du malade qui prendroit du dégoût, & peut-être de l'aversion, que parceque le corps s'habituant aux remedes, ils ont beaucoup moins d'effet. Ainsi on pourra substituer à la ptisane, deux bouillons par jour faits avec le veau, les racines de patience, chicorée sauvage, oseille, fraisier, pissenlit, polypode. Un moment avant de retirer le pot du feu, on ajoutera une demi-poignée de quatre des plantes suivantes, bourrache, buglose, chicorée sauvage, aigremoine, cresson, poirée, pourpier, laitue, pimprenelle, ortie, cerfeuil; on fera fondre un gros de sel de glauber dans chaque; on préparera de la même façon un apozeme, en retranchant le veau, & l'usage sera le même. On pourra aussi faire boire de tems en tems, pendant une huitaine de jours, la ptisane des bois Nº. 71; ou du petit lait, en y mêlant les jus d'herbes ci-dessus, ou les y faisant infuser, ou en y faisant fondre quelque sel, comme de glauber, de duobus, de sedlitz, terre foliée de tartre. On peut substituer aux pilules celles Nº. 18, en observant, quelque remede qu'on donne, de purger tous les dix à douze jours avec la poudre Nº. 21, ou autre purgatif. Si l'estomac du malade se dérange, on donnera la poudre Nº. 14; s'il vient du dévoiement, on purgera avec le Nº. 50, en s'abstenant pendant quelques jours des autres remedes. Ceux qui se trouveront près de la mer, doivent boire de cette eau environ une chopine par jour; c'est un très bon fondant. L'usage des eaux thermales ou chaudes, savoneuses, sulphureuses, comme celles de Bareges, de Cauterets, de Bourbonne, de Balaruc, de Bourbon, &c. ne peut être trop recommandé à ceux qui en sont proches.
§. 491. On appliquera sur les tumeurs écrouelleuses, les emplâtres de _vigo cum mercurio_, de _ranis cum mercurio_, de savon, de cigüe, diabotanum, diachilum, _cum gummi_; mais s'ils causent de la démangeaison, chaleur ou inflammation, il faut les ôter.
§. 492. On doit favoriser l'action des remedes par le régime; souvent on lui doit la guérison des maladies chroniques ou longues; un air pur, serein, sec; les lieux élevés; l'exercice à pied, à cheval, en voiture un peu rude; le ventre libre naturellement, ou par l'effet des remedes ou des lavemens; une nourriture saine, aisée à digérer, prise avec modération; du pain bien cuit, des viandes rôties, grillées; des fruits cuits; les eaux legeres, douces, du vin vieux & bon; un sommeil modéré; la tranquillité de l'ame, le contentement, la gaieté, la dissipation prêtent des forces à la nature, pour vaincre le mal conjointement avec les remedes.
§. 492. Lorsque l'on a à traiter des écrouelles devenues rouges, douloureuses & enflammées d'elles-mêmes, ou par des topiques trop actifs, on saignera une ou deux fois; on mettra au régime §. 29; on emploiera les topiques émolliens Nº. 9, le Nº. 59, ou l'emplâtre de mucilages, jusqu'à ce qu'on ait calmé & dissipé l'inflammation.
§. 493. Quand, à la suite de l'inflammation qu'on n'a pas pu résoudre, ou sans inflammation sensible & sans qu'on s'en soit apperçu, il s'est fait une suppuration dans la tumeur: dès que l'on en sera certain, on appliquera des cataplasmes, de pulpes d'oseille, d'oignon de lys, de vieux levain, de basilicum, d'escargots, jusqu'à ce que la glande paroisse parfaitement fondue; si elle ne s'ouvre pas d'elle-même à l'extérieur, on l'ouvrira avec la pierre à cauterre ou avec le fer, de peur que le pus ne fasse du ravage intérieurement, en cariant les os, & détruisant les chairs voisines; mais il faut dès-lors avoir recours à un bon chirurgien.
Lorsque la tumeur est ouverte ou suppure, il en sort une matiere purulente, visqueuse, blanchâtre ou jaune, sans mauvaise odeur. On pressera un peu la tumeur dans tous les sens, pour qu'il ne reste point de pus; on injectera une legere infusion de ciguë pour nettoyer la plaie, après quoi il faut appliquer un plumaceau enduit de l'onguent Nº. 68, & recouvrir avec une compresse pliée en plusieurs doubles, trempée dans la liqueur Nº. 69: on change le plumaceau deux fois le jour, & la compresse trois fois.
S'il survient des callosités, des chairs fongueuses; s'il y a des fistules, carie, on doit avoir recours au Chirurgien, qui agira suivant l'état du mal.
_Enflure des Jambes._
§. 494. Les pieds & les jambes ont plus de grosseur qu'ils ne doivent en avoir comparés au reste du corps, ils sont dans l'état décrit §. 441. Il y a engourdissement & difficulté dans le mouvement de ces parties; je ne parle point de l'enflure des jambes, qui précede & accompagne l'anasarque, l'ascite; on ne peut la guérir qu'en dissipant ces maladies. On voit très souvent des jambes enflées à la suite des fiévres intermittentes & continues, de l'asthme, des érésipelles, de la dyssenterie, du dévoiement, de la plûpart des longues maladies aigües ou chroniques, des grandes évacuations, & des longues veilles. Les Femmes grosses, celles dont les regles sont supprimées, ou beaucoup diminuées, ou prêtes à finir, y sont fort sujettes. Dans tous ces cas, l'enflure est ordinairement sans danger; souvent elle se dissipe pendant la nuit, & recommence le matin pour augmenter jusqu'au soir.
§. 495. L'enflure des jambes diminue souvent sans faire aucun remede, à mesure que la convalescence s'affermit, & que les forces reviennent après l'accouchement & l'apparition des regles. Si cela n'arrive pas, il faut faire un peu plus d'exercice, employer les frictions avec la flanelle chaude, les fomentations aromatiques & spiritueuses, des sachets de sel, de cendres, des bandes qui serrent un peu: on prendra des alimens secs, on boira peu, & seulement du vin vieux pur. On donnera matin & soir, une prise du Nº. 20, dans une tasse d'infusion de fleurs de sureau; & si les digestions ne se font pas parfaitement bien, on donnera une prise de Nº. 14. Enfin cela ne suffisant pas, on aura recours à la potion Nº. 8, dont on prendra deux ou trois cuillerées par jour. Il y a des personnes très grasses, de grands mangeurs ou buveurs, des gens âgés, hommes & femmes, qui ont presque toujours les jambes enflées. Le plus souvent il seroit difficile de l'empêcher, & quelquefois dangereux.
§. 496. Il se fait quelquefois des crevasses, des ouvertures, par lesquelles il sort une eau, rousse âcre; cette évacuation peut être utile; mais ces plaies sont souvent long tems sans se fermer: la gangrene même s'y met quelquefois. Le malade doit se tenir couché, ou au moins la jambe doit être soutenue horisontalement, & tenue chaudement: sa nourriture sera celle des convalescens. Il sera purgé de tems en tems avec la poudre Nº. 21. Il prendra une fois le jour une prise du Nº. 14: on mettra sur la jambe un plumaceau couvert de l'onguent Nº. 63.
Les mains & le visage enflent aussi dans les mêmes cas que les jambes, mais beaucoup plus rarement, & se guérissent plus promptement: s'il y a gangrene, on appellera un Chirurgien.
_Engelures._
§. 497. Il vient aux doigts des mains, des pieds, aux oreilles, aux talons, aux levres, au nez, des enfans surtout, & principalement en Hiver, quand ces extrémités sont exposées au froid, & passent subitement du chaud au froid, & du froid au chaud, une enflure ou un gonflement qui dans les commencemens paroit blanc avec peu de chaleur & de douleur; mais si l'on expose le mal au froid, il est bien-tôt accompagné de rougeur, douleur, chaleur, demangeaison, picotement, difficulté de remuer les parties attaquées, ou engourdissement. Souvent ces tumeurs se guérissent sans remedes: mais quelquefois, ou par la nature du mal, ou par la mauvaise méthode qu'on aura suivie, soit en les exposant au feu, soit en y appliquant des topiques irritans; quelquefois, dis-je, la rougeur, la chaleur augmentent, l'enflure s'enflamme, devient livide, il s'amasse une sérosité âcre, qui forme, sous la surpeau, des cloches ou vessies, & qui après avoir rongé la surpeau, paroît au-dehors; ces gersures ou crevasses dégénerent souvent en ulceres, dont il ne sort d'abord qu'une sérosité, & ensuite une espece de pus séreux en assez grande abondance.
§. 498. Ceux qui ont des engelures, ou qui y sont sujets, doivent apporter toute leur attention à se garantir du froid, & surtout à en défendre les parties affectées, ou sujettes à l'être. Il faut éviter de passer subitement du froid au chaud, & du chaud au froid. Lorsque les engelures ne seront encore que des tumeurs blanches, ou peu douloureuses & peu enflammées, on fera mettre la partie malade dans une décoction de plantes aromatiques, comme sauge, romarin, lavande, &c. faite dans le vin rouge; on répétera ce bain une ou deux fois le jour, ou la fomentation aromatique Nº. 67; l'urine, le savon, la lessive de sarment peuvent servir au même usage. On couvrira l'engelure avec les emplâtres de mucilages, de savon, de Nuremberg, ou la toile préparée Nº. 64.
Lorsqu'il survient aux engelures douleur, rougeur, demangeaison considérable & inflammation, on appliquera les topiques Nº. 9, ou ceux Nº. 58, 59, ou le baume tranquille; on ne fera point agir la partie malade; on usera des boissons délayantes & rafraichissantes Nº. 1, 2.
§. 499. Si les engelures se crevent ou se fendent, si elles rendent du pus & dégénerent en ulceres, on emploiera les fomentations ou bains ci-dessus; on lavera l'ulcere avec une infusion de ciguë; on appliquera un plumaceau enduit de l'onguent Nº. 68, ou celui de céruse, & on recouvrira avec la toile Nº. 64. Les eaux minérales chaudes peuvent être employées en bains & fomentations répétées dans tous les états des engelures. Si les accidens des engelures étoient au point qu'ils causassent de la fiévre, il faudroit saigner une ou deux fois, & mettre le malade au régime §. 30.
Lorsqu'il y a des os cariés ou de la gangrene, il faut avoir recours au Chirurgien.
_Epilepsie, Mal-caduc, tomber du Haut-mal._
§. 500. Je ne parlerai de cette maladie, que pour faire connoître ce qu'on appelle accès ou attaque d'épilepsie, & pour dire ce qu'il faut faire alors. Il n'y a point de maladie plus difficile à guérir, & très souvent elle est incurable. Ceux qui en sont atteints, doivent consulter les plus habiles Médecins dès qu'ils s'en apperçoivent, les accès ne fussent-ils que très legers. L'épilepsie attaque plus les hommes que les femmes, & plutôt avant l'âge de puberté qu'après.
§. 501. Les accès se reconnoissent facilement aux signes suivans: Une personne tombe subitement privée de sentiment & de connoissance, avec des convulsions violentes de toutes les parties du corps, ou de quelques-unes seulement. Elle se roule par terre avec des tremblemens des pieds, des bras, de la tête; elle tient les poings fermés, se frappe la poitrine, le ventre, & donne de la tête, des pieds & des mains contre la terre, & tous les corps qu'elle rencontre; la plûpart jettent un grand cri en tombant; la peau du front, celle de la tête, qui est couverte de cheveux, sont agitées; les cheveux se dressent, les sourcils sont dans un mouvement continuel, ils se froncent; les yeux sont fixes & hagards, ils sortent de l'orbite; les paupieres sont dans l'agitation, elles s'ouvrent & ferment alternativement; les globes des yeux roulent, ils se tournent de façon à ne laisser voir que le blanc; tous les muscles de la face étant dans un mouvement perpétuel, expriment les différentes passions; les lévres se resserrent, s'allongent; la bouche s'agrandit; la machoire inférieure s'éloigne de la supérieure, jusqu'à se déboîter; la langue s'enfle, s'allonge hors de la bouche, elle est souvent serrée entre les dents, & coupée, le grincement de dents se fait entendre; tantôt la tête se tourne, s'agite en tous sens, tantôt elle demeure immobile, droite ou penchée en devant, en arriere, sur les côtés. Les parties internes sont également agitées de convulsions; les symptômes suivants en sont des preuves. Il y a dans l'accès, vomissemens, rots, borborigmes, écoulement des urines, des excrémens, de la semence; oppression, soupirs, palpitations de coeur, salivation abondante, ronflement ou siflement, difficulté de respirer; le sang circulant très difficilement, ou étant arrêté dans le poulmon, toutes les veines qui sont apparentes grossissent, & surtout celles du cou, de la langue & du front; le visage rougit, s'enfle, devient livide & même noir; & ce qui rend le spectacle encore plus horrible, on voit sortir par la bouche & les narines, une écume très visqueuse, & sanglante assez souvent, parceque le malade a blessé sa langue avec les dents. La sortie de l'écume termine ordinairement l'accès: dès-lors tous les autres accidens diminuent, la respiration devient libre, quoique toujours bruyante; il survient un profond assoupissement qui est plus ou moins long; & lorsque le malade s'éveille, il est las, foible, triste; il ne se ressouvient point du tout de tout ce qui s'est passé pendant l'accès, mais seulement de ce qu'il faisoit immédiatement avant. Au commencement de l'attaque, le pouls est fréquent & petit; vers le milieu, il est fort, plein, dur; sur la fin, il est très foible, rare & presque insensible; en tout tems il est inégal.
§. 502. Tous les épileptiques n'ont pas dans l'accès tous les symptômes que nous venons de rapporter; il y en a en qui ces symptômes sont de la derniere violence, & d'autres qui les ont bien moins forts. Les accès sont aussi plus ou moins longs, plus ou moins fréquens: on ne sauroit dire combien il y a de variété dans cette maladie. Nous avons donné la description des accès violens, parceque c'est à ceux-là seuls dans lesquels on périt, ou qui produisent de grands dérangemens, & laissent des impressions fâcheuses, ou enfin qui sont si fréquens, qu'on a à craindre l'apoplexie, qu'on est obligé de porter du secours: on n'emploie point de remede dans les autres. Voici les précautions qu'on doit prendre dans tous les accès, & ce qu'on doit faire dans ceux qui sont très violens.
§. 503. On étendra le malade sur le dos, la tête & la poitrine un peu élevés, dans un lieu airé & éclairé. Pour éviter qu'il ne se frappe & ne se blesse, on le tiendra, en laissant cependant un peu de liberté pour les mouvemens convulsifs; les empêcher tout-à-fait, seroit un moyen de les redoubler. On garantira la langue d'être mordue, dans les convulsions de la machoire, en mettant entre les dents un tampon de linge ou de peau, ou un morceau de liege, auxquels on attachera un fil pour le retirer, s'il entroit dans la bouche. On fera des frictions sur le corps & les membres, on donnera, s'il est possible, des lavemens avec le sel marin ou les purgatifs, comme le sené, la gratiole ou herbe à pauvre-homme, le vin émétique, &c. On essaiera les ligatures des extrémités; on fera sentir de mauvaises odeurs, des odeurs fortes & spiritueuses. On fera mettre les pieds dans l'eau. Si le malade a le visage plombé ou noir, si ses membres se tordent, s'il est prêt d'être suffoqué, il faut faire une ou deux saignées du pied. La saignée, dit-on sans preuves, rend la maladie plus opiniâtre; mais dans plusieurs maux inévitables, il faut choisir le moindre, & dans ce cas c'est un moyen d'empêcher la rupture des vaisseaux, l'apoplexie, les inflammations, la gangrene, les fractures des membres, &c. S'il y a des foiblesses, on donnera du vin ou quelque autre cordial, & on fera respirer du vinaigre, ou des eaux spiritueuses & des odeurs fortes.
_Epreintes, ou Tenesme._
§. 504. On donne ces noms aux envies continuelles, ou du moins très fréquentes, d'aller à la selle, qui ne sont point suivies des évacuations, ou dans lesquelles on ne rend que des glaires, ou une mucosité, & quelquefois du sang & même du pus. Les épreintes sont le symptôme de plusieurs maladies, comme la diarrhée, la dyssenterie, la pierre de la vessie, les vers, les hémorrhoïdes, l'abcès au fondement. En guérissant ces maux les épreintes se dissiperont, mais elles sont quelquefois maladie principale. Alors il faudra prendre plusieurs fois le jour le lavement Nº. 6, ou celui de tripes, dans lequel on aura ajouté deux têtes de pavot, faire des fomentations avec le lait, les décoctions des plantes émollientes, les infusions de la cigüe, de fleurs de sureau, la vapeur de l'eau chaude, les linimens avec le cerat, le populeum, le baume tranquille.
On prendra pour boisson du petit lait, des eaux de ris, d'orge, la ptisane Nº. 2, ou le lait d'amandes Nº. 4. On purgera avec le Nº. 31, ou le Nº. 37.
_Eruptions rentrées, Ecoulemens supprimés._
§. 505. On voit tous les jours dans le peuple des exemples du danger qui accompagne la rentrée des éruptions & la suppression des écoulemens qui duroient depuis quelque tems; il n'est presque point de maladie que ces accidens ne produisent; elles deviennent très difficiles à guérir, parcequ'on ne demande le plus souvent du secours que lorsqu'elles sont invétérées, qu'on fait trop peu d'attention à ces deux genres de causes, & qu'on les attribue à des choses beaucoup plus récentes; c'est pourquoi dans presque toutes les maladies, il faut demander si le malade n'étoit point sujet à quelque écoulement, n'a point eu quelque maladie de peau.
§. 506. Lorsque quelque éruption, comme croûtes de lait, galles, rougeole, petite vérole, dartres, érésypelles, boutons, abcès, suintemens aux oreilles, au nez; sueurs abondantes aux aisselles, aux pieds, à la tête; en un mot, toute éruption ou écoulement habituel, lors, dis je, que ces éruptions rentrent avant que toute l'humeur que la nature préparoit à chasser par-là soit sortie, & que ces écoulemens s'arrêtent, soit que la nature n'ait plus assez de force pour continuer l'éruption & l'écoulement, ou que par un mauvais régime, ou des remedes faits mal-à-propos, on la repousse, on l'arrête; ce qui sortoit par ces moyens, se jette sur quelque partie interne du corps, & elle y produit souvent des desordres irréparables, avant qu'on s'en soit apperçu. De-là les phtisies ou suppurations au poulmon si fréquentes, les convulsions dans les enfans & les adultes, l'épilepsie, l'asthme, la difficulté de respirer, les coliques, les douleurs vagues, les dépôts dans toutes les parties du corps.
§. 507. Il faut avertir tous ceux qui ont quelque éruption ou écoulement; de le favoriser, de ne rien faire qui puisse l'arrêter; & si après que cela sera arrivé naturellement, §. 418, ils se sentent quelque mal, de demander du secours; alors il faudra se tenir chaudement pour favoriser le retour de l'éruption, l'écoulement ou la transpiration; boire abondamment du thé de sureau avec le nitre; prendre deux prises par jour de la thériaque des pauvres, suivre les traitemens marqués aux articles érésypelles & dartres; se purger souvent, user d'alimens farineux, faire des frictions, employer les bains de pieds, faire sa boisson ordinaire de la ptisane Nº. 71 seule, ou coupée avec du lait; de celles Nº. 25, 74, 79; se mettre au lait de vache ou de chevre. Si le danger est prochain, on appliquera des sinapismes, ou une emplâtre vésicatoire, le plus près du mal qu'on pourra, à la nuque, entre les épaules, aux bras, aux jambes, aux pieds, ou à la partie qui étoit le siege du mal, si cela est possible. Dans le cas de galle rentrée, le plus sûr est de la redonner. Lorsque tous les remedes seront insuffisans, on emploiera les sinapismes & vésicatoires comme ci-dessus.
_Etouffement, Suffocation._