Avis au peuple sur sa santé ou traité des maladies les plus fréquentes
Part 10
§. 139. L'autre espece a les mêmes symptomes; excepté que le pouls n'est ni si élevé, ni si fort; que le visage est moins rouge, quelquefois même pâle; la respiration paroit moins gênée, & il y a quelquefois plus de facilité & plus d'abondance dans les vomissemens. Comme elle attaque des personnes moins sanguines, moins fortes, moins échauffées, la saignée n'est souvent point nécessaire. Il n'est au moins jamais nécessaire de la réitérer; & si le pouls est peu plein & point dur, elle pourroit être nuisible. Il faut au reste 1. situer le malade comme dans l'autre espece, quoique cela soit un peu moins nécessaire. 2. Lui donner un lavement; mais sans huile, avec le double de sel, & la grosseur d'un petit oeuf de savon; ou avec quatre ou cinq tiges de gratiole, ou herbe au pauvre homme. 3. On purge avec la poudre Nº. 21. 4. L'on peut, pour boisson, donner une forte infusion de melisse, & réitérer deux fois par jour le lavement. 5. Purger derechef le troisieme jour. 6. Appliquer d'abord au gras des jambes des vesicatoires. 7. Si la nature paroit vouloir se dégager par les sueurs, on doit l'aider; & j'ai vu souvent qu'un thé de chardon bénit produisoit très bien cet effet. Si l'on prend ce parti, il faut soutenir la sueur, sans bouger s'il est possible pendant plusieurs jours: il est arrivé alors qu'au bout de neuf jours, le malade étoit délivré de toute paralysie, qui survient ordinairement après cette apoplexie tout comme après l'autre.
§. 140. Les apoplexies sont sujettes à des rechûtes; & chaque nouvelle attaque est plus dangereuse que la précédente, ainsi il est extrêmement important de chercher à les prévenir. On prévient l'une & l'autre espece par une diete severe, & en retranchant beaucoup de la quantité ordinaire des alimens; & la précaution la plus essentielle, pour quiconque a eu une attaque, c'est de renoncer au souper. Ceux qui ont eu une attaque de la premiere espece, doivent être encore plus exacts que les autres; ils doivent se priver de tout ce qui est succulent, aromatique, âcre; du vin, des liqueurs, du caffé. Ils doivent faire un grand usage des jardinages, des fruits, des acides; manger peu de viande, & point de noire; prendre toutes les semaines deux ou trois prises de la poudre Nº. 23, le matin à jeun, dans un verre d'eau; se purger deux ou trois fois par an, avec la potion Nº. 22; prendre journellement de l'exercice; éviter les chambres trop chaudes, & l'ardeur du soleil; se coucher de bonheur, se lever matin; n'être jamais plus de huit heures au lit; & si l'on remarque qu'il se forme beaucoup de sang, & qu'il se porte à la tête, il faut sans hésiter, faire une saignée, & se mettre perdant quelques jours, à une diete totale, sans aucun aliment solide. Les bains chauds sont pernicieux dans ces cas. Dans l'autre espece, §. 139, au lieu de se purger avec le remede Nº. 22, il faut se purger avec le Nº. 21.
§. 141. Les mêmes secours propres à prévenir une rechûte, peuvent empêcher une premiere attaque, si on les emploie à tems; car quoique l'attaque d'apoplexie soit très prompte, cependant la maladie s'annonce plusieurs semaines, quelquefois plusieurs mois, même des années, à l'avance; par des vertiges, des pesanteurs de tête, de legers embarras de langue, des paralysies momentanées, tantôt d'une partie, tantôt d'une autre; quelquefois des dégoûts & des envies de vomir, sans qu'on puisse soupçonner aucun embarras dans les premieres voies, ou aucune autre cause dans l'estomac ou dans le voisinage; un changement difficile à décrire, dans la physionomie; des douleurs vives & passageres près du coeur; une diminution dans les forces, sans cause sensible; & quelques autres signes, qui marquent que les humeurs se portent trop à la tête, & que les fonctions du cerveau sont gênées.
Il y a des personnes qui sont sujettes à des attaques, qui dépendent de la même cause que l'apoplexie, & qu'on peut regarder comme de très legeres apoplexies, dont on soutient plusieurs attaques, & qui ne dérangent que très peu la santé. Tout-à-coup le sang se porte à la tête, le malade est étourdi, il perd toutes ses forces, il a quelquefois des nausées, sans cependant que la connoissance, le sentiment & le mouvement se perdent tout-à-fait. La tranquillité, une saignée, des lavemens dissipent l'accès: on en prévient les retours par le régime ordonné §. 140. & sur-tout par un usage abondant de la poudre Nº. 23. A la fin, un de ces accès dégénere en apoplexie mortelle; mais on peut la retarder très long-tems, par un régime exact, & en évitant toutes les passions fortes, & sur tout la colere.
CHAPITRE X.
_Des coups de Soleil._
§. 142. L'on appelle _coup de Soleil_, les maux qui résultent d'une trop forte action du soleil sur la tête: c'est la même chose que _insolation_.
Si l'on fait attention que le bois, la pierre, les métaux, exposés à l'action du soleil, s'échauffent, même dans les climats tempérés, au point qu'on ne peut pas les toucher sans se brûler, on comprendra tout le danger qu'on court, si la tête est exposée à une telle chaleur. Les vaisseaux se desséchent, le sang s'épaissit; il se forme une véritable inflammation, qui quelquefois, tue en très peu de tems. C'est un coup de soleil qui tua _Manassés, mari de Judith; car comme il étoit auprès de ceux qui lioient les gerbes aux champs, la chaleur lui donna sur la tête, & il tomba malade, & il se mit au lit, & il mourut_. Les signes qui caractérisent un coup de soleil, sont le séjour dans un endroit où il donnoit fortement; un violent mal de tête, avec la peau chaude, & extrêmement séche; les yeux rouges & secs, ne pouvant ni rester ouverts, ni soutenir la lumiere; quelquefois un mouvement continuel dans la paupiere, du soulagement par l'application de quelque liqueur fraiche; souvent une impossibilité de dormir; d'autres fois un grand assoupissement, mais accompagné de réveils violens: une fiévre très forte; un abbatement & un dégoût total; quelquefois beaucoup d'altération, d'autres fois point; la peau du visage est souvent brûlée.
§. 143. L'on est exposé aux coups de soleil dans deux saisons de l'année, ou au printems, ou dans les grandes chaleurs; mais ils sont bien différens dans leurs effets. Au printems, les gens de la campagne, les ouvriers, y sont peu sujets; ce sont les gens de la ville, les personnes délicates, qui ont pris peu de mouvement pendant l'hiver, & qui ont acquis beaucoup d'humeurs. Si dans ces circonstances elles vont au soleil, comme il a déja une certaine force; que par le genre de vie qu'elles ont mené, les humeurs sont déja plus disposées à se porter à la tête; que le fraicheur du terrein, sur-tout quand il a plû, fait qu'on ne se réchauffe pas aussi aisément les pieds, il agit sur leur tête comme un vésicatoire, & il détermine une plus grande quantité d'humeur; ce qui procure de violens maux de tête, accompagnés souvent d'élancemens vifs & fréquens, & de douleur dans les yeux; mais ce mal est rarement dangereux. Les gens de la campagne, les personnes de la ville, qui n'ont point discontinué l'exercice pendant l'hiver, ne craignent point ces soleils de printems. Les coups de soleil en été sont bien plus fâcheux, & ils attaquent les ouvriers ou les voyageurs, qui sont long-tems exposés à l'ardeur: c'est alors que le mal est porté à son plus haut dégré, & que les malades meurent souvent sur la place. Dans les pays chauds, cette cause tue plusieurs personnes dans les rues, & fait de grands ravages dans les armées en marche. L'on en voit, dans les pays tempérés, de tristes effets. Après avoir marché tout le jour au soleil, un homme tomba en léthargie, & au bout de quelques heures mourut avec des symptomes de rage. J'ai vu un couvreur, un jour très chaud, se plaindre à son camarade d'un violent mal de tête, qui augmentoit de minute en minute. Au moment où il voulut se retirer, il tomba mort, & fut précipité. Cette cause produit très fréquemment dans les campagnes, des phrénésies très dangereuses, que le peuple appelle fiévres chaudes. L'on en voit plusieurs toutes les années.
§. 144. L'effet du soleil est encore plus dangereux, si l'on y est exposé pendant le sommeil. Deux faucheurs s'endormirent sur un tas de foin la tête nue; ayant été réveillés par les autres, ils chancelerent, prononcerent quelques mots qui n'avoient point de bon sens, & moururent. Quand l'effet du vin & celui du soleil se réunissent, ils tuent très promptement, & il n'y a pas d'années, qu'on ne trouve morts dans les chemins des paysans, qui, étant ivres, vont tomber dans quelques coins, où ils périssent par une apoplexie vineuse & solaire. Ceux qui réchappent, conservent souvent toute leur vie des maux de tête, & même quelque léger dérangement dans les idées. J'ai vu qu'après quelques jours de violens maux de tête, le mal se jettoit sur les paupieres, qui restoient longtems rouges & fort tendues, sans qu'on pût les ouvrir. L'on a vu des personnes, chez lesquelles un coup de soleil occasionnoit un délire continuel, sans fiévre, & sans qu'ils se plaignissent d'un mal de tête. Quelquefois la goutte sereine en a été la suite; & il est fort commun de voir des personnes, chez lesquelles un long séjour au soleil, laisse une impression dans l'oeil qui leur fait appercevoir différens corps voltigeants en l'air, & qui troublent la vision.
§. 145. Chez les enfans fort jeunes, qui ne sont jamais exposés si long-tems à une si violente ardeur, mais sur lesquels une petite cause agit, le mal se manifeste, ou par un assoupissement profond, qui dure plusieurs jours, ou par des réveries continuelles, mêlées de fureur & de frayeur, presque comme quand ils ont eu quelque violente peur, par des mouvemens convulsifs, par des maux de tête qui redoublent par accès, & leur font pousser de hauts cris, par des vomissemens continuels. J'ai vu des enfans qui, après un coup de soleil, ont conservé long-tems une petite toux.
§. 146. Les vieillards qui s'exposent souvent imprudemment au soleil, ne savent pas tout le danger qu'ils courent. On a vu un homme qui, s'étant tenu à dessein fort long-tems au soleil, le jour libre d'une fiévre tierce, eût une attaque d'apoplexie qui l'emporta le lendemain. Lors même que le mal n'est pas prompt, cependant cette habitude dispose certainement à l'apoplexie & aux maux de tête. Un des plus légers effets du soleil sur la tête, c'est de procurer un rhume de cerveau, un mal de gorge, un enroument, un gonflement des glandes du col, une sécheresse dans les yeux, qui se fait quelquefois sentir long-tems.
§. 147. L'effet de la trop violente chaleur du feu, est le même que celui du soleil. Un homme s'étant endormi la tête contre le feu, mourut apoplectique dans ce sommeil.
§. 148. L'action d'un soleil trop fort ne nuit pas seulement lorsqu'elle tombe sur la tête, mais elle nuit aussi aux autres parties; & ceux qui y restent exposés en préservant la tête, essuient des douleurs violentes, un sentiment de chaleur, & une roideur considérable dans ces parties qui ont été desséchées, comme aux jambes, aux genoux, aux cuisses, aux reins, aux bras; quelquefois il leur survient de la fiévre.
§. 149. En examinant une personne malade d'un coup de soleil, il faut faire attention s'il n'y a point d'autres causes concourantes. Un voyageur, un manoeuvre, sont souvent autant affectés par la fatigue de la route ou du travail, que par le soleil.
§. 150. Il est très important de traiter d'abord les coups de soleil. Si on les néglige, ceux mêmes qui auroient été aisés à guérir, deviennent très fâcheux. On les traite, comme toutes les maladies précédentes, par les saignées & les rafraichissans de toute espece, en boissons, en lavemens, en applications, en bains.
Si le mal est pressant, il faut commencer par une très forte saignée, & la réitérer. Il fallut saigner neuf fois Louis XIV, pour le sauver en 1658, après un coup de soleil qu'il reçut à la chasse. Après la saignée, on met les jambes dans l'eau tiéde; c'est un des remedes qui soulagent le plus promptement, & j'ai vu le mal de tête se dissiper & revenir, à proportion du nombre & de la longueur des bains de jambes. Il faut quand le mal est grave, en venir au demi-bain, & même au bain entier; mais il ne doit être que tiéde, non plus que les bains de pied, l'eau chaude seroit très nuisible. Les lavemens faits avec une décoction d'herbes émollientes quelconques, produisent aussi un très bon effet. Il faut boire abondamment du lait d'amande Nº. 4, de la limonade faite avec le jus de citron dans de l'eau, (c'est la meilleure boisson dans ce cas) ou de l'eau & du vinaigre, qui supplée très bien à la limonade; & ce qui est encore plus efficace, du petit lait très clair, avec un peu de vinaigre. Toutes ces boissons peuvent être bûes fraiches; le remede Nº. 31 est très efficace, on en prend cinq ou six verres par jour. L'on applique sur le front, sur les tempes, sur toute la tête même, des linges trempés dans l'eau fraiche, & un peu de vinaigre rosat; ce qui peut tenir lieu de tous les autres remedes employés dans ce cas. Ceux qu'on vante le plus, sont les jus de pourpier, de laitue, d'artichaud sauvage, & de verveine.
§. 151. Les bains froids ont quelquefois guéri des cas presque désespérés. Un homme de vingt ans, ayant été fort long-tems exposé à un soleil brûlant, rêvoit violemment sans fiévre, & étoit véritablement maniaque. Après plusieurs saignées, on le jetta dans un bain froid, qu'on réitéra souvent, & en même tems on lui jettoit de l'eau froide sur la tête: ces secours le guérirent peu à peu. Un Officier qui avoit couru la poste pendant plusieurs jours de suite par les grandes chaleurs, eut, en descendant de cheval, un évanouissement qui résista à tous les remedes ordinaires. On le sauva en le faisant plonger dans un bain d'eau glacée. L'on ne doit jamais employer le bain froid dans ces cas, qu'après les saignées.
§. 152. Il est certain, que si l'on est tranquille, on recevra plus aisément un coup de soleil, qu'en se donnant du mouvement; & l'usage des chapeaux blancs, ou de quelques feuilles de papier sous un chapeau noir, contribue sensiblement à prévenir les mauvais effets d'un soleil médiocre; mais il est inutile contre un très fort.
CHAPITRE XI.
_Du Rhumatisme._
§. 153. Le Rhumatisme est, ou avec fiévre, ou sans fiévre. Le premier est une maladie de la même espece que celles dont j'ai parlé; une inflammation qui est annoncée par une fiévre violente, avec frisson, chaleur, pouls dur, mal de tête: l'on sent même quelquefois un froid extraordinaire, avec un mal-aise général, plusieurs jours avant que la fiévre se déclare. Le second jour, le troisiéme, quelquefois même le premier, le malade est saisi par une douleur violente dans quelques parties du corps, sur tout aux articulations qui en empêche absolument le mouvement, & qui est bientôt accompagnée de chaleur, de rougeur, & de gonflement dans la partie. Le genou est souvent la premiere partie attaquée; quelquefois tous deux le sont ensemble. Il arrive souvent que la fiévre diminue, quand la douleur est fixée; d'autres fois elle persiste plusieurs jours, & redouble tous les soirs. La douleur diminue au bout de quelques jours dans une partie, & en attaque une autre. Du genou elle va au pied, à la hanche, aux reins, aux épaules, au coude, au poignet, à la nuque, & souvent dans les parties moyennes. Quelquefois une partie se dégage tout-à-fait, quand l'autre est attaquée; d'autrefois plusieurs, & même, comme je l'ai vu, toutes les articulations sont attaquées en même tems, & alors l'état du malade est affreux; il est incapable d'aucun mouvement, & il craint le secours de tous ceux qui voudroient l'aider, parcequ'on ne peut pas le toucher sans le faire souffrir. Il ne peut pas soutenir le poids des couvertures, qu'on est obligé d'appuyer sur des cerceaux; & le mouvement qu'on imprime au plancher en marchant dans la chambre, redouble ses douleurs. Les endroits où les douleurs sont ordinairement les plus cruelles & les plus opiniâtres, sont les reins, les hanches & la nuque.
§. 154. Le mal se jette aussi souvent sur la peau de la tête, & les douleurs sont excessives. Je l'ai vu attaquer les paupieres & les dents avec une violence qu'on ne peut pas décrire. Tant que le mal est extérieur, quelque douloureux qu'il soit, si le malade est bien conduit, il n'y a pas un grand danger; mais si par quelque accident, par quelque faute, ou par quelque cause cachée, le mal se jette sur quelque partie intérieure, il est extrêmement dangereux. S'il attaque le cerveau, il occasionne un délire phrénétique; en se jettant sur le poulmon, il suffoque; & s'il attaque l'estomac ou les entrailles, il produit des douleurs inouies, occasionnées par l'inflammation de ces parties, qui, si elle est forte, tue promptement. Je vis il y a deux ans un homme robuste, qui, quand on m'appella, avoit déja la gangrene dans les boyaux, dont le mal avoit commencé par un rhumatisme aux bras & à un genou. On avoit voulu le dissiper en le faisant suer avec des choses chaudes; il avoit effectivement beaucoup sué, mais l'humeur inflammatoire se jetta sur les intestins; l'inflammation dégénéra en gangrene, après trente six heures de douleurs les plus aiguës, & il mourut deux heures après que je l'eus vu.
§. 155. Souvent le mal est moins violent, la fievre est peu forte; elle cesse entierement dès que les douleurs commencent, & les douleurs n'attaquent qu'une ou deux parties.
§. 156. Si le mal reste long-tems fixé sur une articulation, le mouvement en reste gêné pour toute la vie. J'ai vu une personne à qui un rhumatisme à la nuque, a laissé un torticolis qu'elle garde depuis vingt ans, & un pauvre jeune homme qui avoit perdu le mouvement d'une hanche & des deux genoux: il ne pouvoit être ni debout, ni assis, & il n'avoit que peu d'attitudes possibles dans le lit.
§. 157. La cause la plus ordinaire du rhumatisme, c'est la transpiration arrêtée. Il est lui-même une maladie inflammatoire, & il veut être traité comme tel.
§. 158. Dès que le mal est déclaré, l'on donne un lavement Nº. 5; & une heure après, on fait une saignée de douze onces au bras. L'on se met au régime, & l'on boit abondamment de la ptisane Nº. 2, & du lait d'amande Nº. 4. Dans les campagnes, où les laits d'amande sont trop couteux pour le peuple, on peut leur donner du petit lait extrêmement clair, adouci avec un peu de miel. J'ai vu un rhumatisme très grave, guéri après deux saignées, sans autre remede ni aliment, pendant treize jours. Le petit lait peut aussi servir avec succès pour les lavemens.
§. 159. Si le mal ne diminue pas considérablement après la premiere saignée, il faut la réitérer au bout de quelques heures. J'en ai fait faire quatre dans les deux premiers jours, & quelques jours après une cinquiéme; mais ordinairement après la seconde, la dureté du pouls diminue, & lors même que les douleurs continuent également fortes, le malade est cependant moins inquiet. Il faut réitérer tous les jours le lavement, même deux fois, si chaque lavement n'évacue que peu, & si le malade souffre de grands maux de tête. Dans les cas excessivement douloureux, le malade ne peut pas se mettre dans l'attitude nécessaire pour les prendre; alors il faut rendre les boissons aussi relâchantes qu'il est possible, & lui donner soir & matin une prise de crême de tartre Nº. 23. Ce remede joint au petit lait, & pris pendant long-tems, a guéri deux personnes, à qui je l'avois conseillé, de douleurs de rhumatisme, qui, depuis plusieurs années, revenoient très fréquemment avec un peu de fievre.
Les pommes & les pruneaux cuits, les fruits d'été bien mûrs, sont les meilleurs alimens. L'on épargne beaucoup de douleurs aux malades, en tenant toujours une alaise sous leur dos, & une autre sous leurs cuisses, qui servent à les remuer. Quand ils ont les mains libres, une corde attachée au ciel du lit, & terminée par un morceau de bois qui est attaché en travers, ou par quelque autre poignée, leur est extrêmement utile pour s'aider eux-mêmes.
§. 160. Quand il n'y a plus de fievre, & que le pouls n'a plus de dureté, je purge avec succès, avec la potion Nº. 22; & si elle procure au malade cinq ou six selles, il se trouve ordinairement très soulagé: l'on réitere avec succès le surlendemain, & quelques jours après.
Quand les douleurs sont excessives, elles ne souffrent aucune application; mais on peut employer les bains de vapeurs, qui, moyennant qu'on les fasse souvent & long-tems, soulagent très efficacement. Quand il est possible, il faut employer continuellement quelqu'une des applications émollientes Nº. 9. Un demi-bain ou un bain entier tiede, dans lequel le malade reste une heure, après les saignées suffisantes & plusieurs lavemens, soulage infiniment. J'ai vu un malade y entrer avec les douleurs les plus aiguës, des hanches & d'un genou; il souffrit encore cruellement dans le bain & en le quittant; une heure après être rentré au lit, il sua pendant trente-six heures, plus qu'on ne peut le croire, & fut guéri. Mais le bain ne doit jamais précéder les saignées, ou au moins quelqu'autre évacuation, il augmenteroit le mal. Les douleurs redoublent ordinairement pendant la nuit, & l'on donne des remedes pour faire dormir, mais fort mal-à-propos. Ils augmentent très réellement la cause du mal, & détruisent l'effet des remedes; souvent même ils augmentent la douleur, bien loin de la calmer. Ils conviennent si peu, que le sommeil même, qui vient naturellement dans les commencemens de cette maladie, est à charge aux malades. Ils ont au moment où ils s'endorment, de violens tressaillemens ou soubresaults qui les réveillent douloureusement; ou s'ils dorment quelques momens, les douleurs sont plus fortes au réveil.
§. 161. Le rhumatisme se termine, ou par les selles, ou par des urines troubles, épaisses, & qui déposent abondamment un sédiment jaunâtre, ou par des sueurs, & il est rare que cette derniere évacuation n'ait pas lieu sur la fin de la maladie. On l'aide en buvant de l'infusion de fleurs de sureau. Mais dans les commencemens les sueurs sont pernicieuses. Il arrive aussi, mais plus rarement, que les rhumatismes se terminent par le dépôt d'une matiere acre sur les jambes, où elle forme d'abord des vessies qui s'ouvrent et dégénerent en ulceres, & si on les ferme trop tôt, les douleurs reviennent. D'autrefois il se forme un abcès dans la partie même malade, ou dans le voisinage. J'ai vu un vigneron chez qui, après de violens maux de reins, il se forma un abcès au haut de la cuisse, qu'il laissa empirer. Quand je le vis, l'abcès étoit monstrueux. Je le fis ouvrir, il en sortit tout à la fois plus de trois pots de pus; mais il mourut au bout de quelque tems. Une autre crise de rhumatisme, c'est une espece de galle qui survient dans le voisinage des parties souffrantes. Dès que l'éruption est faite, les douleurs se dissipent; mais les boutons durent quelquefois plusieurs semaines.
§. 162. Je n'ai jamais vu que les douleurs durassent avec quelque violence plus de quatorze jours dans cette espece de rhumatisme; mais il reste dans les parties, de la foiblesse, de l'engourdissement, de l'enflure, & il faut plusieurs semaines, quelquefois des mois, surtout si la maladie a attaqué en Automne, avant que le malade reprenne toutes ses forces. J'en ai vu qui après un rhumatisme très douloureux, conservoient un sentiment de lassitude très incommode, qui ne cessa qu'après une éruption abondante, sur toute la peau, de petites vessies pleines d'eau dont plusieurs s'ouvrirent, quelques-unes se sécherent.
§. 163. L'on peut hâter le retour des forces dans les parties affoiblies, par des frictions qu'on fait soir & matin avec un morceau de flanelle, ou de quelqu'autre étoffe de laine, en prenant de l'exercice & en se conformant exactement aux conseils donnés à l'article de la convalescence.
On prévient cette maladie par les moyens que j'ai indiqués au §. 95, en parlant des pleurésies.