Avis au peuple sur sa santé ou traité des maladies les plus fréquentes

Part 11

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§. 164. Quelquefois le rhumatisme avec fievre attaque des personnes qui ne sont pas aussi sanguines, ou dont le sang n'est pas aussi disposé à l'inflammation, dont les chairs sont plus molles & qui ont plus d'âcreté dans les humeurs que d'épaississement. La saignée est moins nécessaire pour eux, quoique la fievre soit très forte, mais il faut des purgatifs, & après qu'ils sont évacués, des vésicatoires qui soulagent souvent dès qu'ils commencent à agir, mais qu'il ne faut jamais employer quand la maladie est accompagnée d'un pouls dur. La poudre Nº. 24, réussit aussi très bien dans ce cas.

§. 165. Il y a une autre espece de rhumatisme, qu'on appelle chronique. Il a quelques caracteres qui le distinguent. 1. Il est ordinairement sans fievre. 2. Il dure très long-tems. 3. Il n'attaque pas ordinairement autant de parties à la fois que l'autre. Souvent l'on n'apperçoit aucun changement dans la partie malade, qui n'est ni plus chaude, ni plus rouge, ni plus enflée; quelquefois l'un ou l'autre de ces accidens a lieu. Le premier rhumatisme attaque des personnes fortes, robustes, vigoureuses; cette espece attaque plutôt les personnes d'un certain âge, ou les personnes languissantes.

La douleur abandonnée à elle-même, ou mal conduite, dure quelquefois plusieurs mois, & même des années. Elle est surtout extrêmement opiniâtre quand elle se jette à la tête, aux reins, (les paysans dans ce cas l'appellent _Maclet_), ou à la hanche & le long de la cuisse; c'est ce qu'on appelle _Sciatique_. Il n'y a point de partie que cette douleur n'attaque. Quelquefois elle se fixe sur une très petite partie, comme dans un coin de la tête, à l'angle de la machoire, sur l'extrémité d'un doigt, à un genou, sur une côte, sur un sein où elle occasionne assez fréquemment des douleurs, qui font craindre à la malade un cancer. Elle se jette aussi sur les parties intérieures: sur le poulmon, elle occasionne des toux très opiniâtres, qui enfin dégénerent en des maux de poitrine très graves: sur l'estomac & les boyaux, des douleurs de coliques horribles: sur la vessie, des maux si semblables à ceux que produit la pierre, que des gens qui ne manquoient ni de connoissance, ni d'expérience, y ont été trompés plus d'une fois.

§. 166. Le traitement est un peu différent du précédent: cependant si la douleur est très violente, & que le malade soit robuste, une saignée dès le commencement fait un très bon effet. On délaie le malade en lui faisant boire une ptisane très forte de racine de bardane Nº. 25. On le purge, & on peut employer avec succès la poudre Nº. 21. C'est dans cette espece qu'on a employé quelquefois utilement un remede qui a acquis quelque réputation, surtout dans les campagnes. On le tire de Geneve, je ne sais pourquoi, sous le nom d'opiate pour le rhumatisme; ce n'est autre chose que _l'électuaire caryocostin_, tel qu'on le trouve chez tous les Apotiquaires. Mais j'avertis qu'il a fait du mal quand on s'en est servi dans la premiere espece, & même dans celle-ci, quand on l'a employé pour des personnes foibles, maigres, échauffées, & sans avoir fait précéder les délayans, ou quand on l'a employé trop long-tems. Il laisse dans une foiblesse dont on ne peut pas se délivrer: il est composé d'aromates très chauds & de purgatifs âcres.

§. 167. Quand on a essayé les remedes généraux, si le mal subsiste, il faut faire usage, pendant long-tems, des remedes propres à rétablir la transpiration. Les pilules Nº. 18, & une forte infusion de sureau ont souvent réussi; & quand on a long-tems délayé, qu'il n'y a point de fievre, que l'estomac fait bien ses fonctions, que le malade n'est point resserré, qu'il n'est pas d'un tempéramment sec, que la partie malade n'est pas enflammée, l'on peut donner hardiment la poudre Nº. 24, le soir en se couchant, avec une tasse ou deux de thé de feuilles de chardon bénit, & la grosseur d'une noisette de thériaque; ce remede jette dans des sueurs abondantes, qui emportent souvent le mal. On peut le rendre plus efficace, en enveloppant toute la partie dans une flanelle trempée dans la décoction Nº. 26.

§. 168. De toutes les douleurs, la sciatique est une des plus opiniâtres. J'ai vu les plus grands effets de l'application de sept ou huit ventouses sur la partie souffrante, & j'ai guéri par ce seul secours, en peu d'heures, des sciatiques qui avoient résisté à plusieurs années de remede. Les vésicatoires, ou les emplâtres quelconques qui occasionnent une suppuration dans cette partie, contribuent aussi souvent à la guérison, mais moins efficacement que les ventouses. Il faut les réitérer plusieurs fois. L'application d'une toile ou d'un taffetas cirés verts sur la partie malade, la fait transpirer abondamment, & évacuent par-là l'humeur âcre qui occasionnoit la douleur. Quelquefois même l'une & l'autre de ces applications, mais surtout le taffetas qui s'applique plus exactement, & dont le cirage est différent, font lever des vessies comme les vésicatoires. Une emplâtre de chaux vive & de miel pêtris ensemble, a guéri des sciatiques opiniâtres. L'huile d'oeuf, qui n'est point une vraie huile, a guéri quelques personnes en en frottant fortement la partie malade. Souvent les seules frictions soulagent. L'on fait avec succès un seton au bas de la cuisse. Enfin des douleurs qui n'avoient cédé à aucun de ces remedes, ont été guéries par une brûlure artificielle.

§. 169. Les bains chauds de Bourbonne, de Plombieres, d'Aix, & plusieurs autres sont souvent d'une très grande efficacité. Je suis pourtant persuadé qu'il n'y a point de douleur de rhumatisme qu'on ne puisse guérir sans leurs secours. Le peuple leur substitue le bain de marc, qui guérit quelques personnes en faisant beaucoup suer. Les bains froids sont le meilleur reméde pour en préserver; mais on ne peut pas toujours les prendre. Plusieurs circonstances en rendent l'usage absolument impossible pour quelques personnes. Celles qui sont sujettes à cette espece de rhumatisme, feront très bien de se frotter tous les matins, tout le corps s'ils peuvent, mais sur-tout les parties souffrantes, avec une flanelle. Ce secours entretient la transpiration mieux qu'aucun autre; quelquefois même il l'augmente trop. Il est aussi très utile d'avoir toute la peau couverte pendant l'hiver, immédiatement avec de la laine.

Après un rhumatisme violent, on doit éviter, pendant long-tems, l'air froid & humide, qui occasionneroit une rechûte.

§. 170. L'on emploie souvent pour le rhumatisme des remedes très nuisibles & qui font tous les jours de très grands maux; tels sont les remedes spiritueux, l'eau-de-vie, l'eau d'arquebusade: ou ils rendent la douleur plus opiniâtre & plus fixe en durcissant la peau, ou ils obligent l'humeur à se jetter sur quelqu'autre partie, & l'on a des exemples de gens morts promptement pour avoir appliqué de l'esprit de vin sur des douleurs de rhumatisme. D'autrefois l'humeur n'ayant point d'issue par la peau, se jette sur l'os & l'artere. Il est arrivé ici un fait singulier dont on pourroit profiter. Une femme frottoit le soir son mari, qui avoit un rhumatisme très douloureux au bras, avec de l'esprit de vin. Un heureux accident détruisit le mal qu'elle lui auroit fait. En approchant la chandelle, le feu prit à l'esprit de vin; la partie malade fut brulée. On pansa la brulure; les douleurs de rhumatisme finirent entierement.

Les onguens âcres & gras produisent aussi de très mauvais effets, & sont égalemens dangereux. L'on a vu des caries, après l'usage d'un remede connu sous le nom de _baume de térebenthine_ soufré. En 1750, je fus consulté, trois jours avant sa mort, pour une femme, qui souffroit depuis longtems des douleurs aigües. On lui avoit fait différens remedes, & entr'autres elle avoit pris beaucoup d'une ptisane, dans laquelle entroit l'antimoine avec quelques purgatifs, & on l'avoit frottée avec un baume gras & spiritueux. La fievre, les douleurs, le dessechement avoient augmenté; les os des cuisses & des bras s'étoient cariés; & dans les mouvemens nécessaires pour la secourir, elle s'étoit cassé, sans sortir de son lit, les deux cuisses, & un bras. Un exemple aussi effrayant doit faire sentir le danger des remedes administrés inconsidérément, même dans les maux qui paroissent les moins graves par eux-mêmes. Je dois encore avertir, qu'il y a des douleurs de rhumatismes, qui ne veulent aucune application, & que presque tous les remedes irritent. L'on doit se contenter de garantir la partie, des impressions de l'air.

§. 171. «Si la durée de la douleur, fixée dans le même endroit, occasionne un commencement de roideur à l'article qui en est affecté, il faut deux fois le jour exposer la partie à la vapeur d'eau chaude; la bien essuyer après avec des linges chauffés; la frotter legerement, & l'enduire ensuite d'onguent d'althea». La douche jointe à cette vapeur, augmente beaucoup son efficacité. J'ai fait faire, pour un cas de cette espece, une machine de fer blanc, très simple, & qui réunit la vapeur & la douche.

§. 172. Les enfans sont sujets à des douleurs si violentes & si générales qu'on ne peut les toucher, dans aucun endroit, sans leur faire jetter des cris violens. Il ne faut pas s'y méprendre, ni traiter ce mal comme rhumatisme; il dépend des vers, & se dissipe quand ils ont rendu.

CHAPITRE XII.

_De la Rage._

§. 173. Les hommes peuvent devenir enragés sans aucune morsure; mais ce cas est extrêmement rare. Il arrive souvent que la rage se déclare dans un chien, il en mord d'autres; plusieurs deviennent enragés. Les autres animaux, & les hommes eux-mêmes sont mordus; & cette morsure produit quelquefois la rage; car il ne faut point croire que cela arrive toujours.

§. 174. Si un chien, gai auparavant, est en même tems triste & hargneux, s'il a du dégoût, quelque chose d'extraordinaire dans les yeux, une inquiétude qui se manifeste par ses démarches, on doit craindre qu'il ne devienne enragé; & l'on doit, dès cet instant, l'attacher; & le tuer, dès que le mal sera tout-à-fait déclaré. Il seroit même plus prudent de le tuer d'abord, quand il n'a mordu personne.

Bientôt les symptomes augmentent. Son aversion pour les alimens, surtout liquides, devient plus forte; il ne connoît plus son maître, sa voix se change, il ne veut plus qu'on l'aborde, & mord ceux qui veulent le faire, il s'éloigne de sa demeure, marchant la tête & la queue baissées, la langue à demi pendante, & chargée d'écume, (ce qui arrive au reste assez ordinairement à tous les chiens). Les autres le fuient. Quelquefois il se contente de mordre ce qui se trouve près de lui; d'autres fois plus furieux, il se jette à droite & à gauche sur tous les hommes & les animaux qu'il apperçoit. Il fuit avec horreur toutes les eaux qu'il rencontre. Enfin il tombe par épuisement; quelquefois il se releve, se traine encore quelques instans, & périt ordinairement le troisieme, ou au plus tard, le quatrieme jour de son évasion.

§. 175. Quand quelqu'un a été mordu, la plaie se referme aussi aisément que si elle n'étoit point vénimeuse; mais au bout de quelque tems, plus ou moins, depuis trois semaines, jusques à trois mois, le plus souvent six semaines; on commence à sentir, dans l'endroit où étoit la plaie, une douleur sourde. La cicatrice se gonfle, rougit, se r'ouvre, & laisse couler une humeur âcre, puante, rougeâtre. Dans le même tems le malade sent de la tristesse, de la nonchalance, un engourdissement général, un froid presque continuel, de la peine à respirer, une angoisse qui ne le quitte point, des douleurs dans les boyaux; le pouls est foible & irrégulier; le sommeil agité, inquiet, troublé par des rêves, des sursauts, des frayeurs. Les selles sont souvent dérangées; il survient d'un moment à l'autre, de petites sueurs froides; l'on éprouve quelquefois une legere douleur dans la gorge. C'est-là le premier degré de la rage; ce que quelques Medecins appellent la _rage mue_.

§. 176. Le second degré, la rage confirmée, ou _rage blanche_, est accompagné des symptomes suivans. Le malade est pressé par une soif ardente, & il souffre en buvant. Bientôt il hait la boisson, particulierement l'eau; & quelques heures après, il l'abhore; & cette horreur est si forte, que l'approche de l'eau près de ses levres, sa vue, son nom même, ou celui de toute autre boisson; la vue des choses qui par leur transparence ont quelque rapport avec l'eau, comme la lumiere, lui occasionne une angoisse extrême, & quelquefois des convulsions. Ils avalent cependant, mais violemment, un peu de viande ou de pain, quelquefois de la soupe; plusieurs même, les boissons qu'on leur offre, comme remede, moyennant que ce ne soit pas de l'eau, ou qu'en même tems on ne leur parle pas d'eau. L'urine s'épaissit & s'enflamme; quelquefois elle se supprime. La voix devient rauque, ou ils la perdent presqu'entierement; mais ce qu'on dit de leurs aboiemens, semblables à ceux des chiens, sont des contes ridicules, superstitieux, & dénués de tout fondement, aussi bien que plusieurs autres fables, dont on a chargé l'histoire de cette maladie. L'aboiement des chiens leur fait peine. Ils ont des momens de délire, mêlés quelquefois de fureur. C'est dans ces momens qu'ils crachent autour d'eux, qu'ils cherchent même à mordre, & qu'ils ont mordu quelquefois. Le regard est fixe & un peu furieux; le visage souvent rouge. Ordinairement ces infortunés sentent venir l'accès, & conjurent les assistans d'être sur leur garde. Plusieurs n'ont jamais cette envie de mordre. Les angoisses & les douleurs qu'ils ressentent sont inconcevables. Ils desirent ardemment la mort: quelques-uns se sont tués eux-mêmes, quand ils en ont eu les moyens.

§. 177. C'est à la salive, et à la salive seule, que le venin s'allie. Voilà ce qui fait, 1. que si les plaies sont faites au travers des habits, elles sont moins dangereuses que celles qui ont atteint immédiatement la peau. 2. Que les animaux, qui ont beaucoup de laine, ou de poil épais, sont souvent préservés du venin; parceque, dans ces deux cas, les habits, le poil, la laine ont essuyé les dents. 3. Les plaies que fait un animal, d'abord après en avoir déja mordu beaucoup d'autres, sont moins dangereuses que les premieres; parceque sa salive est épuisée. 4. S'il mord le visage, ou le col, le danger est plus grand, & le mal se développe plus promptement; parceque la salive est plutôt infectée. Dans des cas de cette espece, on a vu la rage se déclarer le troisieme jour. 5. Plus la rage est avancée, plus les morsures sont dangereuses. L'on comprend, par ce que je viens de dire, pourquoi de plusieurs personnes, qui ont été mordues par le même animal, les unes deviennent enragées & non pas les autres.

§. 178. L'on vante une foule de remedes pour la rage; & sur-tout dans ce pays, la racine d'églantier ou rosier sauvage, cueillie dans certains tems, sous des aspects de la lune favorables, & sechée avec plusieurs précautions. Ailleurs c'est la poudre de _Paulmier_, celle des coquilles d'oeufs calcinées, celle d'hépatique terrestre mêlée avec un tiers de poivre, remede long-tems vanté en Angleterre; celle d'écaille d'huitre, de verveine, d'origan, le bain de mer, la clef de S. Hubert. La mort d'une foule d'enragés, qui les avoient presque tous pris, & la certitude qu'ils n'ont jamais guéri qui que ce soit, quand la rage étoit manifestée, en ont démontré l'inutilité à toute l'Europe. Il est certain, qu'avant l'an 1730, il n'étoit réchapé aucun malade, de ceux chez qui la maladie avoit commencé à se déclarer, & que tous les remedes leur étoient inutiles. Quand on leur donnoit les remedes avant le mal, les uns enrageoient, les autres n'enrageoient pas. Il en étoit de même de ceux qui ne prenoient point de remedes. Ainsi les remedes ne servoient à rien. Depuis cette époque, on a eu le bonheur d'en découvrir un sûr, qui est le Mercure & quelques autres.

§. 179. Il faut détruire le venin, & le Mercure produit cet effet; il en est le contrepoison. Le venin occasionne une irritation générale des nerfs. On la calme par des antispasmodiques; ainsi le Mercure & les antispasmodiques, font tout ce qu'il y a à faire dans cette maladie. L'on a actuellement plusieurs exemples de gens véritablement enragés, guéris par ces heureux secours; & ceux qui ont le malheur d'être mordus doivent être persuadés qu'en prenant les précautions nécessaires ils sont entierement à l'abri de la maladie. Ceux même chez qui elle s'est déja manifestée doivent employer ces mêmes secours avec une entiere confiance.

D'abord après la morsure, si elle est dans les chairs, & si l'on peut le faire sans danger, il faut couper tout ce qui a été touché. Anciennement on la brûloit avec un fer rouge, car les scarifications sont assez inutiles. L'on doit laver long-tems la plaie avec de l'eau tiede, légérement salée; ensuite on en frotte les bords & les environs, à deux pouces de distance, avec un demi-quart d'once de l'onguent Nº. 27, & on la panse deux fois par jour avec un onguent fort doux comme Nº. 28, pour former une suppuration; mais l'on ne se sert de l'onguent Nº. 27, qu'une fois par jour. Par rapport au régime, il faut diminuer la quantité des alimens, & sur-tout de la viande, se sévrer de vin, de liqueurs, d'épiceries, de choses chaudes quelconques; ne boire qu'une ptisane d'orge & de fleurs de tilleul; se tenir le ventre libre; mettre tous les jours les jambes dans l'eau tiede. L'on peut prendre, de trois en trois jours, une prise du remede Nº. 29, qui est tout à la fois composé de Mercure, qui détruit le venin, & de Musc, qui empêche les spasmes. J'avoue cependant que je compte peu sur le Mercure donné sous cette forme: les frictions sont bien plus efficaces; elles suffiront toujours, j'espere, pour prévenir le mal. Mais s'il étoit déja déclaré, que le malade fût robuste & sanguin, il faudroit ordonner 1. une très ample saignée, qu'on réitere jusques à deux, trois, quatre fois, si les circonstances paroissent le demander. 2. Un bain tiede, s'il est possible d'y faire entrer le malade, & le réitérer une, & même deux fois par jour. 3. Lui donner tous les jours deux, ou même trois lavemens émolliens Nº. 5. 4. Frotter la plaie r'ouverte & ses environs avec la pomade Nº. 27, deux fois par jour. 5. Frotter d'huile tout le membre mordu, & le laisser enveloppé d'une flanelle huilée. 6. Prendre, de trois en trois heures, une prise du remede Nº. 29, avec quelques tasses d'infusions de tilleul & de sureau. 7. Prendre tous les soirs le remede Nº. 30, & même le réitérer le matin, si le malade n'est pas tranquille, & boire par-dessus de la même infusion. 8. S'il y a des grands soulévemens de coeur, de l'amertume dans la bouche, on peut donner la poudre Nº. 34, qui fait rendre beaucoup de glaires & de bile. 9. Il est fort peu question de la nourriture du malade. S'il en veut, on peut lui donner des pannades, du bouillon, du pain, des soupes farineuses, du lait.

§. 180. En faisant usage de ces remedes, on verra tous les symptomes disparoître peu-à-peu, & enfin la santé se rétablir tout-à-fait; mais si le malade reste long-tems foible & craintif, l'on fera usage de la poudre Nº. 14, trois fois par jour.

§. 181. L'on a vu un garçon, chez lequel la rage avoit commencé à se manifester, être très bien guéri, en frottant le voisinage de la plaie avec de l'huile d'olive, dans laquelle on avoit dissous du camphre & de l'opium, en lui faisant faire quelques frictions avec la pommade Nº. 27, & en lui faisant avaler de l'_eau de Luce_ (c'est une liqueur spiritueuse & antispasmodique) avec un peu de vin. Ce remede, dont on peut prendre une cuillerée à caffé de quatre en quatre heures, calme l'agitation, occasionne une sueur abondante, & fait disparoître tous les symptomes.

§. 182. On guérit les chiens en les frottant avec des doses de pommade triples de celles qu'on emploie pour les hommes, & en leur donnant le bol Nº. 32; mais il faut employer ces remedes dès qu'ils sont mordus. Quand la rage est déclarée, il y auroit trop de danger, & il faut incessamment les tuer: l'on peut tenter cependant, si, en leur jettant le bol, ils l'avaleront. Dès qu'ils sont mordus, il faut les tenir enfermés, & ne les relâcher qu'au bout de trois ou quatre mois.

§. 183. L'on a sur la morsure des chiens, un préjugé dangereux & faux, c'est que, si un chien qui a mordu quelqu'un sans être enragé, le devient une fois, la personne mordue le deviendra en même tems. Une telle idée est aussi ridicule, que si l'on disoit que quand deux personnes ont couché dans le même lit, si l'une prend au bout de dix ou douze ans, la gale ou la petite vérole, ou quelque autre maladie contagieuse, l'autre la prendra aussi. De deux choses l'une: ou le chien qui mord, est dans un commencement de rage; dans ce cas, elle sera manifeste au bout de quelques jours, & l'on doit dire qu'on a été mordu par un chien enragé: ou il n'en a absolument aucun principe; dans ce second cas, je demande à tout homme sensé, s'il peut la donner? Personne ne donne ce qu'il n'a pas. Cette idée baroque fait faire une action dangereuse à ceux qui en sont imbus; ils se servent du droit que la loi leur accorde de faire tuer le chien, & par-là ils restent dans l'incertitude sur son état & sur leur sort; incertitude effrayante, & qui peut avoir des suites fâcheuses, indépendantes de tout venin. Le parti qu'on doit prendre, c'est de faire enfermer le chien sous ses yeux, afin de s'assurer s'il est enragé, ou s'il ne l'est pas.

§. 184. Il n'est plus nécessaire aujourd'hui de montrer l'horreur, la barbarie & le crime de cette méthode, qui étouffoit, il n'y a pas si long-tems, les malades entre les couvertures. Elle est prohibée dans plusieurs pays, & sans doute, elle seroit punie, au moins elle devroit l'être, dans ceux même où elle ne l'est pas encore.

Une autre barbarie, dont il faut espérer aussi qu'on ne verra plus d'exemples, c'est l'abandon de ces misérables, sans aucun secours: abandon odieux, lors même qu'on n'auroit pas d'espérance de les sauver, & qui seroit criminel aujourd'hui, qu'on peut leur donner des secours efficaces. Je le réitere, les malades n'ont très souvent aucune envie de mordre: lors même qu'ils sont portés à cela, ils craignent de le faire, & avertissent qu'on s'éloigne d'eux; ainsi il n'y a aucun danger à courir, ou lorsqu'il y en a, il est très aisé de le prévenir par quelques précautions.

CHAPITRE XIII.

_De la petite Vérole._

§. 185. La petite vérole est la plus générale de toutes les maladies, puisque de cent personnes il n'y en a que quatre ou cinq qui en soient exemptes. Il est vrai, que si elle attaque tout le monde, elle n'attaque qu'une fois; & quand on l'a eue, on en est à l'abri pour toujours: c'est en même tems une des plus meurtrieres; & si elle est souvent la plus douce des maladies, elle est d'autres fois la plus horrible après la peste. Il est démontré, qu'en combinant les ravages des mauvaises & des bénignes, cette maladie tue la septiéme partie de ceux qu'elle attaque.

§. 186. On l'a ordinairement étant encore jeune. Il est rare qu'elle n'attaque qu'une personne dans un endroit. Le plus souvent elle est épidémique, & saisit une grande partie de ceux qui ne l'ont pas eue. Elle finit au bout de quelques semaines ou de quelques mois, & ne reparoît dans le même endroit, qu'au bout de quatre, cinq, ou six ans.