Avis au peuple sur sa santé ou traité des maladies les plus fréquentes
Part 22
L'on a plusieurs exemples de morts subites après un coup de poing sur le creux de l'estomac, qui occasionnoit la rupture de la ratte: c'est parceque les chûtes occasionnent une legere meurtrissure générale, tant intérieure qu'extérieure, qu'elles ont quelquefois des suites si fâcheuses, sur-tout pour les vieillards, chez lesquels la nature, déja affoiblie, ne rétablit point les désordres; aussi l'on en voit plusieurs, qui, ayant joui d'une excellente santé, la perdent au moment d'une chûte, qui paroit d'abord ne leur faire aucun mal, & languissent continuellement jusques à leur mort, que ces accidens accelerent presque toujours.
§. 408. Il y a pour les meurtrissures, des remedes internes & externes. Quand le mal est leger, & qu'il n'y a point eu de secousse générale, qui ait pu occasionner des meurtrissures intérieurement, les remedes externes suffisent. Ils doivent être propres 1º. à résoudre ce sang épanché, qu'on voit d'une maniere si marquée, & qui, de noir qu'il est un peu après la contusion, devient successivement brun, jaune, grisâtre, à mesure que la grosseur diminue: elle disparoît enfin totalement, & la peau reprend sa couleur, sans que ce sang soit sorti extérieurement; mais peu-à-peu il se dissout, & il est repompé par les vaisseaux. 2º. A redonner un peu de force aux vaisseaux. Le meilleur, c'est le vinaigre, mêlé, s'il est fort, avec le double d'eau tiede. Dans ce mêlange, on trempe des linges, qui servent à envelopper la partie meurtrie, & qu'on change toutes les deux heures, pendant le premier jour.
L'on applique aussi, avec grand succès, le persil, le cerfeuil, l'artichaud sauvage, legerement concassés; & ces remedes sont à préférer au vinaigre, quand il y a, en même tems, plaie & meurtrissure: l'on peut aussi appliquer les cataplasmes Nº. 67.
§. 409. L'on est dans l'usage d'employer d'abord les liqueurs spiritueuses, telles que l'eau de vie, l'eau d'arquebusade; mais un long abus ne doit pas faire loi. Ces liqueurs qui épaississent le sang, au lieu de le dissoudre, sont réellement nuisibles, quoiqu'on les emploie quelquefois impunément dans les cas très legers. Souvent, en déterminant ce sang épanché vers les entre-deux des muscles, ou même en l'empêchant de s'épancher, & en le figeant dans les vaisseaux meurtris, elles paroissent guérir: mais ce n'est qu'en concentrant le mal, qui se reproduit sous une forme fâcheuse, au bout de quelques mois. J'ai vu de tristes exemples de ce cas; ainsi l'on ne doit jamais employer les remedes de cette espece, & le vinaigre doit les remplacer. L'on peut, tout au plus, quand on juge que tout le sang épanché est dissout & repompé, mêler un tiers d'eau d'arquebusade au vinaigre, afin de redonner un peu de force aux parties affoiblies.
§. 410. C'est une méthode encore plus pernicieuse, d'appliquer des emplâtres composées de graisses, de résines, de gommes, de terres, &c. Le plus vanté est toujours nuisible; & l'on a plusieurs exemples de contusions, extrêmement legeres, qui auroient été guéries en quatre jours, si on en avoit remis tout le soin à la nature, & que des emplâtres, appliqués par des ignorans, ont fait dégénérer en gangrene.
§. 411. L'on ne doit jamais ouvrir ces sacs de sang coagulé, qu'on apperçoit sous la peau, à moins de quelque raison pressante; parceque, quelques gros qu'ils soient, ils se dissipent peu à peu; au lieu qu'en les ouvrant, ils laissent quelquefois une ulcération dangereuse.
§. 412. Le traitement intérieur est précisément le même, que celui des plaies. Mais dans ce cas, la meilleure boisson, c'est le remede Nº. 1, auquel on joint une dragme de nitre par pinte.
Quand quelqu'un a fait une violente chûte, qu'il a perdu connoissance, ou qu'il est fort étourdi; que le sang sort par les narines, ou par les oreilles, qu'il est fort oppressé, ou qu'il a le ventre fort tendu, ce qui dénote épanchement de sang dans la tête, la poitrine, ou le bas ventre, il faut sur-le-champ, en commençant par la saignée, employer tous les secours, §. 403, & donner au malade le moins de mouvement qu'il est possible. Il faut surtout éviter de le secouer, ou de l'agiter, dans la vue de rappeller le sentiment; c'est exactement le tuer, en augmentant l'épanchement. Il faut fomenter tout le corps avec quelqu'une des décoctions indiquées. Quand le mal est à la tête, il faut les faire avec de l'eau & du vin, au lieu de vinaigre. L'on a vu des chûtes accompagnées de blessure & de fracture du crâne, avec les accidens les plus graves, se guérir par ces secours internes, & sans autres secours externes, que des fomentations aromatiques.
Un homme de _Pully-petit_ vint me consulter, il y a quelques mois pour son pere, qui avoit fait une chute de dessus un arbre: il étoit depuis vingt-quatre heures sans sentiment, sans connoissance, & sans autre mouvement que des efforts fréquens pour vomir; il perdoit du sang par le nez & les oreilles; il n'y avoit point de mal extérieur, ni à la tête ni ailleurs. Heureusement on ne lui avoit rien fait. Je lui conseillai une ample saignée, & beaucoup de petit lait miellé, en boisson & en lavement; on exécuta ponctuellement l'ordonnance. Quinze jours après le pere vint à _Lausanne_, qui est à quatre lieues de _Pully-petit_, & me dit qu'il se portoit très bien. Il convient, dans toutes les contusions considérables, de purger avec quelque purgatif rafraichissant; comme Nºs. 11, 22, 31, 46. Le remede Nº. 23, & le petit lait miellé sont excellens par la même raison.
§. 413. Dans ces circonstances, le vin, les liqueurs, tout ce qui anime, tue; ainsi il ne faut point s'impatienter de ce que les malades sont sans connoissance & sans sentiment. L'usage de la térébenthine peut faire plus de mal, que de bien. Si elle a été utile quelquefois, c'est en purgeant un malade, qui, peut-être en avoit besoin. Le blanc de baleine, le sang dragon, les yeux d'écrevisses, les graisses quelconques, sont des remedes au moins inutiles, & dangereux, si le cas est grave, soit par le mal réel qu'ils font, soit par le bien qu'ils empêchent de faire.
§. 414. Quand un vieillard a fait une chute, ce qui est d'autant plus dangereux, qu'il est plus âgé & plus replet, quoiqu'il ne paroisse point incommodé, il faut, s'il est sanguin, & encore vigoureux, lui faire une petite saignée de trois ou quatre onces; lui donner tout de suite quelques tasses d'une boisson un peu aromatique, qu'il boit chaude, comme de la melisse avec du miel, & le faire promener doucement. Il faut qu'il diminue un peu la quantité de ses alimens, pendant quelques jours, que deux fois par jour, il réitére sa boisson; & qu'il continue regulierement un petit exercice.
§. 415. Les entorses, ou foulures, qui arrivent très fréquemment, sont une espece de meurtrissure, occasionnée par le violent frottement des os, contre les parties voisines; & quand les os se remettent d'abord à leur place, le mal ne doit être traité, que comme contusion; s'ils ne se remettent pas, il faut la main d'un Chirurgien.
Le meilleur remede, c'est la compresse de vinaigre & d'eau, & le parfait repos, jusques à ce que toute la contusion soit dissipée, & qu'on soit sûr qu'il n'y a point d'inflammation à craindre. Alors on fait bien de joindre au vinaigre, un peu d'eau de vie, ou d'eau d'arquebusade; & l'on doit porter la partie (c'est presque toujours le pied) bandée assez long-tems; sans quoi, elle fait souvent de faux mouvemens, ou elle reçoit de nouvelles entorses, qui l'affoiblissent journellement davantage; & si l'on néglige trop long-tems ce mal commençant, la force ne revient jamais en entier: & souvent il survient une legere enflure pour toute la vie.
Quand le mal est extrêmement leger, le bain d'eau froide est bon. Si on ne le fait pas dans le premier moment, ou si la contusion est forte, il est nuisible.
La méthode de rouler le pied nud sur quelque corps rond, est insuffisante quand les os ne sont pas parfaitement replacés, nuisible quand il y a contusion.
Il arrive tous les jours que les paysans s'adressent à des ignorans ou à des gens de mauvaise foi, qui trouvent, ou veulent trouver, un dérangement des os, là où il n'y en a point; & qui, par la violence avec laquelle ils manient ces parties, ou par les emplâtres dont ils les couvrent, y attirent une inflammation dangereuse, & changent en mal très grave, la crainte d'un mal très leger.
Ce sont ces mêmes gens, qui ont créé des maladies impossibles; telles que l'estomac & les reins ouverts. Mais ces grands mots effraient, & ils dupent plus aisément.
_Des Ulceres._
§. 416. Quand les ulceres dépendent d'une corruption générale de la masse du sang, on ne peut les guérir, qu'en détruisant la cause, qui les entretient; & c'est même une imprudence, que de vouloir les fermer par des remedes extérieurs, & un malheur, que de réussir.
Mais le plus souvent les ulceres, à la campagne, sont les restes de quelque plaie, de quelque meurtrissure, ou de quelques tumeurs mal traitées & surtout pansées avec des remedes trop âcres ou trop spiritueux. Les huiles rances, sont aussi une des causes, qui changent en ulceres rebelles, les plaies les plus simples; ainsi l'on doit les éviter, & les Apoticaires doivent avoir cette attention; quand ils préparent des onguens gras, qu'il convient de préparer souvent; parcequ'une grosse provision est rancie avant que d'être débitée, quoiqu'on eût employé de l'huile très fraiche en la préparant.
§. 417. Ce qui distingue les ulceres des plaies, c'est la dureté & la secheresse de leurs bords, & la nature de l'humeur qui en découle, qui, au lieu d'être un vrai pus, est une liqueur moins épaisse, moins blanche, qui exhale quelquefois une mauvaise odeur, & si âcre, que souvent, si elle touche la peau du voisinage, elle y produit de la rougeur, de l'inflammation, des boutons, des especes de dartres, & même de nouvelles ulcerations.
§. 418. Les ulceres qui durent trop long-tems, qui sont étendus, ou qui fluent beaucoup, minent le malade & le jettent dans une fiévre lente, qui le tue.
Quand un ulcere a duré long-tems, il est très dangereux de le tarir, & l'on ne doit jamais le faire, qu'en suppléant à cette évacuation, qui est presque devenue naturelle, par quelqu'autre; comme les purgations de tems en tems.
L'on voit tous les jours des morts subites, ou des maladies cruelles, après avoir arrêté tout-à-coup ces écoulemens, qui duroient depuis long tems; & quand quelque _Charlatan_, (tous ceux qui font cette promesse méritent ce nom) promet de guérir, en peu de jours, un ulcere invéteré, il prouve qu'il est un ignorant dangereux; qui, s'il réussissoit, rendroit un office mortel. L'on en voit qui appliquent des remedes extrêmement rongeans, & même arsenicaux; mais l'on voit aussi la mort la plus violente être la suite de ces applications dangereuses.
§. 419. Tout ce que l'art peut faire, relativement aux ulceres, c'est de les changer en plaies. Pour cela, il faut diminuer la dureté & la sécheresse des bords, & même de tout l'ulcere, & en ôter l'inflammation. Quelquefois ce vice est tel, qu'on ne peut amollir les bords, qu'en les scarifiant par des coups de lancette. Quand cela n'est pas nécessaire, il faut appliquer sur tout l'ulcere un plumaceau enduit de l'onguent Nº. 68, & recouvrir, avec une compresse pliée en plusieurs doubles, trempée dans la liqueur Nº. 69, qu'on change trois fois par jour, & le plumaceau seulement deux fois.
Comme j'ai dit que les ulceres étoient souvent le produit des remedes âcres & spiritueux, l'on sent qu'il faut absolument les éviter dans les traitemens; sans quoi l'on ne guérira jamais.
Il faut, pour avancer la guérison, éviter le salé, le vin, les épices, manger peu de viande, & entretenir la liberté du ventre par un régime de legumes, & par l'usage du petit lait miellé.
Quand les ulceres sont aux jambes, ce qui est très ordinaire, il est très important, aussi bien que dans les plaies des mêmes parties, de marcher peu, & de ne se tenir jamais debout sans marcher. C'est ici un de ces cas dans lesquels je souhaite que les personnes qui ont quelque crédit sur l'esprit du peuple, ne négligent rien pour lui faire comprendre la nécessité de prendre quelques jours d'un repos absolu, & lui prouver que bien loin que ce soit un tems perdu, c'est le tems de sa vie le plus chérement payé. La négligence à cet égard change les plaies les plus legeres en ulceres; les ulceres les moins fâcheux, en ulceres incurables; & il n'y a personne qui ne puisse trouver dans son voisinage, quelque famille réduite à l'hôpital, parcequ'on a négligé quelque mal de cette espece.
Je réitére que les ulceres qui viennent de cause interne, ou ceux qui viennent de cause externe, mais chez une personne d'un mauvais tempéramment, demandent souvent d'autres soins.
_Des Membres gelés._
§. 420. Il arrive souvent dans les hyvers rigoureux, que quelques personnes sont saisies par un froid si fort, que les mains ou les pieds, ou ces deux parties à la fois gelent tout comme un morceau de viande exposé à l'air.
Si l'on se laisse aller au mouvement si naturel de les réchauffer, & surtout de réchauffer les parties gelées, tout est perdu. Il survient des douleurs insupportables, & une gangrene incurable. Il n'y a plus de ressource pour les sauver, que de leur couper les membres gangrenés.
L'on a vu, il n'y a que peu de tems, à Cossonay, le triste cas d'un homme qui eut les mains gelées. On lui appliqua chaudement des onguens gras; la gangrene suivit, & l'on fut obligé de lui couper les dix doigts.
§. 421. Il n'y a qu'un seul remede dans ce cas-là, c'est de mettre les malades dans un endroit où il ne puisse pas geler; mais où il fasse très peu chaud, & de leur appliquer continuellement, sur les parties gelées, de la neige si l'on en a, sinon de les laver continuellement, mais fort doucement, car toute friction forte seroit dangereuse, avec des linges trempés dans de l'eau de glace, à mesure qu'elle se fond. Ils s'apperçoivent peu-à-peu que le sentiment renaît; ils éprouvent une grande chaleur dans la partie, & commencent à en recouvrer le mouvement; alors on peut les porter dans un endroit un peu plus chaud, & leur donner quelques tasses de la potion Nº. 13, ou de quelqu'autre de même espece.
§. 422. Il n'y a personne qui ne puisse juger du danger de la méthode échauffante, & de l'utilité de l'eau glacée, par une expérience qui se fait tous les jours. Les poires, les pommes, les raves gelées, mises dans l'eau prête à geler, reprennent leur premier état, & peuvent être mangées. Si on les met dans l'eau tiede, ou dans un endroit chaud, la pourriture, qui est une gangrene, s'en empare d'abord. Je joindrai ici une observation, qui fera mieux comprendre ce traitement, & en constatera l'efficacité.
«Un homme avoit une route de dix lieues à faire, par un tems froid, & un chemin plein de neige & de glace. Ses souliers lui manquerent; il fit les trois dernieres lieues à pieds nuds, & eut, dès la premiere demi lieue, des douleurs assez vives aux jambes & aux pieds, qui allerent en augmentant. Il arriva presque perclus des extrêmités inférieures. On le mit devant un grand feu, on échauffa bien un lit, & on l'y coucha. Les douleurs devinrent insupportables; il ne cessoit d'être dans de violentes agitations, & de pousser des cris perçans. On demanda un Medecin dans la nuit, qui trouva les doigts des pieds d'une couleur noirâtre, & commençant à perdre le sentiment. Les jambes & le dessus des pieds excessivement enflés, d'un rouge pourpre, varié de taches violettes, souffroient encore les douleurs les plus aigües. Le poulx étoit dur & fréquent, & le mal de tête très violent. Le Medecin fit apporter un seau d'eau de la riviere, & y fit ajouter de la glace; & il obligea le malade à plonger les jambes dedans: ce premier bain dura près d'une heure; & les douleurs, pendant ce tems là, furent moins violentes: une heure après il ordonna un second bain, & le malade s'y trouvant de nouveau soulagé, le prolongea deux heures. Pendant ce tems là, on enlevoit de l'eau du seau; & l'on y remettoit de la glace & de la neige. Les doigts des pieds, qui étoient noirs, devinrent rouges; les taches violettes des jambes se dissiperent, l'enflure diminua; les douleurs étoient legeres & avec intervalle. L'on réitera cependant six fois: après quoi il ne resta d'autre mal, qu'une sensibilité à la plante des pieds, qui empêchoit le malade de marcher. On lui fit quelques fomentations aromatiques, on lui fit boire une ptisane de salsepareille; (celle de sureau est toute aussi bonne & moins couteuse.) Le huitieme jour il fut parfaitement guéri, & s'en retourna le quinzieme jour, à pied.»
§. 423. Quand le froid est très fort, & qu'on y reste long-tems exposé, il tue; il congele le sang, & il en détermine une trop grande quantité au cerveau; ainsi on meurt d'apoplexie, & cette apoplexie commence par un sommeil: aussi le voyageur, qui se sent assoupi, doit redoubler d'efforts pour se tirer du danger éminent auquel il est exposé: ce sommeil, qui paroit devoir adoucir ses souffrances, seroit pour lui le dernier sommeil.
§. 424. Les remedes, dans ce cas, sont les mêmes que dans le cas précédent §. 421, 422. Il faut mettre le malade dans un endroit plutôt froid que chaud; le frotter avec de la neige, ou de l'eau glacée, l'on a même plusieurs exemples constatés, & ils sont fréquens dans les païs plus froids, qu'un bain d'eau très froide est très salutaire.
L'on a rappellé à la vie plusieurs personnes, qui avoient été dans la neige, ou exposé à l'air pendant une forte gelée cinq ou six jours, & qui ne donnoient aucun signe de vie, pendant plusieurs heures; ainsi il faut toujours essayer de donner du secours.
_Des Hernies._
§. 425. Les _Hernies_, _descentes_, _ruptures_, que le païsan désigne, en disant, _qu'il est rompu_, sont quelquefois une maladie de naissance, plus souvent l'effet des cris excessifs, d'une toux forte, ou d'efforts réitérés pour vomir dans la premiere enfance. Dans la suite, elles sont produites à tout âge, ou par quelques maladies, ou par des efforts violens: elles sont beaucoup plus fréquentes chez les hommes, que chez les femmes; & l'espece la plus commune, la seule dont je me propose de dire un mot, c'est celle qui dépend du passage d'une partie des intestins, ou de la coëffe, dans les bourses.
Elle est aisée à connoître. Quand elle se trouve chez de petits enfans, on la guérit presque toujours en faisant porter constamment un bandage, qui ne doit être que de triege, avec une pelotte de linge, de crin, ou de son. Il faut en avoir au moins deux, afin de les changer de tems-en-tems, & avoir le plus grand soin de ne jamais le mettre, que quand l'enfant est couché sur le dos, & qu'on est sûr, que tout est bien rentré. Sans cette précaution, il feroit les plus grands maux.
L'on peut aider l'effet du bandage, en appliquant sur la peau dans le pli de l'aine, à l'endroit du passage, une emplâtre astringente quelconque, comme celui _pour les fractures_, ou celui dont j'ai parlé.
L'on ne doit point laisser monter à cheval les enfans, jusques à ce qu'ils soient entierement guéris.
§. 426. Dans un âge plus avancé, un bandage simplement de triege est insuffisant; il en faut un où il y ait du fer; &, quelque gênant qu'il paroisse d'abord, l'on s'accoutume bien vite à cet usage, & l'on n'en est plus incommodé.
§. 427. Les hernies acquierent quelquefois, un volume prodigieux; & la plus grande partie des intestins passe dans les bourses, sans aucun symptome de maladie; mais cela entraine une incommodité très grande, qui met ordinairement ces gens hors d'état de travailler; & quand le mal est aussi considérable, & en même tems invétéré, il y a ordinairement des obstacles, qui empêchent qu'il ne rentre tout à fait; l'usage du bandage est impossible, & ces infortunés sont condamnés à porter toute leur vie cette incommodité, qu'on peut un peu soulager, par l'usage d'un suspensoir, adapté à la taille de la hernie. Cette crainte d'augmentation, est une raison bien forte pour en arrêter le progrès dès les commencemens; il y en a une encore plus forte, c'est que les hernies sont susceptibles d'un accident, qui est très souvent mortel. Il arrive, quand la partie des intestins, qui est dans les bourses, s'enflamme, qu'alors, acquérant plus de volume, & se trouvant extrêmement comprimés, il survient des douleurs aigües; le volume étant plus considérable, le passage qui les avoit laissé sortir, ne peut les laisser rentrer; les vaisseaux mêmes étant gênés, l'inflammation augmente d'un moment à l'autre; la communication entre l'estomac & le fondement, est souvent entiérement interceptée; il ne passe rien: il survient des vomissemens continuels, (c'est l'espece de _miséréré_ dont j'ai parlé §. 301.) le hoquet, le délire, les défaillances, les sueurs froides, la mort.
§. 428. Cet accident des hernies arrive, quand les excrémens viennent à se durcir dans la partie des boyaux renfermés dans les bourses; quand le malade s'est échauffé par le vin, les liqueurs, le régime; quand il a reçu quelque coup sur cette partie, ou qu'il a fait quelque chute.
§. 429. Le meilleur remede est, 1º. dès qu'on s'apperçoit de cet accident, une très forte saignée, faite dans le lit, le malade étant couché sur le dos, la tête cependant un peu élevée, & les jambes un peu flechies, de façon que les genoux soient en l'air. C'est même l'attitude qu'ils doivent toujours conserver, autant qu'il est possible. Quand le mal n'est pas trop avancé, souvent la premiere saignée guérit radicalement, & les intestins rentrent dès qu'elle est faite. D'autres fois, cela ne réussit pas aussi bien, & il faut alors réitérer la saignée. 2º. On ordonne un lavement Nº. 46. Il faut appliquer sur toute la tumeur, des linges trempés dans l'eau glacée, & les changer constamment tous les quarts d'heures. Ce remede appliqué d'abord, a produit les plus grands effets; mais si le mal a duré violemment plus de dix ou douze heures, il est trop tard, & alors il convient mieux d'appliquer des flanelles trempées dans une décoction tiede de fleurs de mauve & de sureau, & les changer souvent. 3º. Quand ces secours ne sont pas suffisans, il faut essayer les lavemens de fumée de tabac, qui ont souvent dégagé des hernies qui résistoient à tout. Enfin, si ces remedes ne réussissent pas, il faut se déterminer à faire l'opération, sans perdre un seul moment; car ce mal tue quelquefois au bout de deux jours; mais pour cela il faut avoir un très bon Chirurgien.
L'on a vu ici une femme, morte depuis quelques années, qui entreprenoit effrontément cette opération, & tuoit les malades, après les tourmens les plus cruels, & l'amputation du testicule, que font toujours les Charlatans, & les Chirurgiens ignorans; mais qu'un Chirurgien entendu ne fait jamais dans ce cas.
Je ne parlerai point de la façon de la faire, parceque je ne pourrois pas m'étendre assez pour instruire un Chirurgien qui l'ignoreroit; & qu'un Chirurgien éclairé sait tout ce que je pourrois lui dire.
_Des Furoncles ou Clous._
§. 430. Tout le monde connoît les furoncles, ou clous, qui font quelquefois souffrir beaucoup, s'ils sont gros, fort enflammés, ou situés de façon à gêner les mouvemens, ou les positions. Quand l'inflammation est très considérable, qu'il y en a plusieurs à la fois, qu'ils empêchent de dormir, il convient de se mettre à un régime rafraichissant, de prendre quelques lavemens, de boire beaucoup de ptisane Nº. 2.
Si l'inflammation est très forte, on applique extérieurement un cataplasme de mie de pain & de lait, ou d'oseille un peu bouillie & pilée. Si elle est moins forte, l'on se sert de l'emplâtre de _mucilage_ ou _diachilon simple_ étendu sur de la peau. Le _diachilon gommé_ est plus actif; mais chez quelques personnes, il augmente si fort les douleurs, qu'elles ne peuvent pas le soutenir.
Les furoncles, qui reviennent souvent, indiquent quelque vice dans le tempéramment, & souvent un vice assez considérable, & dont les suites pourroient être à craindre; ainsi il faut chercher à en connoître la cause, & à la détruire. C'est un détail que je ne puis pas donner ici.