Avant et Après Avec les vingt-sept dessins du manuscrit original
Part 9
«Depuis cette défense de boire qui est toute récente et qui supprime un commerce rémunérateur pour les colons, l’indigène ne pense plus qu’à une chose, c’est de boire et pour cela il fuit les centres pour aller se cacher ailleurs, et de là l’impossibilité de trouver des travailleurs. Autant leur dire de retourner à la sauvagerie. Et qui plus est, la mortalité augmente.
«Le gendarme se trouve à son affaire. La chasse à l’homme. C’est comme on voit d’une haute moralité.
«Je demande donc à Messieurs les inspecteurs d’examiner sérieusement la question afin de demander aux autorités en France, aux hommes qui s’occupent de justice et d’humanité, ce que je vais leur demander à eux.
«1º Afin que la justice aux Marquises soit respectable et respectée, je demande que les juges ne communiquent avec la gendarmerie que rigoureusement pour les affaires, logeant et mangeant tout ailleurs (on les paye pour cela).
«2º Il faudrait que le juge n’accepte les rapports de gendarme qu’après un contrôle sérieux, sollicitant même chez les colons les renseignements officieux qui lui seraient utiles, et surtout qu’il n’applique la loi que lorsque le gendarme a agi _régulièrement_. _Et pour cela_, je demande que les règlements concernant la gendarmerie soient affichés dans le bureau de cette gendarmerie: que toute infraction à ces règlements commise par le gendarme soit un cas de cassation immédiate en justice et punie sévèrement.
«3º Je demande que les amendes concernant la boisson soient proportionnelles à la fortune du pays, car il est immoral et inhumain qu’un pays qui rapporte 50.000 francs par exemple de produit soit imposé en contraventions de 75.000 francs plus les impôts, les prestations et les octrois de mer qui, entre parenthèses, rentrent dans une autre caisse que celle de la colonie, à la disposition fantaisiste d’un gouverneur.
«Et c’est le cas, Messieurs les inspecteurs, vérifiez les chiffres pendant que vous êtes ici.
«Je demande aussi que le rapport du gendarme ne fasse pas foi en justice jusqu’au jour où il pourra avoir un contrôle sérieux comme dans nos pays, jusqu’au jour aussi où la population indigène sera susceptible (connaissant la langue française) de témoigner contre ce gendarme sans être terrorisée, sans passer aussi par les mains d’un interprète si sujet à caution, attendu qu’il est à la disposition complète du gendarme (sa position en dépend) et qu’en sorte il ne connaît que très _imparfaitement_ le français, comme on peut le vérifier.
«Si d’une part vous faites des lois spéciales qui les empêchent de boire, tandis que les Européens et les nègres peuvent le faire; si d’autre part leurs paroles, leurs affirmations en justice deviennent nulles, il est inconcevable qu’on leur dise qu’ils sont électeurs français, qu’on leur impose des écoles et autres balivernes religieuses.
«Singulière ironie de cette considération hypocrite de Liberté, Égalité, Fraternité, sous un drapeau français en regard de ce dégoûtant spectacle d’hommes qui ne sont plus que de la chair à contributions de toutes sortes, et à l’arbitraire gendarme. Et cependant on les oblige à crier: «Vive monsieur le Gouverneur, vive la République.»
«Vienne le 14 Juillet, on trouvera dans la caisse pour eux 400 francs, tandis qu’ils auront payé en outre de leurs contributions, directes ou indirectes, plus de 30.000 francs d’amendes.
«De ce fait, nous colons, nous pensons que c’est un déshonneur pour la République française et ne vous étonnez pas si ici un étranger vous dit: «Je suis bien heureux de ne pas être Français,» tandis que le Français vous dira: «Je voudrais que les Marquises soient à l’Amérique!»
«Que demandons-nous, en somme? Que la justice soit la justice, non en vaines paroles, mais effectivement et pour cela qu’on nous envoie des hommes compétents et animés de bons sentiments afin d’étudier sur place la question et ensuite agir énergiquement... Au grand jour.
«Quand par hasard les gouverneurs passent par ici c’est pour faire de la photographie et quand quelqu’un d’honorable ose leur parler, leur demander de réparer une injustice, c’est une grossièreté et une punition qui sont la base d’une réponse.
«Voilà, Messieurs les inspecteurs, tout ce que j’ai à vous dire si toutefois cela vous intéresse, à moins que vous ne disiez comme Pangloss:
«Tout est pour le mieux, dans le meilleur des mondes.»
* * * * *
Il y en a qui pleurent et d’autres qui pleurnichent Il y en a qui rient et d’autres qui sourient.
_Nuances de toutes sortes._
Au présent on peut dire jamais.
Pour l’avenir ce serait présomptueux.
Dire toujours, c’est de la fidélité.
* * * * *
Aurélien Scholl se désespérait de ne plus trouver un lorgnon qui lui permette d’apercevoir. Un ami lui dit: «C’est très simple, prenez un numéro plus fort.»
--C’est que, répondit tristement Aurélien: «Il n’y a plus que le caniche.»
C’est le mot fidélité prononcé plus haut qui me remet en mémoire le mot d’Aurélien.
Je voudrais dire par là que tout s’enchaîne, et qu’on est jamais sûr d’avoir inventé. Savoir voir et savoir écouter.
On ne connaît bien la sottise qu’après l’avoir expérimentée sur soi-même. On se dit quelquefois: «Mon Dieu! que j’ai été bête.» C’est justement pour cela même qu’on s’aperçoit qu’on aurait pu faire autrement. Malheureusement on est déjà vieux quand on s’aperçoit qu’il est temps de réfléchir.
Laissons donc les choses comme elles sont, faute de pouvoir faire autrement, laissons-nous vivre sans école par conséquent sans contrainte.
En ce moment, le brigadier s’évertue à dire aux indigènes que c’est lui le chef et non M. Gauguin.
Ce qu’il se fout dedans!!!
Lui et Pandore font la paire.
La petite Taia qui le blanchit n’est pas bête.
Quand elle veut lui carotter dix sous elle lui dit: «Vous êtes beaucoup savant» et il les donne.
C’est moi le chef, ce n’est pas M. Gauguin.
Comment trouvez-vous la petite Taia? je vous la sers pour une vraie Marquisienne. Des gros yeux ronds, une bouche de poisson et une rangée de dents capables de vous ouvrir une boîte de sardines. Ne la lui laissez pas longtemps, car elle la mangerait. En tous cas elle connaît déjà par cœur son brigadier.
Ce brigadier ce fut celui-là même qui eut une fois aux îles basses à recueillir un noyé involontairement ayant eu la jambe coupée par un requin. Il hésitait à le mettre dans le cercueil et le lieutenant impatienté lui dit: «Qu’attendez-vous?
--Pardon, mon lieutenant, mais il manque une jambe!
--Eh bien, mettez-le sans sa jambe.
--Pardon, mon lieutenant, mais il y a des vers.
--Eh bien, mettez-le avec les vers.»
C’est lui le chef et non M. Gauguin.
Sur sa poitrine, les médailles brillent de tout leur éclat.
Sur sa rubiconde face l’alcool brille sans éclat.
En foi de quoi, conséquemment, subséquemment, lui avons délivré son certificat d’identité, suivi de son signalement.
Saluez-le car c’est un chef. En avant marche, par file à droite, hue Coco! prenez garde il rue avec ou sans bottes.
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Me remémorant certaines études théologiques de jeunesse; plus tard certaines réflexions à leur sujet; quelques discussions aussi, l’esprit des autres... j’eus la fantaisie d’établir un certain parallèle entre l’Évangile et l’Esprit moderne scientifique: de là la confusion entre l’Évangile et son interprétation dogmatique et absurde par l’Église catholique. Interprétation qui amène et le scepticisme et la haine à son égard.
Une centaine de pages ayant pour titre:
_L’esprit moderne et le catholicisme._
Indirectement, très indirectement je fis parvenir ces feuillets manuscrits à l’évêque.
Pour m’écraser sans doute, toujours indirectement, on me fit parvenir en réponse un énorme livre richement illustré d’après photographies, très documenté en histoire de l’Église depuis son début.
Toujours très indirectement, je fis parvenir avec le livre en retour, mes appréciations critiques si l’on veut.
Ce fut la fin de la discussion.
Voici ma réponse à ce livre.
Devant nous, à notre soin, à la lecture d’un profane un livre saint.
La France, au dehors. Hum!! Rome serait plus exact.
Les missions catholiques françaises au dix-neuvième siècle sont-elles françaises? Cela est douteux. Quoi qu’il en soit, la France protège, et Rome commande... Doux Concordat.
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430 pages éditées avec luxe, photographies à l’appui et la collaboration de 12 vénérables.
Avant de parler des 96 pages d’introduction, le seul point contestable du livre, nous voulons exprimer ici notre profonde admiration, notre dégoût aussi pour l’œuvre considérable (_celle-là incontestable_) signalée par la deuxième partie du livre. Le lecteur édifié peut parcourir l’Orient sans le secours de la géographie Élisée Reclus, sans le livret Chaix.
Le collège de la Sainte famille au Caire.
Saint François Xavier à Alexandrie.
Voilà deux monuments qui, à eux seuls, sont suffisants pour prouver que ce n’est pas l’Église, mais bien la République française qui a fait vœu de pauvreté.
N.-Dame de Sion à Ramleh et surtout les Sœurs de Nazareth à Beyrouth éclipsent tous les palais.
Espérons qu’un nouveau sardanapale ne viendra pas transformer ces palais en maisons de plaisir et prendre pour esclaves de chair toutes ces charmantes nonnes.
Quel meilleur argument contre cette Église que l’étalage de tout cet or, de cette puissance presque sans égale entre les mains d’un seul homme revêtu, par lui-même, du manteau de l’infaillibilité.
Deux mille ans d’ère chrétienne, et arriver à un pareil résultat avec le secours de tous les souverains, des torrents de sang et de larmes versés pour la cupidité de quelques-uns, prenant de gré ou de force l’or des fidèles, au nom de la Charité!
N’est-ce pas significatif? On ne dit plus aujourd’hui: nous sommes grands, mais on dit: «Nous sommes riches.»
L’histoire politique de l’Église catholique et surtout de l’œuvre des Congrégations, troupes régulières, très documentée et admirablement décrite en ce livre, nous met presque brutalement en face d’une machine infernale avec des rouages bien organisés et presque insaisissables. Nous le savions, mais il était bon que l’Église vienne nous le préciser et l’affirmer.
Cette histoire politique se trouve former la majeure partie de l’Introduction, et elle ne nous intéresse que médiocrement: ne laissant place à la théologie que quelques lignes, si toutefois on peut appeler théologie, une série d’arguments pour expliquer la raison d’être de cette Église. Série d’arguments tout à fait extraordinaires et contradictoires pour un lecteur attentif et habitué à ces exercices, mais qui, détournés de leur vrai sens par cet esprit filandreux de rhétorique si particulier aux disciples de Loyola, ont un semblant très trompeur de vérité.
Examinons-les quelques instants.
Page 4. La philosophie a pour guide la Raison.
Page 8. La troisième forme de l’idolâtrie, la foi aux dieux publics et nationaux détruit un autre élément essentiel de la civilisation, la _paix_.
La civilisation ne peut avoir pour fondements le mensonge.
Page 10. Or les idolâtries, impuissantes à maintenir les sociétés et les individus en ordre par des lois morales ont dû assurer cet ordre par l’_Artifice_ d’une hiérarchie forte et qui tint les peuples immobiles.
_Conclusion contradictoire et artificieuse._
Mais continuons. D’autre part, Platon disait: «Connaître le Créateur et le père de toutes choses est une entreprise difficile, et quand on l’a connu, il est impossible de le dire à tous.»
Page 12. Au lieu d’appartenir à une caste de nobles, la Chine appartint à une caste de lettrés et tous les droits appartiennent à l’intelligence.
Ici nous venons compléter les renseignements. En Chine tous les droits en effet appartiennent à l’intelligence et toutes les places se donnent _au concours_ entre ces lettrés. Mais ces lettrés ne peuvent être une caste pas plus qu’aujourd’hui en Europe les savants forment une caste. Tout le monde y a droit.
Il est à remarquer que Platon, Confucius et l’Évangile sont tout à fait d’accord sur ce point d’une société conduite par une aristocratie intellectuelle animée du sentiment du juste et basée sur la raison et la science, n’enseignant aux autres incapables que des préceptes très simples d’honnêteté, telles les lois de Moïse que les docteurs de la loi maintenaient publiques; soit par la clarté de l’enseignement parlé, soit par la simplicité d’une écriture facile à comprendre.
L’Évangile sur ce point est plus explicite, et semble apporter la conclusion de toutes les philosophies. Il semble, avec une lucidité extrême, entrevoir l’avenir et ne cesse de mettre en garde contre une Église qui ne serait pas basée sur la science et la raison. «Mettez le sceau sur ce que je vous dis, à nous seuls appartient le Royaume des cieux; quant aux autres, il ne leur sera parlé qu’en paraboles, afin que...»
Recommandant la simplicité, la pauvreté même, le mépris des richesses.
En face de cela, si nous mettons en regard ce qui précède, il en résulte que cette Église vient par la négation complète de ces préceptes les invoquer d’une part et d’autre part avouer qu’il fallait l’_Artifice_ d’une hiérarchie forte et qui tînt les peuples immobiles.
Et elle ajoute: «C’est alors quand toutes les philosophies et toutes les religions se sont montrées impuissantes à expliquer la vie et à commander le devoir, que le Christ paraît. Par lui, la foi apparaît fondée sur la raison, et la raison s’élève aux certitudes de la foi.»
Aimez votre prochain, comme vous-mêmes.
Faites aux autres ce que vous voudriez qu’on vous fît.
Pardon: ceci n’appartient pas à l’Évangile, mais à Confucius (livre Tchoung-youngow). Quand l’auteur dit: «C’est alors que le Christ paraît,» il commet sciemment une erreur, car la christolâtrie après avoir été longtemps purement astronomique devint terrestre au moins 3.000 ans avant l’ère chrétienne.
Le Christ de l’Évangile n’est donc que la continuation de Iatu l’ancien messie avec cette différence (différence que l’Église s’efforce de nier) qu’il devient essentiellement _fils de l’homme_, ce qui est d’ailleurs la seule base compréhensible, raisonnable, humaine, quand la science vient tuer tout surnaturalisme, base de superstition anticivilisatrice.
Superstition qui est l’_Artifice_.
L’Église catholique du début de l’ère chrétienne durant cinq siècles n’en comprenant ou n’en voulant comprendre la portée s’est efforcée, malgré les efforts de quelques-uns, à remplacer par l’artifice toute la grandeur de la nouvelle philosophie. Et elle y a réussi. C’est ce qu’elle veut dire.
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Page 18. L’effort accompli depuis lors pour substituer à l’erreur des crédulités, à l’inimitié des races et à l’égoïsme des passions, cette morale civilisatrice est devenue le plus grand fait de l’histoire. Depuis le Christ jusqu’à l’heure présente, il s’est, à travers les siècles, continué sans arrêt par l’Apostolat.
Page 21. Le Christ était l’étude de toutes ces écoles et la plupart ne reconnaissaient en lui qu’un homme: c’était ne reconnaître à l’Église qu’un caractère humain.
Voilà donc nettement indiquée la situation qu’a voulu établir l’Église catholique, c’est-à-dire repousser la raison de tous, continuer l’ancienne idolâtrie, fouler aux pieds la nouvelle philosophie humaine si apte au bonheur de tous dans l’avenir, comprenant tous les progrès que l’homme appuyé sur la science peut acquérir avec l’exemple de Jésus, fils de l’homme.
Mais pure excuse, la nécessité d’un artifice, pour conduire à leur guise les peuples soumis, tandis que (ce qui en est le contre-sens), elle prend pour fondation de cette Église... «Sur cette pierre, je bâtirai mon Église.» Sur cette pierre qui est la raison même et non la superstition.
Et pourquoi aussi cet étrange et filandreux argument apte à tromper tout le monde.
Par le Christ, la foi apparaît fondée sur la raison, et la raison s’élève aux certitudes de la foi. En français, cela ne veut rien dire, mais intentionnellement c’est tout un monde.
Cette raison, qui en s’élevant ne devient raisonnable qu’en prenant pour certitude la superstition, superstition artificieuse, la seule qui puisse conduire les peuples.
Tous les collaborateurs ont raison de noyer ces quelques pages trompeuses dans l’histoire documentée et politique de cette Église devenue puissante à la conquête du monde, par la terreur, le sang répandu, l’appui de tous les rois.
Dans tout cela où est la Raison, la Foi même, sinon l’accumulation de tous les pouvoirs et de toutes les richesses.
En somme, ce livre étale devant nous (en outre de leurs procédés infâmes), un édifice somptueux de marbre et d’or, et non l’édifice de Saint-Pierre, celui de l’Évangile.
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Dans l’histoire politique de ces missions, décrite en ce livre, un passage est à noter à cause de l’actualité qu’il comporte aujourd’hui.
Parlant de Confucius, l’auteur dit: «Comme ils trouvaient en lui une partie des _vérités chrétiennes_ ils avaient considéré que son autorité leur deviendrait une caution. La majorité des Jésuites estima excessif d’interdire sous prétexte de danger possible des manifestations qui pouvaient être innocentes et auxquelles 400 millions d’hommes ne renonceraient pas.
«Les Jésuites vivaient à la cour ou dans les provinces; faisaient parmi les mandarins les plus utiles conquêtes.
«Dans cette élite les doctrines de Confucius s’étaient conservées plus pures.
«Enfin le 11 juillet 1742, Benoit XIV par la bulle _Ex quo singulari_, annule toutes les dispenses, condamne définitivement les cérémonies chinoises. A dater de ce moment l’expansion de la foi s’arrête. Elle n’a plus en Chine qu’à souffrir.»
Ainsi donc ce sont eux-mêmes qui l’avouent, la Chine leur avait ouvert toutes les portes jusqu’au jour où les missionnaires, par ordre du pape, peu reconnaissants de la riche hospitalité qu’ils avaient reçue, commencent à exercer leur pouvoir arbitraire et autoritaire, condamnant les cérémonies adoptées par plus de 400 millions d’hommes pour les remplacer par des cérémonies nouvelles.
Et ce serait pour une pareille œuvre que nous enverrions nos enfants combattre en Chine ceux qui veulent redevenir maîtres de leur pays et de leurs croyances!
Voilà cette fameuse conscience de l’armée chrétienne.
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Pour nous résumer et en finir avec cette fumisterie, au vingtième siècle, l’Église catholique est une riche église ayant extorqué pour les dénaturer tous les textes philosophiques et l’enfer prévaut. La parole reste.
Rien de cette parole n’est mort. Les Vedas, Brahma, Bouddha, Moïse, Israël, la philosophie grecque, Confucius, l’Évangile.
Tout est debout.
Sans une larme, sans associations d’accaparement, la Science, la Raison, les seules, ont conservé la tradition: hors l’Église.
Religieusement l’Église catholique n’existe plus. Pour la sauver, il n’est plus temps.
Fiers de nos conquêtes, sûrs de l’avenir, nous venons dire à cette Église cruelle et artificieuse: «Halte-là.» Par suite lui dire quelle est notre haine, et pourquoi cette haine.
Le missionnaire n’est plus un homme, une conscience. C’est un cadavre entre les mains d’une confrérie. Sans famille, sans amour, sans aucun des sentiments qui nous sont chers.
On lui dit: «Tue.» et il tue: c’est Dieu qui le veut.
«Empare-toi de cette région,» et il s’en empare.
«Empare-toi de cet héritage, l’hostie à la main,» et il s’en empare.
Tes richesses? Pas un centimètre de terre que tu n’aies extorqué aux fidèles avec la promesse du ciel, te faisant donner tout ce qui se vend, jusqu’à la prostitution.
Pauvres plongeurs qui vont au fond de la mer, au risque des requins, chercher des perles. Un signe de croix en est le payement.
On comprend, Messieurs, vos artifices.
L’homme moderne n’aime pas la saleté et le missionnaire qui a sanctifié Labre le pouilleux, se fait appeler généralement Barbe à poux.
Châtré en quelque sorte par son vœu de chasteté, il nous donne le spectacle navrant d’un déformé impuissant, ou d’un homme en lutte stupide et inutile avec les besoins sacrés de la chair, lutte qui sept fois sur dix le conduit à la sodomie, la Trappe et le bagne.
L’homme aime la femme s’il a compris ce que c’était une mère.
L’homme aime la femme, s’il a compris ce que c’était aimer un enfant.
Aimer son prochain.
Avec tristesse et dégoût aussi je vois passer ce troupeau de vierges malsaines et mal propres--des bonnes sœurs--rejetées avec violence, soit par la misère, soit par la superstition de la société, pour entrer au service d’un pouvoir envahisseur.
Cela une mère! Cela une fille... Jamais.
Et artiste, amoureux de beauté, des belles harmonies, je m’écrie: «Cela une femme! Oh! non!»
Cerveaux impropres aux recherches intellectuelles, n’ayant d’autre conscience de la vie que le boire et le manger, sans autre but réel qu’obéir à une règle, recouvertes d’un manteau hypocrite, menées avec mépris par d’autres vierges mâles.
En admettant que l’histoire, riche cependant en documents et que la police soient calomnieuses tel que l’état des couvents au moment où Jeanne la prostituée des moines devenue Jeanne la papesse: telle aussi l’histoire de la religion de Diderot à l’époque de la Révolution; telle aussi la découverte des nombreux cadavres d’enfants tués à leur naissance lorsqu’on eut à remuer de fond en comble la terre des jardins d’anciens couvents de femmes. En admettant tout cela comme pures calomnies, il n’en reste pas moins un état lamentable, hors nature, cruel: inhumain par conséquent.
Hors de nous cette sentimentalité qui est le masque du sentiment, ce faux respect d’un habit, l’habit religieux. Examinez de près les sœurs dans les hôpitaux des colonies et ceux qui leur commandent, les mâles. Il faut en général plus de monde pour les servir que pour les malades. Près du lit d’un malade, elles semblent la mouche du coche. Quelques-unes cependant sont de braves filles de campagne capables tout au plus d’exciter la compassion, donnant, par-ci par-là, quelques gâteaux aux soldats pour figurer à la messe. Quant aux mâles ramassés de toutes les nations (_missions françaises_), ils font la quête pour les petits Chinois, pour réparations et entretien des églises, pour souscription à la publication _la Propagation de la Foi_. Lu dans cette publication:
«X... 50 francs pour la réussite d’une affaire!»
Comme on le voit c’est édifiant et cela nous donne une idée de la grandeur de l’Église (Missions françaises au vingtième siècle).
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Les écoles, les élèves.
Paul est élève de Rembrandt. Henri est élève de Paul. Bonnat est élève de Henri. Voir la suite...
Une caricature de Daumier. En plein air s’alignent quelques peintres. Le premier copie la nature, le deuxième copie, le troisième copie le deuxième... Voir la suite.
Un décalque, un décalque du décalque... et l’on signe.
La nature est moins indulgente: après le mulet il n’y a plus rien.
Paul meurt de faim avec des économies.
Son frère Henri meurt d’indigestion sans économies. Quel est le plus sage? Jean qui pleure, Jean qui rit.
Lui et elle s’aimaient d’amour tendre et cela dura autant que possible, jusqu’au jour où l’amant, moins naïf, lassé, la passion refroidie, s’aperçut que l’amante n’était peut-être qu’une affreuse goule.
Les goules n’aiment pas qu’on les lâche.
Lui, l’abbé Combes s’avisa un beau jour, obéissant à la volonté du peuple de signifier à son ancienne amante, quelques détails de cette volonté.
De nombreux souteneurs têtus comme des Bretons, préposés à la garde de la belle défendirent leur marmite: reconnaissance du ventre assurément. Ils se chargèrent de la vidange et toutes les matières fécales des sœurs inondèrent avec tous leurs parfums les envoyés de l’abbé Combes. Chassez les ordures, et elles reviennent au galop.
Ce fut désolant, et dans toute la contrée on pleura, on injuria.