Avis au peuple sur sa santé ou traité des maladies les plus fréquentes

Part 14

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§. 226. Les causes de cette maladie sont: un long usage des viandes, sans légumes, sans fruits, sans acides; des alimens mal conditionnés, comme le pain fait avec de mauvaises graines; des viandes corrompues (huit personnes mangerent du poisson gâté; elles furent toutes attaquées d'une fievre maligne, & il en périt cinq, malgré les soins des plus habiles Médecins); la disette; un air trop chaud & trop humide, un air surtout qui réunit ces deux qualités; aussi ces maladies sont fréquentes dans les années chaudes, au bord des étangs & des marais: un air enfermé, surtout s'il est habité par plusieurs personnes; un principe singulier de corruption dans l'air; les chagrins.

§. 227. Les symptomes des fievres malignes sont, je l'ai déja dit, une perte totale des forces, sans aucune cause précédente sensible, qui ait pu les détruire; en même tems un abbattement de l'ame, qui devient presqu'insensible à tout, & même à la maladie; un changement prompt dans le visage, & sur-tout dans les yeux; de petits frissons qui, en vingt-quatre heures, se renouvellent plusieurs fois, avec de petits accès de chaleur; quelquefois un grand mal de tête & de reins, d'autrefois il n'y a point de douleur. Des especes de défaillance, dès le commencement du mal, ce qui est toujours fâcheux; point de bon sommeil, souvent un demi-assoupissement; une rêverie légere & sourde, qui se manifeste sur-tout par l'air extraordinaire & étonné du malade, qui paroît s'occuper profondément de quelque chose, & qui ne pense à rien. Quelques malades ont cependant des rêveries violentes. Un sentiment de pesanteur, d'autrefois de serrement dans le voisinage du creux de l'estomac. Le malade paroît avoir beaucoup d'angoisse. Il a quelquefois de légers mouvemens convulsifs, dans le visage, dans les mains, & même dans les bras & les jambes; les sens paroissent s'engourdir. J'ai vu plusieurs malades perdre les cinq sens; & quelques-uns ont guéri. La voix s'altere, s'affoiblit; quelquefois elle se perd entierement. Il n'est point rare de voir des malades, qui ne voient, n'entendent, ni ne parlent. Quelques-uns ont une douleur fixe dans quelque partie du bas-ventre. Elle dépend d'un engorgement, qui finit souvent par la gangrene; aussi ce symptome est très fâcheux. La langue est quelquefois très peu changée; d'autrefois, chargée d'un sédiment d'un jaune brun; plus rarement seche que dans les autres especes de fievre; quelquefois cependant elle ressemble exactement à une langue long-tems fumée. Le ventre reste quelquefois très mol; d'autrefois il est tendu. Le pouls est foible; quelquefois assez régulier; toujours plus vite que dans l'état naturel; quelquefois même très vite; & je l'ai toujours trouvé tel, quand le ventre étoit tendu. La peau n'est souvent, ni froide, ni chaude, ni seche, ni humide; elle se couvre souvent de taches pétéchiales, (ce sont de petites taches d'un rouge livide) sur tout au col, autour des épaules, au dos; d'autrefois ce sont de plus grandes taches brunes, comme après des coups de bâton. Les urines sont presque toujours crues, c'est-à-dire, moins colorées qu'à l'ordinaire. J'en ai vu qu'on ne pouvoit point à l'oeil distinguer du lait. Il y a quelquefois une diarrhée noire & fétide, qui est mortelle, si elle ne soulage pas. Il se forme chez quelques malades, des ulceres livides, dans l'intérieur de la bouche & dans le palais; d'autrefois il se fait des dépôts, dans les glandes qui sont aux aines, sous les aisselles, entre les oreilles & la machoire; ou il se forme une gangrene dans quelque partie, aux pieds, aux mains, au dos. Les forces se perdent entierement; le cerveau s'embarrasse tout-à-fait. Le malade étendu sur son dos, meurt souvent avec des convulsions, une sueur prodigieuse, & la poitrine embarrassée. Quelquefois ce sont des hémorragies qui tuent: elles sont presque toujours mortelles dans cette maladie. Il y a dans cette fievre, comme dans toutes les autres, un redoublement le soir.

§. 228. Le terme de ces maladies est, comme celui des fievres putrides, très irrégulier. L'on meurt quelquefois le septiéme ou le huitiéme jour; plus ordinairement entre le douziéme & le quinziéme; souvent au bout de cinq ou six semaines: cela dépend de la force de la maladie. Il y en a dont les commencemens sont tout-à-fait lents, & pendant les premiers jours, le malade, avec beaucoup de foiblesse, & un air très changé, se croit à peine malade.

Il en est du terme de la guérison, comme de celui de la mort. Il y a des malades hors de danger au bout de quinze jours, & même plutôt, d'autres seulement au bout de quelques semaines.

Les signes qui annoncent une guérison sont: un peu plus de force dans le poulx; des urines plus cuites, moins d'abbattement & de découragement, le cerveau plus net, une chaleur égale, une sueur chaude, médiocrement abondante, sans angoisse, le retour des sens perdus pendant la maladie, quoique ce ne soit point un mal quand le malade devient sourd, si en même-tems les autres symptômes s'amandent.

Cette maladie laisse ordinairement beaucoup de foiblesse, & il faut long-tems, avant que les malades aient repris entiérement leurs forces.

§. 229. Il est plus important, dans cette maladie, soit pour le malade, soit pour les assistans, que dans aucune autre, de rafraîchir & de purifier l'air. Il faut souvent bruler du vinaigre dans la chambre, & avoir presque toujours une fenêtre ouverte. La diette doit être legere & aigre. On peut donner du jus d'oseille; mettre du jus de citron dans les farineux; manger des fruits aigres, comme griottes, groseilles, merises, & pour ceux qui sont en état, citrons, oranges, grenades. L'on doit aussi changer les linges le plus souvent possible. La saignée est rarement nécessaire, & les exceptions ne peuvent être déterminées sûrement qu'en voyant le malade. Les lavemens sont souvent très peu nécessaires, quelquefois dangereux. La boisson ordinaire doit être une ptisane d'orge rendue aigre avec l'esprit acide Nº. 10, dont on met deux gros sur une pinte, ou de la limonade. Il est important d'évacuer les premieres voies, où il y a ordinairement une quantité de matieres corrompues. Pour cela l'on donne la poudre Nº. 34, & ordinairement, après son effet, le malade est mieux au moins pendant quelques heures. Il est très important de donner ce remede dans les commencemens; mais quand on l'a négligé, on peut le donner plus tard, moyennant qu'il ne soit point survenu d'inflammation particuliere, & qu'il reste encore un peu de force au malade. Je l'ai donné, & avec un succès marqué, le vingtieme jour. Après avoir enlevé par ce reméde une grande partie des matieres qui contribuent à entretenir la fiévre, l'on fait prendre, de deux jours l'un, tant que la maladie dure, quelquefois même tous les jours, une prise de crême de tartre & de rhubarbe Nº. 37. Ce remede évacue les matieres corrompues, prévient la corruption des autres, chasse les vers qui sont très fréquens dans ces maladies, que le malade rend quelquefois par en haut & par en bas, & qui ont souvent beaucoup de part aux accidens bisarres qu'on observe: enfin il fortifie les intestins; & sans arrêter les évacuations nécessaires, il modere la diarrhée quand elle est nuisible. Si avec la diarrhée la peau est séche, & qu'en arrêtant la diarrhée on veuille aider la transpiration, on peut, au lieu de rhubarbe, mêler à la crême de tartre de l'ipecacuana Nº. 38, qui, donné à petites doses & fréquemment, arrête la diarrhée & chasse le venin à la peau. Les remedes Nº. 37 & 38 se prennent le matin; deux heures après il faut commencer la potion Nº. 39, & la continuer réguliérement de trois en trois heures, jusqu'à ce qu'on l'interrompe pour redonner l'un des remedes Nº. 37 ou 38, & on la recommence ensuite jusqu'à ce que le malade soit beaucoup mieux. Si les forces étoient extrêmement abattues, & que le malade eut des foiblesses fréquentes & des angoisses, il faudroit donner avec chaque prise de potion un bol Nº. 40. Si la diarrhée étoit très forte, on joindroit une ou deux fois par jour à ce bol, vingt grains, ou la grosseur d'une petite féve de _diascordium_; ou, si l'on n'en avoit point, de _thériaque_. Quand, malgré ces secours, le malade reste dans son état de foiblesse & d'insensibilité, il faut appliquer de grands vésicatoires au gras des jambes ou à la nuque: quelquefois même, quand il y a beaucoup d'assoupissement ou d'embarras de cerveau, on les met avec grand succès sur toute la tête. On les fait suppurer abondamment; & s'ils se séchent au bout de quelques jours, on en remet d'autres. Il faut entretenir long-tems un écoulement. Dès que le mal est assez amandé, pour que le malade soit quelques heures avec très peu ou point de fiévre, il faut profiter de cet intervalle pour donner six, ou au moins cinq prises du reméde Nº. 14, & réitérer la même dose le lendemain, ce qui arrête les accès. On continue ensuite à en donner deux doses pendant quelques jours. Dès qu'il n'y a plus de fiévre, on met le malade au régime des convalescens §. 42; & si les forces ne reviennent pas, on lui donne avec succès pour les rétablir plus vîte, deux prises par jour, une à jeun, & l'autre douze heures après, de la thériaque des pauvres Nº. 41, qu'il seroit à souhaiter qu'on introduisît dans toutes les apoticaireries, comme un excellent stomachique fort à préférer à cet égard à l'autre thériaque, qui est une composition ridicule, chere & souvent dangereuse. Il est vrai que celle des pauvres ne fait pas dormir; mais quand on veut procurer du sommeil, il y a beaucoup d'autres remédes qui valent mieux que la thériaque. Ceux qui ne craindront pas la dépense, au lieu du reméde Nº. 41, continueront à prendre tous les jours, pendant quelques semaines, trois prises du Nº. 14.

§. 230. L'on a dans les campagnes, sur le traitement de ces fiévres, un préjugé qu'il faut détruire, non-seulement parcequ'il est faux & ridicule, mais encore parcequ'il est dangereux. L'on imagine que des animaux peuvent attirer le venin; pour cela on met ou des poules, ou des pigeons, ou des chats, ou des cochons de lait aux pieds ou sur la tête du malade, après les avoir ouverts en vie. On les retire quelques heures après corrompus & répandans une odeur horrible; on se persuade que c'est le venin dont ils sont chargés. C'est une erreur, ils puent non point parcequ'ils ont tiré le venin, mais parcequ'ils se sont pourris par l'humidité & par la chaleur, & ils n'ont que l'odeur qu'ils auroient si on les avoit mis dans tout autre endroit que le corps du malade, également chaud & humide. Bien loin d'ôter le venin, ils augmentent la corruption, & il n'y auroit qu'à appliquer plusieurs de ces animaux sur un corps sain, dans le lit, & le laisser long-tems dans cet air, pour lui donner une fiévre maligne. Dans le même but, on attache un mouton au pied du lit pendant plusieurs heures; ce qui n'est pas aussi dangereux, quoique ce soit toujours un mal, parceque plus il y a d'animaux dans la chambre, plutôt l'air est corrompu, mais cela est tout aussi peu sensé. Il est bien certain que les animaux qui environnent le malade, respirent le venin qui sort de son corps; mais ils n'en font pas sortir: au contraire, en contribuant aussi à corrompre l'air, ils augmentent la maladie. Du faux principe, on tire une fausse conséquence; l'on dit que si le mouton meurt, le malade guérira: ordinairement le mouton ne meurt pas, & quelquefois cependant le malade guérit, d'autrefois ils meurent tous les deux.

§. 231. Souvent la cause qui produit les fiévres malignes, s'allie avec d'autres maladies, & en augmente extrêmement le danger: elle se mêle, par exemple, avec le venin de la petite vérole & celui de la rougeole. On le connoît par la réunion des accidens qui caractérisent la malignité avec les symptômes de ces maladies. Ces cas sont extrêmement dangereux; ils demandent toute l'attention d'un Médecin, & il n'est pas possible d'en prescrire ici le traitement, qui dépend, en général, de la combinaison du traitement des deux maladies; mais la malignité demande ordinairement le plus d'attention.

CHAPITRE XVIII.

_Des Fiévres d'accès._

§. 232. Les fiévres d'accès, que le peuple appelle fiévres tremblantes, «sont celles qui, après un accès de quelques heures, diminuent sensiblement ainsi que les symptômes, & cessent enfin absolument, de façon cependant que l'accès revient ensuite». Il y en a toujours beaucoup dans tous les lieux où l'on respire un air marécageux.

§. 233. Il y en a de plusieurs especes. Elles tirent leurs noms de l'ordre dans lequel les accès reviennent. Si l'accès revient tous les jours, c'est ou une vraie quotidienne, ou une double tierce. On peut les distinguer l'une de l'autre, en ce que dans la quotidienne les accès sont longs & se ressemblent tous. Elle n'est pas fréquente. Dans la double tierce ils sont moins longs, & il y en a alternativement un plus leger & un plus fort. Dans la fiévre tierce, les accès reviennent de deux jours l'un. Dans la quarte, seulement le quatrieme jour, & le malade a deux jours de bons. Les autres especes sont très rares. J'ai vu une véritable quinte; & une véritable septimane, qui revenoit tous les dimanches.

§. 234. Le premier accès de fiévre intermittente, attaque souvent dans le tems qu'on se croit le mieux portant. D'autres fois, il est précédé par un sentiment de froid & d'engourdissement, qui dure quelques jours avant que l'accès se déclare. Il commence par des bâillemens, des lassitudes, une foiblesse, des froids, des frissons, des tremblemens; par la pâleur des extrémités, par des nausées, & quelquefois par un vomissement. Le pouls est vîte, foible & petit, & la soif assez grande.

Au bout d'une heure ou deux, rarement trois ou quatre, il survient une chaleur qui augmente insensiblement, & devient extrême. Alors le corps devient rouge, l'anxiété diminue, le pouls est plus fort & plus grand, la soif est excessive, le malade se plaint d'un mal de tête violent & d'une douleur dans tous les membres, enfin l'on tombe dans une sueur générale de quelques heures. Tous les symptômes, dont on vient de parler, diminuent, & souvent le sommeil survient. Après ce sommeil, le malade se réveille souvent sans fiévre; il ne lui reste alors qu'une lassitude & de la foiblesse. Quelquefois le pouls, entre les accès, est dans son état naturel, souvent il reste un peu plus vîte qu'en santé, & ne reprend sa premiere lenteur que quelques jours après le dernier accès. Un des symptômes qui caractérise le plus particulierement les fiévres d'accès, c'est la nature des urines que le malade rend sur la fin de l'accès. Elles sont rougeâtres, & elles déposent un sédiment qui ressemble exactement à de la brique pilée. Quelquefois elles sont écumeuses, & il se forme au-dessus une pellicule qui s'attache aux côtés du verre.

§. 235. La durée de chaque accès n'est point fixe, elle varie suivant l'espece de la fiévre & plusieurs autres circonstances. L'accès revient quelquefois précisément à la même heure; d'autre fois chaque accès avance d'une, deux, trois heures; quelquefois ils retardent d'autant. L'on a cru remarquer que les fiévres dont les accès anticipoient, se terminoient plutôt que les autres; mais ce n'est point une régle générale.

§. 236. L'on distingue les fiévres d'accès, en fiévres de printems ou d'automne. L'on appelle fiévres de printems, celles qui régnent depuis le mois de Février jusqu'à la fin de Juin; fiévres d'automne, celles qui régnent depuis le mois de Juillet jusqu'au mois de Janvier. Leurs caracteres essentiels sont les mêmes. Ce ne sont point proprement des maladies différentes; mais les circonstances qui les accompagnent méritent quelqu'attention. Les circonstances dépendent de la saison & de la constitution des corps dans ces saisons. Les fiévres de printems sont quelquefois jointes à une disposition inflammatoire; parceque c'est la disposition des corps dans ce tems là; & comme tous les jours la saison devient plus favorable, elles sont ordinairement assez courtes. Celles d'automne sont souvent mêlées d'un principe de putridité, & comme la saison devient fâcheuse, elles sont plus opiniâtres.

§. 237. Les fiévres d'automne commencent très rarement en Juillet, beaucoup plus souvent en Août, & leur longueur a répandu cette frayeur qu'on a des fiévres qui commencent dans ce mois; mais le préjugé a cru que leur danger venoit des influences du mois d'Août: c'est une misérable erreur, il vaut mieux qu'elles commencent en Août que dans les mois suivans, parcequ'elles sont d'autant plus opiniâtres, qu'elles paroissent plûtard. Ces fiévres s'annoncent quelquefois comme des fiévres putrides, & ce n'est qu'au bout de quelques jours qu'elles se réglent en fiévres d'accès; mais il n'y a pas de danger à s'y tromper, & à employer le traitement marqué pour les fiévres putrides. Le sédiment couleur de brique, & sur-tout la pellicule au-dessus des urines, sont ordinaires dans les fiévres d'automne, & manquent souvent dans celles de printems. «Dans celles-ci les urines sont d'ordinaire moins rouges, & tirent plutôt sur le jaune; il se forme dans le milieu une espece de nuage. Elles déposent un sédiment blanc, qui est d'un bon augure».

§. 238. Ordinairement les fiévres d'accès ne sont pas mortelles. Celles de printems se dissipent même souvent sans aucun remede après quelques accès. Il n'en est pas de même de celles d'automne, qui durent très long-tems, & même quelquefois jusqu'au printems, si on les laisse sans remede, ou si on ne les traite pas bien. Les fiévres quartes sont toujours plus rebelles que les tierces; ce sont celles que les malades gardent quelquefois pendant des années. Dans les pays marécageux, quand on a la fiévre, non-seulement elle est très longue, mais elle a de fréquentes récidives.

§. 239. Quelques accès de fievre ne sont pas extrêmement nuisibles. Il arrive même quelquefois, qu'ils produisent quelque changement favorable dans la santé, & détruisent quelques maladies de langueur. Mais on se trompe en les regardant généralement comme salutaires. S'ils durent long-tems, s'ils sont longs & violens, ils affoiblissent tout le corps, ils dérangent toutes les fonctions, & surtout les digestions; ils rendent les humeurs âcres, & jettent dans plusieurs maladies chroniques, entre autres la jaunisse, l'hydropisie, l'asthme, & les fiévres lentes. Quelquefois les vieillards et les gens très foibles meurent dans l'accès; & c'est toujours dans le tems du froid.

§. 240. L'on a un remede immanquable pour la guerison de ces fiévres; c'est le _Kina_ ou _Kinkina_; ainsi l'on est toujours sûr de les dissiper, & il n'y a de difficulté que celle de savoir, s'il n'y a point d'autre cause de maladie compliquée avec la fievre. S'il y en a, il faut les détruire par leurs remedes particuliers.

§. 241. Dans les fiévres de printems, si les accès ne sont pas violens, si le malade est bien entre les accès, que son appétit, ses forces, son sommeil, ne se perdent pas, il ne faut rien faire du tout, que mettre le malade _au régime des convalescens_. §. 42, 45. C'est celui qui convient dans toutes les fievres d'accès; parceque si on les mettoit au régime des maladies aigües, on les affoibliroit inutilement; & si l'on ne retranchoit rien de leurs alimens, comme il ne se fait point de digestion pendant tout le tems de l'accès, & que l'estomac est toujours un peu affoibli, il se formeroit des crudités qui entretiendroient la fiévre. L'on doit ne point prendre d'alimens solides au moins deux heures avant l'accès. Si la fiévre revient, après le sixieme ou le septieme, & que le malade ne paroisse avoir aucun besoin de purger, ce qu'on apprendra à connoître dans le chapitre des remedes de précaution §. 416, on lui donne le quinquina, qui est la poudre Nº. 14. Si la fiévre est quotidienne, ou double tierce, on en donne trois quarts d'once, ou six prises, entre deux accès; & comme l'on n'a que dix ou douze, tout au plus quatorze ou quinze heures, il ne faut mettre qu'une heure & demie d'intervalle entre chaque prise. On peut placer un seul bouillon, dans tout ce tems-là, entre deux prises.

Quand la fiévre est tierce, il faut en donner une once, ou huit prises. On en prend une de trois en trois heures. Quand elle est quarte, j'en donne une once & demie de la même façon. Il est inutile de vouloir arrêter les accès avec de moindres doses. C'est en les donnant trop petites qu'on échoue si souvent, & l'on croit le remede inutile; au lieu qu'il ne l'est que par la faute de ceux qui l'emploient. Il faut que la derniere prise soit donnée deux heures avant l'accès.

Souvent après ces doses de kina, l'accès manque; mais soit qu'il manque, ou qu'il revienne, il faut après que son tems est passé, en redonner la même quantité, qui emporte certainement le second accès. On continue ensuite, pendant six jours, de donner la moitié de cette dose, entre le tems qu'auroient rempli ces accès, s'ils étoient venus; & pendant tout ce tems-là le malade prend le plus d'exercice qu'il peut.

§. 242. Si les accès sont très forts, le mal de tête très violent, le visage rouge, le pouls plein & dur; s'il y a de la toux; si lors même que l'accès est passé, le pouls conserve de la dureté; si les urines sont ardentes, la langue fort seche, il faut saigner & faire boire beaucoup de ptisane d'orge Nº. 3. Ces deux remedes mettent ordinairement dans l'état décrit §. 241. L'on peut donner, dans un jour libre, trois ou quatre prises de la poudre Nº. 23. & ensuite l'on abandonne la maladie pendant quelques accès. Si elle ne finit pas, on vient au quinquina.

Si le malade, hors même des accès, avoit la bouche mauvaise, du dégoût, des maux de reins, des douleurs de genou; on pourroit le purger, avant que de lui donner le quinquina, avec la poudre Nº. 21 ou la potion Nº. 22.

§. 243. Dans les fiévres d'automne, si elles s'annoncent continues à-peu-près comme les fiévres putrides, on fait prendre abondamment de la ptisane d'orge Nº. 3; & au bout de deux ou trois jours, si les signes d'embarras dans l'estomac continuent, on donne le remede Nº. 33 ou celui Nº. 34[14]. Après ce remede si les signes de putridité continuent encore, on purge avec plusieurs prises de la poudre Nº. 23, ou, les gens robustes, avec celle Nº. 21; & quand la fiévre est tout-à-fait reglée, on donne le quinquina comme §. 241. Mais comme les fiévres d'automne sont plus opiniâtres, après l'avoir discontinué huit jours, quoiqu'il ne soit revenu aucun accès, il faut le redonner encore pendant huit autres jours, trois prises par jour; surtout si la fiévre étoit quarte; & même dans cette espece, je l'ai souvent fait prendre six fois, de huit en huit jours. Le peuple aura de la peine à se soumettre à cette cure, qui est couteuse par le prix du quinquina; mais je n'ai pas cru que cela dût m'empêcher de l'indiquer comme la seule qui soit certaine, car rien ne peut remplacer le quinquina; c'est le seul remede sûr, c'est le seul innocent dans tous les cas. L'on a été imbu pendant long-tems de préjugés contraires. L'on croyoit qu'il gâtoit l'estomac; & pour prévenir cela, on donnoit à manger une heure après. Bien loin de gâter l'estomac, c'est le remede du monde qui le fortifie & le rétablit le mieux; & c'est une coutume nuisible, quand on est obligé de le donner souvent, que de manger une heure après. L'on croyoit qu'il laissoit des obstructions, & qu'il conduisoit à l'hydropisie. Ce qui obstrue & conduit à l'hydropisie, c'est la longueur de la fiévre. Non-seulement le quinquina empêche ce malheur, mais lorsqu'il est arrivé, parcequ'on ne s'en est pas servi, son usage guérit cette maladie. En un mot, s'il y a quelque maladie jointe à la fiévre, quelquefois cela empêche l'effet du quinquina sans le rendre nuisible. Mais quand la fievre est seule, il a toujours fait, & fera toujours, tout le bien possible. Je parlerai ailleurs des moyens qui peuvent y suppléer quoiqu'imparfaitement.

[14] Voyez, §. 223, les cas dans lesquels on doit employer ce second remede, préférablement au premier.

§. 244. Dès qu'on a commencé le quinquina, il faut bien se garder de se purger, la purgation redonneroit la fiévre.