Aphrodisiaque externe, ou Traité du fouet et de ses effets sur le physique de l'amour

Part 3

Chapter 33,794 wordsPublic domain

L’auteur de l’_an deux mille quatre cent quarante_[24] peint bien éloquemment le ridicule de précipiter par dévotion la jeunesse dans nos cloîtres que nous regardons comme sacrés[25]. Puissent les paroles de ce philosophe arrêter de jeunes victimes prêtes à se plonger dans ces tombeaux vivans! «Quelle cruelle superstition enchaîne dans une prison sacrée tant de jeunes beautés qui recelent tous les feux permis à leur sexe, que redouble encore une cloture éternelle, & jusqu’aux combats qu’elles se livrent. Pour bien sentir tous les maux d’un cœur qui se dévore lui-même, il faudroit être à sa place; timide, confiante, abusée, étourdie par un enthousiasme pompeux; cette jeune fille a cru longtems que la religion & son Dieu absorberoient toutes ses pensées: au milieu des transports de son zele, la nature éveille dans son cœur ce pouvoir invincible qu’elle ne connoît pas & qui la soumet à son joug impérieux. Ces traits ignés portent le ravage dans ses sens, elle brûle dans le calme de la retraite; elle combat, mais sa constance est vaincue, elle rougit & désire. Elle regarde autour d’elle, & se voit seule sous des barreaux insurmontables, tandis que tout son être se porte avec violence vers un objet fantastique que son imagination allumée pare de nouveaux attraits. Dès ce moment plus de repos. Elle étoit née pour une heureuse fécondité; un lien éternel la captive & la condamne à être malheureuse & stérile. Elle découvre alors que la loi l’a trompée, que le joug qui détruit la liberté n’est pas le joug d’un Dieu, que cette religion, qui l’a engagée sans retour, est l’ennemie de la nature & de la raison. Mais que servent ses regrets & ses plaintes! Ses pleurs, ses sanglots se perdent dans la nuit du silence. Le poison brûlant, qui fermente dans ses veines, détruit sa beauté, corrompt son sang, précipite ses pas vers le tombeau. Heureuse d’y descendre, elle ouvre elle-même le cercueil où elle doit goûter le sommeil de ses couleurs.»

[24] Cet ouvrage contient de grandes vérités, aussi l’a-t-on défendu. Celui qui l’a écrit ne sera jamais académicien, n’aura jamais de pensions, & cela parce qu’il a eu le courage de dévoiler la honte de ceux qui distribuent l’argent & les honneurs. Ecrivains,... écrivains... faites de plates sottises, soumettez-vous à la censure sans murmure, flattez les grands, sans instruire les petits, alors vous serez prônés, payés, & _bien ou mal_ peints dans le sallon des _illustres_!

[25] Que les grandes choses s’operent lentement! Pourquoi n’imite-t-on pas dans tous les Etats la sage administration de l’immortel _Joseph second_, qui, dès qu’il eut dans les mains le sceptre de l’empire, en frappa les puissances monacales, & renversa l’autel le plus pernicieux qu’eût jamais élevé la superstition? Il a su, par cette juste reforme, rendre des meres à la société & des hommes à l’Etat. Il a ôté à tous ses sujets l’aspect de l’oisiveté & de la débauche que présentent le plus souvent ces hommes cloîtrés, qui n’ont de patrimoine que celui qu’ils déroberent à nos peres, & qui chaque jour s’engraissent encore du travail & de la crédulité du peuple.

En divisant les sexes, en élevant des barrieres éternelles entre l’homme & la femme, les fondateurs des couvens, ne songerent pas aux coupables abus qui devoient en résulter. Comme on ne peut jamais étouffer l’effervescence des sens, il a fallu que les victimes qu’on avoit enterrées dans le cloître, cherchassent des moyens pour appaiser ou tromper l’amour. Poussés par un instinct très-innocent, ces robustes captifs s’occuperent à trouver le plaisir dans leur sexe même. L’on connut la masturbation, & des crimes plus atroces encore.

Ce vice qu’on reprocha tant aux _Jésuites_, & qui faisoit, peut-être, réellement leur honte, vient sans doute du barbare abus de cloîtrer de jeunes gens. Les filles renfermées ne chercherent pas moins à se procurer, entre elles, une idée des plaisirs de l’amour.

Les horreurs de cette espece ne resteront point renfermées dans les endroits où elles avoient pris naissance: les mondains s’occuperent de ces viles & criminelles ressources. Les loix furent forcées de sévir contre ces attentats de _lèse-amour_, & malgré leur juste rigueur, il existe encore des crimes de ce genre. On voit plus d’un vieux financier cajoler son valet ou son garçon perruquier; il y a plus d’une duchesse qui ne soupire que pour sa femme de chambre[26]. O monstres! que faites-vous? voulez-vous passer pour sages & tempérés? Craignez-vous d’être victimes de l’autre sexe? En suivant les loix de la vraie tendresse, vous ne pourriez commettre que des foiblesses; au lieu que vous êtes des vicieux qui méritez l’indignation publique & qu’on doit livrer à l’opprobre!

[26] Il arrive souvent qu’on dit, dans de très bonnes sociétés, en parlant d’un seigneur, ou d’une dame, _un tel est pour homme, la Comtesse est pour femme_. Quelle horreur! on badine sur cela, & l’on fréquente de pareilles gens!... Ce manque de délicatesse est bien digne de ces plats & brillans étourdis qui, par gentillesse, s’honorent entre eux du beau nom de _roués_.

CHAPITRE IV.

De la necessité de changer les peines qu’on inflige à l’enfance & à la jeunesse.

Nous avons vu dans les chapitres précédens, que les flagellations faites sur le dos produisent des effets non équivoques sur le physique de l’amour. La découverte de cette vérité nous a conduits à faire observer que les célibataires _cloîtrés_ devroient bannir de leur regle le fouët & la discipline; elle nous conduira à déduire, du même principe, des conséquences qui ne seront pas moins justes.

Pourquoi le fouët est-il toujours le châtiment qu’on inflige aux enfans?... Cette peine peut-elle influer en mal sur leur éducation physique & morale?... Voilà les points que je me propose d’éclaircir dans cette partie de mon ouvrage. Cet examen est plus intéressant qu’on ne pense.

L’éducation physique & morale des enfans intéresse sans doute le gouvernement: cependant voit-on qu’il s’en occupe! On en laisse tout le soin à des parens qui, en général, s’en déchargent sur des nourrices, des valets, des pédans, des sots, des crapuleux, &c. &c.

Quand on ne devroit prêcher le bien aux enfans que par le bon exemple; on ne le fait que par de grossieres paroles, des menaces, & la correction. Qu’est-ce que cette correction? C’est le fouët. Les meres ne connoissent que ce remede à un verre ou une bouteille cassés; les précepteurs n’en employent point d’autre pour donner du goût pour le latin, cette langue qui, grâces au ciel, sera bientôt oubliée, & qui fait depuis tant de tems le désespoir des écoles.

Que résulte-t-il de l’emploi du fouet? On y habitue de petits mauvais sujets qui s’en font même un jeu entre eux dans leurs momens de recréation; ainsi qu’on l’a vu dans les citations de _Jean Pic de la Mirandole, & de Calius Rhodiginus_. (Chap. II de cet ouvrage.)

Il ne manqueroit certainement pas d’autres manieres de punir des enfans oisifs ou vicieux: car J. J. a écrit cinq ou six volumes sur l’éducation, sans fouëtter son éleve une seule fois: aussi son ouvrage n’a-t-il pas remporté le prix, & les éducations se font toujours aussi mal que jadis.

Je suppose qu’il fut nécessaire, dans certains cas, d’infliger aux enfans des peines corporelles; devroit-on frapper le coupable sur le dos? On nous apprend pendant les cinq ou six premieres années que nous vivons à cacher notre derriere & les parties _honteuses_; au bout de ce tems vient un régent qui nous force à déboutonner nos culottes, à les abattre, à trousser la chemise, à tout montrer, pour recevoir les étrivieres en pleine classe. Ces parties ne seroient-elles plus _honteuses_, quand c’est un cuistre qui les regarde & qui les touche?

S’il arrivoit au moins que ce châtiment fût distribué avec justice; mais le célibataire qui punit, n’est-il pas souvent de la compagnie de la _manchette_? Et ne choisit-il pas pour l’opération le derriere qui le flattera le plus? J’ai observé pendant tout mon cours de collége, que les écoliers maigres & laids n’étoient jamais fustigés. Au plaisir qu’ont quelques pédans à entendre le bruit que font les coups de fouet qu’on applique sur le dos du patient, on doit juger qu’il y a, dans cette cérémonie, si souvent répétée, plus que la satisfaction de corriger. Etres barbares & corrompus!... De qui tenez-vous le droit de mutiler l’enfance & de faire servir l’innocence à vos plaisirs, ou plutôt à vos saletés!... Je le répete, ces abus, quoique fort anciens, méritent l’attention du gouvernement; ils exigent une réforme; car les maîtres d’école, les précepteurs, les régens, sont en général si méprisables, qu’il n’y a jamais un écolier qui ne méprise les siens, lorsqu’il est homme.

La mauvaise habitude que l’on a de frapper sur le derriere des enfans, leur donne celle de porter souvent les mains à cette partie; elle leur apprend, comme je viens de le dire, à se fustiger entre eux; de là différens attouchemens qui les éclairent peu-à-peu, & qui font que la débauche devance, en eux, le mouvement des sens.

Plusieurs enfans élevés ensemble, & de la maniere accoutumée, deviennent toujours polissons[27]. Ils se touchent les uns & les autres, ils en viennent petit à petit à la masturbation, & ne finissent que trop souvent par le péché des Jésuites. C’est dans ces assemblées de jeunes écoliers que s’apprennent toutes ces sottises qu’on ne peut ensuite cacher dans la société: on y apporte des plaisirs infâmes, des goûts dépravés & peu délicats.

[27] Ce qui prouve qu’il y a peu de bons parens, c’est qu’on voit subsister une quantité de ces auberges, qu’on appelle _pensionnats_, où l’on entasse les enfans dans de grandes salles, toujours malsaines, & dans lesquelles il est défendu à ces jeunes êtres de s’égayer, de jouer, & de suivre le penchant de leur âge. Les maîtres de ces petites maisons de force se font bien payer pour mal coucher, mal nourrir les enfans, & pour les rendre stupides, ou vicieux.

Je suis surpris que les ecclésiastiques osent se charger d’élever les enfans, puisqu’il est reçu parmi nous qu’on ne peut en venir à bout sans donner le fouët. J’aurois cru que la décence de leur état ne leur permettoit pas de regarder ni de toucher des fesses. Mais, je l’ai déja fait remarquer dans le troisieme chap. les moines & les abbés ont la fureur de fouetter; les cris, les pleurs d’un innocent ne les attendrissent point; la jouissance de voir un beau _postérieur_ l’emporte sur la pitié. On a toujours vu que c’étoit des moines qui dirigeoient les maisons de correction, qui les avoient même fondées; ces bourreaux débauchés voulurent contempler & claquer des derrieres; ils surent même si bien s’arranger, que des peres imbécilles eurent la bonhomie de leur fournir de bonnes pensions pour cela.

Je pense que ces réflexions sont plus que suffisantes pour engager le gouvernement[28] à forcer les pédans de changer les peines usitées pour l’enfance. Si cet objet lui paroît de peu de conséquence, j’espere que les parens y feront attention, & qu’ils tâcheront de détourner des regards d’un enfant tout ce qui peut le conduire au mal.

[28] On peut dire que l’administration publique néglige un peu trop dans tous les pays l’éducation des enfans; cependant il y en a où je voudrois être né de préférence. Ce n’est pas à coup sûr dans les endroits où les régens sont célibataires, & cela pour cause. Il viendra, sans doute un tems, où l’on connoîtra mieux le prix d’une bonne éducation; alors on ne choisira plus pour instituteur un malheureux vaurien qui ne sait que cracher deux ou trois mots de latin; des honnêtes gens s’honoreront du nom de précepteurs; & la vertu seule aura le droit d’occuper les places de régens que le gouvernement & le public estimeront & payeront généreusement.

CONCLUSION.

L’expérience nous apprend que quelques personnes ont recours aux flagellations pour se disposer aux combats amoureux. La physiologie & l’anatomie démontrent comment ces flagellations operent sur les parties de la génération, quoiqu’elles ayent été faites sur le dos. Les infortunés qui se livrent à ces désordres sont sans doute à plaindre[29], puisque ce n’est que par de cruelles douleurs qu’ils esperent connoître les plaisirs de l’amour; puisqu’enfin l’arc du petit Cupidon ne peut être tendu qu’à l’aide de ce préliminaire affligeant & peu délicat.

[29] Il est encore un être bien plus à plaindre, c’est une jeune beauté que la force, ou des conventions d’intérêts font passer dans les bras d’un époux qui ne pourra remplir les fonctions du mariage sans la petite poignée de verges; la nouvelle mariée passera de cruelles nuits, avant qu’on ose lui proposer de recourir à cette honteuse ressource; ensuite il faudra qu’elle fasse de grands efforts pour s’y résoudre; & je doute que son bonheur soit jamais parfait. Puisqu’on ne consulte pas la force des tempéramens avant que de les unir, faut-il être surpris qu’il y ait tant de femmes infidelles, & tant de maris ridiculisés?

Quelques auteurs prétendent que l’habitude de se faire fouëtter, se contracte depuis l’enfance; cela peut être vrai par rapport à quelques individus; mais je pense qu’on ne peut en général la faire naître d’une cause si éloignée. Les amateurs du sexe ont quelquefois des goûts bien dépravés, ils cherchent des jouissances extraordinaires: je crois que cela ne se voit que chez ceux qui sont d’une foible constitution, ou qui se sont épuisés dans leur jeunesse. Il y a beaucoup de gens qui ne peuvent donner du ressort au membre viril, qu’en jouissant du spectacle de deux êtres vigoureux, qui luttent & se pâment sur le lit de Vénus. Toutes ces ressources annoncent un grand épuisement dans le physique de celui qui les exige.

De tous les moyens capables d’exciter à l’amour, le fouët est celui qu’on doit le moins rechercher; outre qu’il est le plus nuisible, il ne peut gueres se pratiquer que chez des femmes prostituées[30]. Il y a pourtant des hommes qui ont besoin d’excitatifs; il est du devoir de la médecine de les éclairer sur ceux qui ne peuvent pas déranger leur santé ni les avilir. C’est ce qui m’engage à joindre à ce petit ouvrage une dissertation sur la nature & l’effet des _aphrodisiaques_[31]. Qu’on ne s’y trompe pas, mon but n’est point de favoriser le libertinage. Je ne vais dévoiler les secrets de mon art que pour l’utilité de quelques maris glacés, & de tant d’épouses qui gémissent sur le lit nuptial.

[30] Les catins sont presque toujours plus fieres que les honnêtes femmes, & ne se croyent pas du tout méprisables. Cela paroît un peu choquant. Cependant je pense qu’elles ont raison. Placées comme des barrieres entre l’hymen & le célibat, les filles de joie servent de victimes pour sauver la vertu des autres femmes; elles consolent le premier venu des rigueurs d’une personne délicate; elles se prêtent docilement aux désirs de l’amateur le plus dépravé; le même lit sert au militaire le plus étourdi, & au capucin le plus sérieux. Elles n’ont point tort de se montrer en public avec cette ostentation qui leur est si commune, car c’est une gloire pour elles de vouloir bien se soumettre à exercer un état qui est si avilissant en lui-même.

[31] C’est le nom qu’on donne à de certains remedes qui ont la propriété d’exciter aux plaisirs de l’amour.

DISSERTATION

SUR

Les remedes capables d’exciter aux plaisirs de l’amour.

Les plaisirs que procure l’union des deux sexes, sont les plus vifs que l’on puisse goûter; ce n’est qu’en amour que le riche & le pauvre trouvent la volupté; & le simple berger n’est pas moins heureux sur le sein de Colette qu’un souverain dans les bras de son amante.

Mais l’amour est comme le dieu _Mars_, il lui faut des sujets vigoureux; les grâces, l’esprit, les talens peuvent lui plaire, cependant la vigueur seule à le droit de le fixer. Comme on ne peut pas douter de ces vérités, il est intéressant pour le bien de la population & la satisfaction de chaque individu, que la médecine s’applique à trouver les moyens les plus propres à nous faire longtems jouir des charmes que procure l’amour. C’est pour remplir les devoirs d’un médecin zélé que je mets la main à la plume; c’est pour servir l’Etat & l’amour; mais, je le répete, mon but n’est point de favoriser la débauche.

Je ne sais pourquoi MM. mes confreres ont été si scrupuleux sur cet article; ils se sont tous accordés à garder le silence à ce sujet, ou du moins ce qu’ils en ont dit, est enseveli dans de pesans volumes de matiere médicale. L’acte vénérien étant un besoin de nature comme ceux de manger, de boire, d’uriner, d’aller à la selle, &c. il est surprenant que la théorie & la pratique médicinale ne s’occupent que de ces derniers. L’espoir d’être utile fait que je renonce à l’usage, ou plutôt aux préjugés reçus dans nos _facultés_: j’entre en matiere.

Les causes de la froideur conjugale, c’est-à-dire celles qui empêchent un individu de se livrer au coït, sont, un tempérament trop foible, reçu de la nature, un épuisement qui est la suite de quelques excès, & la vieillesse. Ces trois différentes maladies exigeant des traitemens qui doivent différer entre eux, il est important de ne pas se tromper dans l’administration des aphrodisiaques qu’on employe dans l’un ou l’autre cas. Afin de me rendre intelligible à tous les lecteurs, je vais diviser ces maladies & la maniere d’y remédier, en trois paragraphes.

§. I. Chaque individu reçoit de la nature, de ses parens, de l’éducation, une organisation & un tempérament bien différens. Quelques êtres sont privilégiés, ils naissent, & se forment pour la gloire de l’amour: tel fut cet empereur qui écrivoit à un de ses amis, qu’ayant fait cent prisonnieres, la premiere nuit dix d’entr’elles goûterent dans ses bras ce que l’amour offre de plus charmant, & qu’en quinze jours, toutes avoient senti les mêmes douceurs: tel fut encore ce tambour de royal Wallon qui parcouroit à pas lents un cercle de cent hommes, avec un seau plein d’eau portant sur son... _&c_. Les hommes de cette espece sont fort rares; on en trouve plus de ceux qui sont trop foibles que de ceux qui sont extraordinairement vigoureux.

Lorsqu’on a atteint l’âge de puberté, & qu’on s’apperçoit qu’on le parcourt sans avoir les forces nécessaires pour profiter d’un bon à propos; c’est un signe certain qu’on ne jouit pas d’une bonne santé. Il faut observer si cette fonction est la seule qui se fasse avec peine, c’est-à-dire, si cette maladie est, comme disent les médecins, essentielle ou symptômatique: dans ce dernier cas on peut être assuré que le froid de l’amour se dissipera aussi tôt que le vice principal sera détruit. Mais si l’on ne s’apperçoit d’aucune autre incommodité, on usera d’un régime & de médicamens capables de faire convenablement opérer la sécrétion de la semence, & propres à donner aux fibres le ton & l’élasticité dont elles ont besoin.

Un jeune homme, quoique naturellement foible, viendra à bout de se donner un bon tempérament, en ne faisant aucun excès de quelque espece qu’il puisse être, en faisant usage de bons alimens, en se livrant à un exercice modéré, en fuyant les boissons spiritueuses, les veilles & sur-tout la masturbation: voilà ce qui concerne le régime. Passons aux remedes. Il boira, le matin à jeun & le soir deux heures après le souper, un verre d’une décoction de _sauge_, édulcorée avec un peu de sirop d’_œillet_. Avant le dîner, il prendra gros comme une noix de l’électuaire suivant; ce qu’il continuera jusqu’à ce qu’il ait acquis un certain degré de vigueur.

Electuaire.

Prenez, conserve de romarin, deux onces, Racine d’éryngium confite, six gros, Amandes douces, une once & demi, Macis, un scrupule. Confection alkermès, quantité suffisante pour donner à l’électuaire la consistance requise[32].

[32] Comme cet électuaire pourroit ne pas être du goût de tous les malades, on pourra y substituer d’autres aphrodisiaques: on trouvera, dans le troisieme paragraphe, une liste de toutes les substances qui sont de cette nature.

§. II. Quand la foiblesse des parties de la génération est une suite du libertinage & l’effet d’un épuisement général, il faut d’abord que le malade s’éloigne des plaisirs de la ville & de ses sociétés dangereuses, pour aller respirer l’air de la campagne. Il se mettra à l’usage du laitage, si son estomac peut le supporter; ses alimens seront les œufs frais, des viandes légeres, du bon bouillon, &c. Il prendra chaque jour le soir & le matin, une petite cuillerée de l’essence suivante.

Essence animale.

Prenez une pinte de bonne eau de vie, versez-en la quatrieme partie dans un grand vase de fayance, faites-y dégoûter le sang de sept jeunes coqs, & ayez soin de battre l’eau-de-vie à mesure que le sang y dégoûte, versez-y ensuite le reste de l’eau-de-vie, en remuant toujours. Ajoutez à ce mélange deux dragmes de canelle concassée, & demi-livre de sucre candi en poudre; mettez le tout dans une bouteille de grès bouchée avec liége, mastic fondu, & de la vessie de cochon. Enterrez la bouteille dans le fumier de cheval pendant quarante jours, ayant soin d’ôter celui qui est dessus & froid, tous les trois jours, pour en mettre du chaud.

Cette essence est un puissant remede pour la génération; elle est utile dans toutes sortes d’occasions où la nature manque, & sur-tout dans les épuisemens par débauches.

§. III. L’amour seme notre carriere de fleurs, mais la nature ne nous donne qu’un tems pour les cueillir. L’homme trouve toujours une belle femme de son goût, il ne peut cependant pas le lui prouver à tout âge. Voyez _Mondor_, regardez son hôtel, ses valets, sa cuisine, son office, sa table, tout annonce l’aisance; il n’est pourtant pas heureux: son or lui donne bien de belles esclaves, mais en amour, posséder n’est pas toujours jouir.

Quoique l’âge de la vieillesse soit froid & presque impuissant, il est prouvé que l’on peut encore le rendre agréable par les secours de l’art. Tout Paris a vu un doyen des maréchaux de France, courtiser les femmes pendant soixante ans & plus, & se marier dans l’âge que l’on regarde communément comme celui de décrépitude. Ce seigneur a de grandes obligations à la médecine, qui ne lui est pas moins redevable de son côté, puisqu’il sert à prouver que les ordonnances hypocratiques ne sont pas toujours des rêveries.

Un homme d’un certain âge, qui veut connoître les plaisirs de l’amour, doit faire usage de bons alimens, manger peu & souvent. Il faut qu’il prenne tous les mois un bain de lait. Il se fera faire tous les soirs, en se couchant, des embrocations sur les lombes avec de l’huile de _castor_, ou de l’esprit de vin dans lequel on aura fait infuser du saffran. Il se baignera chaque jour les parties génitales dans une décottion de _surriette_, faite dans du vin rouge. Avec toutes ces précautions, le remede qui perfectionnera la cure, est le suivant.

Liniment de virilité.

Prenez du miel clarifié & de l’huile de noix muscade par expression, une demi once de chaque sorte; de la pirethre, du poivre noir, & des cubébes, une demi-once de chacun; du musc, un demi scrupule; de la civette, un scrupule; du baume du Pérou, un gros; faites-en un liniment suivant les regles de l’art.

Ce liniment est destiné pour oindre la verge & le périnée, ce qu’on ne fera que de trois jours en trois jours au plus, car il excite singulierement aux plaisirs de l’amour[33].

[33] Il ne seroit pas moins utile aux jeunes gens qui sont impuissans, qu’aux vieillards. C’est l’aphrodisiaque le plus prompt, & le plus assuré.

Comme il ne suffit pas que la chaleur animale soit momentanée, les vieillards feront un usage constant de l’électuaire suivant; ils en prendront, une heure avant le dîner, gros comme une noix muscade.

Electuaire aphrodisiaque.