Aventures d'un Gentilhomme Breton aux îles Philippines

Chapter 28

Chapter 283,321 wordsPublic domain

1 Psittacula loxia (Less.) Boubouctouc. 2 Loriculus Coulaci (Bonap.) Coulacissi. 3 Tanygnatus marginatus (Wagl.) 4 Prioniturus platurus (Bonap.) 5 Cacatua Philippinarum (Bourj.) Cacatoua. 6 Haliætus blagrus (Smith.) Laouin. 7 Haliastur ponticerianus (Selby.) Id. 8 Aviceda magnirostris (Bonap.) Id. 9 Ierax sericeus (Gray), ou falco Gironieri (Eydoux) Laouin-monti. 10 Spizætus lanceolatus (Tem.) Laouin. 11 Astur trivirgatus (Cuv.) Id. 12 Accipiter virgatur (Gray) Id. 13 Jeraglaux philippensis (Bonap.) 14 Otus philippensis (Gray.) 15 Syrnium philippense (Gray.) 16 Caprimulgus macrotis (Dig.) 17 Acanthylis giganteus (Bonap.) 18 Cypselus sinensis (Cuv.) 19 Dendrochelidon comatus (Boie.) 20 Buceros hydrocorax (Lin.) Calao. 21 Buceros antracinus (Tem.) Id. 22 Tockus sulcatus (Bonap.) Talictik. 23 Tockus sulsirostris (Bonap.) Id. 24 Dasylophus supersiliosus (Swains.) Sabucot-pula. 25 Dasylophus Cumingi (Fraser.) Id. 26 Eudynamis australis (Swains.) Saboucot. 27 Centropus viridis (Pueher.) Id. 28 Centropus Molkenboeri (Bonap.) Id. 29 Cacomantis flavus (Bonap.) Id. 30 Chrysocolaptes hæmatribon (Bonap.) Manounuctouc. 31 Id. palalaca (Bonap.) Id. 32 Id. menstruus (Bonap.) Id. 33 Picus moluccensis (Lin.) Id. 34 Megalaima philippensis (Gray.) Aso. 35 Harpactes ardens (Gould.) 36 Halcyon fusca (Gray.) Salacsac. 37 Id. collaris (Gray.) Id. 38 Id. Lindsayi (Gray.) Id. 39 Ceyx melanura (Kaup.) Id. 40 Alcyone cyanipectus (Bonap.) Id. 41 Merops badius (Gm.) Pirit. 42 Do javanicus (Horsf.) Id. 43 Kitta speciola (Bonap.) 44 Eurystomus orientalis (Bonap.) Ouackuackean. 45 Parus quadrivittatus (Lafres.) 46 Motacilla luzoniensis (Scopol.) 47 Brachyurus atricapillus (Bonap.) 48 Id. erythogastra (Bonap.) 49 Hypsypetes philippensis (Strickl.) 50 Microscelis philippensis (Gray) 51 Ixos chrysorrhæus (Tem.) 52 Id. sinensis (Bonap.) 53 Copsychus luzoniensis (Kittl.) Dominico. 54 Megalurus palustris (Horf.) 55 Calliope camtschatkensis (Bonap.) 56 Petrocincla eremita (Gray) 57 Petrocossypha manillensis (Bonap.) 58 Pratincola caprata (Bonap.) Tainbabouii. 59 Cyornis elegans (Bonap.) 60 Myiagra manadensis (Bonap.) 61 Rhipidura nigritoryques (Bonap.) Maria-Cafra. 62 Muscipeta rufa (Bonap.) 63 Collocalia nidifica (Bonap.) Salangan. 64 Id. esculenta (Bonap.) Id. 65 Artamus leucorhynchus (Vieill.) Palacpat. 66 Oriolus acrorhynchus (Vig.) Couliaouan. 67 Irena cyanogastra (Vig.) 68 Dicrourus balicassicus (Vieill.) Balicassiao. 69 Ceblepyris cærulescens (Blyth.) 70 Graucalus lagunensis (Bonap.) 71 Lalage orientalis (Boie.) Balac-angin. 72 Enneoctonus superciliosus (Bonap.) 73 Lanius sach. (Lin) 74 Crypsirhina varians (Vieill.) 75 Corvus inca (Horsf.) Couac. 76 Meliphaga mystacalis (Tem.) Coulanga. 77 Jora scapularis (Horsf.) 78 Zosterops meyeni (Bonap.) 79 Dicæum trigonostigma (Gray.) 80 Cinnyris pectoralis (Vieill.) Pipi. 81 Id. ruber (Vieill.) Id. 82 Lamprotornis insidiator (Caban.) Tordo. 83 Id. columbianus (Bonap.) Id. 84 Heterornis ruficollis (Bonap.) Id. 85 Acridotheres philippensis (Bonap.) Id. 86 Gymnops calvus (Cuv.) Coulin. 87 Ploceus philippensis (Bonap.) 88 Munia oryzivora (Bonap.) Maya. 89 Id. minuta (Bonap.) Id. 90 Estrelda amandava (Gray) Id. 91 Passer jugiferus (Tem.) Maya-pakin. 92 Ptilinopus roseicollis (Gray) Batu-batu punay. 93 Ramphiculus occipitalis (Bonap.) Batu-batu. 94 Treron psittacea (Gray) Id. 95 Id. vernans (Steph.) Id. 96 Phapitreron leucotis (Bonap.) 97 Carpophaga chalybura (Bonap.) 98 Ptilocolpa griseipectus (Bonap.) 99 Id. carola (Bonap.) 100 Macropygia phasianella (Bonap.) Batu-batutabacuan. 101 Tutur chinensis (Scopol.) 102 Streptopelia humilis (Bonap.) Batu-batu monti. 103 Phlegænas cruenta (Bonap.) 104 Chalcophaps indica (Gould.) Lipagin. 105 Caloenas nicobarica (Gray) Batu-batu dougou. 106 Megapodius rubripes (Tem.) Tavon. 107 Id. Forstenii (Müll.) 108 Polyplectron Napoleonis (Less.) 109 Gallus bankiva (Tem.) Labouio. 110 Coturnix chinensis (Gould.) Pogo. 111 Turnix pugnax (Steph.) Id. 112 Id. ocellata (Gray) Pogo-malaquit. 113 Melanopelargus leucocephalus (Bonap.) 114 Typhon robusta (Müll.) 115 Ardea purpurea (Lin.) 116 Herodias sacra (Bonap.) 117 Buphus malaccensis (Bonap.) 118 Butorides javanica (Bonap.) 119 Ardeola cinnamomea (Bonap.) 120 Nycticorax manillensis (Vig.) 121 Id. caledonicus (Steph.) 122 Id. Goisagi (Gray) 123 Platalea luzoniensis (Scopol.) 124 Plegadis bengaleusis (Bonap.) 125 Totanus glareolus (Gray) 126 Id. ochropus (Tem.) 127 Id. hypoleucus (Gray) 128 Rallus torquatus (Lin.) Ticline. 129 Id. philippensis (Lin.) Id. 130 Ortygometra ocularis (Gray) Id. 131 Porphyrio pulverulentus (Tem.) Abab. 132 Gallinula cristata (Lath.) Id. 133 Gallinula olivacea (Meyer) Abab. 134 Dendrocygna vagans (Eyton.) Itic. 135 Id. arcuata (Swains.) Id. 136 Id. viduata (Swains.) Id. 137 Anas luzonica (Fraser.) Id. 138 Id. gibbifrons (Müll.) Id. 139 Id. superciliosa (Gm.) Id. 140 Spatula rhynchotis (Gould ) Id. 141 Querquedula crecca (Steph.) Id. 142 Id. circia (Steph.) Id. 143 Podiceps gularis (Gould.) Coulisi. 144 Id. australis (Gould.) Id. 145 Plotus Novæ-Hollandiæ (Gould.) Cassili. 146 Phalacrocorax sinensis (Gray.) Id. 147 Carbo javanicus (Horsf.) Id. 148 Pelecanus philippensis (Gm.) Pagala. 149 Fregata ariel (Gould.) 150 Larus pacificus (Lath.) 151 Xema Jamesonii (Gould.) 152 Sylochelidon strenuus (Gould.) 153 Thalasseus poliocercus (Gould.) 154 Sterna melanauchen (Tem.) 155 Onychoprion fuliginosa (Swains.) 156 Anous melanops (Gould.) 157 Diomedea exulans (Lin.) 158 Id. chlororhynchos (Lath.) 159 Id. culminata (Gould.) 160 Id. fuliginosa (Lath.) 161 Procellaria gigantea (Lath.) 162 Id. atlantica (Gould.) 163 Id. hasitata (Kuhl.) 164 Procellaria glacialoides (Smith.) 165 Puffinus æquinoctialis (Less.) 166 Prion turtur (Forst.) 167 Id. ariel (Gould.) 168 Thalassidroma marina (Less.) 169 Id. leucogastra (Gould.) 170 Id. nereis (Gould.) 171 Id. Wilsonii (Bonap.) 172 Spheniscus minor. (Tem.)

§ VIII.--Poissons.

Les lacs et les rivières abondent en excellents poissons. J'ai déjà fait connaître les espèces qui habitent le lac de _Bay_. J'ai cependant omis de parler de l'espèce la plus abondante, celle qui se distingue par les particularités qui lui méritent une place spéciale: je veux parler du _machoirin_, nommé par les Indiens _candolé_.

Le _candolé_ est un poisson sans écailles, dont la longueur ne dépasse jamais deux pieds à deux pieds et demi; il est bleu sur le dos, et blanc argenté sous le ventre. Il a une grosse tête en proportion de son corps. Il porte trois fortes défenses, l'une sur le dos à la naissance de la nageoire, et les deux autres de chaque côté du thorax. Ces défenses sont longues d'un pouce à un pouce et demi, selon la grosseur du poisson, très-aiguës, et sont dentelées en scie le long des bords. Lorsque ce poisson est menacé par un ennemi, il dresse ses trois défenses, et aucune force, à moins de les rompre, ne peut leur faire reprendre leur position naturelle.

La piqûre de cette arme est très-dangereuse, et produit une douleur atroce. Un individu qui serait blessé en même temps par plusieurs de ces poissons en mourrait. Lorsque les Indiens en sont piqués, ils se guérissent en faisant tomber dans la blessure quelques gouttes d'huile enflammée. Pour cette petite opération, ils se servent d'une mèche de coton fortement imbibée d'huile, allument l'une de ses extrémités, et, en l'inclinant au-dessus de la blessure, quelques gouttes s'en détachent et tombent dans la plaie. Cette manière de cautérisation fait immédiatement cesser la douleur.

Il est de la famille des vivipares. A l'époque de la reproduction, on trouve dans l'intérieur des femelles un long chapelet d'oeufs globuleux, de la grosseur d'un gros pois. Ces oeufs renferment un germe à un état plus ou moins parfait de création. Quelques-uns ne présentent à l'intérieur qu'une substance laiteuse, tandis que d'autres contiennent un foetus tout formé, et si plein de vie, qu'il suffit de rompre l'enveloppe et de le mettre dans l'eau pour le voir nager aussi bien que s'il était né naturellement.

La chair du _candolé_ se mange surtout fumée ou séchée au soleil.

Avec son estomac on fait de la colle de poisson.

On trouve aussi, et particulièrement dans le lac de _Bay_ et la baie de Manille, une espèce de serpent d'eau, dont les plus forts ne dépassent pas une longueur de trois à quatre pieds. Il est gris, bariolé de noir et de jaune. Il est plus répugnant que dangereux; il est même inoffensif. Dans les grandes crues les Indiens pêchent ce serpent pour en faire de l'huile à brûler. Les aigles-pêcheurs lui font une chasse acharnée.

La mer fournit aux habitants des plages une quantité considérable de bons et excellents poissons. Ceux que nous avons en Europe, et qui se trouvent dans les mers de Luçon, sont les _sardines_, les _mulets_, les _maquereaux_, les _soles_, les _thons_, les _dorades_ et les _anguilles_.

On prend dans la baie de Manille, avec des lignes de fond, une espèce de serpent de mer, d'une longueur de dix à douze pieds, d'une couleur verdâtre mêlée de jaune. Les pêcheurs prétendent que sa morsure est mortelle; aussitôt qu'ils en prennent un, ils lui coupent la tête.

C'est un animal dégoûtant et hideux. Cependant les Indiens le font figurer dans leurs repas.

Les Indiens pêchent une grande quantité de trépangs; des requins, dont ils prennent les ailerons pour les vendre aux Chinois; des tortues, qui fournissent un bon aliment et de l'écaille, et des huîtres perlières.

Parmi ces huîtres il en est une espèce très-abondante dans la baie de Manille, dont les écailles sont très-plates, minces et transparentes. On taille ces écailles en petits carrés, pour servir aux vitraux des maisons de Manille. Ces vitraux ont sur le verre l'avantage de ne donner aux appartements qu'un clair-obscur, et de ne pas laisser pénétrer les rayons du soleil.

La mer produit encore une grande quantité et une variété infinie de crustacés, des mollusques, des coquillages de toute espèce, et notamment d'excellentes huîtres.

§ IX.--Reptiles.

Il ne manque pas de reptiles aux Philippines; mais, n'ayant pas l'intention de faire un cours d'histoire naturelle qui serait au-dessus de mes forces, je vais seulement, ainsi que je l'ai fait pour les poissons, m'occuper des espèces qui ont fixé mon attention par leur particularité.

Dans le genre des sauriens j'ai déjà décrit l'_aligator_, le plus monstrueux de tous les reptiles.

On trouve dans la même famille plusieurs espèces d'_iguanas_. La plus grande a souvent sept à huit pieds de longueur. C'est un énorme lézard couleur gris verdâtre, mêlé de points jaunes. Il vit sur le bord des lacs, des rivières, dans des lieux humides, et souvent dans les maisons. Il est presque amphibie, se nourrit de poissons, de rats, de volatiles, et il est tout à fait inoffensif pour les hommes. Sa chair blanche ressemble beaucoup à celle du poulet; elle est très-bonne à manger. Les Indiens n'en font pas usage; ils sont seulement très-friands de leurs oeufs, de la dimension de grosses noix, et, comme ceux de la tortue, sans enveloppe solide.

Une petite espèce d'_iguana_, d'une couleur fauve, dont la longueur ne dépasse pas un pied et demi à deux pieds, porte une crête ou carenne qui se prolonge de la tête jusqu'au milieu de l'épine dorsale. Elle habite toujours le bord des rivières et des lacs; elle se tient ordinairement au soleil, sur les arbres qui avoisinent les bords de l'eau.

Dans toutes les maisons de Manille, il y a toujours une grande quantité de petits lézards qui ne se montrent que lorsque les lumières sont allumées. Ils sont de couleur grise. Ils ont sous les pattes une membrane qui les fait adhérer au sol, et leur facilite la faculté de se promener au plafond, sur les murs, et même sur les glaces. Ils se nourrissent de mouches et de moustiques.

Les _tacons_ ou _tchacons_, espèce bien plus grande que la dernière, habitent aussi les maisons. Ils ont la longueur d'un pied; ils sont de couleur grise mêlée de jaune, de bleu et de rouge. Leur tête est énorme, et leur gueule d'une grandeur disproportionnée à tout le corps. Ils ont aussi, comme les petits lézards dont je viens de parler, une membrane sous les pattes. Ils adhèrent avec tant de force où ils se posent, que lorsque c'est sur une partie du corps d'une personne, on ne peut leur faire lâcher prise qu'en leur présentant un miroir; la vue de leur semblable les fait se jeter sur lui pour le combattre.

Ce sont, du reste, des animaux inoffensifs. Ils se nourrissent de cancrelats, espèce de scarabée. La nuit, ils font entendre par intervalle un cri qui se répète sans interruption sept à huit fois: _tcha-con_, ce qui leur a fait donner ce nom.

Les Indiens considèrent les maisons où ils habitent comme favorisées du sort. Cette croyance les empêche de les détruire.

Dans les bois on voit voler d'un arbre à l'autre des petits _dragons_. Ce sont aussi des lézards d'une longueur de sept à huit pouces. Ils ont le corps mince et la queue très-déliée. La nature leur a donné, comme aux chauves-souris, des ailes membraneuses, et de plus, sous la mâchoire inférieure, une longue poche qui se termine en pointe. Ils remplissent cette poche d'air pour se rendre plus légers, et prolonger leur vol lorsqu'ils ont une longue distance à parcourir.

Ils sont inoffensifs, et se nourrissent d'insectes.

On trouve plusieurs espèces de serpents. Les plus connus, que j'ai déjà décrits, sont le monstrueux _boa_; et dans ceux dont la morsure est mortelle, l'_alin-morani_; puis une espèce de vipère nommée _dajou-palay_ (feuille de riz).

Beaucoup d'autres sont aussi très-dangereux, mais leurs noms ne me sont pas connus.

§ X.--Des insectes.

Plusieurs espèces d'insectes sont un tourment et même, on peut le dire, une véritable calamité pour les habitants des Philippines.

Telles sont les innombrables sauterelles qui, ainsi qu'un gros nuage et un foudroyant orage, s'abattent sur les récoltes et les moissonnent en quelques heures; et sur les montagnes, les petites sangsues, qui ne laissent pas un instant de repos au voyageur.

Une troisième famille dont je n'ai pas parlé, celle des fourmis, vient aussi apporter son contingent d'incommodité et de destruction: ouvrières diligentes, nuit et jour en mouvement, elles s'introduisent partout, dévorent les provisions, montent dans les lits lorsqu'on n'a pas la précaution de placer les pieds dans des vases remplis d'eau, détruisent les récoltes avant de naître, font crouler les édifices sans qu'on s'y attende; et enfin, lorsqu'on les trouble sans précaution dans leurs travaux, elles vous enfoncent leur aiguillon dans les chairs, et vous causent une vive douleur.

Cette famille mérite, pour chacune de ses espèces, une description particulière.

1. Fourmi rouge (_langam_).

La fourmi rouge, de la couleur que son nom indique, et que les Indiens nomment _langam_, est la plus nombreuse, la plus répandue. Elle se trouve partout, dans les champs et les habitations; elle dévore toutes les provisions qu'on laisse à sa portée, attaque les animaux vivants qui sont sans défense. J'ai vu souvent des oiseaux en cage, que l'on n'avait pas eu soin de mettre hors de leur portée, dévorés dans une nuit. Elles montent dans les lits, si on n'a pas pris la précaution de s'en garantir, et leur morsure produit une douleur et une démangeaison insupportables. Elles détruisent dans les champs les graines qui sont ensemencées, ce qui oblige le cultivateur à semer le double des semences dont elles sont le plus friandes [58]. Elles sont, en un mot, une véritable calamité contre laquelle il faut constamment être en lutte. Elles ont cependant un avantage: celui de faire disparaître, en peu de temps, tous les débris d'animaux dont les émanations putrides pourraient être nuisibles.

2. Fourmi des bois (_lanteck_).

La fourmi des bois, que les Indiens nomment _lanteck_, est d'un beau noir, de la grosseur et plus longue qu'une mouche ordinaire. Elle n'habite que les bois, où elle construit des fourmilières, et elle y renferme ses provisions. Elle n'est nuisible que si on l'attaque; alors elle saisit son ennemi avec deux fortes pinces qu'elle porte près des antennes, se replie sur elle-même et lui enfonce dans les chairs l'aiguillon dont elle est armée à l'extrémité du corps. La douleur que produit sa piqûre est si vive, qu'elle se fait sentir comme une étincelle électrique. J'ai vu des étrangers piqués par un seul de ces insectes, et qui ont cru avoir été mordus par un serpent. La douleur vive se passe très-vite, mais l'enflure et la démangeaison durent plusieurs heures.

3. Petite fourmi noire (_couitis_).

Cette petite fourmi, nommée _couitis_ par les Indiens, habite les bois, n'établit pas de fourmilières, et se tient généralement sur le tronc des arbres. Elle est presque imperceptible; cependant, lorsqu'on la touche, elle pique, et occasionne une douleur plus vive que toutes les autres, mais qui se passe instantanément, sans laisser de traces.

4. Des termites ou fourmis blanches (_anay_).

Les termites ou fourmis blanches, nommées par les Indiens _anay_, sont divisées en trois classes: les travailleuses, celles qui les dirigent ou les commandent, et les reines.

Les travailleuses ont généralement le corps blanc, plus gros et plus court que les fourmis ordinaires, les pattes très-courtes, le corselet et la tête un peu jaunes. Elles sont armées de deux mandibules, capables d'entamer et de broyer les bois les plus durs.

Les secondes, celles qui commandent, diffèrent des premières par une petite corne placée à l'extrémité de la tête, comme celle du rhinocéros.

Les reines ont la tête et le corselet absolument semblables à ceux des travailleuses; mais, à partir du corselet, le corps est d'une grosseur démesurée; il est ordinairement long de 1 à 2 pouces, et il a 8 à 10 lignes de circonférence.

La demeure habituelle des termites est dans les champs qui ne sont pas exposés à de fortes inondations. Dans les campagnes on aperçoit, de distance en distance, de petits monticules de terre de forme conique, qui s'élèvent de 5 à 6 pieds au-dessus du sol, et se terminent en pointe. La base de ces monticules, appuyée au sol, a de 12 à 15 pieds de circonférence.

C'est dans l'intérieur de ces meules ou monticules que réside tout un gouvernement, composé d'individus de divers grades, et une seule et unique reine, dont la mission est de reproduire les générations qui s'éteignent. C'est là aussi que se fait un travail continu, digne de l'étude de l'observateur qui cherche à pénétrer les admirables secrets de la nature.

Chaque demeure ou monticule a plusieurs ouvertures extérieures pour pénétrer dans l'intérieur, et pour la sortie de celles qui vont parcourir les champs environnants, où elles dévorent et rongent toutes les plantes, tous les bois morts qu'elles rencontrent.

Les termites ne font pas, comme nos fourmis d'Europe, des amas de provisions pour l'hiver. Sous le beau climat des Philippines, rien ne les oblige à se confiner dans leur demeure une partie de l'année. Elles recueillent seulement une espèce de gomme dont elles tapissent les nombreux compartiments qui composent leur habitation souterraine. Cet enduit, autant que j'ai pu m'en rendre compte, sert à alimenter la reine et les jeunes termites, depuis le premier âge jusqu'à l'époque où elles ont la force de pourvoir elles-mêmes à leur subsistance. Il est probable que cette gomme est appropriée aux divers âges, et qu'elle est plus parfaite là où se trouvent la reine et ses derniers nés, que vers l'extérieur, où se tiennent celles qui ont déjà toute leur force.

Comme je viens de le dire, l'intérieur des petits monticules est divisé en une foule de compartiments, de chambres et de galeries artistement construits avec de la terre tellement dure, qu'elle semble avoir été pétrie pour en faire de la poterie.

Lorsqu'on pénètre avec la pioche dans cet asile, on trouve les compartiments tapissés de petites fourmis qui n'ont pas la force de sortir; et plus on pénètre à la partie la plus profonde, qui se trouve généralement à 3 ou 4 pieds au-dessous du sol, ou à 9 ou 10 du sommet du cône, on remarque qu'elles sont plus petites. Près la demeure de la reine, celles qui viennent de naître sont presque imperceptibles à l'oeil nu.

La reine occupe la chambre la plus profonde. Là elle est renfermée, sans pouvoir sortir par les petites ouvertures qui communiquent de sa demeure aux autres compartiments. Sa mission est de travailler continuellement à la reproduction de ses sujets.

Lorsqu'on veut détruire un de ces essaims, il faut pénétrer à l'intérieur jusqu'à ce qu'on puisse s'emparer de la reine. Si on néglige cette précaution, si on se contente d'aplanir le monticule et de remettre le terrain au niveau du sol, les fourmis recommencent leur travail, et le rétablissent en peu de mois dans son état primitif.

Elles font souvent, pour se garantir de la pluie ou pour monter au sommet d'un arbre, de longues galeries couvertes qui les conduisent de leur demeure au lieu de leur travail. Ces galeries sont ordinairement à deux voies, l'une pour aller, l'autre pour revenir.

Lorsqu'on veut bien examiner leurs habitudes et leurs travaux, il faut démolir une partie de ces galeries. On voit aussitôt arriver les commandeurs; ils semblent examiner le dommage fait à leurs travaux, partent tous pour revenir, un instant après, avec un bon nombre d'ouvrières qui se mettent immédiatement à l'oeuvre; chacune va chercher un globule de terre, et le place artistement pour rétablir la galerie.

Les chefs ou commandeurs qui accompagnent les ouvrières poussent, avec leur petite corne, celles qui marchent trop lentement, et paraissent animer toute la bande laborieuse.