Avis au peuple sur sa santé ou traité des maladies les plus fréquentes
Part 13
§. 204. Chez quelques malades, le mal s'annonce plusieurs jours à l'avance, par une petite toux fréquente & seche, sans aucun autre mal. Plus ordinairement elle s'annonce par un mal-aise général, des alternatives de frissons & de chaleur, un mal de tête violent chez les adultes, un assoupissement chez les enfans, un mal de gorge très fort, &, ce qui caractérise la maladie, une rougeur & une chaleur considérables dans les yeux, accompagnées d'un gonflement des paupieres, d'un écoulement de larmes extrêmement âcres, & d'une si grande sensibilité, qu'ils ne peuvent pas soutenir la lumiere; des éternûmens très fréquens, & un écoulement par le nez, de la même matiere qui coule des yeux. La chaleur & la fievre augmentent, le malade a de la toux, de l'oppression, de l'angoisse, des envies de vomir continuelles, de violentes douleurs dans les reins; quelquefois la diarrhée, & alors les vomissemens sont moins considérables. D'autres fois un peu de sueur, mais moins abondamment que dans la petite vérole; la langue est blanche, la soif est souvent ardente; les accidens sont généralement plus violens, qu'avant les petites véroles bénignes. Enfin le quatriéme, ou le cinquiéme jour, quelquefois sur la fin du troisiéme, l'éruption se fait très promptement, & très abondamment sur tout le visage, qui, dans peu d'heures, est couvert de taches, donc chacune ressemble à une morsure de puce, mais d'un rouge plus foncé, & dont plusieurs se réunissant, forment des plaques rouges, plus ou moins larges; & qui enflammant la peau, produisent une enflûre sensible au visage, quelquefois même les yeux sont fermés. Chaque petite tache est un peu élevée, sur tout au visage, où l'on s'en apperçoit à l'oeil & au doigt. Dans le reste du corps, cette élévation n'est presque sensible que par la rudesse qu'elle donne à la peau. Après avoir commencé par le visage, l'éruption se continue sur la poitrine, le dos, les bras, les cuisses, les jambes. Elle est ordinairement très abondante sur la poitrine & sur le dos; il arrive même quelquefois, qu'on trouve des plaques rouges sur la poitrine, avant qu'il se soit fait aucune éruption sur le visage. Le malade a souvent, comme dans les petites véroles, des saignemens de nez abondans, qui emportent le mal de tête, d'yeux & de gorge.
Quand la maladie est fort douce, presque tous les accidens diminuent après l'éruption, comme dans la petite vérole; mais ordinairement le changement en bien, n'est pas aussi sensible que dans cette premiere maladie. Les vomissemens cessent, il est vrai, presqu'entierement, mais la fievre, la toux, le mal de tête continuent; & j'ai vu quelquefois, qu'un vomissement de matieres bilieuses, un ou deux jours après l'éruption, soulageoit beaucoup plus que l'éruption même. Le troisiéme ou le quatriéme jour de l'éruption, la rougeur diminue, les taches ou boutons se desséchent, & tombent en petites écailles; la peau même intermédiaire tombe de la même maniere, & se trouve remplacée par une nouvelle, qui s'est formée dessous. Le neuviéme jour, quand la maladie est allée vite; le onziéme, quand elle a été fort lente, il ne reste aucun vestige de rougeur, & la peau est d'abord très bien racommodée.
§. 205. Mais le malade n'est pas guéri, à moins que pendant le tems de la maladie, ou d'abord après, il n'ait eu quelqu'évacuation considérable, comme les vomissemens dont j'ai parlé tout à l'heure, ou une diarrhée bilieuse, ou des urines, ou des sueurs abondantes; car, quand il survient quelqu'une de ces évacuations, la fievre disparoît, le malade reprend des forces, & se guérit entierement. Quelquefois aussi, sans aucune de ces évacuations, la transpiration insensible dissipe les restes du venin, & le malade se porte très bien; mais d'autres fois, ce venin, s'il ne s'évacue pas entierement, se jette sur le poulmon, y produit une légere inflammation; l'oppression, la toux, l'angoisse, la fievre reviennent, & le malade est dans un grand danger. Souvent l'orage est moins violent; mais il est long, & il reste des toux très opiniâtres, qui ont plusieurs caracteres de coqueluches. En 1758, il y eut ici une épidémie de rougeoles extrêmement nombreuse: presque tous ceux qui l'eurent, & qui ne furent pas extrêmement bien soignés, eurent aussi cette toux, qui étoit très forte & très rebelle.
§. 206. Quoique ce soit-là la marche de la maladie abandonnée à elle-même, ou mal soignée, & sur-tout traitée par un régime chaud; quand on a soin de modérer la fievre dans les commencemens, de délayer, & d'entretenir les évacuations, ces mauvaises suites sont extrêmement rares.
§. 207. La façon de traiter cette maladie est la même que pour la petite vérole. 1. Si la fievre est forte, le pouls dur, l'oppression violente, tous les symptomes graves, on fait une ou deux saignées. 2. L'on donne des lavemens & des bains de jambes; la violence du mal en regle la quantité. 3. Les ptisanes Nº. 2 ou 4, ou un thé de sureau ou de tilleul, auquel on mêle une cinquiéme partie de lait. 4. Les parfums d'eau chaude. 5. Dès que les rougeurs commencent à pâlir, on purge avec la potion Nº. 22. 6. On tient le malade au régime, après cette purgation, encore une couple de jours, & ensuite on le met à celui des convalescens. 7. S'il survient, dans le tems que l'éruption doit se faire, des accidens semblables à ceux qui surviennent dans la petite vérole, on y remédie de la même maniere.
§. 208. Quand on n'a pas suivi cette méthode, & que les accidens décrits §. 205 surviennent, il faut traiter la maladie comme une inflammation commençante, & faire tout ce qui vient d'être dit §. 207. Si le mal n'est pas violent, l'on peut se passer de la saignée. S'il y a long-tems qu'il dure dans des enfans gras, chargés d'humeurs, lents, pâles, il faut joindre aux mêmes secours, sans saignées, la potion Nº. 8, & les vésicatoires aux jambes.
§. 209. Il arrive souvent que l'éloignement des secours les fait négliger, & il se forme une véritable suppuration dans le poulmon, avec une fievre lente. J'ai vu plusieurs enfans dans des villages, périr de cette façon. Alors cet état est de la même nature que celui décrit §. 63 & 77, & finit de même, souvent par une diarrhée très peu douloureuse, & quelquefois puante, qui emmene la malade. Dans ces cas il faut employer tous les secours prescrits §. 70, art. 2, 3, 4, la poudre Nº. 14, le lait & l'exercice. Mais il est si difficile de faire prendre la poudre aux enfans, qu'il faut quelquefois se borner au lait, & j'ai vu souvent que dans ces cas il opéroit seul des guérisons très difficiles. J'avertis que jamais il n'opere aussi efficacement que quand on le prend seul sans aucun autre aliment, & qu'il est très important de ne lui en associer aucun qui ait le plus petit dégré d'aigreur. Les personnes aisées peuvent prendre en même-tems avec succès pour leur boisson, les eaux de Passy, de Forges, de Selter, ou quelques autres très legeres, & qui n'ont que très peu de minéral. On les emploie également avec succès dans tous les cas dans lesquels la cure dont je parle est nécessaire.
§. 210. Quelquefois il reste une toux fort séche, avec beaucoup de chaleur dans la poitrine & dans tout le corps, de l'altération, la langue séche & la peau aussi extrêmement séche. J'ai guéri cet état, en faisant respirer la vapeur d'eau chaude, en faisant prendre des bains tiedes, & en ne donnant, pendant plusieurs jours, que de l'eau & du lait.
Je réitére, avant que de finir, que le venin de la rougeole est extrêmement âcre. Il paroît avoir quelque rapport avec l'humeur bilieuse, qui produit les érésipelles, & par-là même cette maladie demande des soins, sans quoi il est à craindre qu'elle n'ait des suites fâcheuses. J'ai vu depuis peu une jeune fille qui avoit un peu langui depuis une rougeole essuyée il y a trois ans, & chez laquelle il avoit enfin formé une ulcération au col; le lait coupé avec la salse pareille l'a rétablie.
§. 211. L'on a inoculé la rougeole dans les païs où elle est très mauvaise, & cette méthode auroit aussi de grands avantages dans celui-ci; mais il en est comme de l'inoculation de la petite vérole, elle ne peut être utile au peuple qu'au moyen d'un hôpital.
CHAPITRE XV.
_De la Fiévre ardente, ou chaude._
§. 212. Presque toutes les maladies dont j'ai parlé jusqu'à présent, sont produites par l'inflammation du sang, jointe à l'inflammation particuliere de quelque partie, ou à quelque venin qui doit s'évacuer. Quand le sang s'enflamme sans qu'il y ait aucune partie particulierement attaquée, il produit cette fiévre, qu'on appelle fiévre ardente ou chaude.
§. 213. Les signes qui la font connoître sont la dureté du pouls & sa plénitude plus considérables dans cette maladie que dans aucune autre, une chaleur très forte, une grande soif, une sécheresse extraordinaire des yeux, des narines, des lévres, de la langue, de la gorge, un violent mal de tête, & quelquefois des rêveries dans le tems du redoublement, qui est considérable tous les soirs; la respiration un peu gênée, sur-tout dans le tems du redoublement, avec une toux de tems en tems, sans point dans la poitrine & sans crachats, le ventre resserré, les urines rouges chaudes, peu abondantes; quelques tressaillemens ou soubresauts, surtout quand le malade s'endort, peu ou point de bon sommeil, mais presque toujours une espece d'assoupissement qui rend les malades assez peu sensibles à ce qui se passe au tour d'eux & à leur propre état; quelquefois un peu de sueur, mais à l'ordinaire la peau très séche; de la foiblesse; peu ou point de goût & d'odorat.
§. 214. Cette maladie est produite comme toutes les maladies inflammatoires par les causes qui épaississent le sang & en augmentent le mouvement, comme l'excès du travail, la trop grande chaleur, les veilles, l'abus du vin ou des liqueurs, un air trop long-tems sec, des excès en tout genre, des alimens échauffans.
§. 215. L'on doit mettre d'abord le malade au régime §. 29, & même ne donner des alimens que de huit en huit heures, & quelquefois même seulement deux fois par jour. L'on pourroit dans les cas graves s'en passer tout-à-fait. L'on réitere les saignées jusqu'à ce que le pouls s'amollisse. La premiere doit être considérable. On en fait une seconde quatre heures après. Si le pouls s'amollit, on peut suspendre & n'y revenir que quand il prendroit assez de dureté pour faire craindre de nouveau le danger; mais s'il continue à être fort & dur, on fait dans le même jour la troisieme saignée, qui souvent est la derniere. On donne deux & même trois lavemens par jour Nº. 5. On baigne deux fois par jour les jambes dans l'eau tiéde; on lave en même-tems les mains avec la même eau; on met des linges ou des flanelles trempées dedans, sur la poitrine & sur le ventre, & l'on fait boire très réguliérement le lait d'amande Nº. 4, & la ptisane Nº. 7; le pauvre peut se tenir à cette derniere, mais il faut en boire prodigieusement. Après les saignées, l'air frais & la quantité de boisson font le salut du malade. Si après les saignées, la fiévre continuoit à être très forte, il faut l'abattre en donnant de la potion Nº. 10, une tasse toutes les heures, jusqu'à ce qu'elle ait diminué, & ensuite de trois en trois heures, jusqu'à ce qu'elle soit très modérée.
§. 216. Il survient souvent dans cette maladie des saignemens de nez, qui sont très salutaires. Les premiers signes d'amandement sont l'amollissement du pouls, qui ne perd cependant tout-à-fait sa dureté, que quand la maladie est entiérement terminée; la diminution du mal de tête, l'augmentation des urines, la diminution dans leur rougeur, un commencement d'humidité sur la langue. Tous ces signes favorables vont en augmentant, & entre le neuf & le quatorze il survient ordinairement souvent après quelques heures d'orages, des selles beaucoup plus abondantes, une grande quantité d'urine qui dépose un sédiment d'un blanc roux au-dessus duquel l'urine reste très claire & d'une couleur naturelle, & des sueurs plus ou moins abondantes. En même-tems les narines & la bouche s'humectent; cette croûte séche & brune qui couvroit la langue & que rien ne pouvoit enlever, se dissipe d'elle même. Le goût revient, la soif diminue, la clarté des idées renaît, l'assoupissement se dissipe, le sommeil & les forces reviennent. A cette époque il faut donner la potion Nº. 22, & mettre le malade au régime des convalescens. On peut au bout de huit ou dix jours redonner la même potion. Chez quelques malades, les urines ne déposent jamais; mais ils guérissent très bien sans cela.
§. 217. On juge que le mal empire, si le pouls reste dur & perd sa force, si le cerveau est plus embarrassé, la respiration plus gênée; les yeux, le nez, les lévres, la langue plus secs, la voix plus changée. Si à ces symptômes se joignent le gonflement du ventre, la diminution des urines, un délire continuel, l'angoisse, l'égarement des yeux, le mal est presque desespéré, le malade n'a plus que quelques heures à vivre, quand ses mains & ses doigts sont continuellement en mouvement, comme pour chercher quelque chose sur ses draps; c'est ce qu'on appelle _chasser aux mouches_.
CHAPITRE XVI.
_Des Fiévres putrides._
§. 218. Après avoir parlé des maladies fiévreuses qui dépendent de l'inflammation du sang, je parlerai de celles que produisent les matieres corrompues qui croupissent dans l'estomac, dans les boyaux, dans les visceres du bas ventre, ou qui ont déja passé dans le sang, & qu'on appelle fiévres putrides, ou quelquefois fiévres bilieuses, quand la bile paroît avoir le plus de part à la maladie.
§. 219. Cette maladie s'annonce souvent plusieurs jours à l'avance par un grand abattement, une pesanteur de tête, des douleurs de reins & de genoux, la bouche mauvaise le matin, peu d'appétit, un sommeil inquiet; quelquefois un mal de tête excessif pendant plusieurs jours, sans aucun autre symptôme. Ensuite il survient un frisson suivi d'une chaleur âcre & séche, le pouls qui est petit & vîte pendant le frisson, s'éleve pendant la chaleur, & est souvent très fort, mais il n'a pas la même dureté que dans les maladies précédentes, à moins que la fiévre putride ne soit compliquée avec une fiévre inflammatoire; ce qui arrive quelquefois. Pendant ce tems-là le mal de tête est ordinairement très violent, le malade a presque toujours des nausées, & même quelquefois des vomissemens; de l'altération, des rapports désagréables, la bouche amere; il urine peu. Cette chaleur dure plusieurs heures, souvent toute la nuit; elle diminue un peu le matin; & le pouls, toujours fiévreux, l'est alors un peu moins; le malade souffre moins; mais il est très abattu.
La langue est blanche, sale, les dents se salissent, l'haleine a une mauvaise odeur. La couleur, la qualité, & la consistence des urines varient beaucoup. Quelques malades sont resserrés, d'autres font fréquemment de petites selles, qui ne les soulagent point. La peau est quelquefois seche, d'autres fois il y a de sa transpiration, mais qui ne fait aucun bien. La fievre redouble tous les jours, & souvent à des heures irrégulieres. Outre le grand redoublement qu'on observe chez tous les malades, il y en a souvent des petits chez quelques-uns.
§. 220. Quand le mal est abandonné à lui-même, ou mal soigné, ou plus fort que les remedes, ce qui n'est pas rare, la fievre augmente, les redoublemens deviennent plus longs, plus fréquens, irréguliers; il n'y a point de bons momens; le ventre se tend comme un ballon, ce qu'on appelle metéorisme; les rêveries surviennent; le malade ne sent plus ses besoins, & se salit dans son lit; il refuse les secours, parle continuellement, il a le pouls vite, petit, irregulier. Il paroît quelquefois de petites taches, d'un brun livide, sur la peau, surtout du col, du dos, & de la poitrine. Toutes les matieres qui sortent du corps du malade, ont une odeur très puante; il survient des mouvemens convulsifs, surtout au visage; il ne se couche que sur le dos, & tombe insensiblement vers les pieds du lit; _il chasse aux mouches_. Le pouls devient si petit & si vite, qu'on ne peut qu'à peine le sentir, & point le compter. L'angoisse paroît inexprimable; il coule une sueur de détresse; la poitrine s'emplit, & l'on meurt misérablement.
§. 221. Quand la maladie est moins violente, ou qu'elle est bien traitée, & que les remedes réussissent; le mal reste quelques jours dans l'état décrit (§. 219) sans empirer & sans diminuer; alors il ne survient aucun des symptomes (§. 220); mais au contraire tous les symptomes diminuent. Les redoublemens sont moins longs, & moins violens; le mal de tête plus supportable; les selles sont moins fréquentes, plus abondantes & soulagent; les urines coulent abondamment, quoiqu'elles continuent à varier; il revient un peu de sommeil, & il est plus tranquille; la langue se nétoie, & chaque jour la santé revient.
§. 222. Cette maladie n'a pas de terme fixe, ni pour guérir ni pour tuer. Quand elle est très violente, ou mal conduite, elle tue quelquefois le neuvieme jour. Souvent l'on en meurt du dix-huitieme au vingtieme; quelquefois seulement environ le quarantieme, après avoir eu des alternatives de mieux & de pire. La maladie, quand elle est legere, est quelquefois guérie au bout de peu de jours, après les premieres évacuations. Il y a des malades qui ne sont hors de danger qu'au bout de six semaines, & même plûtard; mais il est vrai que ces maladies si longues, dépendent souvent, en grande partie, du traitement; & qu'ordinairement le cours en doit être décidé entre le quatorzieme & le trentieme jour.
§. 223. Pour guérir les fievres de cette espece, 1. S'il y a inflammation, ce qu'on connoît par la force & la dureté du pouls & par le temperamment du malade, s'il est fort & robuste, ou s'il est échauffé par quelqu'une des causes marquées (§. 214), il faut faire une saignée, & même, s'il est nécessaire, une seconde quelques heures après. Mais j'avertis que très souvent il n'y a point d'inflammation, & qu'alors la saignée seroit nuisible. 2. On _met le malade au régime_ (§. 29-42), & quoiqu'il ait le ventre libre, quelquefois même un peu de diarrhée, il faut également donner tous les jours un lavement. La boisson ordinaire est de la limonade, ou la ptisane Nº. 3. 3. Quand il a bu, deux jours, abondamment de cette ptisane, s'il a encore la bouche très mauvaise & de fortes envies de vomir, on lui donne la poudre Nº. 33, délayée dans un demi pot d'eau tiede, dont il boit un verre tous les demi quarts-d'heure. Mais comme ce remede fait vomir, il ne faut le prendre que quand on est sûr qu'il n'y a aucune circonstance qui doive en empêcher l'usage; ces circonstances seront indiquées dans le chapitre des remedes de précaution §. 441 & suiv. Si, dès les premiers verres, le malade commençoit à vomir abondamment, on ne lui en donneroit plus & l'on se contenteroit de lui faire boire, une très grande quantité d'eau tiede. S'il ne vomit pas, ou s'il ne vomit que peu, on continue. Ceux qui craindroient ce remede, qui est ce qu'on appelle ordinairement l'émétique, pourroient prendre celui Nº. 34 en buvant aussi beaucoup d'eau tiede, quand il opéreroit; mais le premier est à préférer dans les cas graves. L'on ne doit au reste jamais employer ni l'un ni l'autre quand il y a inflammation; ce seroit alors donner un vrai poison; & même si la fievre est très forte, quoique sans inflammation, l'on ne doit pas s'en servir. Le moment de les placer, c'est après le redoublement, quand la fiévre a beaucoup baissé. Ordinairement après avoir fait vomir, le reméde Nº. 33 purge; le Nº. 34 opére plus rarement cet effet. Dès que les vomissemens ont fini, on recommence la ptisane, & il faut bien se garder de donner du bouillon au malade, sous prétexte qu'il est purgé. Les jours suivans on continue comme les premiers; mais comme il est important de tenir le ventre libre, il faut prendre tous les jours la ptisane Nº. 31. Ceux pour qui elle seroit trop dispendieuse, y suppléeront en mettant tous les jours le quart de la poudre Nº. 33, dans cinq ou six tasses d'eau, dont ils prendroient une tasse toutes les deux heures, en commençant de grand matin. Mais si la fiévre étoit très forte, le Nº. 31 doit être préféré. 4. Après l'effet de l'émétique, si la fiévre continue, si les selles restent puantes, si le ventre est un peu tendu, si les urines ne coulent pas abondamment, il faut donner, de deux en deux heures, une tasse de la potion Nº. 10, qui arrête la putridité & abbat la fiévre. Quand le mal est très pressant, on peut en donner toutes les heures. 5. Quand malgré ces secours, la fiévre continue, & que le cerveau n'est pas net, que le malade a de violens maux de tête ou de l'inquiétude, il faut mettre au gras des jambes les emplâtres vésicatoires Nº. 35, & les laisser suppurer le plus long-tems qu'il sera possible. 6. Quand la fiévre est très forte, il faut absolument retrancher toute nourriture. 7. Quand on ne peut pas donner l'émétique, l'on doit donner le matin, deux jours de suite, trois prises de la poudre Nº. 23, à une heure de distance l'une de l'autre: ce remede procure quelques selles bilieuses qui abbattent beaucoup la fiévre & diminuent considérablement la violence de tout le reste de la maladie. On l'emploie avec succès dans les cas où la fiévre trop forte empêche l'émétique, & l'on doit se borner à ce remede toutes les fois qu'on est incertain si les circonstances du mal permettent le vomissement, dont on peut d'ailleurs se passer dans un très grand nombre de cas. 8. Quand le mal a beaucoup diminué, que les redoublemens sont foibles & que le malade est quelques heures sans fiévre, on doit discontinuer l'usage journalier des boissons purgatives; mais l'on continue celui de la ptisane, & l'on fait très bien de donner, de deux en deux jours, deux prises de la poudre Nº. 23 qui prévient très bien toutes les suites facheuses de la maladie. 9. Si la fievre a fini pendant la plus grande partie du jour, si la langue est bonne, si le malade a été bien purgé, & qu'il reste cependant un accès de fievre tous les jours, il faut donner la poudre Nº. 14 quatre prises entre la fin d'un accès & le commencement d'un autre: l'on continue quelques jours sur ce pied. Ceux qui ne seroient pas en état de se procurer ce remede, pourroient y suppléer par la boisson amere Nº. 36; dont ils prendroient quatre verres à distances égales entre les accès. 10. Comme les organes qui servent à la digestion, ont été extrêmement fatigués dans cette maladie, il est très important de se menager long tems, pour la quantité & la qualité des alimens; & de prendre de l'exercice dès que les forces le permettent, sans quoi, l'on pourroit tomber dans quelque maladie de langueur.
CHAPITRE XVII.
_Des Fievres malignes._
§. 224. L'on appelle fiévres malignes, celles dans lesquelles le danger est plus grand que les symptomes ne sont effrayans. Elles font du mal sans qu'on les croie dangereuses. C'est, comme on l'a fort bien dit, un chien qui mord sans aboyer.
§. 225. Le caractere distinctif des fievres malignes, c'est la perte totale des forces dès le commencement. Elles dépendent d'une corruption des humeurs, qui est pernicieuse au principe des forces, dont la destruction est précisément la cause du peu de violence des accidens; parcequ'aucun organe n'est plus en état de faire une défense vigoureuse, contre la cause de la maladie. Si au moment où deux armées vont se battre, on enleve à l'une presque toutes ses armes, le combat sera peu violent, peu bruyant, horriblement meurtrier. Le spectateur, qui, sans s'appercevoir de ce désarmement, ne jugeroit du carnage qui se fait que par le bruit, seroit extrêmement trompé. Le nombre des morts sera prodigieux: il l'eut été beaucoup moins, & le bruit plus grand, si les combattans avoient été armés de part & d'autre.