Aventures extraordinaires d'un savant russe; IV. Le désert sidéral
Chapter 27
--Bandits!... voleurs!... hurla-t-il, en se débattant aux mains des agents qui l'avaient saisi aussitôt... on ira vous décrocher des étoiles, et des soleils, et des planètes, et des nébuleuses... pour que vous les preniez...
Et, se penchant vers eux, il leur cracha à la figure ces mots:
--Voleurs!... voleurs!...
Puis, son exaltation tombant, il se mit à s'arracher les cheveux, en pleurant:
--Et les actionnaires de la «Selene Company»... et les membres de l'«Excentric-Club»...
Mais il se mit à rire, chantant et dansant.
--Je suis Ossipoff... c'est moi le savant... ah! vous pouvez bien prendre mon lithium... j'ai des étoiles et des soleils à revendre... j'en ai une cargaison complète... je suis riche... riche!...
Il lançait sa casquette en l'air et la rattrapait, comme il eût fait d'une balle...
Fricoulet, du premier coup d'oeil, avait vu juste: Jonathan Farenheit était devenu fou.
Maintenant, comment cela était-il arrivé? d'une manière toute simple.
Les savants, qui avaient fait mettre autour du bradyte un cordon de troupes pour empêcher qu'on en enlevât une parcelle, avaient totalement négligé de mettre l'_Éclair_ à l'abri de l'âpre convoitise de messieurs les Anglais; si bien que ceux-ci s'étaient tout bonnement rabattus sur l'appareil en lithium, qu'ils avaient dépecé aussi rapidement qu'une bande de fourmis dépèce le cadavre d'un animal.
Quand Farenheit, en quittant la posada, avait atteint le champ où, d'après les indications recueillies sur son chemin, il devait retrouver, couché sur le flanc, l'appareil sur la valeur duquel il avait fondé de si grandes espérances, il avait vu, épars sur le sol, quelques fragments de métal, taudis qu'au loin disparaissaient les derniers touristes de l'Agence Cook.
C'était comme s'il avait reçu sur le crâne un violent coup de marteau; perdant la tête, il avait couru sur les traces des voleurs et, les ayant atteints, en avait assommé une demi-douzaine.
Mais il avait succombé sous le nombre, et les agents étaient arrivés juste à temps pour lui éviter un lynchage en règle.
Voilà comment les actionnaires de la «Selene Company limited», une première fois volés par Sharp, ne rentrèrent jamais dans leur argent, et comment l'«Excentric-Club» fut privé du plus extraordinaire président qui se pût jamais rêver.