Aux glaces polaires: Indiens et esquimaux

Part 38

Chapter 383,463 wordsPublic domain

Trois ans plus tard, le 3 juin 1916, le gendarme Wight se fit conduire à cet endroit par un indigène nommé Mayouk. Il trouva la planche de fond du traîneau, et, près de celle-ci, un os maxillaire inférieur retenant encore toutes ses dents intactes et blanches. Mayouk déclara que cette relique était du Père Le Roux, et qu’elle avait été jetée là, l’année précédente, par un passant. Comme M. Wight tenait à voir le lieu précis où le Père Le Roux avait expiré, Mayouk l’entraîna, à vingt mètres plus loin, dans la direction du fleuve, s’arrêtant à une centaine de mètres de la rive gauche. La place était marquée par des griffes d’animaux carnassiers, et par de nombreuses esquilles d’ossements tombées de leurs gueules. Mayouk montra ensuite au gendarme une excavation qu’un ruisseau avait pratiquée en se jetant dans le Coppermine, et dit que le corps du Père Rouvière était au fond. Six pieds de glace mêlée d’argile le recouvraient. Le gendarme, pressé par le temps, se contenta de confectionner, avec la planche du traîneau, deux humbles croix qu’il planta respectueusement sur les points du désert, où les deux missionnaires avaient trouvé le sanglant couronnement de leur apostolat.

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En 1917 enfin, en la fête de l’Assomption de la Sainte Vierge, le 15 août, dans l’après-midi,--sixième anniversaire de la première rencontre des Esquimaux par le Père Rouvière,--Sinnisiak, son bourreau, comparaissait devant le juge de la cour suprême du Canada, à Edmonton, et faisait l’aveu de son forfait.

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Invoquant son titre de père des missionnaires immolés, Mgr Breynat adressa une supplique au ministre de la justice, pour que la peine de mort, portée par le tribunal du Canada, fut commuée. Il demanda que les deux meurtriers lui fussent confiés, afin qu’il pût leur faire comprendre la beauté de la Religion catholique, dans ses institutions, dans ses missionnaires et dans sa miséricordieuse indulgence.

Ce recours en grâce fut entendu. La sentence de mort fut aussitôt changée en un emprisonnement indéfini, emprisonnement sans chaînes, ni verrous, au fort Résolution, sur le Grand Lac des Esclaves, selon que l’avait proposé le vicaire apostolique du Mackenzie.

La détention des coupables n’y dura que deux années, sous la garde bénigne de la gendarmerie locale, et à l’école des plus belles œuvres apostoliques de l’Extrême-Nord.

En 1919, à la nouvelle prière de Mgr Breynat, les deux bourreaux furent renvoyés à leur tribu...

Dans cet acte sublime de miséricorde, accompli, en leur nom, par leur évêque, s’acheva le sacrifice des deux jeunes Oblats français, de 32 et 27 ans, qui moururent sur la plage de l’océan Glacial, dans l’ouragan de neige, à 3.000 lieues de leur patrie, épuisés de fatigue et de faim, le cœur brisé par l’ingratitude de leurs enfants d’adoption, comme le Cœur du divin Maître l’avait été par l’infidélité de Jérusalem, la veille du Calvaire, et priant pour ceux qui les poignardaient.

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Un autre sacrifice, pris encore aux veines de la France, devait, sept ans plus tard, le 24 octobre 1920, s’ajouter à celui-là pour mériter pleinement le salut des Esquimaux. Le nom du Père Frapsauce, cette troisième victime, est revenu plus d’une fois, au cours de ce livre. Il est permis d’écrire, maintenant, que ce missionnaire, dévoué, durant vingt ans, aux Dénés du fort Smith, du fort Résolution, du fort Rivière-au-Foin et du fort Norman, avait été l’apôtre de toute humilité, de toute abnégation.

A peine la mort des Pères Rouvière et Le Roux fut-elle connue dans sa sanglante réalité par les missionnaires du Mackenzie que tous, unanimement, se proposèrent pour faire la relève, au poste du Grand Lac de l’Ours. Le Père Frapsauce obtint d’être le premier choisi. N’ayant plus, dès lors, que le rêve de se donner entièrement à ses nouvelles âmes, il s’exerça à vivre leur vie, il s’initia à leur langue, et, l’automne 1919, il arriva, pour s’y fixer, à la cabane bâtie par ses devanciers.

De cette résidence, il parcourut les derniers bois du lac et les abords de la _Terre Stérile_, travaillant de ses mains et prêchant sans relâche.

Le 21 octobre, une année après le Père Frapsauce, le compagnon qu’on lui avait promis, le Père Falaize, ancien apôtre, lui aussi, des Montagnais et des Couteaux-Jaunes, arrivait à la cabane du Grand Lac de l’Ours.

Elle était vide.

Les Indiens expliquèrent au nouveau venu que le Père Frapsauce, à bout de vivres, était allé tendre des filets de pêche, sous la glace déjà formée, et qu’il avait promis de rentrer bientôt.

Mais le Père Falaize, inquiet, partit aussitôt qu’il le put, au devant de son confrère. S’engageant sur une baie qu’on lui avait désignée comme ordinairement poissonneuse, il rencontra les traces d’un traîneau. Il les suivit. Elles s’arrêtaient, un peu plus loin, à une glace brisée. Tout avait sombré là! Sur le rivage opposé, auprès d’un foyer encore fumant, un bréviaire portait la marque des secondes vêpres du 24 octobre.

Au dégel de 1921, le lac rejeta les chiens de l’attelage. Mais toutes les recherches faites pour découvrir les restes du missionnaire lui-même furent inutiles.

Enfin, le 28 janvier 1922, un chasseur indien apporta un morceau de soutane qu’un animal avait arraché d’un banc de neige, sur la côte nord du Lac de l’Ours.

Le Père Falaize gagna le lieu indiqué par le sauvage, fouilla la neige tassée par le vent, et découvrit le corps:

«J’acquis la certitude, continue-t-il, qu’il était entier, et bien conservé, lorsque les grandes tempêtes d’octobre (1921) l’avaient déposé, à l’endroit même du rivage qu’il avait quitté, l’année précédente, pour entreprendre la funeste traversée. Il s’est congelé, alors, sur place. Mais des animaux sauvages l’ont attaqué ensuite. C’est, toutefois, une grande consolation pour moi d’avoir trouvé ce qui restait du missionnaire bien aimé. Je l’inhumerai aussi décemment que possible...»

* * * * *

Telles furent les semailles. Tels furent les sacrifices.

Quelle sera la moisson?

La moisson ne manqua jamais de lever, dans l’Eglise de Dieu, sur les champs arrosés par le sang des apôtres.

De ces sacrifices, le Père Turquetil recueillit les premiers fruits à sa mission de Notre-Dame de la Délivrande.

A son tour, la tribu du golfe du Couronnement a donné ses prémices à la foi divine. Deux mois après la mort du Père Frapsauce, trois adultes et deux enfants recevaient des mains du Père Falaize la grâce du baptême. Depuis ce Noël 1920, l’œuvre conquérante s’est poursuivie. Le Père Trocellier, jeune recrue de France, se prépare, au fort Good-Hope, à rejoindre le Père Falaize.

Tous deux tiendront là-bas, espèrent-ils, soutenus par la pensée surnaturelle du prix des âmes les plus abandonnées, en attendant que s’achève la formation religieuse et sacerdotale des nobles cœurs, avides de renoncement et de dévouement, qui, depuis quelques années, se sont offerts au vicaire apostolique du Mackenzie, pour la conversion des Esquimaux.

Il nous reste, lecteur bienveillant, à vous demander de mêler l’accent de vos prières à la voix du sang des missionnaires, afin de hâter l’heure de Dieu, l’heure où tous les païens des plages hyperboréennes du Nouveau-Monde entreront dans le divin Bercail.

Recommandez-les au Sacré-Cœur, par Marie Immaculée.

La Très Sainte Vierge veille particulièrement sur les Esquimaux: Elle se doit de les convertir. C’est le 15 août qu’elle les donna au Père Rouvière; c’est en ses fêtes qu’elle les lui ramenait en nombre; c’est à _Notre-Dame du Rosaire_ que Mgr Breynat avait prescrit aux missionnaires de dédier la première église qu’ils élèveraient, au bord de l’océan Glacial. De ce temple de Marie, les martyrs du sang et du devoir ont placé les assises fondamentales... _de viventibus saxis_: leurs dépouilles mortelles, leurs immolations totales. Et ce fut pendant le mois du Rosaire.

A Marie d’achever son édifice et d’en porter la gloire jusqu’au Ciel... _Celsa_... _ad astra tolleris_!

Nous l’avons vu, le dernier mot que les Pères Rouvière et Le Roux envoyèrent à leur évêque, en partant pour leur Calvaire, fut un cri suprême à Marie:

«--Que Marie nous garde et nous dirige!»

Elle les a dirigés vers le lieu de la récompense et du bonheur. Qu’elle dirige désormais vers eux les âmes pour lesquelles ils ont donné leur vie.

* * * * *

C’est au contact sanctifiant de leurs reliques--jointes à celles des Pères Fafard et Marchand, mis à mort par les Cris de la Saskatchewan, le Jeudi-Saint 1885, et à celles du Frère Alexis, tué par l’Iroquois--, que les missionnaires de demain se préparent à remplacer ceux qui tombèrent au champ d’honneur...

Ces restes sacrés--ossements, calices, bréviaires, soutanes, croix de poitrine, nappe d’autel ensanglantée--sont gardés au scolastiscat des Oblats de Marie-Immaculée, qui fut inauguré à Edmonton, le 12 septembre 1917, en la fête et sous le vocable du Saint-Nom de Marie.

Ils forment les premiers trésors de notre _Salle des martyrs_.

APPENDICES

APPENDICE 1

LA CONGRÉGATION DES MISSIONNAIRES OBLATS DE MARIE IMMACULÉE ET SES ŒUVRES

Du jour où le Père de Mazenod fonda, à Aix-en-Provence, la Congrégation des Missionnaires Oblats de Marie Immaculée, au jour où le Père Grollier, l’un de ses fils, arbora la Croix sur la plage de l’océan Glacial, il s’écoula quarante-trois ans.

En moins d’un demi-siècle, l’humble Société, destinée d’abord à n’évangéliser que la Provence, avait porté le nom de Jésus-Christ jusqu’aux extrémités de la terre.

* * * * *

Charles-Joseph-Eugène de Mazenod naquit à Aix, le 1er août 1782, d’une famille de haute noblesse, qui donna à la France des prélats, des amiraux, des magistrats. Chassé, avec ses parents, du domaine ancestral, par les hordes révolutionnaires, Eugène passa son adolescence dans les amertumes de l’exil, de Turin à Naples, de Naples à Venise, de Venise à Palerme. Lorsque sa vocation sacerdotale se fut manifestée, il répondit à l’un de ses oncles qui lui représentait qu’en la suivant il condamnerait à s’éteindre le nom des aïeux: «Rien ne ferait plus d’honneur à notre famille que de finir par un prêtre.»

La famille de Mazenod devait finir par deux évêques.

Le 21 décembre 1811, Eugène, ayant achevé ses brillantes études au grand séminaire de Saint-Sulpice, sous la direction de M. Emery, fut ordonné prêtre par Mgr Demandolx, évêque d’Amiens.

Déclinant l’offre que lui fit immédiatement Mgr Demandolx de le nommer son vicaire général, le nouveau prêtre rentra à Aix, afin de s’y «consacrer tout entier au service de la jeunesse et des pauvres.» Les populations ouvrières l’entendirent prêcher chaque dimanche en leur langue provençale. Les malades, les prisonniers, les pauvres honteux reçurent ses visites assidues et ses aumônes.

Une épidémie de typhus, où il multiplia son zèle, le conduisit au bord de la tombe. Tout espoir humain était perdu, lorsque les prières universelles de la ville d’Aix lui rendirent la santé.

Par reconnaissance pour ce miracle, le Père de Mazenod résolut de se consacrer plus entièrement encore au service des pauvres, en faisant appel à des compagnons embrasés de la même ardeur que lui-même pour les âmes abandonnées.

Son âme s’attristait à la vue des maux causés par la Révolution dans le clergé, les ordres religieux et les populations rurales.

«--Il lui semblait, disait-il, que s’il pouvait réunir en communauté quelques prêtres vraiment zélés, d’un désintéressement à toute épreuve, solidement vertueux, des hommes apostoliques, en un mot, qui, ayant à cœur leur propre sanctification, se donnassent tout entiers à la conversion des âmes, il remédierait, autant que possible, aux maux de l’Eglise et procurerait un grand bien.»

* * * * *

Cette communauté, que son amour de Dieu et de l’Eglise lui faisait désirer, il la fonda le 25 janvier 1816, en la réunissant dans un ancien monastère des Carmélites d’Aix, où ne subsistaient qu’un délabrement et une pauvreté extrêmes. Le fondateur proposa alors la devise qui fait la fierté des Oblats: _Evangelizare pauperibus misit me_: _Il m’a envoyé évangéliser les pauvres_. Pour costume apostolique, et plus tard religieux, il fut décidé que les missionnaires porteraient la simple soutane noire et la croix.

Au premier but, qui était l’évangélisation des pauvres par les missions, les retraites, les catéchismes, s’ajouta bientôt celui de la formation de la jeunesse, dans les grands séminaires et dans les collèges ecclésiastiques.

Se retirant dans une retraite profonde, le Père de Mazenod élabora les règles et les constitutions des _Missionnaires de Provence_, nommés aussi _Oblats de Saint-Charles_. Aux vœux ordinaires de pauvreté, de chasteté et d’obéissance que prononcent les religieux, il adjoignit celui de la _persévérance dans le saint Institut_. Ces constitutions furent telles qu’elles suffirent à retenir unis et fidèles tous les membres de la Congrégation, à travers toutes les tempêtes qui devaient les disperser.

A la fin de 1825, le Père de Mazenod, muni de son livre de Règles, et encouragé par les évêques dont les Oblats avaient évangélisé les diocèses depuis dix ans, se rendit à Rome, afin de solliciter du Souverain Pontife l’institution canonique de sa jeune Société.

Tout ce que pouvait espérer le fondateur--on le lui avait dit de toutes parts--c’était une _louange_, les Congrégations Romaines s’étant fait une loi de traiter ainsi les communautés nouvelles, et de ne remettre qu’à beaucoup plus tard l’_approbation formelle_.

Déjà, en effet, les cardinaux s’étaient prononcés pour un _bref d’éloges_, lorsque le Père de Mazenod, au sortir d’une longue prière aux pieds de la Sainte Vierge, se présenta à Léon XII. Comme mu par une inspiration spéciale, le Pape s’écria:

--Cette congrégation me plaît... Elle ne doit pas être _louée_, mais _approuvée_.

Et il demanda aussitôt aux cardinaux de reprendre l’examen des constitutions et de conclure dans le sens qu’il désirait.

Léon XII fit bien plus: il donna à la Congrégation le nom de _Missionnaires Oblats de Marie Immaculée_ (_Missionarii Oblati beatissimæ Virginis Mariæ sine labe conceptæ_).

Le Père de Mazenod ne contient plus sa joie; et ses lettres la redisent à ses missionnaires de France:

«--Oblats de Marie Immaculée!... Nom qui plaît tant au cœur et à l’oreille! Mais n’est-ce pas le brevet de notre prédestination à tous!»

Léon XII approuva définitivement la société, le 17 février 1826. C’est pourquoi le 17 février est resté, depuis, la grande fête annuelle des Oblats. Ils ont le privilège de célébrer, ce jour-là, la messe solennelle de l’Immaculée-Conception, et de renouveler leurs vœux de religion.

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Les fruits de la haute bénédiction du Pape tombèrent, sans tarder, sur la Congrégation naissante.

En 1830, elle porte son noviciat en Suisse et évangélise les diocèses de Lausanne et Genève.

En 1840, c’est l’Angleterre, l’Ecosse et l’Irlande qui appellent les Oblats et les reçoivent.

En 1841, s’ouvre le Nouveau-Monde. Mgr Bourget, évêque de Montréal, au Canada, vient demander des missionnaires au fondateur, qui depuis quatre ans avait succédé à son oncle Mgr Fortuné de Mazenod, sur le siège de Marseille. Mgr de Mazenod hésite à imposer par l’autorité le sacrifice de l’exil à ses enfants. Il leur envoie une circulaire, prescrivant à chacun de lui faire sa libre réponse.

Tous s’écrient:

--_Ecce ego: mitte me._--_Me voici: envoyez-moi!_

Et les lettres brûlaient du désir de voler aux missions étrangères.

Mgr Bourget reçut bientôt la première caravane des missionnaires, à Montréal.

Ce fut le signal du prodigieux développement de la Congrégation des Oblats de Marie-Immaculée.

Bientôt ils rempliront l’Amérique du Nord jusqu’aux bords des trois océans qui la baignent.

En 1847, l’Ile de Ceylan, la _perle des Indes_, les réclame à son tour.

En 1851, ils débarquent au sud de l’Afrique, pour se dévouer aux Blancs, aux Cafres, aux Zoulous, aux Basutos...

Le vénéré fondateur eut donc la récompense de voir lui-même sa Congrégation couvrir l’univers. Il eut le bonheur aussi de donner la consécration épiscopale à six de ses enfants auxquels l’Eglise confiait déjà des diocèses ou des vicariats apostoliques.

Mgr de Mazenod mourut le 21 mai 1861, à l’âge de 70 ans. Ce fut au moment où ses Oblats, réunis autour de sa couche, récitaient les dernières paroles du _Salve Regina_: _O clemens, o pia o dulcis Virgo Maria_!

La mort de ce saint évêque, que ses continuelles mortifications ont fait appeler le «grand pénitent du XIXe siècle», fit paraître tous les signes de la prédestination. Ses fils espèrent le voir un jour placé par l’Eglise au rang des Saints, à côté de l’Oblat dont la cause est introduite à Rome: le Père Albini.

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Aujourd’hui, malgré les persécutions, malgré les ruines accumulées par la grande guerre, malgré la mort de plusieurs sur le champ de bataille, il reste sur la brèche plus de trois mille Oblats. Pontifes, simples prêtres, frères coadjuteurs, ils travaillent, avec une égale abnégation, sous la bannière de Marie Immaculée. Leurs communautés cultivent la charité fraternelle et hospitalière, que leur légua leur vénéré Fondateur et qui les caractérise.

En un siècle, la Congrégation des Oblats a donné à l’Eglise un cardinal (Mgr Guibert, archevêque de Paris), et 38 archevêques ou évêques.

Les supérieurs généraux de la Société, élus à vie, ont été Mgr de Mazenod, les T. RR. PP. Fabre, Soullier, Augier, Lavillardière et S. G. Mgr Augustin Dontenwill, archevêque de Ptolémaïs. Mgr Dontenwill, élu en 1908, fut pris au siège archiépiscopal de Vancouver (Canada). A l’occasion du centenaire de sa Congrégation (1916), il a été nommé, par S. S. Benoît XV, Assistant au Trône pontifical.

La maison mère--résidence du supérieur général--se trouve à _Rome_, 5, _via Vittorino da Feltre_, _Italie_.

Pour renseignements s’adresser _à Paris_, 4, _rue Antoinette_--; à _Aix-en-Provence_ (_Bouches du Rhône_), 60, _cours Mirabeau_--; à _Bruxelles_, 71, _rue Saint-Guidon_ (_Belgique_)--; à _Ottawa_ (_Canada_), _juniorat du Sacré-Cœur_, 600, _rue Cumberland_,--; à _Lowell_ (_Mass._), _Etats-Unis_, 725, _rue Merrimack_.

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Etat présent des _provinces_ et _vicariats de missions_:

EN EUROPE: Les _trois provinces de France_. (Il est peu de paroisses françaises qui n’aient entendu la prédication des Oblats).--La _province Britannique_ pour l’Angleterre, l’Ecosse, l’Irlande.--Les _provinces de Belgique, d’Allemagne, d’Italie_.

EN AMÉRIQUE: La _province du Canada_, dans l’est du Dominion, et où fleurissent toutes les œuvres de la Congrégation, depuis celles des missions indiennes, sur les côtes du Labrador et de la Baie d’Hudson, jusqu’à celle de la magnifique université d’Ottawa, avec ses facultés de philosophie et de théologie.--Les _trois provinces des Etats-Unis_ couvrant l’immense République et le Mexique.--La _province du Manitoba_, qui commence le Nord-Ouest canadien. Prêchant à la bénédiction de la cathédrale de Saint-Boniface, le 4 octobre 1908, S. G. Mgr Paul-Eugène Roy, coadjuteur de S. E. le Cardinal Bégin, archevêque de Québec, disait: «L’évangélisation du Nord-Ouest est le plus beau fleuron de la couronne que portent les fils de Mgr de Mazenod, et l’un des plus merveilleux ouvrages de l’apostolat catholique dans le monde.»--La _province d’Alberta-Saskatchewan_.--Les _vicariats de la Colombie Britannique, du Keewatin, d’Athabaska, du Mackenzie, du Youkon_.

EN ASIE: Le _vicariat de Jaffna_, qui compte environ 80.000 catholiques, et à qui il reste à convertir 300.000 bouddhistes ou païens.--Le _vicariat de Colombo_, avec une centaine de missionnaires et 245.000 catholiques. Il y reste 1.700.000 infidèles.

EN AFRIQUE: Le _vicariat de Natal_, comprenant la colonie anglaise de Natal, la Cafrerie proprement dite, le Zoulouland, le Swasiland et l’Amatonga.--Le _vicariat de Kimberley_ (autrefois Etat Libre d’Orange) avec ses Boërs, ses Noirs, et les Blancs attirés par les mines d’or et de diamant.--Le _vicariat du Transvaal_ (mêmes éléments que le précédent).--Le _vicariat du Basutoland_, contrée peu fréquentée des Blancs, mais où les missionnaires ont formé de magnifiques chrétientés de Noirs. N. B. «Dans ces quatre vicariats de l’Afrique méridionale, le climat est parfaitement salubre; la température n’excède pas celle du Midi de l’Europe; l’état actuel de ces missions est consolant; l’avenir est plein d’espérance...»--La _Préfecture apostolique de la Cimbébasie_.

EN OCÉANIE: _Une maison établie dans le diocèse de Perth_ (Australie).

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La Congrégation des Oblats de Marie Immaculée possède des _noviciats_ (dont l’épreuve dure une année); des _juniorats_ (où elle donne le cours classique aux adolescents qui se destinent à devenir ses membres); des _scolasticats_ (pour l’enseignement de la philosophie et de la théologie), et plusieurs _grands séminaires_.

Citons les _scolasticats_ de Rome, de Liége, de San Giorgio, de Dublin, de Hünfeld, d’Ottawa, d’Edmonton, de Washington, de San Antonio.

Dans ces vastes scolasticats, sont confondus, jusqu’au jour des _obédiences_, qui se donnent au lendemain de l’ordination sacerdotale, les futurs missionnaires des cinq parties du monde, «les aspirants à l’Afrique et les amis des glaces, les partisans des Zoulous et ceux des Esquimaux.» Les supérieurs tiennent compte des goûts et des aptitudes manifestés; et tous baisent avec bonheur la main du général qui les envoie sur le champ de bataille qu’il a choisi, assurés d’être partout les _missionnaires des pauvres_.

Ajoutons qu’une consolation leur est désormais assurée: celle de n’être plus isolés, comme le furent, par nécessité, plusieurs missionnaires des commencements, surtout dans l’Athabaska-Mackenzie. La règle des Oblats qui prescrit la vie commune peut être généralement observée. Et si le missionnaire doit se condamner parfois encore à des voyages ou à des résidences solitaires, ce n’est que pour peu de temps. Bientôt il reverra ses confrères du voisinage. D’ailleurs, ce n’est pas dans cet isolement, accepté par sacrifice et pour les âmes, que la grâce de Dieu manquera jamais à son apôtre.

La dévotion filiale des Oblats à Marie Immaculée les a conduits à l’apostolat privilégié du Sacré-Cœur. Ils furent les premiers chapelains de Montmartre (1876-1903); les premiers aussi de la basilique nationale de Belgique, à Bruxelles.

Partout où sont établis les Oblats, la dévotion au Sacré-Cœur, sous la forme de la communion du premier vendredi du mois surtout, est en pleine prospérité.

«Trois années avant que la persécution religieuse les chassât de Montmartre, les Oblats de Marie avaient reçu, du Pape Léon XIII, la mission de propager, à travers le monde, le scapulaire du Sacré-Cœur. Par un rescrit daté du 19 mai 1900, le Souverain Pontife accordait au Supérieur général, alors en charge, et à ses successeurs, à perpétuité, la faculté, soit de bénir et d’imposer le scapulaire du Sacré-Cœur, soit de déléguer, pour cette bénédiction et cette imposition, outre les prêtres de sa Congrégation, tout prêtre du clergé tant séculier que régulier.». Cette mission officielle, reçue du Vicaire de Jésus-Christ, est une bénédiction incomparable pour toutes les œuvres confiées à la congrégation des Oblats de Marie.

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