Avis au peuple sur sa santé ou traité des maladies les plus fréquentes

Part 24

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§. 460. Le régime doit être celui des maladies aigües, ou celui de la maladie à laquelle les aphtes se seront jointes, modifié suivant les accidens; le meilleur aliment est une décoction de pain, avec du miel & du vin.

Si le passage des alimens est tellement embarrassé & bouché par les aphtes, que ni les solides, ni les fluides ne puissent passer, on emploiera le lait coupé avec l'eau, en bains, fomentations, lavemens.

Nous n'avons point parlé de saigner ni de purger pendant la maladie, parceque ces secours seroient dangereux alors; mais il est très avantageux qu'ils aient été mis en usage au commencement de la maladie; cela fait souvent la différence des aphtes benignes ou malignes.

_Ascite, Hydropisie du bas ventre._

§. 461. Lorsqu'il y a dans le bas ventre de l'eau amassée en assez grande quantité pour former une enflure ou grosseur considérable, on nomme cette maladie _Ascite_, ou _hydropisie du bas ventre_. L'enflure commence par la partie inférieure du ventre, d'où en augmentant elle gagne les parties supérieures & inférieures. Quand le malade est debout ou assis, la partie du ventre qui est au-dessous du nombril, forme tumeur. Si étant couché il se tourne ou se panche seulement à droite ou à gauche, la tumeur se porte & se fait voir de ce côté, & le malade sent le mouvement des eaux agitées & leur déplacement: lorsqu'il est couché sur le dos & étendu, si on appuie une main sur un des côtés du ventre, & que l'on frappe sur l'autre côté, avec le plat de l'autre main, le coup se fait sentir à la premiere, & on sent distinctement la fluctuation: la peau du ventre est pâle, luisante, molle, & elle conserve quelque tems l'impression des doigts qu'on y a appuyés; le pouls est petit, fréquent & un peu dur, les urines sont en petite quantité d'un rouge brun, & très chargées, la soif est continuelle & pressante, tout le corps maigrit, s'exténue presque dans la même proportion que le ventre grossit, la respiration devient difficile quand on est couché; & avec les progrès de la maladie, il survient nombre d'accidens qui rendent le mal plus opiniâtre, comme foiblesse, toux, fiévre lente, & les autres rapportés §. 442.

Quant aux causes de cette maladie, on en trouvera plusieurs §. 443, elles sont les mêmes dans presque toutes les hydropisies; on y ajoutera l'anasarque, comme cause de l'ascite.

§. 462. «Quand le mal est récent, on le guérit assez souvent par le seul usage du remede Nº. 75, donné comme il est dit §. 447». Si dans quelques jours le flux des urines ne survient point, & que l'enflure du ventre ne diminue point, on prendra chaque jour la ptisane Nº. 74, & tous les matins à jeun, & le soir en se couchant une prise du Nº. 23; au bout de six jours on purgera avec le Nº. 76, & si le malade est foible, avec le Nº. 21; on répétera la purgation six jours après.

Le régime doit être celui qui est prescrit dans l'hydropisie générale ou anasarque §. 446. Dans le cas où l'un des traitemens réussira, & où les eaux s'évacueront, on fera prendre pour redonner du ressort aux fibres relâchées, le vin Nº. 77, d'abord une fois le jour, puis deux, & même trois.

§. 463. Lorsque ces tentatives seront sans succès, que les urines ne seront pas plus abondantes, & que le ventre ne désenflera pas par les évacuations que procurent le Nº. 75 & les purgatifs, il faut se hâter de faire la ponction qui réussit dans les ascites peu anciennes; mais elle est dangereuse dans celles qui sont invétérées; cependant dans ces cas même elle soulage le malade en lui rendant la facilité de respirer: souvent cette opération que l'on employoit comme un palliatif, a disposé à la guérison parfaite, & a laissé aux remedes la liberté d'agir; c'est alors surtout que le vin Nº. 77, est utile; ainsi que tout ce qui a été prescrit dans le régime §. 446.

§. 464. Je ne parle point de la paracenthese ou ponction du ventre, parcequ'on doit s'adresser à un Chirurgien qui sache la faire. «Il est très convenable de tirer autant qu'il est possible, en une seule fois & tout de suite, toute la lymphe ou l'eau: on peut le faire avec sureté, en serrant le ventre du malade par des bandes, & cela petit à petit & de plus en plus, à mesure que l'eau sort; on évitera par-là les foiblesses & les autres accidens»: si le ventre enfle de nouveau, il faut dans ce cas répéter la ponction: il y a des exemples de personnes guéries après plusieurs ponctions; au moins cette opération prolongera la vie, la rendra supportable, & peut-être même mettra-t-elle le malade en état de vaquer à ses affaires pendant un assez long-tems. Après l'opération, on ne manquera point de donner le vin Nº. 77, comme il a été dit §. 447.

_Asthme, courte-haleine, accès d'Asthme._

§. 465. L'accès de l'Asthme est une difficulté de respirer, périodique, irréguliere, & quelquefois réguliere, accompagnée d'anxiétés, de sifflement ou rallement, de pesanteur ou resserrement de la poitrine, & de violens mouvemens du diaphragme & des muscles de la poitrine, du bas ventre, & des omoplates. Il semble que le malade est près d'être suffoqué, les urines deviennent claires & abondantes; le pouls est fréquent & inégal; il y a soif, insomnie; il survient de la chaleur, de la fiévre, & des palpitations de coeur; cet état dure plusieurs heures, & quelquefois plusieurs jours. Mais ceux qui y sont sujets ne se trouvent pas toujours dans cet état violent, ils n'y résisteroient point. Les poulmons sont le siege de ce mal.

§. 466. On distingue plusieurs dégrés et especes d'Asthmes, qui ont des causes, des signes & des effets particuliers; mais nous n'entrerons dans ce détail, qu'autant qu'il sera nécessaire pour instruire de ce qu'il faut faire dans les momens où ceux qui ont l'Asthme ont besoin d'un prompt secours; je veux dire dans l'accès: cette maladie étant longue & ayant des intervalles où l'on peut consulter, il faut le faire. Je rapporterai cependant ce qui arrive hors de l'accès, à ceux qui ont cette maladie, afin qu'on reconnoisse plus aisément l'accès de l'Asthme, étant prévenu que ceux qui sont sujets aux accidens suivans, le sont aussi aux accès d'Asthme ou à la courte-haleine.

§. 467. Chez les asthmatiques la respiration est grande, laborieuse & fréquente, surtout lorsque leur sang est agité par quelque cause, comme l'exercice un peu fort, les passions, les excès dans le boire & le manger: cette difficulté de respirer augmente encore lorsqu'ils montent, qu'ils sont couchés horisontalement, pendant la nuit, dans les tems humides & froids, & dans des chambres très chaudes ou très petites. La situation où ils respirent plus aisément, est celle où le corps est un peu penché en devant. L'Asthme est souvent accompagné de toux, de ronflement, d'un bruit semblable à celui d'un fluide agité, de douleurs à l'intérieur & à l'extérieur de la poitrine.

§. 468. Dans l'accès ou attaque d'Asthme, on mettra le malade dans une situation où la moitié supérieure du corps se trouve droite, dans un lieu où l'air du dehors ait un accès libre, & surtout l'air froid, où il n'y ait point de feu, d'animaux, ou beaucoup de personnes qui l'échauffent, il ne fera aucun mouvement qui puisse accélérer la circulation du sang, on évitera d'exciter les passions qui agitent le sang, & font impression sur les nerfs. Plus la difficulté de respirer est grande, plus il faut se hâter de saigner, & on répétera la saignée suivant les forces du malade, celle des accidens, & l'opiniâtreté du mal. On ne doit point être arrêté par la petitesse & la foiblesse apparentes du pouls, la saignée faite, il sera plus fort: au reste, si on a quelque crainte à ce sujet, on fera les saignées petites: ce remede guérira seul l'accès de l'asthme, s'il vient de plénitude, comme cela arrive souvent, voyez les signes de cet état[17]; on donnera des lavemens, qui ne seront que moitié des lavemens ordinaires, & le malade les recevra debout: si les lavemens simples, comme Nº. 6, n'ont aucun effet, on se servira des purgatifs.

[17] Voyez ces signes, art. de la saignée, §. 536.

§. 469. Lorsque le malade est d'un tempérament pituiteux, humide & crache beaucoup, que pendant l'accès on entende un rallement, un bruit comme d'un fluide agité dans la poitrine, qu'il crache beaucoup, qu'il sent une douleur sourde, une pesanteur à la poitrine, on donnera pour boisson la ptisane Nº. 7, ou le Nº. 12, & d'heure en heure une cuillerée de la potion Nº. 72. S'il y a pesanteur d'estomac, & que l'accès ait été précédé d'excès de table, ou qu'il y ait eu des signes de bile ou d'humeurs abondantes[18], on fera bien de donner un vomitif Nº. 34, avec les précautions recommandées §. sur les vomitifs, ou du moins la potion Nº. 11.

[18] Voyez ces signes, art. des purgations, §. 544.

§. 470. Lorsqu'avant & pendant l'accès, le malade a une toux fréquente & séche; que dans l'accès le visage devient rouge, que les veines se gonflent, que le malade sent un serrement à la poitrine ou à la gorge, on donnera pour boisson la ptisane Nº. 12, dans l'intervalle des saignées qui seront répétées comme il a été dit, suivant l'opiniâtreté du mal, ainsi que les lavemens simples & purgatifs, le malade prendra dans les accès de toux, ou plus souvent, s'ils sont rares, la potion Nº. 10, ou le petit lait Nº. 17, par cuillerées. On lui fera respirer la vapeur de l'eau chaude, & mettre les pieds dans l'eau chaude; les frictions legeres sur les extrémités, l'application de vessies remplies de lait sur la poitrine, sont aussi fort utiles.

Lorsque l'accès est très long & opiniâtre, & qu'il y a lieu de croire qu'il est l'effet d'une goutte remontée, de maladies de peau, ou éruptions rentrées, d'ulceres trop tôt fermés, on fera usage de sinapismes, de vésicatoires, qui dans ces cas feront bientôt disparoître le mal.

§. 471. Pendant le tems de l'accès d'Asthme, on doit tenir le malade au régime, c'est-à-dire ne lui donner aucune nourriture solide, on ne lui accordera même celles Nº. 35, que dans le cas où l'accès sera long, & qu'il ne sera pas de la plus grande violence; les viandes augmentent & prolongent beaucoup l'accès. On évitera de donner les boissons chaudes, & on les rendra un peu acides, comme celles Nº. 1, 2.

§. 472. Pour prévenir les accès, ou les éloigner jusqu'à ce qu'on puisse consulter un Médecin, on évitera de faire aucun excès dans le boire, le manger, l'exercice, &c. On se garantira du froid avec le plus grand soin, & surtout de celui qui est joint à l'humidité. On fera un exercice modéré. On prendra dans l'Asthme où l'on crache beaucoup, la poudre Nº. 14, une demi-prise à chaque repas, & tous les matins à jeun trois pillules Nº. 73, avec deux verres de 12, immédiatement après: il faut aussi se purger de tems en tems avec le Nº. 21. Si c'est un Asthme où on ne crache pas, on usera tous les jours des boissons délayantes, & on se fera saigner lorsque les premiers symptômes de plénitude[19], l'augmentation dans la difficulté de respirer, ou le serrement de poitrine se feront sentir: dans les deux especes les eaux minérales chaudes prises dans leurs saisons, la saignée faite en Printems & dans les grandes chaleurs; & les purgations en Automne & en hyver; sont des secours très utiles pour prévenir ou retarder les accès.

[19] Voyez ces signes, article de la saignée.

Lorsqu'un Goutteux dont la goutte est vague, ou ne se fait pas sentir au lieu & au tems ordinaires, est attaqué de difficulté de respirer, voyez ce qui est dit article de la goutte remontée.

_Carreau._

§. 473. On trouve souvent dans la campagne parmi le peuple, des enfans qui ont le ventre plus gros qu'ils ne doivent l'avoir, il est dur, & la peau est tendue; ils sont pâles, tristes, paresseux, sans appétit; ils sentent des douleurs vers le nombril, dorment peu; & ils ont beaucoup d'ardeur, de la soif, & souvent de la fievre le soir. Dans le commencement, ils vont difficilement à la selle; mais au bout de quelque tems il survient un dévoiement; ils dépérissent à vue d'oeil, tombent en chartre, maigrissent très vîte, le ventre seul est fort gros. Le carreau vient d'obstructions & d'embarras dans une ou plusieurs des parties contenues dans le bas du ventre, & ce qui souvent y a donné lieu, sont des alimens indigestes, visqueux, les fruits cruds non mûrs, le laitage dans quelques constitutions auxquelles il est contraire, les vers, la malpropreté, la transpiration long-tems retenue, une disposition écrouelleuse, des éruptions rentrées, ou qui n'ont pas sorti entierement.

§. 474. Pour guérir cette maladie, il faut interdire les mauvaises nourritures & leur en substituer de bonnes, aisées à digérer, point visqueuses, ni qui s'aigrissent aisément: les panades, les fruits cuits, les oeufs, un peu de viandes blanches & legeres, les plantes ou légumes fondantes & apéritives, laitue, chicorée, épinars, cardes, &c. on mettra le malade dans un lieu où l'air soit sec & sain, on lui fera faire le plus d'exercice qu'on pourra, à pied ou en voiture, il boira un peu de bon vin vieux avec de l'eau de chiendent, ou une eau de rhubarbe legere. On lui fera des frictions sur tout le corps avec la flanelle, on appliquera sur le ventre les topiques Nº. 9.

§. 475. On lui fera prendre tous les jours des sucs exprimés des plantes apéritives Nº. 7, dans du petit lait, ou au moins des décoctions de ces mêmes plantes. Ce remede manque rarement d'avoir son effet, surtout si on le prend dans le Printems; les vertus fondantes & apéritives sont alors à un plus haut degré dans les plantes, que dans les autres saisons: lorsqu'on manque de ces plantes fraîches, on doit faire des décoctions de racines de chiendent, d'asperges, d'oseille, de patience, de chelidoine, que l'enfant prendra de trois en trois heures par verrées; on mettra dans le premier verre du matin pris à jeun, un gros de sel de glauber, ou de sel de duobus, ou une prise du Nº. 23. L'extrait de cigüe Nº. 55, est un remede excellent, & qu'il sera aisé de faire prendre aux enfans. On purgera tous les dix à douze jours avec la poudre Nº. 37, ou le syrop de chicorée composé. Lorsque le ventre sera désenflé & mollet, on fera prendre quelque tems une eau minérale legere, naturelle, comme celles de Passy, de Forges, ou artificielle comme Nº. 83.

_Catharre suffocant._

§. 476. Dans cette maladie, une des plus vives qu'il y ait, qui attaque subitement surtout les vieillards, les enfans, & ceux qui ont un tempérament humide & pituiteux, & qui est quelquefois épidémique, la respiration se fait si difficilement, & l'oppression est si grande, que le danger de la suffocation est des plus pressans, & que le malade meurt quelquefois dans le moment de l'attaque, ou peu d'heures après.

Je ne parle point de la suffocation causée par l'ouverture d'un abcès dans la poitrine (voyez §. 64), ni de celui qui est une suite de la paralysie des organes de la respiration; mais seulement de catharres qui viennent d'une abondance de sérosités plus ou moins acres, qui remplissent la poitrine, ou se jettant sur les nerfs, les mettent en convulsion; ou de l'humeur de la petite vérole, de la rougeole, ou d'une autre éruption qui n'est pas sortie, ni n'a pas été évacuée entiérement, & qui se porte sur les organes de la respiration; ou d'une grande quantité de sang qui remplit plus qu'il ne faut les vaisseaux de la poitrine, ou s'y coagule, toutes choses qui interceptent la respiration.

§. 477. Dans le catharre suffoquant, outre la difficulté de respirer, il y a douleur de poitrine, sentiment de pesanteur, voix entrecoupée, sueur surtout au visage, gonflement des vaisseaux de la tête, anxiétés ou angoisses; agitation continuelle, effort pour tousser, ronflement, sifflement ou rallement, les battemens du pouls sont foibles, éloignés, quelquefois fréquens, & souvent inégaux. Le malade est sans force, il sue, une pituite visqueuse ou une écume lui sort de la bouche; il faut, sans perdre un moment, le saigner une, deux & trois fois, jusqu'à ce que la respiration devienne plus facile, dans les intervalles des saignées, on lui donnera des lavemens d'abord simples, puis purgatifs, il mettra ses pieds dans l'eau chaude, on lui fera des frictions sur les extrémités inférieures avec la flanelle.

§. 478. Lorsque ces secours ne suffisent pas, si le malade est pituiteux, sujet aux catharres, aux fluxions, ou qu'il ait eu quelque maladie de peau maltraitée, ou une éruption rentrée ou qui n'a pas sorti suffisamment, on lui fera prendre un vomitif Nº. 34, ou un purgatif Nº. 21, & on appliquera une emplâtre vésicatoire Nº. 35, au bras ou à la nuque. Si c'est un enfant, aussi tôt après la premiere saignée, on appliquera l'emplâtre vésicatoire; on donnera toutes les demi-heures une cuillerée de la potion Nº. 8, & dans les intervalles, la ptisane Nº. 2. Lorsque la violence des accidens diminue; mais que les crachats sortent rarement en petite quantité & visqueux, & que l'on entend un rallement dans la poitrine, on donnera de trois en trois heures une cuillerée du Nº. 8, auquel on ajoutera hypecacuana, iris de Florence & Kermes minéral, de chaque trois grains. Quand le catharre traine en longueur, on doit suivre le régime §. 35 & suiv. en ajoutant seulement un peu de vin ou d'élixir de propriété, comme cordiaux nécessaires pour ranimer les forces.

_Colique néphrétique._

§. 479. La douleur est aigüe & fixe dans les reins & leurs environs; elle se fait sentir continuellement, ou par intervalles dans tout le trajet oblique que font les vaisseaux destinés à conduire l'urine depuis les reins jusqu'à sa sortie. Chez les hommes, les testicules se retirent, & il y a douleur: chez les femmes, la douleur est dans l'aine.

Au commencement, les urines sont en petite quantité, claires, puis elles sont sanglantes & chargées de gravier. Il y a nausée, vomissemens, douleur d'estomac, défaillances, sueurs, constipation, envie d'uriner: on sent de l'engourdissement à la jambe du côté où est la douleur; la fiévre survient, elle est irréguliere & le pouls inégal.

§. 480. Les moyens de calmer cette colique, sont les saignées répétées deux, trois fois en douze heures, & plus si le mal est toujours le même: les lavemens fréquens Nº. 6, la ptisane Nº. 1, ou le petit lait Nº. 17; la poudre Nº. 20; du savon en pilules, ou fondu dans la ptisane, jusqu'à trois gros par jour; les fomentations sur les reins Nº. 9, les demi-bains, les bains où le malade restera long-tems. On aura soin de ne pas le laisser coucher sur la plume, & dans un lit où ses reins soient trop échauffés: on donnera deux & trois onces de syrop diacode par demi-cuillerées dans le jour, si les douleurs sont excessives & avec convulsions. Cette colique étant sujette à retour, on consultera un Médecin pour la prévenir.

§. 481. On suivra le même traitement dans l'inflammation des reins, qui a tous les symptômes de la colique, mais beaucoup plus de chaleur aux reins & aux lombes, de fiévre, des douleurs plus aigües, des urines aqueuses ou très rouges, en petite quantité, & sans sédiment. Dans le cas où les saignées n'auront pas été faites assez tôt, & où le mal sera insurmontable par sa nature; il se formera un abcès (voyez §. 283); alors il faut avoir recours au Médecin & au Chirurgien.

_Coqueluche._

§. 482. La coqueluche est cette toux redoublée, pressée, opiniâtre, qui se renouvelle à des intervalles plus ou moins éloignés. On appelle ces accès des quintes: la toux est tantôt forte & rauque, tantôt aigre & glapissante, presque continue pendant la quinte, avec des sifflemens ou heurlemens; la respiration se fait très difficilement, sur tout le mouvement qu'on appelle inspiration, par lequel l'air entre dans la poitrine; alors le malade est prêt d'être suffoqué. Il ne sort presque rien pendant la plus grande partie du tems que dure la toux, ou tout au plus un peu de pituite claire; mais vers la fin de la quinte le malade rejette une matiere visqueuse, glaireuse, si gluante qu'il faut la lui tirer de la bouche avec les doigts; il y a des mouvemens convulsifs, violens dans tout le corps; le malade vomit, surtout s'il n'y a pas long-tems qu'il a mangé, & les repas sont ordinairement suivis de quintes violentes. Le sang s'accumule dans les vaisseaux de la tête, les gonfle, rend tout le visage rouge, violet, & même noir. Il y a irritation, douleur au creux de l'estomac avant la toux & après. Le plus souvent la coqueluche est sans fievre, surtout dans les commencemens. Cette maladie attaque principalement les enfans, quelquefois les adultes; souvent elle est épidémique parmi les premiers, & quelquefois parmi les seconds. Elle est causée par les dérangemens de la digestion, joints à la transpiration supprimée.

§. 483. Lorsque le malade est un enfant qui tette, on examinera le lait de la nourrice; s'il n'est pas bon, on lui en donnera une autre, ou on le nourrira de panade, d'eau de ris, d'eau d'orge, de gruaux, de bouillons. Il ne mangera point de bouillie. On mettra tout autre malade au régime des convalescens, & on le garantira surtout du froid & de l'humidité. L'exercice est très bon, mais il doit être modéré, pour ne point exciter des quintes. Lorsque les symptômes, comme la toux, la difficulté de respirer, la couleur du visage, le tempérament sec & sanguin du malade, font craindre pour sa vie, & qu'il ne se rompe des vaisseaux dans la poitrine par les efforts de la toux, on fera bien de le saigner; ce qui ne seroit pas nécessaire, si les accidens étoient moins grands ou moins pressans. On donnera pour boisson la ptisane Nº. 12; on tiendra le ventre libre, avec des lavemens donnés tous les jours Nº. 6; on fera vomir avec les poudres Nº. 33 ou 34; puis on purgera avec le Nº. 22, ou le syrop de chicorée composé. Après ces évacuations, si la coqueluche n'est pas totalement passée, on donnera de trois en trois heures, une cuillerée de la potion Nº. 8, auquel on ajoutera kermes minéral, Nº. 24, six grains, & autant de poudre d'iris de Florence. S'il y a insomnie, on mettra dans la ptisane une ou deux têtes de pavot, ou deux pincées de feuilles de coquelicot. C'est un usage pernicieux, que celui de l'huile dans la coqueluche, voyez §. 357. Pour rétablir les digestions; on donnera la poudre Nº. 14: & si la maladie étant totalement guérie, il reste une petite toux ou de la foiblesse, le lait de vache coupé avec une décoction d'orge ou de ris, les dissipera.

_Dartres._

§. 484. On donne ce nom à des pustules ou boutons de différentes grosseurs, & quelquefois presque imperceptibles, séparés ou réunis en tas, avec douleur & demangeaison. Ces boutons s'étendent de proche en proche, & y portent la douleur & la démangeaison, qui cessent quelquefois où elles avoient commencé. Quand on les gratte, il en sort une eau visqueuse et âcre, qui, en séchant, forme une croûte. Toutes les parties du corps, mais surtout le visage, les cuisses, les parties de la génération sont sujettes à ce mal, qui le plus souvent forme des plaques assez grandes, de différentes figures.

§. 485. On saignera le malade du bras; il fera usage de ptisane de racine de chicorée amere, ou de celle Nº. 25; & si le mal est opiniâtre, de la ptisane Nº. 74, à laquelle on ajoutera, dans leurs saisons, les jus d'herbes Nº. 7, & du petit lait rendu laxatif avec le sel de duobus, ou la crême de tartre Nº. 23, alternativement pendant une douzaine de jours. Ce mal n'empêchant point de vaquer à ses affaires, il est inutile de prescrire au peuple d'autres remedes qui ne seroient pas faits. On purgera avec le Nº. 21, tous les huit jours. Il faut se garantir du froid, de l'humidité, ne point manger d'alimens salés & âcres, boire peu de vin, se nourrir de lait, d'alimens farineux, de légumes, de fruits.