Avant et Après Avec les vingt-sept dessins du manuscrit original
Part 4
Ce fut à l’époque des Tamerlan, je crois, en l’an X avant ou après Jésus-Christ. Qu’importe? Souvent précision nuit au rêve, décaractérise la Fable. Là-bas du côté où le soleil se lève ce qui fit appeler cette contrée le Levant, en un bosquet odorant quelques jeunes gens au teint basané, mais cheveux longs contrairement aux usages de la foule soldatesque, indice de leur future profession se trouvaient réunis.
Ils écoutaient, je ne sais si respectueusement, le grand professeur Vehbi-Zunbul-Zadi, le peintre donneur de préceptes. Si vous êtes curieux de savoir ce que pouvait dire cet artiste en des temps barbares, écoutez:
Il disait:
«Employez toujours des couleurs de même origine. L’indigo est la meilleure base; il vient jaune traité par l’esprit de nitre et rouge dans le vinaigre. Les droguistes en ont toujours. Tenez-vous-en à ces trois colorations. Avec de la patience vous saurez ainsi composer toutes les teintes. Laissez le fond de votre papier éclaircir vos teintes et faire le blanc, mais ne le laissez jamais absolument nu. Le linge et la chair ne se peignent que si l’on a le secret de l’art. Qui vous dit que le vermillon clair est la chair et que le linge s’ombre de gris? Mettez une étoffe blanche à côté d’un chou ou à côté d’une touffe de roses et vous verrez si elle sera teintée de gris.
«Rejetez le noir et ce mélange de blanc et de noir qu’on nomme gris.
«Rien n’est noir et rien n’est gris. Ce qui semble gris est un composé de nuances claires qu’un œil exercé devine. Qui peint n’a point pour tâche comme le maçon de bâtir, le compas et l’équerre à la main, sur le plan fourni par l’architecte. Il est bon pour les jeunes gens d’avoir un modèle, mais qu’ils tirent le rideau sur lui pendant qu’ils le peignent. Mieux est de peindre de mémoire, ainsi votre œuvre sera vôtre, votre sensation, votre intelligence et votre âme survivront alors à l’œil de l’amateur.
«Il va dans son écurie quand il veut compter les poils de son âne, voir combien il en a à chaque oreille et déterminer la place de chacun.
«Qui vous dit que l’on doit chercher l’opposition de couleur?
«Quoi de plus doux à l’artiste que de faire discerner dans un bouquet de roses la teinte de chacune. Deux fleurs semblables ne pourraient donc jamais être feuille à feuille?
«Cherchez l’harmonie et non l’opposition, l’accord et non le heurt. C’est l’œil de l’ignorance qui assigne une couleur fixe et immuable à chaque objet; je vous l’ai dit, gardez-vous de cet écueil. Exercez-vous à le peindre accouplé ou ombré, c’est-à-dire voisin ou mis derrière l’écran d’objets, d’autres ou semblables couleurs que lui. Ainsi vous plairez par votre variété et votre vérité, la vôtre. Allez du clair au foncé, du foncé au clair. Votre travail ne sera jamais trop long, l’œil cherche à se récréer par votre travail, donnez-lui joie et non chagrin. C’est au faiseur d’enseignes qu’appartient la reproduction de l’œuvre d’autrui. Si vous reproduisez ce qu’un autre a fait, vous n’êtes plus qu’un faiseur de mélanges: vous émoussez votre sensibilité et immobilisez votre coloris. Que chez vous tout respire le calme et la paix de l’âme. Aussi évitez la pose en mouvement. Chacun de vos personnages doit être à l’état statique. Quand Oumra a représenté le supplice d’Ocraï il n’a point levé le sabre du bourreau, prêté au Khakhan un geste de menace et tordu dans les convulsions la mère du patient. Le sultan assis sur son trône plisse sur son front la ride de la colère: le bourreau debout regarde Ocraï comme une proie qui lui inspire pitié, la mère appuyée sur un pilier témoigne de sa douleur sans espoir, par l’affaissement de ses forces et de son corps. Aussi une heure se passe-t-elle sans fatigue devant cette scène plus tragique dans son calme que si la première minute passée l’attitude impossible à garder eût fait sourire de dédain.
«Appliquez-vous à la silhouette de chaque objet; la netteté du contour est l’apanage de la main qu’aucune hésitation de volonté n’affadit.
«Pourquoi embellir à plaisir et de propos délibéré; ainsi, la vérité, l’odeur de chaque personne, fleur, homme ou arbre disparaît; tout s’efface dans une même note de joli qui soulève le cœur du connaisseur. Ce n’est point à dire qu’il faille bannir le sujet gracieux, mais il est préférable de rendre comme et tel que vous voyez que de couler votre couleur et votre dessin dans le moule d’une théorie préparée à l’avance dans votre cerveau.»
Quelques murmures se font entendre dans le bosquet: si le vent ne les eût emportées, on aurait peut-être entendu quelques paroles malsonnantes: Naturaliste, Pompier, etc... Mais le vent les emporta, cependant Mani fronça le sourcil, appela ses élèves anarchistes puis continua.
«Ne finissez point trop, une impression n’est point assez durable pour que la recherche de l’infini détail faite après coup ne nuise au premier jet: ainsi vous en refroidissez la lave et d’un sang bouillonnant vous en faites une pierre. Fût-elle un rubis rejetez-la loin de vous.
«Je ne vous dirai point quel pinceau vous devez préférer, quel papier vous prendrez et à quelle orientation vous vous mettrez. Ce sont là choses que demandent les jeunes filles à longs cheveux et à esprit court qui mettent notre art au niveau de celui de broder des pantoufles et de faire de succulents gâteaux.»
Gravement Mani s’éloigna. Gaiement la jeunesse s’envola. En l’an X tout ceci se passa.
_Jugements contemporains._
Une pétulante dame, mûre, trop mûre, une femme qui m’avait effrayé et que moi, Joseph, n’avais pas osé comprendre, dit à ma fiancée: «Voyez-vous, mon enfant, vous allez épouser un honnête garçon, mais ce qu’il est bête! ce qu’il est bête!»
Un peu plus tard, un jeune peintre fraîchement débarqué, dit:
«Gauguin, voyez-vous, c’est un grossier matelot, très adroit à faire des petits bateaux, toutes voiles dessus, et bien encadrés: un tel peut-être le dégourdira.»
Voilà, ce me semble, de quoi se préserver du péché d’orgueil.
Encore plus tard, un autre tout jeune homme précoce écrivit:
«Ardent pionnier j’ai remué la terre, le cerveau plein d’idées, et je n’ai rien trouvé, ce que voyant, Gauguin, plus savant ramassa toutes les richesses.»
De ce chercheur un amoureux d’art a dit: «Il décalque un dessin, puis il décalque ce décalque, ainsi de suite jusqu’au moment où, comme l’autruche la tête dans le buisson il trouve que ça ne ressemble plus et alors!! il signe.
Pour se venger de Gauguin, ce charmant jeune homme entretenu par un mécène croyant écrivit à un ami de Gauguin:
«Mon cher et tendre ami, Gauguin vous a fait cocu.»
Cet ami, convaincu à juste titre de la calomnie répondit: «Que nenni.» Et notre charmant jeune homme pour se venger de cet ami incroyant qui était peintre aussi, mit sur une lettre à son adresse: «Monsieur Z, propriétaire,» ce que voyant l’ami écrivit au Caire: «Monsieur Zéro, locataire.»
Voilà de quoi vous apprendre à ne pas fréquenter les impudents. De tout cela je n’ai garde; le chemin se fait de plus en plus rude, on vieillit. Le souvenir du mal en fumée s’évanouit, le velours sur la conscience cache les épines, adoucit les morsures.
La gloire est peu de chose si le piédestal mal construit s’effondre au moindre souffle. D’ailleurs, les vrais l’évitent; c’est si bon la solitude, si rassérénant l’oubli quand consciencieux du péché, on désire la délivrance tout en redoutant l’Après inconnu.
Géant tu es mortel, cela suffit à t’humilier. Problème qu’on cherche à résoudre, facile au début, sphinx à la mort.
Poignée de menues pièces de monnaie jetées au vent par un Crésus et qu’après dispute le plus fort ou le plus adroit ramasse en minime partie, glorieux de sa victoire. Il doit vite en rabattre quand chez le marchand de tabac il en demande pour sa piécette de deux sous qu’il a si difficilement ramassée.
Mon voisin dit: «C’est quelque chose, la philosophie du Monsieur tant mieux, c’est beaucoup, et moi qui ne suis qu’un serin, je dis c’est bien peu de chose.»
«Mon Dieu, disait-elle, il est très honnête: mais... ce qu’il est bête!!
Ceci n’est pas un livre.
* * * * *
Dans le sentier muletier, bleus tous deux, rayés argentés deux braves ondulent devant eux, car la ligne courbe certainement est la plus courte: le vin de l’administration dérigide les jarrets, empâte la langue. Que ce serait la même chose que dans la chanson si ce n’était aux Marquises, quand apercevant une petite frimousse dorée que vous ne sauriez appeler Grille d’Égoût ou la Goulue, le brigadier, s’écria: «Pour moi!» et que subséquemment le gendarme répondit: «Brigadier vous n’avez pas raison.»
Et la petite frimousse de répondre aussi sans se fâcher.
Le premier payera deux piastres: le second n’en payera qu’une.
Cette fois le gendarme pensant que la petite était aussi bécarre qu’à Paris répondit: «Brigadier, vous avez raison. Mais non... mais non, à vous monsieur le gendarme de tirer le premier, tout comme les Anglais.»
Mais un gendarme ne saurait passer devant son brigadier. On a beau être aux Marquises, ces dames sont dans le train; d’ailleurs les missionnaires leur disent. Le péché doit avoir son excuse. La monnaie c’est l’excuse...
* * * * *
Lisant le _Journal des Voyages_, un homme pense quitter Paris, une civilisation qui l’obsède; il prend le train et le bateau à Marseille, navire somptueux.
Déjà sur le navire, quelques jours de marche et il commence à connaître ce monde colonial qu’il ne soupçonnait pas.
Oh! les délices de vivre en troupe sous une férule avec la sécurité de la pâtée et la possible auréole d’une palme!
REMY DE GOURMONT.
Tous les jours, brillants festins, longues tables de mets succulents: un officier préside chaque table.
«Maître d’hôtel! qu’est-ce que c’est que cela: croyez-vous que je sois habitué à manger une pareille nourriture. Le gouvernement paye et j’en veux pour mon argent. Chez lui l’employé déjeune avec deux sous de figues et un sou de radis. Le dimanche la salade et une trempette dans le vinaigre rehaussé d’ail, à bord c’est différent, on est en congé et aux frais de la princesse on veut gobeloter en grognant.»
Palais délicats de ruffian, souvent mari complaisant: des enfants en veux-tu en voilà, boutonneux, scrofuleux, tout le portrait de leurs parents; déjà marqués du sceau de la médiocrité: bienfaits de l’instruction publique et obligatoire.
A travers le grand Océan un navire vient de toucher la terre et c’est un îlot qui n’est pas marqué sur la carte. Trois habitants cependant: un gouverneur, un huissier et un marchand de tabac avec timbres-poste. Déjà!!!
Ah! lecteurs, vous croyez que c’est commode de trouver un coin tranquille à l’abri des méchants. Pas même l’île du docteur Moreau: pas même la planète de Mars. On vient de s’en apercevoir depuis que les Marsiens (histoire de venger les Boërs) sont descendus à Londres afin d’organiser la panique de tous ces braves Anglais.
Arrivée à Tahiti. Les voyageurs pour le retour changent de train. L’arrivée doit une visite (inénarrable le chapeau Gibus), le gouverneur, les balayeurs aussi. On susurre... finalement mais gracieusement, on vous demande: «Avez-vous de l’argent?»
Ne vous désespérez pas cependant: le soir arrive et vous allez enfin goûter l’oubli de la civilisation. Au centre du petit square un petit kiosque à peine suffisant pour contenir tous les membres de la Société philharmonique et les lampions allumés, charmante musique moderne, vous enchantent. Avisant un employé à casquette qui distribue des billets pour les chevaux de bois, vous vous méprenez et vous demandez votre billet d’omnibus Madeleine-Bastille. Toujours distrait, vous prenez place dans un véhicule traîné par des chevaux de bois. Ça tourne, ça tourne encore. Ce n’est pas la Bastille. Erreur!! c’est Tahiti.
Et si jamais pareille mésaventure vous arrive, ne vous avisez pas de faire la connaissance d’un procureur de la République française. Comme à moi, il vous en cuirait.
Au surplus, que je vous raconte l’aventure, non au début. Ce serait vous ennuyer, mais au moment où plus rageur que Meissonier je voulus me fâcher.
Tout le monde, même le commandant du navire de guerre, voulut me dissuader d’une pareille escapade. «Vous ne savez pas ce que c’est qu’un procureur et un gouverneur aux colonies, me disait-on: autant arrêter la marche d’une comète en lui mettant un grain de sel sur la queue.»
Voilà comment je devins journaliste, polémiste si vous voulez. Mais naviguer au milieu de ces récifs sans s’y briser, n’est pas une petite affaire. Il me fallut étudier les détours pour ne pas aller en prison.
Un petit spécimen de mon savoir-faire: «Quant à X... les dit-on sont si formidables que par respect de l’humanité je m’impose le devoir de croire que c’est _Peut-être_ de la calomnie.»
Encore un spécimen: celui-là dans le ridicule.
Démosthène, εσπερα μενγαρ ῆν
C’était pendant l’horreur d’une profonde nuit.
Anecdotes traduites du grec souvent divertissent: en raconter une sans garantir la fidélité de la traduction ne me paraît pas une hardiesse hors de mes moyens mais plutôt un jeu de joyeux compagnon. En l’an X de la XVIIIᵉ dynastie Ramsès, il se passait bien d’étranges choses à Cythère, mais Cythère au peuple crétois n’était pas ce qu’elle est aujourd’hui. Cythère cédée à la Suisse en échange de la fameuse arbalète de Guillaume Tell et de sa pomme qui devint plus tard la pomme Cythère, Cythère devenue suisse perdit son beau temple de Vénus et un semblant d’austérité genevoise la rendit morne, insupportable.
Autrefois donc à Cythère au peuple crétois, le ciel était pur, les femmes adorables et adorées ayant la joie nue de vivre dans la clémence de l’air, dans la caresse des herbes douces, dans la volupté du bain. Et c’était une perpétuelle fête, une ignorance parfaite du travail que les générosités de la nature font inutile.
Rien de plus riant que son port, avec ses boutiques ensoleillées, ses pirogues; et ce fut un jour fameux que le 6ᵉ jour de la XVIIIᵉ dynastie de Ramsès en l’an X. La société commerciale venait d’ouvrir son vaste magasin lorsque se présenta un client, un tout petit jeune homme microscopique, mignon au possible, si bien habillé, pommadé ciré depuis en haut jusques en bas.
D.--Avez-vous du cold-cream à la cannelle?
R.--Oui, certes et du tout frais.
D.--Donnez-m’en un kilo. Et le commis empressé, de fournir la marchandise, de proposer plusieurs articles, entre autres la fameuse découverte du biberon Pastoros contre la rage des dents.
«Figurez-vous que le vaccin a été pris sur un morse tout particulier qui réside seulement au 90ᵉ degré de latitude. On en a fait une expérience concluante sur l’éléphant bleu d’Amsterdam. Cet animal était devenu extrêmement dangereux par suite d’une rage de dents: un cancrelat s’était installé dans une de ses défenses pour y faire son nid.
Or le biberon Pastoros possède une tétine à aspérités. L’éléphant biberonna, se piqua, se vaccina.
O merveilleuse découverte: l’éléphant bleu devint rouge aussitôt, puis ses défenses tombèrent au pied du cornac.
* * * * *
Comme le petit mignon sortait du magasin, les vitres s’assombrirent; la belle, l’immense Toutoua dit tout bas: «A ce soir.»
8 heures sonnaient au beffroi. Bien heureux, le petit mignon suivi de ses deux chiens noirs montait (cette fois avec majesté, les marches de la grande construction).
D.--Tout le monde est à son poste? demanda-t-il.
R.--Oui, Seigneur archonte.
D.--Qu’on me laisse tranquille ce matin, je n’y suis pour personne.
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Dans son élégant cabinet capitonné, Mignon est seul, se mire, se pomponne, puis étend une couche de cold-cream sur son petit museau adoré. Il se déculotte (un peu seulement... les convenances!...) et allant on ne sait où, un peu de ce cold-cream à la cannelle s’engloutit aux profondeurs mystérieuses du chérubin.
8 heures du soir. L’immense, la belle Toutoua en son logis gazouille, chemise entr’ouverte, laissant voir de mystérieuses choses aux âcres senteurs dont la vue aurait en des vieillards éteints rallumé le feu de Vénus et particulièrement échauffait son mignon. Tous deux d’amour brûlaient à la recherche des extases suprêmes. Ce fut une nuit superbe.
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Le sommeil depuis quelques heures avait engourdi nos deux belles créatures lorsque les voitures du laitier annoncèrent l’heure proche du marché. L’immense Toutoua se réveilla, voulut à gauche, à droite, embrasser son adoré. Oui-da, elle ne trouva rien. Peau de balle, balai de crin. Une sueur froide inonda ses puissants mamelons lorsqu’elle sentit sous elle son cher mignon. L’insecte ne donnait plus signe de vie, tout à fait endommagé.
Que faire? toutes prolonges dehors et pas un verre de ratafia. Toutoua tristement mit l’insecte entre ses deux mamelons et le porta au logis seigneurial. Le docteur fut appelé et trouva que l’insecte devait être mal à son aise. Le grand Hippocrate lui-même n’aurait pas trouvé mieux que son disciple lorsque celui-ci prenant un soufflet d’insecticide Vicat l’introduisit dans les profondeurs mystérieuses car aussitôt l’insecte respira.
En l’an X de la 18ᵉ dynastie Ramsès, tout ceci se passa.
Traduction s.-g.-d.-g.
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Au café, au grand 9, sur le boulevard, je vais: tout le monde y va, la belle race arienne circule. Au café, au grand 9, sur le boulevard, je dessine, je regarde, j’écoute sans attrait. Au café, les tables de marbre invitent le crayon, les glaces agrandissent la foule: le monde est là sans choix. Sans choix aussi je dessine; tout est beau, tout est laid.
Tiens!!! voilà une tête que je connais; où diable l’ai-je vue. Le profil est anguleux, et je cherche qui cela peut être. Ah! j’y suis, c’est moi, je me résigne sans tristesse. Je me croyais mieux. La vérité!! Au grand 9, Madame dit: «Que prenez-vous? du champagne. N’est-ce pas?» Et moi, plus modeste, je réponds: «Donnez-moi du pippermint!»
Elle, parée, odorante, crasse verveine prend une chopine. Là aussi les glaces renvoient le visage des hommes, des femmes. Ce n’est pas beau. Et je figure à côté de l’hétaïre. L’amour embellit, dit-on. Je m’efforce d’être convaincu; impitoyablement mon crayon s’y refuse. La vérité!!!
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Souvent, très souvent, le nègre, demi-nègre, quart de nègre, capre même gouverne aux colonies qui ne les ont pas vu naître. Instruits souvent, intelligents même, ils restent nègres, demi-nègres, quart de nègre, capre même. Le coq de la Gaule, l’ancien maître devient esclave et ne chante plus son cocorico d’autrefois; à son tour devient souverain maître le corbeau d’Éthiopie qui croasse.
Allons enfants de la Patrie, le jou... de gloi...e é pa...mi nous!
Durant mon séjour à la Martinique, un nègre, demi-nègre, quart de nègre, capre même, vint à se disputer avec un Bordelais, de là insultes. Le Bordelais exigea le duel qui fut accepté par notre nègre, demi-nègre, etc... et rendez-vous fut pris dans la canne à sucre. Les témoins étaient de part et d’autre des quinbois, c’est-à-dire des porte-chance.
Notre Bordelais sur le terrain eut la colique et excuses faites de l’accident il alla dans la canne à sucre déboucler son pantalon. L’opération (il faut croire?) fut assez longue, car les témoins impatientés vinrent à la rescousse.
«Comment! dit notre Bordelais, le nègre, demi-nègre... n’est pas encore parti? Dites-lui bien: «Cinquante ans, il restera, cinkanttt ans je chierai.»
Les Bordelais n’aiment pas les nègres, demi-nègres, quart de nègre, capres même.
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Un journal à Tahiti qui ne serait pas politique ne serait pas respectable. Élections à Tahiti c’est synonyme de Picpus contre l’ours de Berne. Me voilà donc (qui l’aurait cru), devenu picpus pour ne pas être suisse.
D’un bord, sale calotin, de l’autre vil sectaire. Parpaillot, jamais... jamais de ma vie, même lorsque je fis ma première communion, je ne fus aussi catholique et j’eus raison. Vous allez savoir comment.
J’en étais là, lorsque je me dis qu’il était temps de filer vers un pays plus simple et avec moins de fonctionnaires. Et je songeai à faire mes malles pour aller aux Marquises. La terre promise, des terres à ne savoir qu’en faire, de la viande, de la volaille et pour vous conduire, par-ci, par-là, un gendarme doux comme un mérinos.
De ce pas, le cœur à l’aise, confiant comme une pucelle qui serait barrée je pris le bateau et j’arrivai tranquillement à Atuana chef-lieu de Hivaoa.
Il me fallut singulièrement en rabattre. La fourmi n’est point prêteuse, c’est là le moindre défaut: et j’avais l’air d’une cigale qui aurait chanté tout l’été.
Tout d’abord, les nouvelles à mon arrivée furent qu’il n’y avait point de terres à louer ou à vendre, sinon à la mission et encore. L’évêque était absent et il me fallut attendre un mois; mes malles et un chargement de bois de construction restaient sur la plage.
Durant ce mois j’allais comme vous le pensez tous les dimanches à la messe, forcé de jouer mon rôle de vrai catholique et de polémiste contre les protestants. Ma réputation était faite et Monseigneur sans se douter de mon hypocrisie voulut bien (parce que c’était moi), me vendre un petit terrain rempli de cailloux et de brousse, au prix de 650 francs. Je me mis courageusement à l’œuvre et grâce encore à quelques hommes sous la recommandation de l’évêque je fus installé rondement.
L’hypocrisie a du bon.
Ma case finie, je ne songeai guère à faire la guerre au pasteur protestant qui d’ailleurs est un jeune homme bien élevé et d’un esprit très libéral: je ne songeai pas non plus à retourner à l’Église.
Une poule survint et la guerre fut allumée.
Quand je dis une poule je suis modeste, car toutes les poules arrivèrent sans aucune invitation.
Monseigneur est un lapin, tandis que moi je suis un vieux coq, bien dur et passablement enroué. Si je disais que c’est le lapin qui a commencé je dirais la vérité. Vouloir me condamner au vœu de chasteté! c’est un peu fort: pas de ça Lisette.
Couper deux superbes morceaux de bois de rose et les sculpter genre marquisien ne fut qu’un jeu pour moi. L’un représentait un diable cornu (le père Paillard). L’autre, une charmante femme, fleurs dans les cheveux. Il suffit de l’avoir appelée Thérèse pour que tous, sans exception, même les enfants de l’école, y vissent une allusion à ces amours si célèbres.
Si c’est une légende ce n’est toujours pas moi qui l’ai créée.
Mon Dieu que voilà des potins, et si jamais je retourne à Paris je pourrai d’emblée me présenter comme concierge et lire tous les matins le feuilleton du _Petit Journal_.
D’ailleurs ici, nulle conversation n’est possible, si ce n’est potiner et dire des cochonneries: dès le berceau, l’enfant se tient au courant. C’est, à vrai dire, toujours la même chose, comme le pain quotidien.
Pas toujours spirituel, mais cela repose des travaux d’art; la pensée folâtre, le corps aussi. Les femmes sont simoniennes sans discuter. Puis cela vous préserve de l’ennuyeuse austérité, et de la vilaine hypocrisie qui rend les gens si méchants. Une orange et un regard de côté. Cela suffit.
L’orange dont je parle varie de 1 franc à 2 francs; ce n’est vraiment pas la peine de s’en priver. On peut à son aise faire son petit sardanapale sans se ruiner.
Le lecteur doit sans doute chercher l’idylle, car il n’y a pas de livre sans idylle. Mais...
Ceci n’est pas un livre.
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A l’interprète indigène j’ai dit: «Mon garçon, comment dis-tu, en langue marquisienne: Une idylle.» Et il m’a répondu: «Que vous êtes rigolo!» Poussant plus loin mes investigations, je lui ai dit: «Quelle est l’expression pour dire vertu?» Et en riant, ce brave garçon m’a répondu: «Vous me prenez donc pour un imbécile?»
Le pasteur lui-même raconte que c’est un péché.
Et les femmes comme des biches étonnées, au regard velouté, semblent dire: «C’est pas vrai.» Une Parisienne dirait: «Cause toujours!»