Part 5
Ils sont constitués par des formations primaires, postérieures à celles de l’Enceinte tassilienne : formations _mésodévoniennes_ (?), _supra-dévoniennes_ et enfin, existant d’une manière sporadique, _carbonifères_.
Il est possible que ces formations soient plus ou moins en transgression et en discordance sur les formations de l’Enceinte tassilienne, et que les Pays pré-tassiliens se séparent de l’Enceinte tassilienne, non seulement par leurs formes différentes, et l’âge différent de leurs formations, mais encore par une discordance ou une lacune stratigraphique à la base du Dévonien moyen (?) ou supérieur.
Dans cette zone, nous plaçons en particulier les pays d’Amzack au Nord-Est et d’Isaouan au Nord des Tassilis de l’Ajjer, d’Iris et d’Abadra dans le Nord de l’Emmidir, d’El-Ouatia et de l’erg Ennefous (ou Tessegafi), dans le Nord de l’Ahnet, etc., etc.
Les plissements que ces pays peuvent avoir subi sont principalement _hercyniens_ ; puis des mouvements alpins légers se manifestèrent probablement aussi.
Jusqu’à maintenant on n’a pas constaté l’existence des formations de cette zone, sur tout le pourtour du Massif Central Saharien.
On l’a constaté surtout au Nord-Ouest, Nord et Nord-Est.
Dans ces régions, les Pays pré-tassiliens sont relativement bien connus.
Des gisements et fossiles ont été étudiés. Nous ne nous y attarderons donc pas et nous nous contenterons d’indiquer la présence de formations _méso_ (?), _supra-dévoniennes_ et _carbonifériennes_ et de séparer les pays de ces formations sous le nom de « Pays pré-tassiliens » de l’Enceinte tassilienne, à formations plus anciennes, principalement siluriennes.
=De l’Enceinte tassilienne=
(de Tasilé, terme de Tamahak désignant les plateaux gréseux de type particulier qui sont les éléments caractéristiques de cette enceinte).
Nous appelons ainsi une ceinture de plateaux gréseux, plus ou moins tabulaires, qui entourent le Pays cristallin : les Tassilis de l’Ajjer, l’Emmidir, l’Ahnet, les Tassilis de l’Adrar, les Tassilis de Tin Rerhoh et les Tassilis de l’Ahaggar, pour ne citer que les plus importants.
* * *
En poursuivant de Temassinin, où nous sommes parvenus, la marche vers le Sud-Ouest, après avoir traversé les sables du Nord-Ouest de l’Erg d’Isaouan, l’anticlinal de grès dur appelé Adrar-n-Taserest (ou Djebel Tanelak), d’âge indéterminé en raison de l’absence de fossiles (qui est peut-être dévonien ?), et le Tineri-n-Taserest (région de l’oued In-Dekak), on arrive à l’Enceinte tassilienne en une de ces parties que nous prenons comme type, en raison de la clarté, rare dans ces régions, avec laquelle se présente sa structure.
C’est =la région la plus occidentale des Tassilis de l’Ajjer= (ou Azgueurs), la région des monts Relloulen, Terourirt et Ahellakan, des oueds Tassirt, In Dekak, Iskaouen et du Mâder Tahihaout, région que l’on peut désigner et que nous désignerons sous le nom de =Tassirt-Iskaouen=.
Cette région des Tassilis ne nous paraît pas devoir être considérée comme un ensemble dévonien, ainsi qu’il était admis jusqu’à ce jour.
En réalité, elle se décompose en deux zones de plateaux bien distinctes :
A) _Les Tassilis externes_ dont les escarpements Sud dominent la région déprimée où passe l’Atafaït-Afa, la piste d’In-Salah à Rhat, région déprimée du Tahihaout, de l’oued Tigamaïn-n-Tisita, de l’oued Arami, de Tounourt.
Ces plateaux sont dévono-siluriens :
_a)_ A leur partie externe, les grès les plus supérieurs sont des grès du Dévonien inférieur. On y trouve en effet des gisements fossilifères dévoniens inférieurs (gisement de la partie basse de l’oued Tassirt).
Dans ces grès, peut-être quelques bancs de conglomérats.
Au sujet de la concordance de ces grès dévoniens avec les « Grès supérieurs » suivants, nous faisons toutes les réserves ;
_b)_ Constituant la partie élevée des plateaux en dessous des grès précédents, qui ne constituent que des affleurements sur le bord Nord et externe, se trouvent des grès dans lesquels nous n’avons pas trouvé de fossiles et que nous appelons _Grès supérieurs des Tassilis_, pour ne pas préjuger de leur âge exact (pour respecter les anciennes attributions, comme nous ne pouvons pas prouver le contraire, on peut les considérer comme appartenant au Dévonien inférieur, mais il se peut qu’ils se révèlent ultérieurement, ou entièrement ou partiellement siluriens supérieurs-gothlandiens) ;
_c)_ En dessous, affleurent _les Schistes argileux siluriens à Graptolithes_ (gisements de Tamellelt ou _Tanout-Mellet_), d’une façon continue à la base des escarpements Sud de ces Tassilis externes, et nous avons pu observer leur concordance parfaite de sédimentation avec les Grès supérieurs, le passage progressif, par des grès argileux micacés, des Schistes argileux à ces Grès supérieurs[27].
Dans ces schistes argileux, on rencontre des bancs de minerai de fer, ayant une teneur en fer très élevée, allant jusqu’à 70 p. c. par endroits. Malheureusement, l’absence de charbon jusqu’à maintenant au Sahara, ainsi que l’absence de main-d’œuvre, font que cela ne peut guère avoir d’intérêt minier.
B) _Les Tassilis internes_, au Sud des précédents, qui se terminent au Sud par les très hautes falaises et les grands escarpements des monts Ahellakan et Ens-Iguelmamen, dominant le Pays cristallin de l’Edjéré[28] et de l’Amadror.
Ces plateaux sont en grès quartziteux non fossilifères ; nous avons pu observer la relation de ces grès avec les Schistes à Graptolithes ; ils leur sont inférieurs ; ce sont donc des grès siluriens ou cambriens. Dans l’absence de fossiles, on ne peut affirmer qu’ils ne sont pas cambriens (tout ou partie). Nous les appelons _Grès inférieurs des Tassilis_.
La transition avec les Schistes à Graptolithes se fait par un ensemble puissant de grès à « rippel-marcks » de « _Grès à colonnettes_ » (c’est ainsi que le commandant Besset a appelé, suivant une expression très imagée, un facies très spécial de ces grès de transition) et de schistes argileux multicolores, qui affleurent dans la région déprimée de l’Atafaït-Afa, du Tahihaout.
Ces grès massifs, d’une remarquable puissance, reposent très nettement _en discordance_ angulaire sur les Schistes cristallins à filons de pegmatite, donc anté-siluriens, peut-être antécambriens de l’Edjéré et du Massif Central Saharien, par de beaux _conglomérats de base_ à galets de quartz dont l’affleurement est souvent caché sous les éboulis.
Nous appelons cette discordance : _la Discordance tassilienne_.
Ultérieurement, il paraîtra une étude sur les formations fossilifères dévoniennes et siluriennes rencontrées par nous dans cette région, avec des précisions sur leur âge.
Mais d’ores et déjà, nous pouvons indiquer que, pour la première fois au Sahara, nous avons découvert des organismes siluriens autres que des Graptolithes constituant les éléments d’un principe de faune.
Ce sont des _Orthocères_, une glabelle de _Trilobite_, des _Lamellibranches_ et quelques autres organismes. Le tout est associé aux _Graptolithes_ dans le gisement fossilifère des Schistes argileux de _Tanout-Mellet_.
On peut espérer, en cet endroit, trouver toute une faune variée du Silurien ; j’espère qu’une nouvelle mission me permettra d’exploiter cette découverte.
Ainsi, les sédiments siluriens jouent un rôle très important dans la constitution de cette partie des Tassilis.
L’appellation de Tassilis dévoniens, employée jusqu’à ce jour, est donc absolument incompatible avec la réalité et il convient de lui substituer celle de « _Tassilis dévono-siluriens_ », qui, elle-même, n’est peut-être pas encore exacte puisque le Cambrien peut être également représenté, mais qui suffit tant que la présence du Cambrien n’est pas démontrée par la découverte de fossiles indiscutablement cambriens.
Ces observations relatives à la région Tassirt-Iskaouen jettent un jour nouveau sur la constitution de l’Enceinte tassilienne.
=Dans la région des Irraren-n-Ahaggar= (_ou Iraouen_), un raid rapide nous a permis de constater qu’après la traversée de l’erg d’Amguid[29], la piste qui va d’Amguid à Hassi Messeguem suit une dépression, qui est la continuation de la dépression de l’Atafaït-Afa, c’est-à-dire dominée au Nord par des escarpements dont la base est constituée par des Schistes à Graptolithes, et le haut par des Grès supérieurs des Tassilis, et qui est limitée au Sud par l’élévation progressive des Grès inférieurs des Tassilis, qui forment des plateaux dans lesquels se trouve un aguelmam temporaire que l’on m’a dit s’appeler Tarara (appellation dont je ne suis pas certain, n’ayant pu la recouper par plusieurs témoignages de Touareg).
Passons à =l’Emmidir= (ou Mouydir)[30].
J’ai étudié =la corne Nord-Est du feston de l’Emmidir=. Quand on vient d’Amguid, après la traversée Sud de l’erg d’Amguid et de l’oued Raris, on rencontre un éperon venant du Nord, de Grès inférieurs des Tassilis, appelé In-Touareren (ou Mongar-Tir) dominant le Pays cristallin qui s’étend au Sud de cet éperon.
J’ai constaté la présence, à la base des grès, des beaux conglomérats par lesquels la base de la série primaire tassilienne repose en discordance (la Discordance tassilienne) sur les Schistes cristallins dans la région Tassirt-Iskaouen.
Cet éperon, qui appartient donc à la zone des Tassilis internes, est séparé par la large vallée de l’oued Tidilekerer de la falaise Est des plateaux de Grès inférieurs des Tassilis internes de l’Emmidir qui vont se joindre dans le Nord aux plateaux des mêmes Grès inférieurs du pays d’Iraouen, dont nous avons parlé précédemment.
Cet éperon se soude également vraisemblablement à eux dans le Nord, dans la région d’Iraouen.
Après la traversée du reg de cet oued Tidilekerer, on arrive à cette falaise Est de l’Emmidir qui, plus au Sud, se continue par les monts Ihedran et de Raris.
Cette falaise, c’est l’escarpement des Grès inférieurs des Tassilis qui termine la zone des Tassilis internes de l’Emmidir sur les Pays cristallins ; ici elle est orientée Nord-Sud ; plus au Sud, elle prend une orientation Nord-Est-Sud-Ouest, pour, après avoir été Est-Ouest, se retourner Sud-Ouest-Nord-Est et gagner la région de Tadjemout dont il sera question plus loin.
Cette falaise forme ainsi la limite Sud du feston des plateaux de l’Emmidir — dominant le Pays cristallin de Raris et d’Aseksem.
Dans cette falaise, se trouve une échancrure faite par l’oued Tin Tarahit, qui descend du plateau pour aller se jeter avec l’oued Tidilekerer dans l’oued Raris, qui, lui-même, rejoint le grand collecteur de ces pays, l’oued Ir’err’er, dans la région d’Amguid.
C’est là que la piste escalade la falaise, et l’on parvient sur des plateaux correspondant à la zone des Tassilis internes, doucement inclinés vers l’Ouest, de la corne Nord-Est du croissant de l’Emmidir. On descend progressivement dans une dépression dite de Tiounkenin où affleurent, sur le flanc Ouest, les Schistes argileux à Graptolithes. Cette dépression appartient à une zone de dépressions qui sépare dans cette région des Tassilis internes de Tassilis externes.
C’est l’analogue du Tahihaout, de la dépression de Tounourt, etc.
Là, se trouve un gisement abondant de _Graptolithes_ au voisinage immédiat du puits Abankor de _Tiounkenin_.
Le sillon que nous avons indiqué dans la région type Tassirt-Iskaouen, puis dans la région d’Iraouen, correspondant à l’affleurement des Schistes à Graptolithes, existe donc également dans la partie Nord-Est de l’Emmidir.
Vers le Sud de Tiounkenin, il se continue, toujours à l’Ouest de la grande falaise terminale de Raris, limitant à l’Ouest la zone des Tassilis internes de l’Emmidir, par la vallée où se trouve l’aguelmam d’Afelanfela (ou aguelmam Deïtman), puis l’oued Ir’err’er-oua-n-Isananen et, décrivant un feston, gagne la cuvette de Taoulaoun dont il sera question plus loin.
Après Tiounkenin, nous rencontrons une seconde zone de plateaux, les Tassilis externes de l’Emmidir, toujours inclinés vers l’Ouest avec les monts de Khanget-el-Hadid, que traverse l’oued Tiounkenin (ou Khanget-el-Hadid).
Vers la partie externe, après les Grès supérieurs des Tassilis, on rencontre dans des grès un superbe gisement à Spiriferidés du Dévonien inférieur, aux environs immédiats de l’aguelmam Hindebera dans l’oued Tiounkenin (Khanget-el-Hadid).
Au sujet de la concordance de ce Dévonien avec les Grès supérieurs, je fais toutes les réserves.
Ils m’ont paru en concordance.
Les Tassilis externes se terminent à l’Ouest par le plongement des grès très inclinés sous la plaine du Mâder Amserha (ou Mâder Khanget-el-Hadid).
J’ai pu suivre par leur côté Ouest les Tassilis externes vers le Nord jusqu’à l’oued Henin (Tilia). Dans cette région, leur plongement vers l’Ouest est constant et très accusé.
Vers le Sud, les Tassilis externes de l’Emmidir, constitués probablement par les monts Ezzetorin et Tesadit, Talmest, Tifirin, etc., s’incurvent pour prendre une direction Est-Ouest, puis Sud-Est-Nord-Ouest, comme nous l’avons vu pour les Tassilis internes à propos de leur falaise terminale sur le Pays cristallin.
Le pendage général restant constamment dirigé vers le centre du croissant.
J’ai traversé =la corne Nord-Ouest du feston de l’Emmidir=[31], à Aïne-Redjem. Là, l’Emmidir projette vers le Nord une apophyse, une série de dômes allongés Nord-Sud ; ce sont les dômes allongés de la montagne d’Aïne-Redjem, du Djebel Idjeran et du Djebel Azaz-Aïne Kahla.
Entre ces dômes, des ensellements, dont le plus accusé est celui par lequel l’oued Idergan traverse cette corne Ouest de l’Emmidir et où se trouve Aïne-Redjem.
La surface générale de ces dômes allongés m’a paru constituée par les Grès supérieurs des Tassilis.
L’anticlinal du Djebel Idjeran est éventré, et les Schistes argileux à Graptolithes doivent être mis à nu au milieu du Djebel Idjeran, probablement là où on signale des palmiers.
L’anticlinal d’Aïne Kahla est éventré plus encore : les Schistes cristallins eux-mêmes sont entamés dans l’axe de l’anticlinal.
Vers le Sud, cette région anticlinale qui constitue la corne Nord-Ouest du feston de l’Emmidir semble largement éventrée. D’après les travaux de M. Gautier sur le Mouydir Ahnet, — ces travaux qui marquent une étape si importante dans la connaissance de ces régions — il semble que cet éventrement détermine une avancée du Pays cristallin vers le Nord qui sépare les deux festons tassiliens de l’Emmidir et de l’Ahnet-Acedjerad (situé au Sud-Ouest de l’Emmidir).
Autour de cette avancée du Pays cristallin, il semble qu’on puisse distinguer toujours les mêmes zones : les lèvres supérieures de « la plaie » en Grès supérieurs des Tassilis, puis la zone déprimée des Schistes argileux (cuvette de Taoulaoun), puis les Grès inférieurs des Tassilis qui se terminent en falaise au bord de la cuvette de Tadjemout en discordance (la Discordance tassilienne) sur les Schistes cristallins de l’avancée de Tadjemout-Arack.
Vers l’Est, ces zones vont se raccorder, suivant le feston de l’Emmidir, et, comme nous l’avons indiqué précédemment, aux pays de la corne Ouest qui bordent également un anticlinal arasé, une avancée du Pays cristallin, l’anticlinal d’Amguid qui sépare l’Emmidir des Tassilis qui nous ont servi de type.
Au Sud-Ouest de l’Emmidir, l’Enceinte tassilienne est représentée par =l’Ahnet-Acedjerad=. Dans cette région, il semble, toujours d’après les importants travaux de M. Gautier, que l’on retrouve la même disposition que dans l’Emmidir : un feston de deux séries de plateaux, avec une zone de dépressions (la dépression d’Ouallen entre autres), correspondant à l’affleurement des argiles et Schistes siluriens à Graptolithes, feston en discordance (Discordance tassilienne) sur le Pays cristallin, le long et au bas de la falaise de son bord externe qui s’appelle ici le Bâten-Ahnet[32].
A l’Est de la région-type Tassirt-Iskaouen, l’_Enceinte tassilienne prend une ampleur considérable_ particulière qu’il convient de signaler. Ce sont les =vastes plateaux des Tassilis de l’Ajjer=, terrains de parcours de toute une confédération de Touareg, la Confédération des Touareg de l’Ajjer.
On distingue toujours deux séries de plateaux séparés par la bande de dépressions de Tiremmar, de l’oued Iferniken, de l’oued Agou, et de la piste de l’Atafaït-Afa jusqu’aux monts Ekohaouen vers l’Est[33]. (Plus à l’Est, l’état des connaissances ne nous permet pas de faire des précisions, mais je suis certain que les explorations ultérieures constateront la continuité de structure de l’Enceinte tassilienne dans ces régions.)
Les grands escarpements des monts Ahellakan se poursuivent et les Tassilis internes dominent par leurs escarpements Sud le Pays cristallin de Tihodaïn, d’Abada-Hegerin, d’Admer et de l’erg d’Admer.
_Ainsi, dans toute la partie Nord, Nord-Ouest et Nord-Est de l’Enceinte tassilienne, nous constatons une parfaite unité de structure._
Ainsi, comme la région-type Tassirt-Iskaouen, dans toutes ces parties de l’Enceinte tassilienne, on constate la présence des Grès supérieurs, des Schistes argileux à Graptolithes siluriens et des Grès inférieurs, des Tassilis externes et des Tassilis internes et la présence d’une discordance (la Discordance tassilienne) à la base des Grès inférieurs.
Il est probable qu’au Sud les autres segments de cette enceinte (Tassilis de l’Ahaggar, Tassilis de l’Adrar, etc.) sont analogues.
Mais, s’ils présentent vraisemblablement la même structure générale et sensiblement les mêmes formations, il semble qu’ils diffèrent assez par certains côtés des parties Nord de l’Enceinte tassilienne.
Ainsi, il semble que les couches de grès soient plus horizontales, que les plateaux soient beaucoup moins en relief sur le Pays cristallin et plus ensevelis dans des formations d’ennoyage, et que cette partie de l’Enceinte tassilienne ait été moins affectée par des plissements que la partie Nord-Ouest en particulier.
Maintenant que nous avons montré combien les différentes régions de l’Enceinte tassilienne présentent de similitude de structure avec la région Tassirt-Iskaouen, et combien il était fondé de les réunir sous cette appellation commune « _Enceinte tassilienne_ », il convient de définir exactement ce que nous rangeons sous ce nom. C’est :
L’ensemble des monts et des plateaux disposés autour du Pays cristallin du Massif Central Saharien, qui sont constitués par les mêmes formations ou par des formations du même âge que celles qui constituent les monts et plateaux de la région Tassirt-Iskaouen dont nous avons ébauché l’étude précédemment, c’est-à-dire Grès inférieurs, Silurien, Grès supérieurs et Dévonien inférieur[34].
* * *
Les parties Nord et Nord-Est de l’Enceinte tassilienne sont ridées suivant une direction sub-méridienne, ainsi que cela a été déjà souvent signalé, avec une tendance vers une direction Nord-Ouest-Sud-Est[35].
Ces plissements provoquent la projection d’apophyses anticlinales vers le Nord, comme celles dont font partie les monts de Tisekfa, d’Adrar-n-Taserest (Djebel Tanelak), d’Aïne-Kahla, d’Hassi-el-Khenig, enfin de Timerguerden, la crête entre Takcis et oued Meraguem.
Cette dernière région anticlinale est prolongée vers le Nord peut-être par les anticlinaux arasés de Bled-el-Mass et d’Aïn Cheick-Aïn Chebbi où le cristallin semble à nu.
Nous distinguons d’une manière générale quatre régions anticlinales de l’Est à l’Ouest, qui groupent ces rides :
Région de _Tisekfa_ entre les deux Isaouan, _d’Amguid_ entre l’Isaouan-n-Tifernin et les pays de l’oued Abadra, d’_Aïne-Redjem_, entre les pays d’Abadra et de l’Ouest de l’oued El Khenig-Elouatia, et enfin la région anticlinale de l’Ouest de l’_Ahnet-Acedjerad_, entre les pays d’Elouatia et les pays peu connus de l’Ouest.
Ces régions anticlinales provoquent le long du bord interne de l’Enceinte tassilienne des avancées du Pays cristallin, qui donnent une allure festonnée, une allure en guirlande à l’Enceinte tassilienne dans ces régions Nord, Nord-Est et Nord-Ouest.
C’est ce que nous avons signalé pour les régions d’Amguid et d’Aïne Redjem-Tadjemout, où cela est particulièrement net, par qui sont séparés les festons des Tassilis de l’Ajjer, de l’Emmidir et de l’Ahnet.
Les rides et ondulations sont généralement assymétriques, le pendage du côté Est étant en général plus fort que le pendage du côté Ouest.
Il semble que ces bombements, ces rides, soient comme des vagues venant de l’Ouest, et de moins en moins accentuées à mesure que l’on va vers l’Est.
Mais nos connaissances des régions Est des Tassilis de l’Ajjer ne nous permettent pas de certitude au sujet de la continuation de cette formule tectonique vers l’Est.
On a parlé pour certains de ces accidents de « flexures » des grès, dues à des failles du socle cristallin en profondeur.
Cette manière de voir ne nous paraît pas très fondée pour le moment :
Nous n’avons pas observé dans les parties de l’Enceinte tassilienne de flexures typiques de cet ordre, mais généralement des ondulations, bombements, rides, etc., très nets.
Par exemple, à Tidjoubar (ou Aïne-Bou-Mesis), à l’Est d’Amguid, dans la zone des Tassilis internes des Tassilis de l’Ajjer, se trouve un bombement allongé à peu près Nord-Sud, très accentué et très caractéristique, qui incite à être très prudent avant d’adopter cette hypothèse des formations de reliefs dans l’Enceinte tassilienne par failles en profondeur et flexure en surface.
Les plissements sont plus marqués dans la zone des Tassilis internes que dans celle des Tassilis externes.
Il semble que les Schistes argileux à Graptolithes et leur cortège de schistes argileux multicolores, qui paraissent assez plastiques, aient amorti les mouvements et les aient transmis atténués dans les Grès supérieurs.
_Quelle est l’histoire de ces mouvements de l’Enceinte tassilienne ?_
Pour le moment, il est très difficile de formuler des affirmations, étant données, d’abord l’incertitude qui existe encore sur l’âge de certaines formations (Grès supérieurs, par exemple), ensuite les difficultés d’observation des liens exacts qui existent entre le Crétacé et les formations primaires et surtout entre les formations dévoniennes (méso (?) et supra) et les formations siluriennes (et (?) éo-dévoniennes).
Des lacunes peuvent échapper, ainsi que des formations de transgression, etc.
D’autre part, certains de ces contacts sont ennoyés, cachés et il est difficile de savoir si certains mouvements peu accusés ne disparaissent pas sous des formations reposant en discordance dessus (c’est le cas pour le Djebel Redjem).
C’est donc absolument sans certitude que l’on peut hasarder quelque chose sur l’histoire de ces mouvements.
Il convient peut-être pour le moment, par rattachement de ces mouvements à ceux constatés dans le Nord-Ouest (Touat et Saoura) par M. Gautier et classés hercyniens, de considérer encore que les formations de l’Enceinte tassilienne ont subi leurs plissements et mouvements divers _à l’époque des plissements hercyniens_.