Aux glaces polaires: Indiens et esquimaux
Part 40
Maison de neige en construction 442
Achevée 442
Esquimaux Tchiglit 444
Les plus vieux Esquimaux 446
Jean 447
Esquimaux au dépeçage d’une baleine 450
R. P. Turquetil 452
Gros équipage esquimau 454
Au bord de la Terre Stérile 458
Famille esquimaude du groupe Copper 461
R. P. Le Roux 463
Parmi les banquises, à N.-D. de la Délivrande 468
Mgr Charles-Joseph-Eugène de Mazenod 471
Régions des cinq parties du monde évangélisées par les Missionnaires Oblats de Marie Immaculée 475
Cartes du Canada et des Vicariats arctiques 489
TABLE DES MATIÈRES
Pages
Lettre-préface à S. G. Mgr Dontenwill, O. M. 1., sup. gén. 7
Réponse de Mgr le Révérendissime Supérieur général 10
Chapitre 1er.--LES FOURRURES 13
_Le_ PASSAGE DE L’OUEST.--_Les Fourrures.--La colonie française.--Superficie du Canada.--Etendue de l’ancienne Nouvelle-France.--Les_ PAYS D’EN HAUT.--_Les coureurs-des-bois.--Les Compagnies de la Baie d’Hudson et du Nord-Ouest.--Leur fusion.--Les vrais pionniers.--Rapports de l’Honorable Compagnie avec les missionnaires.--«Pauvre évêque-roi».--Le terrain d’égalité._
Chapitre II.--LES AMES 31
_Les anciennes nations Peaux-Rouges.--Pourquoi vont-elles mourir?--La maternelle Consolatrice.--Les Dénés et les Esquimaux.--Athabaska-Mackenzie.--Origine des Dénés.--Leur monographie.--Abjection de la femme, de l’enfant, du vieillard.--La Croix dans les glaces._
Chapitre III.--L’HIVER 63
_Caractère de l’apostolat dans l’Athabaska-Mackenzie.--Linceul de neige et de nuit.--Une âme par 250 kilomètres carrés.--Le fort et la mission.--Traîneaux et chiens.--Les chemins du Nord.--Bordillons, crevasses, poudrerie.--En détresse sur le Grand Lac des Esclaves.--Carrosse épiscopal.--Les raquettes.--La soif.--Le Père Laity._
Chapitre IV.--L’ETÉ 85
_Le soleil de minuit.--Activité de la nature.--Les maringouins.--Activité du missionnaire préparant l’hiver.--Le fleuve Athabaska-Mackenzie.--Les rapides de l’Athabaska.--Comment on les évita d’abord, par le Portage la Loche.--Comment on les attaqua enfin.--Mgr Taché et le Lac la Biche.--Mgr Faraud et les Sœurs Grises dans les rapides, en 1867.--Les vingt ans de Mgr Faraud au Lac la Biche.--La_ PRAIRIE _et les bohémiens de l’apostolat.--La grande poussée, sous Mgr Grouard et Mgr Breynat.--Les barges d’Athabaska-Landing.--La plus dure épreuve.--Les vitres du Père Séguin._
Chapitre V.--LA LUTTE POUR LA VIE 117
_«Le grand obstacle».--De Mgr Clut à Mgr Breynat.--Nul secours du pays, ni des sauvages.-Qu’est-ce que jeûner?--Le sourire de la charité.--La Propagation de la Foi.--«Le travail de tous».--Pour «ne pas mourir de faim et de froid».--Les frères coadjuteurs Oblats.--Pêches d’automne et d’hiver.--Le Travailleur invisible._
Chapitre VI.--L’HEURE DE DIEU 139
_1845--Les pionniers de l’apostolat.--Mgr Provencher.--M. Thibault dans le Nord.--Le rendez-vous du Portage la Loche.--Fondation de la mission de l’Ile à la Crosse.--La scène du Portage, décrite par M. Thibault.--Les précurseurs du missionnaire.--Les Métis.--Le Patriarche Beaulieu.--Du Diable à Dieu.--Larmes de M. Thibault.--Les Missionnaires Oblats de Marie Immaculée._
Chapitre VII--BERCEAU D’EVÊQUES 159
_L’Ile à la Crosse.--«Vive le Nord et ses heureux habitants!»--Mgr Laflèche, évêque des Trois-Rivières.--Mgr Taché, archevêque de Saint-Boniface.--Mgr Faraud, vicaire apostolique d’Athabaska-Mackenzie.--Mgr Grandin, évêque de Saint-Albert._
Chapitre VIII.--L’EVÊQUE DE PEINE 205
_Mgr Isidore Clut.--Les bulles blanches et le sacre.--Egaré dans les bois.--Au concile du Vatican.--Recruteur.--Episode du Grand Rapide.--Une rencontre de Mgr Clut et de Mgr Faraud.--Aux territoires du Youkon et de l’Alaska.--Les visites du vicariat.--L’indésirable bien-aimé.--Dompteur de chiens et meneur de traîneaux.--Campement à la belle étoile.--Vermine.--Le son du glas.--Au petit Lac des Esclaves.--«Notre joie et notre récompense»._
Chapitre IX.--LES MONTAGNAIS 231
_Le fort Chipewyan et la Nativité.--Les oies sauvages.--Evangélisation des Montagnais.--L’une des famines.--Notre-Dame de Lourdes.--Le Père Eynard,--Mgr Emile Grouard.--Son noviciat.--Un communiqué.--«Qui me rendra la liberté?»--Maître des novices et scieur de long.--De la maladie grave (1874) à l’épiscopat (1891).--A-t-il vieilli?--Quelques esquisses._--DOMINUS CONSERVET EUM.
Chapitre X.--LES MANGEURS DE CARIBOUS 253
_Notre-Dame des Sept-Douleurs du Fond-du-Lac.--Le renne de la_ TERRE STÉRILE _et les Mangeurs de Caribous.--Missionnaires_ VISITEURS.--_Mgr Albert Pascal.--Le divin Solitaire.--Evêque de Prince-Albert.--Mgr Gabriel Breynat.-Prémices de Liége.--Elève du P. de Chambeuil.--Deuils sur deuil.--Membre gelé.--Construction de maison-chapelle et fabrication de jardin.--Famine de 1899.--Missions aux camps sauvages.--Bouquets d’adieu.--Vicaire apostolique du Mackenzie._--THE BISHOP OF THE WIND.
Chapitre XI.--LES CASTORS 279
_La rivière la Paix.--Les Castors.--Ravages du vandalisme et du_ JEU A LA MAIN.--_Un sacrifié.--Le Père Tissier au fort Dunvégan.--Noyade du Frère Thouminet.--Episode de l’hiver 1870-71.--Le Père Husson naufragé.--Une relation du Père Le Treste._
Chapitre XII.--LES COUTEAUX-JAUNES 291
_Mission Saint-Joseph du fort Résolution, et le Grand Lac des Esclaves.--Les Couteaux-Jaunes.--Le Père Dupire. Le Père Gascon, le_ PRIANT MAIGRE.--_Mal de neige.--Catéchiste «à la baguette».--Hospitalité canadienne.--Le Sacré-Cœur au Grand Lac des Esclaves.--La lampe du sanctuaire.--«Le martyre sans gloire».--Mission Saint-Isidore et ferme Saint-Bruno du fort Smith.--Mission Sainte-Marie du fort Fitzgerald.--Noyade des Pères Brémond et Brohan.--Mgr Célestin Joussard.--A Saint-Sauveur de Québec.--Bloqué dans les glaces._
Chapitre XIII.--LES PLATS-CÔTÉS-DE-CHIENS 317
_La légende.--Fort Rae et mission Saint-Michel.--Mgr Grandin chez les Plats-Côtés-de-Chiens.--Le Père Roure.--Souffrit-il de la faim?--Quelques histoires.--Célébrités de la science et du sport au fort Rae.--Superstitions et tabous.--Pauvre femme dénée!--Foi des Plats-Côtés-de-Chiens.--Pie X les aima._
Chapitre XIV.--LES ESCLAVES 337
NON FECIT TALITER OMNI NATIONI.--_Mission de Notre-Dame de la Providence, au fort Providence.--Le palais de Mgr Grandin.--«Plus heureux que le Schah de Perse».--Le couvent des Sœurs Grises.--Cinquante ans de leur apostolat.--Le Père Lecorre.--«Oh! qu’elle est belle, ma Bretagne!»--Le_ MAGNIFICAT _de l’expédition 1895.--Qu’est-ce qu’un lièvre?--Mission du Sacré-Cœur, au fort Simpson.--Babel.--Le Père Brochu.--Hospice des Sœurs Grises.--Mission Saint-Raphaël, au fort des Liards.--Le fort des Poux et la danse dénée.--La_ BONNE FEMME _Houle.--Le Père de Krangué.--Champion mutilé.--Mission Saint-Paul au fort Nelson.--Le Père Lecomte.--Le Père Gourdon.--Mission Sainte-Anne, au fort Rivière-au-Foin.--Mort du Frère Hand.--Mission de N.-D. du Sacré-Cœur, au fort Wrigley._
Chapitre XV.--LES PEAUX-DE-LIÈVRES 371
_Napolitains du Nord.--Mission Sainte-Thérèse, au fort Norman.--Rivière et Grand Lac de l’Ours.--Le Père Ducot.--Sauvé par un loup...--Le pont de glace.--Noël, le 17 décembre.--Un halo de lune et une aurore boréale.--Mission Notre-Dame de Bonne-Espérance, au fort Good-Hope.--Le Père Grollier._--DA MIHI ANIMAS!--_Sa rapide et douloureuse carrière.--«Je meurs content, ô Jésus!».--Le Père Séguin.--Jusqu’au fort Youkon.--Chez les Loucheux.--La conversion des Peaux-de-Lièvres.--«Le Saint est mort!»_
Chapitre XVI.--LES LOUCHEUX 411
_Batailles et réconciliation.--Bas-Bretons de l’Extrême-Nord.--«Quels braves gens!»--Les Pères Constant Giroux et Camille Lefebvre.--Du fort Mac-Pherson à la Petite Rivière Rouge Arctique.--Un poitrinaire sous la bise glaciale.--Le Père Lefebvre en détresse.--La_ MÈRE DES LOUCHEUX.--_La langue et l’âme françaises à l’océan Polaire._
Chapitre XVII.--LES CRIS 425
_Missions Crises et leurs missionnaires.--Caractère des Cris.--Le_ SCALP.--_Les_ WINDIGOS.--_Cris des prairies et Cris des bois.--Quels chrétiens devinrent les Cris._
Chapitre XVIII.--LES ESQUIMAUX 437
_«Des Japonais».--Qualités et défauts.--L’évangélisation des Esquimaux.--Aux Bouches du Mackenzie.--En Alaska.--A Chesterfield Inlet.--Au Golfe du Couronnement.--L’Apostolat des Pères Rouvière et Le Roux.--Le meurtre.--Mort du Père Frapsauce.--Fécondité du sang.--Mission de Notre-Dame du Rosaire._
Appendice I.--La Congrégation des Missionnaires Oblats de Marie Immaculée et ses œuvres 471
Appendice II.--Notice sur les Missions étrangères des Sœurs de la Sainte-Famille 477
Appendice III.--Etat du personnel dans les missions dénées de l’Athabaska-Mackenzie 478
Table des gravures 483
LAUDETUR JESUS CHRISTUS et MARIA IMMACULATA
Imprimerie LOGIER Frères. 4, place J.-B. Clément, Paris
* * * * *
NOTES:
[1] Des Canadiens Français vous diront avec un sourire: «Nous aimons la France et l’Angleterre: la première comme notre mère, l’autre comme notre belle-mère.»
[2] Les territoires d’exploitation de la Compagnie se divisent en _districts_, indépendants les uns des autres. Chaque district possède sa hiérarchie complète. Cette hiérarchie est établie sur le principe que tous ses membres doivent se traiter en étrangers, s’acheter et se vendre leurs articles et travail respectifs, chacun demeurant averti que son avancement dépendra de l’importance des bénéfices qu’il apportera. Ainsi en va-t-il de _maître-de-poste_ (le plus bas échelon de la hiérarchie) à _commis_, de commis à _traiteur_, de traiteur à _bourgeois_ (chef du district). Chaque année, tous les bourgeois remettent leurs _retours_ (apport des pelleteries), avec l’état de leurs comptes, au _gouverneur_, qui ne manque pas de promouvoir les plus habiles et de faire descendre les autres.
Or, les _districts_ d’Athabaska et du Mackenzie, champ d’action des missionnaires dont nous avons à raconter les travaux, se trouvaient les derniers dans l’échelle des districts. C’est donc à leur tête qu’il fallait s’attendre à trouver les hommes les plus décidés au succès.
[3] Fervents chrétiens avant tout, les découvreurs français du Canada firent aller de pair la colonisation et l’évangélisation. François Ier, sur le rapport de Jacques Cartier, voulut «convertir les sauvages à la foi, et établir ses sujets au milieu d’eux». Champlain, que sa grande âme de catholique et de patriote a fait appeler «le véritable fondateur de la Nouvelle-France», réalisa le désir de Jacques Cartier et du roi de France, en obtenant les premiers missionnaires. Après lui, tous les explorateurs furent accompagnés, sinon précédés, par le prêtre.
Les _Récollets_ arrivèrent en 1615, les _Jésuites_ en 1625, les _Sulpiciens_ en 1657. En 1659, le _vicariat apostolique de Québec_, plus vaste que l’Europe, fut érigé. Deux cent soixante ans plus tard, le 2 avril 1918, S. Ex. Mgr Stagni, quatrième nonce apostolique au Canada, pouvait écrire, dans sa lettre d’adieu à S. Em. le cardinal Bégin, archevêque de Québec, et aux 43 archevêques et évêques de la Puissance du Canada et de Terre-Neuve:
«Votre nation, dont l’univers entier vante la culture intellectuelle et les progrès matériels, s’est acquis une réputation plus invincible encore dans le domaine _religieux_. La hiérarchie catholique, laquelle n’y remonte même pas à trois siècles, se pare chaque jour d’une gloire et d’un éclat nouveau, tant par le nombre que par l’éminence des vertus de ses membres.»
On ne pouvait, en moins de mots, ni avec plus d’autorité, exprimer la rapidité du jeune continent à passer de l’état primitif à l’état d’une nation complètement européenne, au prestige mondial et au catholicisme florissant.
[4] Trois autres grandes tribus dénées se trouvent dans la Colombie Britannique: les _Porteurs_, les _Chilcotines_, les _Babines_. Ils ont été évangélisés, eux aussi, par les Oblats de Marie Immaculée. Le R. P. Morice, O. M. I., en a savamment traité en divers ouvrages: _Au Pays de l’Ours Noir_, _Essai sur l’Origine des Dénés_, _Histoire de l’Eglise catholique dans l’Ouest Canadien_ (4 vol.), etc...
Les divisions les plus considérables--en nombre, mais non en qualité--de la race dénée sont «dans le sud des Etats-Unis, où elles sont connues sous le nom de _Navajos_ et d’_Apaches_. Ces tribus ont dû être séparées de celles de l’Extrême-Nord, à l’époque des guerres générales entre les Indiens.»
Outre les tribus que nous avons énumérées, il y a, dans le Mackenzie, les _Sékanais_, les _Mauvais-Monde_, les _Gens de la Montagne_, etc. Nous les rencontrerons plus tard; mais ce ne sont que des fragments, distincts de nom plus que de réalité, des tribus sus-mentionnées.
[5] Nous transcrivons quelques observations du Père Petitot:
«Chaque tribu dénée parle son dialecte; mais la souche mère n’a point été trouvée en Amérique. Les dialectes sont à cette souche perdue ce que sont à notre latin le français, l’italien, l’espagnol, le provençal.
«Les langues dénées rentrent évidemment par leur caractère général dans les idiomes américains dont la tendance est d’accumuler une multitude d’idées dans un seul mot. C’est ce que de Humboldt a appelé _agglutination_, et Duponceau _polysynthétisme_. Le Déné, en effet, n’analyse point ses impressions, il les groupe en idées complexes. Il n’a point du tout conscience d’une analyse logique. La synthèse gouverne tellement toutes les formes du langage qu’elle se reflète même dans son écriture: toutes les lettres ne présentent qu’une enfilade de caractères placés à la suite les uns des autres, sans solution de continuité. Le discours revêt même cette forme, et les idées les plus incompatibles y sont liées entre elles sans aucune transition. C’est comme le jeu d’une navette qui ne s’arrête pas pour tisser une étoffe multicolore... Même agglutination dans les mots que dans les phrases, agglutination qui comporte des élisions très embarrassantes lorsqu’il s’agit de distinguer la racine de ce qui n’est qu’accidentel.
«La langue des Dénés présente cependant cette particularité qu’elle est, en partie, monosyllabique ou inorganique, comme l’est par exemple le chinois, et probablement toute langue primitive. Tous les mots racines ne sont que des monosyllabes. J’en ai déjà réuni 745 (en 1867), dont 233 sont dépouillés de toute particule. De ces monosyllabes dériveront tous les autres mots.
«Comme dans la langue chinoise encore, le ton, l’inflexion de la voix changeront du tout au tout la signification de certains mots dénés, qui s’écrivent de la même manière. La prononciation de ces mots et d’une infinité d’autres exige une grande délicatesse d’articulation, une grande précision dans l’intonation et dans l’observance de la quantité prosodique.
«Cette prononciation comporte, en outre, presque toutes les difficultés des langues connues. Elle a des chuintantes, des clappantes, des dentales et des hiatus qui ont fait le désespoir de bien des gens.
«Chose remarquable aussi, il y a peu d’emploi des labiales: le jeu des lèvres est presque nul. Un Déné, les lèvres légèrement entr’ouvertes et sans desserrer les dents, parlera avec une vélocité étonnante et fera entendre les sons les plus heurtés.»
Les langues du Nord, comme les autres, furent apprises par les premiers missionnaires, au seul moyen de leurs observations personnelles. Ils en ont rédigés les dictionnaires et les grammaires. Parmi les maîtres en langues dénées, il faut citer Mgr Grouard, Mgr Breynat, les Pères Petitot, Laurent Legoff, Morice.
Un ministre protestant, M. Evans, inventa, pour l’écriture du langage, un système de caractères syllabiques, hiéroglyphiques, qui fut universellement adopté.
Spécimen d’écriture Syllabique
AVE MARIA EN LANGUE MONTAGNAISE
Traduction littérale
Par toi je laisse aller mon esprit (à la joie) Marie, très-bien Celui qui-a-fait-la-terre t’aime, ton cœur près-de il est, toutes femmes par dessus tu-es grande, et Jésus, il-a-été dans-ton-sein. Lui seul est grand.
Sainte Marie, Le-Puissant sa mère tu es, nous-sommes-mauvais, quand même pour nous prie maintenant et quand nous mourrons à la veille.
Très bien c’est ainsi si c’était.
[6] Il est curieux de constater que tous ceux qui se servent de chiens ne leur parlent que français. Et ces mots sont quelquefois les seuls que les Anglais et les Indiens connaissent de notre langue. Nouvelle trace évidente des coureurs-des-bois français.
[7] _Destinés à mûrir_, disons-nous. C’est que malgré la chaleur continuelle, ils n’en ont pas toujours le temps. Le sol, dont aucun été n’a jamais amolli les profondeurs glacées, refroidit les racines; et il est nécessaire que pendant la courte saison chaude, ni la sécheresse, ni les orages ne viennent retarder une croissance qui ne résisterait pas aux gelées précoces, qui suivent pas à pas le soleil.
En juillet 1915, au fort Smith, la plus méridionale des missions du Mackenzie, on a vu les pommes de terre geler complètement en une nuit de moins de trois heures, entre deux journées torrides.
[8] Des 30.950.000 hectares que couvrent les lacs connus du Canada entier, le seul vicariat du Mackenzie en compte 7.564.000.
[9] Les montagnes qui enclavent le Nord-Ouest et le Nord marchent, du sud au nord, en deux groupes parallèles: les _Laurentides_ à l’est, les _Rocheuses_ à l’ouest. Les Laurentides, parties de la rive gauche du Saint-Laurent, envahissent en tous sens les provinces de Québec et d’Ontario, se blottissent le long du Manitoba oriental contre la baie d’Hudson, et vont expirer à la mer Glaciale, en dunes à peine surélevées. Les Rocheuses alignent et emboîtent leurs monts neigeux en une symétrie tellement semblable à celle de nos vertèbres osseuses que les sauvages les ont pittoresquement appelées: l’_épine dorsale de la terre_. De l’_épine dorsale_ rocheuse, s’échappent des _côtes_ régulières de montagnes, qui escortent, jusqu’à l’océan Pacifique d’une part, et jusqu’au fleuve Athabaska-Mackenzie d’autre part, nombre de rivières issues des glaciers centraux. Les Laurentides, de leur côté, envoient leurs rivières à la baie d’Hudson et à l’océan Atlantique, dans des cortèges montagneux analogues à ceux des Rocheuses. Qu’un éboulis de ces montagnes entrave tout à coup la rivière; qu’une veine transversale s’oppose à son cours: c’est la lutte du cours d’eau contre l’obstacle, c’est le rapide.
Mais comment les fleuves des plaines, comme la Saskatchewan, l’Athabaska, la rivière des Esclaves, la rivière de la Paix, qui n’ont eu besoin des montagnes que pour naître, vont-elles se former des rapides aussi fougueux que les rapides des rivières essentiellement montagneuses elles-mêmes? Précisément par l’intrusion des filons ramifiés, qui vont des Laurentides aux Rocheuses, et des Rocheuses aux Laurentides, pour les relier entre elles. Le fleuve des prairies, ou des bois, habitué au cours tranquille qu’il s’est tracé dans les terres friables, rencontre ces filons pierreux et doit en dompter la résistance.
[10] «Voici, continue le Père Petitot, l’énumération des lacs et des rivières que l’on suit durant cet itinéraire qui, à lui seul, peut déjà être considéré comme un très long voyage: rivière Rouge, lac Winnipeg, rivière Saskatchewan, lacs Travers, Bourbon et Vaseux, rivière du Pas, lacs Cumberland et des Epinettes, rivière Maline, lac Castor, rivière la Pente, lacs des Iles, Héron, Pélican et des Bois, Portage du Fort-de-Traite, rivière des Anglais (Churchill), lacs de l’Huile, d’Ours, Souris, Serpent, du Genou, Primeau et de l’Ile-à-la-Crosse. Après avoir traversé ce dernier bassin d’un bout à l’autre, nous pénétrons, par un canal naturel d’eau stagnante, improprement appelé rivière Creuse, sur les lacs Clair et du Bœuf, d’où nous gagnons le lac la Loche, par la rivière du même nom. C’est à l’extrémité de ce dernier lac que s’élève le coteau du Portage la Loche... Sur le versant Septentrional du portage, nous nous trouvons dans le district d’Athabaska.»
[11] V. _Les Sœurs Grises dans l’Extrême-Nord du Canada_, chap. v. Librairie Beauchemin, Montréal, et _Œuvre des missions_, 4, rue Antoinette, Paris--18e.
[12] La Saskatchewan est la grande artère de la _prairie_. Elle en recueille toutes les rivières pour les conduire au lac Winnipeg, lequel s’épanche dans le fleuve Nelson, qui se jette dans la baie d’Hudson. La Saskatchewan n’unit ses deux branches qu’à l’est de Prince-Albert. La branche nord a sa source au mont Brown, à côté de celle de l’Athabaska. La branche sud jaillit des montagnes Rocheuses aussi, mais presque sur la ligne des Etats-Unis. La Saskatchewan, très sinueuse toujours, coule de l’ouest à l’est.
[13] Un des traits qui «égayèrent» ce voyage de 1880 dans la prairie eut pour acteur principal, _dit-on_, S. G. Mgr Joussard, coadjuteur actuel, avec future succession, de Mgr Grouard, vicaire apostolique d’Athabaska. Tout jeune missionnaire, plein d’une ardeur qui ne s’éteindra qu’avec sa vie, le Père Joussard avait caracolé, autour de la _brigade_, sur un _branco_, cheval demi-sauvage de l’Ouest. Le soir, il s’endormit, lassé, à sa place de la couche commune, occupée par une dizaine de missionnaires. Mais la chevauchée, faut-il penser, continua dans son rêve. Tout à coup, il crut sentir sous sa main une crinière. Il la saisit, en criant:
--Hue donc!
Un «Aïe!» formidable réveilla la prairie:
C’était la barbe de S. G. Mgr Clut, son voisin, qu’il avait empoignée.
[14] Le nom de _Saint-Alphonse_ avait été inspiré par la reconnaissance envers les Pères Rédemptoristes, qui avaient généreusement promis la moitié de la somme que coûterait le bateau.
[15] La source capitale de telles dépenses fut toujours la difficulté des transports. Ainsi, en 1876, époque moyenne du premier demi-siècle de nos missions du Nord, Mgr Faraud estimait à 25 piastres (125 francs) le seul transport d’un colis de 100 livres _d’Angleterre au lac la Biche_, c’est-à-dire environ les trois quarts de la valeur réelle de l’objet.
_Du lac la Biche au fort Mac-Murray_, l’évêque ne pouvait transporter lui-même chaque pièce de 100 livres qu’aux prix de 20 à 25 francs.