Aphorismes du temps présent

Part 5

Chapter 51,336 wordsPublic domain

Les gouvernements démocratiques considèrent la fermeture des églises comme moins nuisible que celle des cabarets. Ils découvriront sûrement un jour, que la fermeture des églises est plus dangereuse.

* * * * *

Un peuple qui réclame sans cesse l’égalité est bien près d’accepter la servitude.

VII

LA PSYCHOLOGIE POLITIQUE

Les problèmes politiques modernes peuvent se comparer à ceux du sphinx de la légende antique. Il faut les résoudre ou être dévoré.

* * * * *

Sans la connaissance de la psychologie des races, des peuples, des individus et des foules, la politique ne saurait être comprise.

* * * * *

Une société est un agrégat de forces contraires, qu’il faut maintenir en équilibre. Avec la rupture de cet équilibre, l’anarchie commence.

* * * * *

Toute la politique se ramène à ces deux règles, savoir et prévoir.

* * * * *

Un gouvernement n’est pas le créateur d’une époque, mais sa création.

* * * * *

Atomes physiques, cellules vivantes, unités humaines, restent une vaine poussière, tant que des forces directrices ne canalisent pas leurs actions.

* * * * *

La vraie puissance d’un gouvernement réside moins dans sa force, que dans la soumission volontaire de ceux qui lui obéissent.

* * * * *

La tyrannie individuelle et la tyrannie collective sont les seules formes de gouvernement découvertes, depuis l’origine de l’histoire. La seconde fut toujours la plus dure.

* * * * *

Les incidences des mesures politiques ne pouvant se prévoir, la manie des grandes réformes est fort dangereuse pour un peuple.

* * * * *

Un événement politique ne germe pas spontanément. Il est l’épanouissement de toute une série de causes antérieures.

* * * * *

Juger un événement inévitable, c’est en faire une fatalité.

* * * * *

En politique comme dans la vie, le succès appartient généralement aux convaincus et rarement aux sceptiques.

* * * * *

Dès qu’une classe n’est plus sûre de ses droits, noblesse autrefois, bourgeoisie de nos jours, elle les perd bientôt.

* * * * *

Dans la vie politique, comme dans la vie individuelle, les préoccupations formulées sont beaucoup moins importantes que celles qui ne se formulent pas.

* * * * *

Déplacer une tyrannie n’est pas créer une liberté.

* * * * *

Le danger de l’autocratie ne réside pas dans l’autocrate, mais dans les milliers d’individus se partageant son pouvoir et l’exerçant chacun comme un petit despote.

* * * * *

La confusion des pouvoirs suit toujours la confusion des esprits.

* * * * *

De même que les croyances religieuses, les idées politiques ne doivent pas être jugées d’après leur valeur rationnelle, mais d’après l’action qu’elles exercent.

* * * * *

Beaucoup d’erreurs politiques dérivent d’idées théoriquement rationnelles.

* * * * *

En politique, il est moins dangereux de manquer d’idées directrices que d’en avoir de fausses.

* * * * *

Les gouvernements périssent beaucoup plus par leurs fautes, que par les attaques de leurs ennemis.

* * * * *

Le despotisme des vivants serait parfois sans limite, s’il n’était contenu par le despotisme des morts.

VIII

L’ART DE GOUVERNER

Il n’y a pas de société possible sans principe d’autorité, de même qu’il n’y a pas de fleuve sans rives pour l’endiguer.

* * * * *

Le plus sûr moyen de détruire le principe d’autorité est de parler à chacun de ses droits et jamais de ses devoirs. Tous les hommes sont prêts à exercer les premiers, très peu se préoccupent des seconds.

* * * * *

On ne gouverne pas un peuple en tenant compte seulement de ses besoins matériels, mais aussi de ses rêves.

* * * * *

Les puissances morales ne se combattent ni avec des lois, ni avec des armées.

* * * * *

Pour manier les hommes, il ne faut pas oublier, que leur moi affectif et leur moi intellectuel, n’ont pas d’évolution parallèle et ne s’influencent guère.

* * * * *

Utiliser les impulsions affectives et mystiques des peuples comme moyen d’action en tâchant de leur donner une orientation rationnelle, est un des secrets de l’art de gouverner.

* * * * *

Une idée nouvelle a besoin d’appuis pour se faire accepter. Devenue forte, elle sert d’appui.

* * * * *

On ne doit jamais partager les passions des hommes qu’on dirige, mais il faut les connaître.

* * * * *

Impossible de gouverner un peuple si l’on oublie que des croyances, jugées absurdes par la raison, sont parfois plus puissantes que des vérités démontrées.

* * * * *

Il est fort dangereux d’avoir la foi pour ennemie. Un gouvernement qui persécute une croyance religieuse s’expose à périr par cette croyance.

* * * * *

En ne se plaçant même qu’au point de vue de l’utilité pure, un gouvernement doit éviter les persécutions. Elles sont toujours plus utiles aux doctrines persécutées, qu’à leurs persécuteurs.

* * * * *

Le rôle du savant est de détruire les chimères, celui de l’homme d’État de s’en servir.

* * * * *

Quand un gouvernement demande à suivre l’opinion au lieu de l’orienter, il cesse d’être le maître.

* * * * *

Un pouvoir discuté n’est bientôt plus un pouvoir respecté.

* * * * *

Une responsabilité morcelée devient vite de l’irresponsabilité.

* * * * *

Gouverner exclusivement au profit d’une classe, c’est accroître indéfiniment les exigences de cette classe, et se condamner à l’avoir bientôt pour ennemie.

* * * * *

Un des éléments de l’art de gouverner consiste à conquérir les meneurs des majorités, ou à leur en opposer d’autres.

* * * * *

Les meneurs ne se combattent qu’avec des meneurs.

* * * * *

On peut désagréger facilement l’âme transitoire d’une foule, on demeure impuissant contre l’âme permanente d’une race.

* * * * *

Temporiser pour avoir le temps de se préparer, comme le conseillait Machiavel, est très sage. Temporiser, pour laisser au hasard le soin d’arranger les événements, est fort dangereux.

* * * * *

Le mécontentement fut toujours générateur d’effort, l’homme trop content de son sort ne poursuit aucun progrès.

* * * * *

Un gouvernement doit élever des barrières morales avant qu’elle soient indispensables. Au moment où elles le deviennent, il est trop tard pour les construire.

* * * * *

Dès qu’on entrevoit la nécessité de céder, il ne faut pas attendre le moment où il sera impossible de ne pas céder.

* * * * *

L’humanitarisme et la peur font partie des facteurs de dissociation des peuples. Ces sentiments sont sans excuse pour qui prétend gouverner.

* * * * *

Céder toujours aux menaces et aux violences, c’est faire naître dans l’âme populaire l’idée qu’il suffit de menacer, et au besoin de saccager, pour être obéi.

* * * * *

Les concessions n’empêchent pas les batailles devenues nécessaires. Elles les rendent plus coûteuses et plus dures.

* * * * *

Une répression énergique momentanée est beaucoup plus efficace qu’une répression faible et continue.

* * * * *

La terreur n’est un procédé psychologique utile, qu’à la condition de ne pas durer.

* * * * *

Un gouvernement qui pactise sans cesse avec l’émeute périt par l’émeute.

* * * * *

Quand on ne peut pas gouverner un peuple avec des idées vraies, il faut se résigner à le gouverner avec des idées tenues pour vraies.

* * * * *

Les grands courants sociaux ne se remontent pas. La sagesse consiste à les dévier lentement.

* * * * *

L’homme supérieur sait utiliser la fatalité, comme le marin utilise le vent, quelle que soit sa direction.

* * * * *

Chaque événement visible a derrière lui des forces invisibles qui le déterminent. Qui ne sait les découvrir ignore l’art de gouverner.

* * * * *

Une politique, ne tenant compte que de l’heure présente, est toujours d’ordre inférieur.

* * * * *

Le bon sens et le caractère sont souvent plus utiles que le génie à un homme d’Etat.

* * * * *

Une société ne dure pas sans pensées fixes, l’individu ne progresse pas sans pensées mobiles.

* * * * *

L’avenir étant toujours chargé de passé, pour prévoir, c’est-à-dire voir en avant, il faut d’abord regarder en arrière.

* * * * *

Prévoir est utile, prévenir l’est davantage. Prévoir, élimine les surprises de l’avenir. Prévenir, empêche leur action.

* * * * *

Un homme d’État sans prévoyance est un créateur de fatalités désastreuses.

TABLES DES MATIÈRES

Pages Préface 1

LIVRE PREMIER LA VIE AFFECTIVE

I. Le Caractère et la Personnalité 3 II. L’Affectif et le Rationnel 11 III. Le Plaisir et la Douleur 15 IV. La Psychologie féminine 19 V. Les Opinions 25 VI. Les Mots et les Formules 29 VII. La Persuasion 33

LIVRE II LA VIE COLLECTIVE

I. L’Ame des Races 41 II. L’Ame des Foules 47 III. L’Ame des Assemblées 55 IV. La Vie des Peuples 59 V. Les Institutions et les Lois 67 VI. Le Droit 71 VII. La Morale 73 VIII. L’Idéal 81 IX. Les Dieux 85 X. L’Art 91 XI. Les Rites et les Symboles 95

LIVRE III LA VIE RATIONNELLE

I. La Croyance et la Connaissance 101 II. L’Instruction et l’Éducation 109 III. Les Élites 117 IV. Les Conceptions philosophiques 121 V. Les Principes scientifiques 125 VI. La Matière 129 VII. La Vérité et l’Erreur 133 VIII. La Légende et l’Histoire 139

LIVRE IV LA PENSÉE ET L’ACTION

I. L’Action 145 II. Les Illusions démocratiques 149 III. Les Illusions socialistes 155 IV. Le Pacifisme et la Guerre 161 V. Les Révolutions 165 VI. Les Gouvernements populaires 171 VII. La Psychologie politique 179 VIII. L’Art de gouverner 185