Aventures merveilleuses mais authentiques du capitaine Corcoran, Première Partie
Part 13
En effet, elle le conduisit tout droit à la maison de Lakmana, descendit dans le souterrain et montra les tonneaux de poudre, la traînée, la mèche éteinte et un homme dangereusement blessé qui avait le ventre ouvert d'un coup de griffe. C'était le complice du brahmine, et il raconta lui-même ce qui s'était passé.
Louison n'était pas morte en tombant dans les oubliettes de la tour d'Ayodhya. Elle était tombée comme tombent les chats et les tigres, sur ses pattes, et elle était demeurée étourdie de la chute et presque évanouie au fond de cet affreux précipice, pavé de rochers et d'ossements humains. Dès que Lakmana fut parti, elle reprit ses sens et s'orienta de son mieux. Par malheur, il n'y avait ni porte ni fenêtre, si ce n'est à une hauteur de soixante pieds. Encore en était-elle séparée par la funeste trappe qui avait causé son malheur.
Mais Louison n'était pas de ceux qui se désespèrent et qui n'attendent leur salut que du ciel et du hasard. Pendant trois jours et trois nuits sans se lasser, elle creusa la terre et le rocher avec ses ongles et ses griffes, n'ayant pour toute nourriture qu'une demi-douzaine de rats, ce qui lui fit faire la grimace, car elle était délicate et même un peu petite-maîtresse; elle n'aimait que les fleurs, les parfums, et les animaux des forêts. Cependant elle vécut, c'était l'essentiel, et fit enfin son trou sous terre comme une taupe. Après trois jours de travail acharné, elle revit la lumière du soleil si chère à tous les vivants, et se trouva libre à vingt pas environ des remparts d'Ayodhya.
On juge aisément de quelle ardeur de vengeance elle était animée. Elle courut tout d'un trait à Bhagavapour, et sans s'occuper des détails de la fête, elle enfonça d'un choc enragé la porte de la maison de Lakmana, chercha partout le brahmine, et le découvrit dans le souterrain, juste au moment où il allait en sortir après avoir allumé la terrible mèche.
Le voir, bondir sur lui, le renverser d'un coup de griffe, l'achever d'un coup de dent, et blesser son complice fut l'affaire de quelques secondes. Dans la lutte, la mèche s'éteignit (nouveau bonheur!) et Louison très-fière de son exploit, quoiqu'elle n'en connût pas tout le prix, se montra, comme on l'a vue plus haut dans l'assemblée, et avertit le peuple de Bhagavapour du danger qu'il avait couru.
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Est-il besoin maintenant de continuer ce récit, de mentionner la joie publique, le couronnement de Corcoran et de Sita, et toutes les splendeurs dont ce couronnement fut suivi? On devine assez que Louison ne fut pas oubliée dans les actions de grâces que le peuple tout entier rendit à Brahma et à Wichnou, et l'on supposa, plus que jamais, que la déesse Kaly avait pris la forme d'une tigresse pour se montrer aux hommes.
FIN DU PREMIER VOLUME.
TABLE.
I. L'Académie des sciences (de Lyon) et le capitaine Corcoran.
II. Comment l'Académie des sciences (de Lyon) fit connaissance avec Louison.
III. D'un tigre, d'un crocodile et du capitaine Corcoran.
IV.
V.
VI.
VII. La chasse au rhinocéros.
VIII. Conversation émouvante de Louison et du capitaine Corcoran avec le colonel Barclay.
IX. Au galop! Au galop! Hurrah!
X. A l'assaut! A l'assaut!
XI. Sortie des assiégés.
XII. Donnez-moi cet Anglais.--Que veux-tu en faire?--Le pendre.--Bien volontiers.
XIII. La toilette du capitaine.
XIV. Comment l'assiégeant devint l'assiégé.
XV. Comment Louison s'étendit à la manière des chats sur le dos du puissant Scindiah, aux pieds de la belle Sita.
XVI. Comment le brave Bérar fut mécontent des caresses du chat aux neuf queues.
XVII. Destinée finale du lieutenant Robarts, du 21e de hussards.
XVIII. Comment le dividende de la Compagnie des Indes se trouva réduit à rien par l'industrie de Corcoran, ce qui fit gémir plusieurs gros actionnaires.
XIX. Conversation philosophique et intéressante sur les devoirs de la royauté chez les Mahrattes. Oraison funèbre d'Holkar.
XX. Suite du précédent.
XXI. De l'amie que Corcoran donna au sage brahmine Lakmana, et des devoirs de l'amitié.
XXII. De quel traître Louison fut victime. Épouvantable catastrophe.
XXIII. Conclusion de cette admirable histoire.
FIN DE LA TABLE.