Avec les Poilus: Maman la Soupe et son chat Ratu

Part 4

Chapter 4554 wordsPublic domain

...«Tandis que vous parliez avec tant de douceur, Tout à coup, j'ai rêvé vaguement d'une sœur, Et lorsque vous m'avez fait comprendre l'asile Où l'intime bonheur loin des regards s'exile, La petite maison que voilent les lilas, Pour la première fois je me suis senti las!...»

_Apothéose._

Un beau jour, on vit sortir d'une église de la ville où se termine ce récit, un bien étrange cortège nuptial:

La charmante petite mariée était au bras d'un soldat, porteur de la croix de guerre. C'étaient Madeleine et Albert.--Derrière eux venait un bon vieux Monsieur, M. Gerneron, accompagnant la mère Soupe, en châle tapis. De dessous son châle, sitôt qu'elle fut hors de l'église, bondit quelque chose de noir au bout d'un ruban bleu. C'était Ratu, qui s'était tenu si bien caché pendant la cérémonie, que nul ne s'était douté de sa présence. Mais Fiquet pouvait-il se marier sans Ratu? Ratu avait bien mérité d'être de toutes les fêtes, après avoir pris part à toutes les épreuves!

Mme Gerneron venait ensuite avec le caporal Bigeois, permissionnaire. Et enfin, comme garçon d'honneur, le gigantesque Colala, également permissionnaire, riait de toutes ses dents, escortant une toute petite fille, cousine de Madeleine, rouge d'orgueil d'avoir un si sensationnel cavalier.

Le reste du cortège était composé du major, des dames de la Croix-Rouge, des amis de Madeleine et de la famille Gerneron.

ANCIENNE MAISON GERNERON, FIQUET, GENDRE ET SUCCESSEUR, ENTREPRENEUR DE MENUISERIE.

Telle fut l'inscription que l'on put lire désormais au-dessus de la porte des réserves de bois où Madeleine avait joué pendant toute son enfance. Fiquet, réformé, se servait à présent habilement de sa main gauche. M. Gerneron, et le vieux contre-maître, qui avait, lui aussi, connu Madeleine toute gamine, prenaient en amitié le brave petit Albert. C'était un chef bien jeune pour une si importante maison. Mais on l'initiait peu à peu au train-train de la besogne coutumière, et Fiquet révélait une intelligence et une compétence professionnelle, que l'on n'eût jamais pu lui soupçonner, étant donnés son âge et sa modestie.

Dans le petit jardin de la menuiserie, quand il faisait beau temps, on dressait la table. Naturellement, maman Soupe et Ratu n'avaient pas quitté Fiquet. On vivait en famille. Les abeilles voltigeaient autour des roses trémières, donnant l'exemple de l'allègre travail régulier. La France était enfin paisible et l'Europe pacifiée. Les années passèrent: des berceaux s'étaient ajoutés à ce petit cercle de gens heureux. Ratu, chat de guerre en retraite, goûtait un repos glorieux, sous les lauriers de la menuiserie, mais bien souvent il oubliait son âge, pour courir comme un fou autour des balles et des lapins mécaniques, afin de faire rire les bébés de son bien-aimé Fiquet: les vieux militaires ont toujours adoré les petits enfants!

Les plus humbles labeurs font la France plus grande: Nos devoirs scrupuleux Sont la modeste offrande Dont le trésor s'unit aux plis rouges, blancs, bleus. O cœurs de la Patrie, Avec idolâtrie Tendons tous nos efforts ainsi qu'on tend des fleurs Vers l'arc-en-ciel sacré fait de nos trois couleurs!

Marcel MÜLTZER.

TABLE

Pages.

I. La fumée qui miaule 5

II. Le baptême de Ratu 10

III. Ratu dans la tranchée 17

IV. Ratu, agent de liaison, rapporte du chocolat 29

V. Ratu fait des prisonniers 34

VI. Le concert et l'attaque 42

VII. Ratu retrouve Fiquet 50

VIII. Ratu à l'ambulance 55

Apothéose 60