Avis au peuple sur sa santé ou traité des maladies les plus fréquentes
Part 23
§. 431. Le clou se termine ordinairement par la suppuration; mais c'est une suppuration d'une espece singuliere. Il s'ouvre d'abord dans son sommet, & il en sort quelques gouttes d'un pus tel que celui de tous les abcès, & alors on découvre ce qu'on appelle le _germe_ ou le _bourbillon_; c'est une matiere purulente, mais si épaisse & si ferme, qu'elle a l'apparence d'un corps solide, & on la tire en entier, sous la forme d'un petit cilindre, comme de la moelle de sureau, de la longueur de quelques lignes, quelquefois même d'un pouce & au-delà. La sortie de ce _bourbillon_ est suivie ordinairement de celle d'une certaine quantité de pus liquide, épanché au fond de la tumeur. Dès que cette évacuation est faite, les douleurs cessent entierement, & la grosseur disparoît au bout de peu de jours, en continuant le _diachilon_ simple, ou l'onguent Nº. 65.
_Des Panaris._
§. 432. Le danger des panaris est beaucoup plus grand qu'on ne le croit ordinairement. C'est une inflammation à l'extrêmité d'un doigt, qui est souvent l'effet d'un peu d'humeur extravasée dans cette partie, soit par une meurtrissure, soit par une piquure; d'autres fois, il paroît qu'il n'a aucune cause extérieure, & qu'il est l'effet d'un vice intérieur.
L'on en distingue plusieurs especes, suivant l'endroit dans lequel l'inflammation commence; mais la nature du mal est toujours la même, & demande des remedes de même espece; ainsi les personnes qui ne sont ni Médecins, ni Chirurgiens peuvent se passer de la connoissance de ces divisions, qui, quoiqu'elles varient le danger, & l'opération du Chirurgien, n'influent point sur le traitement, dont l'activité doit être reglée par la violence des symptomes.
§. 433. Le mal commence par une douleur sourde avec un leger battement; sans enflure, sans rougeur, sans chaleur, mais bientôt la douleur, la chaleur, le battement deviennent insupportables. La partie devient extrêmement grosse & rouge; les doigts voisins, toute la main enflent. On observe, dans quelques cas, une fusée enflée & rouge, qui commençant à la partie malade, se continue presque jusques au coude, & il n'est pas rare, que les malades se plaignent d'une douleur très vive sous l'épaule. Ils ne dorment point, & la fiévre avec ses accidens, ne tardent pas à paroître. Si le mal est grave, le délire & les convulsions surviennent.
L'inflammation du doigt se termine, ou par la suppuration, ou par la gangrene. Quand ce dernier accident arrive, le malade est dans un danger très pressant, s'il n'est promptement secouru; & il a fallu, plus d'une fois, couper le bras, pour sauver la vie. Quand la suppuration se fait, si elle est très profonde, âcre, ou si les secours du Chirurgien arrivent trop tard, la derniere phalange du doigt est ordinairement cariée, & on la perd. Quelque leger qu'ait été le mal, il est rare que l'ongle ne périsse pas.
§. 434. Le traitement intérieur des panaris, est le même que celui des autres maladies inflammatoires. Il faut se mettre au régime, plus ou moins exactement, à proportion du degré de la fiévre; & si elle est très forte, & l'inflammation considérable, faire une ou plusieurs saignées.
Le traitement extérieur, consiste à diminuer l'inflammation, à amollir la peau, & à donner issue au pus, dès qu'il est formé. Pour cela l'on trempe long-tems le doigt dès les commencemens du mal, dans l'eau un peu plus que tiede; on reçoit aussi la vapeur de l'eau bouillante; en faisant cela presque continuellement, pendant le premier jour, on est souvent parvenu à dissiper entierement le mal. Mais malheureusement on croit que ces petits commencemens n'auront point de suites, & l'on se néglige, jusques à ce que le mal ait fait de grands progrès; alors il faut nécessairement qu'il suppure. On hâte cette suppuration, en enveloppant continuellement le doigt avec une décoction de fleurs de mauves cuites dans du lait, ou un cataplasme de mie de pain & de lait. On peut le rendre plus actif, en y ajoutant quelques oignons de lis, ou un peu de miel; mais il ne faut le faire que quand l'inflammation diminue, & que la suppuration commence; avant ce tems-là, tous les remedes âcres sont très dangereux. L'on emploie aussi à cette époque, le levain, qui hâte puissamment la suppuration. Le cataplasme d'oseilles, §. 430, est très efficace.
§. 435. L'évacuation prompte du pus est très importante; mais c'est l'affaire du Chirurgien, parcequ'il ne convient point d'attendre que l'ouverture se fasse naturellement; d'autant plus que la peau étant quelquefois extrêmement dure, le pus se répandroit dans l'intérieur des chairs, avant qu'elle se perçât. Ainsi, dès qu'on soupçonne que le pus est formé, il faut voir un Chirurgien, qui décide du moment où l'ouverture doit se faire. Il vaut beaucoup mieux la faire un peu trop tôt, qu'un peu trop tard; & il vaut mieux qu'elle soit trop profonde que pas assez.
Quand l'ouverture est faite, on panse avec l'emplâtre Nº. 65, étendu sur une toile, ou avec le sparadrap Nº. 64, & l'on change tous les jours.
§. 436. Quand le panaris est occasionné par une humeur extravasée dans le voisinage de l'ongle, un Chirurgien adroit en arrête très promptement les progrès, & guérit radicalement, par une incision, qui donne issue à cette liqueur. Mais quoique cette opération ne soit pas difficile, tous les Chirurgiens ne savent pas l'exécuter; plusieurs même n'en ont point d'idée.
§. 437. Quelquefois il se forme des chairs fongueuses, ou baveuses; on les desseche en les poudrant avec un peu de _minium_, ou d'alun brûlé.
§. 438. Quand il y a carie, il faut nécessairement voir un Chirurgien, aussi bien que quand il y a gangrene; ainsi je ne parlerai point de ces deux cas. J'avertis seulement, qu'il y a trois remedes essentiels, contre la gangrene, le quinquina, Nº. 14, dont on donne une dragme toutes les deux heures; les scarifications sur toute la partie gangrenée; & les fomentations avec la décoction de quinquina, à laquelle on ajoute l'esprit de soufre. Il est vrai que ce remede est très cher; mais on peut y suppléer par une décoction d'autres herbes ameres, & l'esprit de sel. J'ajoute encore, qu'il convient, dans la plûpart des cas de membres gangrenés, de ne faire l'amputation que quand la gangrene s'arrête d'elle-même; ce qu'on connoît par un cercle très sensible, & très aisé à distinguer par les plus ignorans, qui en marque les bornes, & fait la séparation entre le vif & le mort.
_Des Verrües._
§. 439. Quelquefois les verrues sont la suite d'un vice particulier de la masse du sang, & il en naît des quantités étonnantes. Cela arrive à quelques enfans de quatre à dix ans, qui prennent trop de laitages; ils guérissent par le changement de régime, & les pilules Nº. 18. D'autrefois c'est un vice accidentel de la peau, qui dépend de quelques causes extérieures. Dans ce cas, si elles incommodent par leur grosseur, par leur situation, par leur durée, on peut les détruire, 1º. en les liant avec une soie, ou un fil ciré. 2º. En les coupant avec des ciseaux ou un bistouri, & en couvrant la plaie avec un peu de diachilon gommé, qui occasionne une petite suppuration destinée à détruire la racine de la verrue. 3º. En la séchant par quelque application un peu corrosive, comme le lait de feuille de pourpier, de figuier, de chelidoine, de thitimale; mais outre que ces sucs ne se trouvent qu'en été, les personnes qui ont la peau délicate ne doivent pas s'en servir; ils pourroient leur occasionner une enflure considérable & douloureuse. Un vinaigre fort, dans lequel on a fait dissoudre autant de sel qu'il est possible, est très bon. L'on fait aussi des emplâtres avec du sel ammoniac & du galbanum pêtris ensemble, & appliqués sur la verrue, qui ne manquent gueres de la détruire.
Les corrosifs plus forts ne doivent être employés que sous la direction d'un Chirurgien; & il est même plus sage, de ne point les employer, non plus que les brûlures artificielles. L'amputation est un moyen plus sûr, moins douloureux & sans danger. Les loupes, dès qu'elles sont un peu grosses, & qu'elles durent depuis quelque tems, ne guérissent que par l'amputation.
_Des Cors._
§. 440. Les cors sont toujours l'effet de souliers trop rudes ou trop étroits. Toute la guérison consiste à les amollir par plusieurs bains de pieds chauds; à les couper au sortir du bain avec un canif, sans attaquer les parties saines, qui sont d'autant plus sensibles qu'elles sont plus tendues; & à appliquer dessus une feuille de joubarbe, ou de lierre grimpant, ou de pourpier, qu'on peut tremper dans du vinaigre. On peut, au lieu de ces feuilles, si l'on veut s'épargner la petite peine du pansement journalier, y appliquer une emplâtre de diachilon simple, ou de gomme ammoniac amollie dans le vinaigre. Il n'y a point d'autre moyen de prévenir les retours des cors, que d'éviter les causes qui les ont produits.
ADDITIONS[16]
FAITES A LA PRESENTE ÉDITION.
[16] Voyez l'Avertissement sur cette nouvelle édition.
_Anasarque, Bouffissure, Hydropisie générale._
§. 441. On donne ces noms à la maladie dans laquelle tout le corps, ou la plus grande partie du corps étant enflé, on sent, en touchant les parties enflées, qu'elles sont molles & froides, qu'elles cedent sous le doigt, & on voit que l'impression, ou le creux que l'on a fait en appuyant le doigt, subsiste encore quelque tems après qu'on l'a retiré. Dans cette maladie le tissu cellulaire, qui est cette membrane qui unit & enveloppe toutes les parties du corps, contient dans les cavités ou cellules dont elle est formée, de l'eau, ou la sérosité qui se sépare du sang.
§. 442. L'enflure commence ordinairement aux pieds, jambes, cuisses, & elle est toujours plus considérable dans ces parties, proportion gardée, que dans les autres; elle s'étend de proche en proche, & gagne en plus ou moins de tems tout le reste du corps. On remarque aux reins une espece de bourlet; le ventre grossit, les bourses acquerrent un volume considérable; toute, ou presque toute la peau du corps est pâle, peu sensible, froide, un peu luisante; le visage est blême, les yeux sont languissans; la respiration se fait difficilement, surtout après le repas & le soir: le malade perd les forces & l'appétit; il tousse plus ou moins fréquemment; il est assoupi; il ne sue point, ou très rarement; son pouls est petit, enfoncé, fréquent, inégal; ses urines sont crues, claires & en petite quantité; les selles sont crues, quelquefois mêlées de sang, elles changent presque tous les jours de qualité: le malade est foible, sent toujours de la lassitude; sa soif est continuelle & pressante; il a souvent la langue séche, il éprouve des feux passagers; bientôt il survient de la fiévre causée par l'eau qui se corrompt; alors son haleine, ses crachats, ses urines répandent une mauvaise odeur. Tous les accidens augmentent le soir, & sont moins forts le matin.
Ils ne se trouvent pas toujours réunis dans le même sujet; mais plus il y en a, plus ils sont considérables & marqués, plus aussi la maladie est fâcheuse; tantôt ses progrès sont très lents, tantôt ils sont très prompts, ce qui est de mauvais augure.
§. 443. Les causes de l'Anasarque sont un air humide & froid, tel que celui des lieux marécageux, des habitations plus basses que le sol; les alimens de mauvaise qualité, l'excès de l'eau, de la bierre, & de toutes boissons relachantes & froides, surtout si on les prend dans un lieu froid, ayant fort chaud; l'abus du vin & des liqueurs spiritueuses; un tempérament pituiteux; les obstructions des visceres du bas ventre, des fiévres intermittentes mal traitées ou dans des sujets mal constitués, l'asthme, les évacuations excessives par les saignées, les pertes ou hémorrhagies, diarrhées, dyssenteries excessives, les purgations trop fortes ou continuées trop long-tems; les évacuations supprimées ou arrêtées trop tôt, comme les hémorrhoïdes, le dévoiement; les éruptions comme dartres, galle, &c. que l'on a fait rentrer mal-à-propos. Toutes ces causes, en produisant un abord considérable de la partie aqueuse du sang dans toutes les petites cavités du tissu cellulaire, ou en empêchant que lorsqu'elle y est amassée, elle ne soit reprise par les vaisseaux qui sont destinés à cela; toutes ces causes, dis je, donnent lieu à l'anasarque.
§. 444. Il y a quelques cas où l'anasarque est facile à guérir, mais ils sont rares, & on doit généralement regarder cette maladie, comme une des plus funestes & des plus opiniâtres; cela n'étonnera point ceux qui ayant quelque connoissance de l'oeconomie animale, verront combien il y a de parties importantes qui ne sont plus dans leur état naturel, & de fonctions qui ne se font plus, ou se font mal.
§. 445. On sait qu'il est très nécessaire de consulter la nature pour guérir les maladies; mais ce n'est qu'après avoir vu un grand nombre d'hydropisies, qu'on peut se former une idée de la différence des méthodes qu'il faut employer pour les guérir, le nombre des causes étant aussi grand qu'il l'est. Il n'est peut-être point de cas où il soit aussi nécessaire de savoir varier les traitemens, les tenter successivement, & insister sur les remedes qui réussissent. On ne s'attend point après cet aveu, que nous donnions une méthode générale, & que nous répondions de son succès: heureux sont ceux qui peuvent avoir les conseils & les soins d'un Médecin habile; mais comme il y a bien des circonstances où le malade ne le peut point, & que cette maladie est assez commune, nous allons exposer, suivant le plan & le but de cet ouvrage, les moyens les plus aisés, les moins couteux & les plus utiles pour guérir, ou du moins soulager les hydropiques. Si la cause n'est point incurable, ou la maladie très ancienne, il y a tout lieu d'espérer de procurer l'évacuation de l'eau par le traitement qui suit.
§. 446. Il faut 1º. régler le régime du malade. Il est important qu'il soit toujours dans un air chaud & sec, qualités qu'on lui procurera avec le feu, s'il ne les a pas naturellement, & alors il vaudroit encore mieux changer d'habitation, du moins pour quelque tems. On garantira surtout de la fraîcheur de la nuit, ce qui demande souvent beaucoup de soins, le malade se tenant sur son séant hors des couvertures. Il fera sa nourriture d'alimens secs, comme du pain rassis ou dur, grillé, de viandes ou poissons rotis & grillés. On assaisonnera ces alimens avec un peu d'acide, comme jus de citron, verjus, vinaigre, pour prévenir ou corriger la corruption des humeurs, qui est funeste dans les hydropisies. Il fera tout son possible pour s'abstenir de boire; & afin de tromper pour ainsi dire la soif, il tiendra dans sa bouche, & se gargarisera avec quelques gouttes de liqueurs acides seules ou mêlées, dans un peu d'eau; s'il ne peut résister à la soif, il boira le moins qu'il lui sera possible, & la meilleure boisson est celle qui fait couler les urines; du vin pur, & principalement du blanc, de la bierre dans lesquels on aura fait infuser quelques plantes aromatiques ameres. Le malade fera autant d'exercice que ses forces lui permettront, à pied, à cheval, en voiture, en bon air. Les frictions sur les parties enflées, répétées le plus souvent qu'il se pourra, seront très utiles: on les fera avec une brosse, avec une grosse toile, &, ce qui est préférable, avec de la flanelle chaude ou autre étoffe de laine claire, & propre à absorber l'humidité: il seroit même avantageux que le malade eût tout le corps couvert immédiatement de cette étoffe. Une douce compression faite par des habits étroits ou des bandes, empêche que les fibres ne cedent ou ne s'étendent trop, prévient des ruptures, & facilite le rétablissement de l'élasticité. Je viens aux médicamens.
§. 447. «On fera prendre le matin au malade une cuillerée du remede Nº. 75, après lequel il survient quelquefois un vomissement, alors il ne faut plus en donner qu'une demi-cuillerée; une simple nausée en est cependant la suite la plus ordinaire. Les urines sont après cela très abondantes, & procurent beaucoup de soulagement. Il est rare que ce remede purge: si néanmoins ce cas arrive, il ne s'ensuit aucun mal. L'on continue tous les jours l'usage de ce remede, jusqu'à ce que les sérosités soient évacuées, & que le corps désenfle absolument. Si la dose que l'on donne fait peu d'effet dans des corps robustes, on doit l'augmenter insensiblement jusqu'à ce que les urines sortent en abondance». Alors si l'enflure diminue, on observera scrupuleusement ce qui a été dit à l'article du régime, surtout au sujet de la compression, pour prévenir la rechute & favoriser la guérison; & on fera prendre au malade, une heure avant dîner & avant souper, deux onces du vin Nº. 77. Quand avec l'évacuation des eaux les accidens diminuent, il y a beaucoup à espérer; il faut continuer le remede Nº. 75, jusqu'à parfaite guérison, & le vin Nº. 77, encore long-tems après.
§. 448. Si l'anasarque succede à une longue fiévre intermittente, «les évacuations ne sont pas extrêmement nécessaires»; mais on la guérit d'ordinaire en faisant observer au malade ce qui est dit §. 446, 447, «& en donnant le matin à jeun, puis une heure avant le dîner & une heure avant le souper, deux onces du vin Nº. 77».
§. 449. On traite aussi cette maladie par les purgatifs & les sudorifiques; mais outre qu'ils réussissent peu, il y a bien des cas où ils font beaucoup de mal: l'usage des setons, des scarifications est encore plus dangereux; enfin de tous les moyens que l'on connoît de procurer l'évacuation de l'eau dans l'anasarque, celui que nous avons proposé est, selon le célebre Van Swieten, le plus sûr & le plus efficace: il est aussi le plus aisé à pratiquer par ceux pour qui ce Livre est fait. S'il ne réussit pas, il faut s'adresser à un Médecin.
_Aphtes._
§. 450. Les Aphtes sont de petites pustules blanches ou jaunâtres, qui deviennent des ulceres ronds, superficiels, & bordés d'un cercle rouge, qui occupent en plus ou moins grande quantité l'intérieur de la bouche, le gosier, l'oesophage, & s'étendent quelquefois, en suivant les conduits de l'air & des alimens, jusqu'aux poulmons & aux derniers intestins. Cette maladie est assez commune parmi les enfans & les vieillards: elle est quelquefois épidémique parmi les adultes, dans les saisons chaudes, humides, & les lieux marécageux.
§. 451. Quelquefois les Aphtes se dissipent sans qu'on ait besoin d'employer de remedes; mais elles sont souvent accompagnées d'ardeur, de douleur, de rougeur, d'inflammation, de la perte du goût, d'inquiétudes, d'insomnie, quelquefois de fiévre. Les enfans crient & ne veulent point tetter, la suction étant douloureuse & la déglutition difficile, soit à cause de la sensibilité des parties ulcérées, soit à cause de leur enflure, qui est assez ordinaire.
§. 452. Si la fiévre, la douleur, l'inflammation, la difficulté d'avaler sont considérables, on fera une saignée du bras. On donnera 1º. pour nourriture de la panade, ou une décoction d'orge ou de ris. 2º. Très souvent quelques gorgées de thé de fleurs de sureau nitré. 3º. Quatre prises par jour du Nº. 60, dans une cuillerée de thé de sureau. 4º. Tous les deux ou trois jours on purgera avec du syrop de chicorée composé, ou le Nº. 62. Ce traitement suffira presque toujours pour dissiper les Aphtes des enfans.
§. 453. Il est à propos d'examiner si l'âcreté du lait de la nourrice, n'est pas la cause de la maladie des enfans, si elle n'a point de boutons, de dartres, d'érésipelles; s'il n'y a ni haleine mauvaise, ni dérangemens dans les digestions qui indiquent qu'elle n'est pas parfaitement saine; & quand même on ne découvriroit rien, on peut la faire user, pendant que l'enfant ne tette point, de boissons délayantes, rafraîchissantes, adoucissantes, & d'alimens farineux.
§. 454. Si le malade n'est point un enfant qui tette, on le mettra au régime; on saignera dans le cas où la douleur, l'inflammation & la fiévre seront considérables; il usera des boissons Nº. 2, ou 4, du gargarisme Nº. 19, & il sera purgé avec le Nº. 22.
§. 455. Lorsque les aphtes ne tombent point, l'humeur qu'elles renferment devient âcre & rongeante, alors il faudra faire son possible pour toucher les aphtes des enfans avec un pinceau ou un linge attaché à un bâton, trempés dans le Nº. 81, dans du suc de _sedum_ ou joubarbe, ou dans l'huile d'olive chaude. On fera de même pour les autres malades. Si les aphtes sont accompagnées de symptômes plus fâcheux, ou viennent à la suite d'une maladie, voyez ce qui suit.
§. 456. Les fiévres continues, aigües, intermittentes; celles qui sont avec dyssenteries & diarrhées, les fiévres putrides & malignes, sont assez souvent accompagnées d'aphtes, surtout dans les pays froids & humides; & si on a donné au malade des remédes échauffans, ou qu'on lui ait fait suivre un régime de cette nature. Pour l'ordinaire ces aphtes sont des pustules blanches ou vessies remplies d'une humeur âcre qui souleve la surpeau dans plusieurs points de l'intérieur de la bouche, sans intéresser la peau, puisque quand la croûte blanche qui les forme vient à tomber, il n'en reste point de vestige; ce qui établit une différence entre ces aphtes & celles des enfans dont on a parlé ci-dessus.
§. 457. Les aphtes paroissent d'abord au palais en petit nombre & séparées; on est heureux si elles n'augmentent pas; mais souvent s'étendant de proche en proche, elles occupent toute la bouche intérieurement, & descendent même dans la poitrine & les intestins: il survient alors de la toux, de la difficulté de respirer, des nausées, vomissemens, anxiétés, foiblesses, pesanteur & douleur d'estomac, assoupissement, difficulté d'avaler, douleurs & ulceres au gosier, hoquets, diarrhée, dyssenteries, des selles noires, sanguinolentes, sanieuses, & qui infectent.
§. 458. Souvent ces accidens précedent & amenent les aphtes; elles ne sont pas de mauvais augure, blanchâtres & jaunes; mais quand elles sont noires ou recouvertes d'une croûte dure, épaisse comme du lard, ou excessivement blanches, elles sont souvent funestes. Lorsqu'elles ont subsisté quelques jours, elles tombent par parties & en différens tems, quelquefois de nouvelles succedent aux premieres & rendent la maladie plus longue: si les aphtes subsistent long-tems, il se forme autant d'ulceres, & la gangrene s'y met.
§. 459. Tant que la fiévre est médiocre, & les autres symptômes modérés, on doit regarder les aphtes comme une crise, comme un dépôt de l'humeur de la maladie, opéré par la nature, surtout si l'on voit alors quelque diminution dans les accidens depuis l'éruption des aphtes, il faudra l'entretenir par des boissons chaudes & délayantes Nº. 7, ou une décoction de raves, de ris, gruaux: on usera du gargarisme détersif Nº. 19, ou 81. Lorsque les aphtes deviennent brunes ou noires, que le pouls est foible, petit; qu'il y a nausées, angoisses, hoquets, & que les croûtes sont dures & épaisses, ou qu'elles subsistent long-tems, & se renouvellent; on donnera une ou deux fois le jour une prise du Nº. 14, ou Nº. 82, & les mêmes boissons serviront de gargarismes; on touchera les aphtes avec le Nº. 81, ou avec les autres liqueurs §. 455, comme il est dit dans ce §. Lorsque les croûtes tomberont, s'il n'y a point de dyssenterie, on purgera avec le Nº. 22, pour faire sortir de l'estomac & du canal intestinal les croûtes qui se détachent encore plutôt que celles de la bouche, & qui augmenteroient la corruption par leur séjour, on usera d'une boisson adoucissante comme le petit lait, ou les Nº. 12, 13, qui serviront pour gargariser souvent, si la bouche est douloureuse & brûlante.
Quelquefois il survient alors une salivation considérable: on fera usage du Nº. 14, & du Nº. 19 ou 82, en gargarisme.
S'il y a de la diarrhée, de la dyssenterie, on mêlera à la boisson adoucissante Nº. 17, du syrop de pavot, ou du moins on y fera bouillir une tête de pavot, & on traitera ces maladies avec les remedes prescrits aux articles qui en parlent: on recommandera au malade de se gargariser souvent.