Avis au peuple sur sa santé ou traité des maladies les plus fréquentes

Part 21

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§. 388. Enfin le quatrieme cas, c'est quand ils percent l'estomac ou les boyaux, & qu'ils vont jusqu'à la peau, occasionnent un abcès, & se font jour eux-mêmes, ou sont tirés en ouvrant l'abcès. Ils sont souvent très long-tems à faire ce trajet. Quelquefois les douleurs sont continues, d'autres fois le malade souffre pendant quelque tems, les douleurs cessent & recommencent. L'abcès se forme ou sur l'estomac, ou dans d'autres parties du ventre; quelquefois même ces corps, après avoir percé les intestins, font des routes singulieres, & vont ressortir loin du ventre. Une aiguille avallée ressortit au bout de quatre ans à la jambe.

§. 389. Tous ces exemples, & une foule d'autres, de morts cruelles après des corps avalés, prouvent la nécessité d'être sur ses gardes à cet égard, & déposent contre l'imprudence horrible, j'oserois dire criminelle, de s'amuser de jeux qui peuvent occasionner ces malheurs, ou même de tenir dans la bouche des corps, qui échappans, deviennent cause de mort. Peut-on, sans frémir, mettre dans la bouche des aiguilles & des épingles, quand on pense aux maux horribles & à la mort cruelle qu'elles peuvent occasionner?

§. 390. L'on a vu plus haut, que quelquefois les corps arrêtés étouffoient le malade; d'autrefois on ne peut pas les faire passer, mais ils restent dans l'oesophage, sans que le malade meure, au moins d'abord. Cela arrive quand ils sont situés de façon qu'ils ne compriment pas la trachée artere, & qu'ils n'empêchent pas le passage des alimens; ce qui ne peut gueres arriver qu'aux corps pointus. Ces corps ainsi arrêtés, quelquefois occasionnent sans beaucoup de violence, une petite suppuration qui les dégage; ils ressortent par la bouche, ou tombent dans, l'estomac. D'autrefois ils occasionnent une inflammation prodigieuse qui tue le malade; ou si la matiere de l'abcès se porte en dehors, il se forme une tumeur à l'extérieur du col; on l'ouvre, & le corps ressort par-là. D'autres enfin se font une route qu'ils parcourent avec peu ou point de douleurs, & ils vont ressortir derriere le col sur la poitrine, à l'épaule, enfin en différens endroits.

§. 391. Quelques personnes étonnées des marches singulieres de ces corps, qui, par leur volume, & surtout par leur figure, paroissent ne pouvoir s'introduire dans le corps qu'en le détruisant, souhaiteront qu'on leur explique comment & où ces corps font leur route; l'on me permettra en leur faveur une courte digression; elle est peut-être d'autant moins hors de mon plan, qu'en faisant disparoître le merveilleux de la chose, elle fera tomber le préjugé superstitieux qui a souvent attribué aux sortiléges des faits de cette espece, qui s'expliquent avec beaucoup de facilité. Cette même raison est une de celles qui m'ont déterminé à étendre autant ce chapitre.

L'on trouve sous la peau, dans quelqu'endroit qu'on l'ouvre, une membrane composée de deux lames, séparées l'une & l'autre par de petites cellules qui communiquent toutes les unes aux autres, & qui sont remplies plus ou moins de graisse. Il n'y a aucune graisse dans tout le corps, qui ne soit renfermée dans cette membrane, qu'on appelle _membrane graisseuse_. Non-seulement elle se trouve sous la peau, mais de-là, en se repliant de différentes façons, elle se répand dans tout le corps, elle sépare tous les muscles, elle fait partie de l'estomac, des boyaux, de la vessie, de tous les visceres, c'est elle qui forme ce qu'on appelle la _coeffe_, ou dans les animaux, _penne_; elle fournit une enveloppe aux veines, aux arteres, aux nerfs. Dans quelques endroits elle est très épaisse & remplie de beaucoup de graisse; dans d'autres elle est extrêmement mince & dénuée de graisse; par tout elle est privée de tout sentiment. On pourroit se la représenter comme une couverture piquée, dont le coton est inégalement distribué; dans quelques endroits il y en a beaucoup; dans d'autres il n'y en a point, & les deux doubles se touchent. C'est dans cette membrane que se font les mouvemens de ces corps étrangers, & comme la communication est générale, il n'est point étonnant qu'ils aillent d'un endroit à un autre très éloigné, en parcourant de très longs chemins. Les officiers & les soldats sentent très fréquemment des bales qu'on n'a pas pû faire sortir, faire des trajets considérables.

La communication générale entre toutes les parties de cette membrane, est démontrée par un fait qui se réitere tous les jours contre les loix de la Police, les bouchers font une petite incision à la peau d'un veau, à laquelle ils appliquent un soufflet; ils soufflent fortement, & il n'y a pas une partie de tout le veau qui ne se ressente de ce gonflement artificiel. Des scélérats se sont servis de cette indigne manoeuvre, pour rendre monstrueux des enfans qu'ils faisoient voir ensuite pour de l'argent. C'est dans cette membrane que les eaux des hydropiques sont ordinairement épanchées, & dans laquelle elles suivent les mouvemens que leur imprime la pesanteur. L'on demandera; cette membrane étant traversée en différens endroits par des nerfs, des veines, des arteres, &c. qui sont des parties dont les blessures occasionneroient nécessairement des accidens fâcheux; comment n'en arrive-t-il pas? Je répons 1. que ces accidens arrivent quelquefois. 2. Qu'ils doivent cependant arriver rarement, parceque toutes ces parties qui traversent la membrane graisseuse, étant plus durs que la graisse, ces corps doivent presque nécessairement, quand ils les rencontrent, être détournés vers les graisses qui les entourent, où la résistance est beaucoup moins considérable, & cela d'autant plus sûrement, que ces corps sont toujours cilindriques.

§. 392. A tous les secours que j'ai indiqués jusqu'à présent, je dois ajouter encore quelques conseils généraux.

1º. Il est souvent utile & même nécessaire de faire une ample saignée du bras, surtout quand la respiration est extrêmement gênée, ou quand l'on ne peut pas réussir d'abord à déplacer le corps; parcequ'alors la saignée prévient l'inflammation que produiroient les irritations fréquentes. Il peut arriver que la saignée, qui jette toutes les parties dans le relâchement, opere sur-le-champ le dégagement du corps.

2º. Quand on voit que toutes les tentatives, pour retirer ou pour pousser, sont inutiles, il faut les cesser; parceque l'inflammation qu'on occasionneroit, seroit aussi fâcheuse que le mal même, & que l'on a des exemples de gens morts à cause de cette inflammation, quoique le corps eût été déplacé.

3º. Pendant qu'on fait ces tentatives, il faut faire avaler souvent au malade, ou injecter avec un canal courbe qui aille plus loin que la glotte, quelque liqueur fort émolliente, comme de l'eau tiede, ou pure, ou mêlée avec du lait, ou une décoction d'orge, de mauve, de son. Il en résulte ce double avantage; c'est que l'on adoucit par-là les parties irritées, ce qui retarde l'inflammation; & en second lieu souvent une injection faite avec force, réussit mieux pour dégager un corps charnu, que toutes les tentatives avec des instrumens.

4º. Quand on est obligé de laisser dans la gorge un corps arrêté, il faut conduire le malade tout comme s'il avoit une maladie inflammatoire; le saigner, le mettre au régime; lui envelopper tout le col avec des cataplasmes émolliens. Il convient d'employer la même méthode, quoique le corps soit déplacé, si l'on a lieu de croire qu'il y a de l'inflammation dans l'oesophage.

5º. Quelquefois un peu de mouvement dégage mieux que les instrumens. L'on sait qu'un coup de poing derriere l'épine, a souvent dégagé des corps fortement arrêtés, & j'ai deux exemples que les malades qui avoient des épingles arrêtées, étant montés à cheval, pour aller, de la campagne, chercher du secours dans la ville voisine, sentirent le corps se dégager après une heure de marche; l'un le cracha; l'autre l'avala sans mauvaise suite.

6º. Quand le danger de suffocation est pressant, que la saignée est insuffisante, qu'on n'a point d'espérance de dégager promptement le col, & que la mort est proche, si l'on ne rend pas la respiration au malade; il faut, sur-le-champ, faire la _bronchotomie_; c'est-à-dire ouvrir la trachée artere; ce qui n'est ni difficile pour un Chirurgien un peu entendu, ni fort douloureux.

7º. Quand le corps arrêté passe dans l'estomac, il faut d'abord mettre le malade à un régime très doux, éviter tous les alimens âcres, irritans, chauds; le vin, les liqueurs; ne prendre que peu d'alimens à la fois; n'en point prendre de solides, qu'après les avoir extrêmement mâchés. Le meilleur régime seroit de vivre de soupes farineuses, de quelques légumes, d'eau & de lait; ce qui vaut beaucoup mieux que l'usage des huiles.

§. 393. L'auteur de la nature a pourvu à ce qu'en mangeant, rien ne passât par la glotte, dans la trachée artere; ce malheur arrive cependant quelquefois. Il survient dans le moment une toux continue & violente, une douleur aigüe, une suffocation; tout le sang se porte à la tête; le malade est angoissé & agité par des mouvemens violens & involontaires, il meurt quelquefois sur-le-champ. Un grenadier hongrois, cordonnier de son métier, travailloit & mangeoit en même-tems, il tomba de sa chaise sans dire un seul mot; ses camarades appellerent du secours, des Chirurgiens arriverent aussi tôt; il ne donna, malgré plusieurs secours, aucun signe de vie. On trouva dans le cadavre un morceau de viande de boeuf fort gros qui étoit enfoncé dans la trachée artere, qu'il bouchoit si exactement, qu'elle ne pouvoit laisser passer le moindre air au poulmon.

§. 394. Il faut frapper fréquemment sur l'épine du dos, occasionner quelques efforts pour vomir, faire éternuer avec du poivre blanc, du muguet, de la sauge, des tabacs céphaliques quelconques, qu'on souffle fortement dans les narines. Un pois jetté en badinant dans la bouche, entra dans la trachée artere, & ressortit en faisant vomir avec de l'huile. Un petit os fut chassé en faisant éternuer avec de la poudre de muguet. Enfin si ces secours ne réussissent pas d'abord, il faut, sans hésiter, faire la _bronchotomie_ (voyez le §. précédent Nº. 6.). L'on a retiré par ce moyen des os, une féve, une arrete, & sauvé par-là les malades.

§. 395. L'on tente tout, quand il s'agit de la vie humaine. Dans le cas où un corps ne pourroit ni être dégagé de l'oesophage, ni y rester sans tuer promptement le malade, l'on a proposé de faire une incision à l'oesophage même, par laquelle on le tireroit, & d'employer le même moyen lorsqu'un corps tombé dans l'estomac, seroit de nature & occasionneroit des accidens propres à tuer promptement le malade. Quand l'oesophage est fermé, on nourrit par des lavemens de bouillon.

CHAPITRE XXX.

_Maladies chirurgicales. Des brulures, des Plaies, des Meurtrissures, des Ulceres, des Membres gelés, des Hernies, des Clous, des Panaris, des Verrues & des Cors._

§. 396. Les paysans sont exposés par leurs travaux, à plusieurs accidens extérieurs; coupures, meurtrissures &c. qui, quelques graves qu'ils soient, se termineroient presque toujours aisément, & cela par une suite de la nature du sang, qui a ordinairement beaucoup moins d'âcreté que dans les villes; mais un traitement pernicieux rend souvent facheux les maux les plus legers en eux-mêmes; & j'ai vu un si grand nombre de ces malheurs, qu'il me paroit nécessaire d'indiquer ici le traitement qui convient à ces maux externes, quand ils n'exigent pas nécessairement la main du Chirurgien. Je dirai aussi un mot de quelques maladies extérieures, qui dépendent cependant d'une cause interne.

_Des Brulures._

§. 397. Quand la brulure est très legere, & qu'il n'y a point de vessie levée, il suffit d'y mettre une compresse trempée dans l'eau fraiche, & de la changer tous les quarts d'heures, jusques à ce qu'on ne sente plus de douleur. Quand il s'est levé une vessie, il faut y faire une très petite ouverture, qui laisse écouler l'humeur, & l'on applique dessus une compresse de linge très fin, enduite de la pommade Nº. 63, qu'on change deux fois par jour. Si la peau est brulée & les chairs mêmes endommagées, il faut se servir de la même pommade; mais au lieu d'une compresse, il faut se servir de charpie, qui s'applique plus exactement; & par dessus la charpie, on met une simple toile cirée, que chacun peut aisément préparer, Nº. 64, ou, si l'on veut, un _sparadrap_, Nº. 65. Mais indépendamment de ces secours extérieurs, qui sont les plus efficaces qu'on puisse employer; quand la brulure est très forte & très enflammée, & qu'on craint les progrès & les suites de cette inflammation, il faut employer les mêmes remedes que dans les fortes inflammations. L'on doit faire une saignée, & _mettre au régime_; ne faire boire que les ptisanes Nº. 2 ou 4, & donner tous les jours deux lavemens simples.

Quand le mal est proche de sa fin, & qu'il ne reste plus qu'une très petite plaie, il suffit d'appliquer le sparadrap Nº. 65.

_Des Plaies._

§. 398. Si une plaie a pénétré dans l'intérieur des cavités, & a blessé quelque partie contenue dans la poitrine & dans le ventre; si sans pénétrer dans les cavités, elle a ouvert quelque grosse artere; si elle a blessé quelque nerf, ce qui occasionne des accidens beaucoup plus violens qu'ils ne devroient être sans cela; si elle est allée jusques à l'os, & qu'il ait souffert; enfin s'il survient quelque symptôme extraordinaire, il faut nécessairement appeller un Chirurgien. Mais quand la plaie n'est accompagnée d'aucune de ces circonstances, qu'elle n'intéresse que la peau, les graisses, les chairs, & des petits vaisseaux, l'on peut la panser aisément sans secours, parcequ'ordinairement tout se réduit à la préserver des impressions de l'air, & à donner cependant issue au pus.

§. 399. Si le sang ne sort d'aucun vaisseau considérable, mais coule à-peu-près également de tous les points de la plaie, on peut hardiment le laisser couler, pendant qu'on prépare promptement de la charpie. Quand elle est prête, on en met ce qu'on peut dans la plaie, sans la presser, ce qui seroit très facheux, & auroit les mêmes inconvéniens que les tentes & les bourdonnets; on la couvre avec une compresse huilée avec un peu d'huile d'olive, ou la toile cirée Nº. 64, je préfere la compresse pour les premiers pansemens; & l'on soutient le tout avec une bande large de deux doigts, longue proportionnellement au volume de la partie qu'il faut bander, & qu'on serre assez pour qu'elle ne se dérange pas; assez peu, pour qu'elle n'occasionne aucune inflammation. On laisse cet appareil vingt-quatre heures; les plaies étant d'autant plutôt guéries, qu'on les panse moins souvent. Alors on ôte la charpie qu'on peut ôter aisément; & s'il y en a qui se soit attachée par le dessechement du sang, on la laisse, l'on se contente d'en remettre un peu de nouvelle, & le reste du pansement se fait comme la premiere fois.

Au bout de vingt-quatre heures, on trouve ordinairement la premiere charpie détachée, & la plaie commence à suppurer. On continue à y mettre un peu de charpie, point serrée, & d'appliquer la toile cirée. Quand la plaie est devenue tout-à-fait superficiele, il suffit d'appliquer la toile cirée, ou le sparadrap Nº. 65, sans charpie.

Les personnes qui ont quelque prédilection pour les huiles impregnées des vertus de quelques plantes, peuvent, si cela augmente leur confiance, employer celles de millepertuis, de trefle, de lis, de camomille, de balsamines, de roses rouges.

§. 400. Quand la plaie est considérable, on doit s'attendre qu'elle s'enflammera, avant que la suppuration, qui alors paroit plus tard, ait pû s'établir, & que cette inflammation sera accompagnée de douleurs, fiévre, quelquefois de rêveries; il faut dans ce cas, au lieu de la compresse ou de la toile cirée, appliquer un cataplasme de mie de pain & de lait, dans lequel on met un peu d'huile, afin qu'il ne s'attache pas; & on le change, sans toucher à la plaie, deux & même trois fois par jour.

§. 401. S'il y avoit quelque vaisseau un peu gros ouvert, il faudroit appliquer dessus un morceau d'agaric de chêne, Nº. 66, dont on devroit avoir par-tout. On le contient en appliquant dessus beaucoup de charpie, & en couvrant le tout avec une grosse compresse, & un bandage un peu plus serré qu'à l'ordinaire. Si cela ne suffisoit pas, & que la plaie fût à un bras, ou à une jambe, il faudroit faire une forte ligature, en dessus de la plaie, avec un tourniquet, qui se fait dans le moment, avec un écheveau de fil, ou de chanvre, qu'on passe autour du bras en forme d'anneau; on introduit entre deux une piece de bois épaisse d'un pouce, & longue de quatre ou cinq, & en tournant cette piece de bois, on serre autant que l'on veut; tout comme le paysan serre un tonneau, ou une piece de bois sur sa charette, avec la chaîne & le levier ou garrot. Mais il faut avoir soin; 1. d'arranger l'écheveau de façon qu'il conserve une largeur de deux pouces; & 2. de ne pas serrer assez fort pour occasionner une inflammation, qui dégénereroit bientôt en gangrene.

§. 402. Tous les éloges prodigués à une quantité d'onguens, sont une pure charlatannerie; l'art ne contribue pas le moins du monde à la guerison des plaies; c'est la nature qui fait tout; & tout ce que nous pouvons, c'est d'éloigner les obstacles qui s'opposent à la réunion. Pour cela, s'il y a quelque corps étranger dans la plaie, comme fer, plomb, bois, verre, morceaux d'habits & de linge, il faut les ôter, si l'on peut le faire avec beaucoup de facilité, si-non, il faut s'adresser à un bon Chirurgien, qui décide quel parti l'on doit prendre. Ensuite on panse comme je l'ai dit. Bien loin d'être utiles, il y a beaucoup d'onguens qui pourroient faire beaucoup de mal; & les seuls cas dans lesquels on doit en employer, c'est quand il y a dans la plaie quelques vices, qu'il faut détruire par des secours particuliers; mais une plaie fraiche, dans un homme sain, n'en veut point d'autres que ceux que je viens d'indiquer, & ceux du régime.

Les applications spiritueuses sont ordinairement nuisibles. Quand les plaies sont à la tête, au lieu de la compresse huilée, ou du sparadrap, on couvre la plaie avec une emplâtre de bétoine, ou si l'on n'en a point, on trempe la compresse dans du vin chaud.

§. 403. Comme les accidens qu'on a à craindre, sont ceux de l'inflammation, les secours qu'on doit employer, sont ceux qui détruisent cette maladie; la saignée, le régime, les rafraichissans, les lavemens. Quand la plaie est très legere, il suffit de ne rien prendre d'échauffant; & sur-tout il faut retrancher l'usage du vin & de la viande. Quand elle est considérable, & qu'on craint l'inflammation, il faut nécessairement faire une saignée, ordonner un repos total, & mettre au régime: quelquefois même, il faut réitérer la saignée. Ces secours sont sur-tout indispensablement nécessaires, quand la blessure a attaqué quelque partie intérieure; & il n'y a pas de remede plus sûr, qu'une diette extrêmement legere. Des malades jugés ne devoir vivre que quelques heures, après des plaies de la poitrine, du bas-ventre, des reins, ont été complettement guéris, en ne vivant, pendant plusieurs semaines, que de ptisane d'orge, ou d'autres ptisanes farineuses, sans sel, sans bouillon, sans aucun remede quelconque, & sur-tout sans onguents.

§. 404. Les baumes & les plantes vulnéraires si vantés, sont très nuisibles, pris intérieurement, parceque leur usage donne la fievre & qu'il faut l'abattre.

§. 405. Autant la saignée, faite modérément, est utile, autant son excès est nuisible. Les grandes blessures sont ordinairement accompagnées d'une hémorrhagie considérable, qui épuise déja le malade, & souvent la vitesse du pouls est une suite de cette hémorrhagie. Si, dans ces circonstances, l'on ordonne encore des saignées, l'on détruit totalement les forces; les humeurs croupissent, se corrompent; la gangrene survient, & le malade meurt misérablement, au bout de deux ou trois jours, par une suite des saignées, & non pas de la blessure. Le Chirurgien se glorifie de dix, douze, quinze saignées, & prouve que la blessure étoit nécessairement mortelle, puisque tant de sang répandu, n'a pas pu sauver le malade; pendant que c'est réellement cette profusion qui l'a tué. Les plaisirs de l'amour sont mortels aux blessés.

_Des Meurtrissures._

§. 406. L'on appelle meurtrissure ou contusion, _cassein_, parmi le peuple, l'effet du coup d'un corps non tranchant, sur le corps de l'homme ou d'un animal; soit qu'il soit jetté contre l'homme, comme quand on reçoit un coup de pierre ou de bâton; soit que l'homme soit porté contre lui, comme dans une chûte; soit enfin que l'on se trouve serré entre deux corps, comme quand le doigt est pris entre la porte & le montant, ou tout le corps froissé entre une voiture & une muraille. Les meurtrissures sont encore plus fréquentes à la campagne que les plaies, & ordinairement plus dangereuses; d'autant plus que souvent on ne peut pas juger exactement de tout le mal, & que le désordre qui se manifeste d'abord, n'est qu'une petite partie du mal réel; souvent même il ne s'en manifeste point d'abord, & il ne se déclare que quand il n'est plus tems d'y remédier.

Il n'y a que quelques semaines, qu'un Tonnelier vint me consulter; sa respiration, sa physionomie, la vitesse, la petitesse & le peu de régularité de son pouls, me firent d'abord juger qu'il y avoit du pus dans la poitrine. Il alloit & venoit cependant encore, & travailloit même à quelques fonctions de son métier. Il avoit fait une chûte en remuant des tonneaux, & tout le poids de son corps avoit porté sur le côté droit de la poitrine. Il ne sentit cependant presque rien d'abord; mais quelques jours après, il commença à avoir une douleur sourde dans cette partie, qui continua & amena la gêne dans la respiration, la foiblesse, le mauvais sommeil, le manque d'appétit. Je lui ordonnai le repos; je lui défendis la viande & le vin, & je lui conseillai la ptisane d'orge, avec un peu de miel, bue abondamment. Il ne suivit exactement que le dernier conseil. Quelques jours après, l'ayant rencontré, il me dit qu'il se trouvoit mieux. Dans la même semaine, je sûs qu'on l'avoit trouvé mort dans son lit: l'abcès s'étoit surement rompu, & l'avoit étouffé.

Un jeune homme, emporté par un cheval, fut froissé contre la porte d'une écurie, sans ressentir d'abord aucun mal. Au bout d'une douzaine de jours, il eut les malaises qu'on a au commencement d'une fievre: l'on crut qu'il avoit une fievre putride, & il fut très mal traité pendant plus d'un mois. Enfin une consultation décida qu'il y avoit du pus dans la poitrine; on l'envoya chez lui, & l'opération de l'empyeme put heureusement le guérir. J'ai cité ces deux exemples, pour prouver le danger qu'il y a à négliger les coups violens.

Ces deux malades auroient évité vraisemblablement, l'un, la mort, l'autre, une maladie longue & cruelle, s'ils avoient pris, d'abord après l'accident, les précautions nécessaires dans ces cas.

§. 407. Quand une partie est meurtrie, il arrive de deux choses l'une, & ordinairement toutes deux à la fois, sur-tout si la meurtrissure est un peu considérable; ou les petits vaisseaux de la partie meurtrie sont brisés, & le sang qu'ils contenoient s'épanche dans le voisinage; ou, sans épanchement, ces vaisseaux perdent leur force, &, n'aidant plus la circulation, le sang croupit. Dans l'un & l'autre cas, si la nature, ou seule, ou aidée, n'y remédie pas, il survient une inflammation, suppuration de mauvaise espece, pourriture, gangrene, sans parler des accidens qui dépendent de la meurtrissure de quelque partie particuliere, comme nerf, gros vaisseau, os. L'on comprend aussi tous les dangers de la meurtrissure, quand elle a attaqué quelque partie intérieure, & que le sang s'est épanché, ou que la circulation ne se fait plus dans quelque partie importante à la vie: c'est-là la cause de la mort subite des personnes qui ont fait quelque chûte violente, ou reçu quelques corps pesants sur la tête, ou quelques coups, sans qu'il paroisse aucun mal extérieurement.