Antiquités d'Herculanum, Tome VI. Lampes et candélabres

Chapter 3

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FIG. III et IV. Cette lampe curieuse est un monument de l'antique usage des étrennes, qui remonte jusqu'au roi _Titus-Tatius_, ou du-moins jusqu' Numa. On se faisait des souhaits réciproques; on s'envoyait des présens (_strenœ_) différens de ceux dits _Xenia_, dons mutuels de l'hospitalité. Ces marques de bienveillance avaient lieu, comme encore de nos jours, le premier janvier; le second jour était _nefaste_; le troisième était en quelque sorte le plus solennel; c'était celui où l'on offrait des sacrifices, où l'on faisait des vœux publics pour la prospérité des empereurs. Ces fêtes étaient prolongées pendant presque tout le mois, et étaient désignées par _kalendes de janvier_. Dans des temps plus rapprochés, les chrétiens, qui avaient conservé l'usage des étrennes, y ajoutaient des divertissemens consistant en festins et en déguisemens sous l'habit de femme, et sous le masque de différens animaux, ce qu'on appelait _vetulam_ et _cervudum facere_. C'est de-là qu'on fait dériver l'origine du carnaval, dont les folies, commençant au mois de janvier, se rattachent à d'autres extravagances empruntées aux anciens. La figure principale de la lampe est une Victoire aîlée, tenant une palme et un bouclier, sur lequel on lit l'inscription _ANNUM NOVUM FAUSTUM FELICEM MIHI, que le nouvel an soit heureux pour moi!_ formule usitée, et celle dont on se saluait réciproquement dans ce jour de fête. Ce salut était au nombre des présages, heureux qu'on recueillait par l'ouie, _omina_; ceux qui frappaient la vue étaient appelés _monstra_. Par le mot MIHI, on voit que notre lampe était une étrenne que la personne se donnait à elle-même. Il est bon encore d'observer que, dans les souhaits et dans les prières pour la félicité, chacun avait coutume de se nommer le premier. Sur le fond du médaillon sont semés différens objets qu'on s'offrait en dons réciproques aux étrennes. La large feuille paraît représenter un éventail (_flabellum_); plus bas est une datte (_caryota_) renfermée dans sa gousse; une médaille où est représenté le signe de la bonne-foi ou de la concorde, deux mains unies et deux serpens formant caducée; une autre médaille, Victoire aîlée; de l'autre côté de la figure, une troisième médaille avec la double face de Janus, divinité qui présidait à la nouvelle année et au premier mois appelé _Januarius_ (Janvier) de son nom; un objet qu'on ne peut discerner; enfin, une espèce de paquet qui paraît représenter une masse de figues sèches (_caricœ_). Ces figues se transportaient dans des vases de terre, dont l'objet en question paraît avoir la forme, suivant l'expression de Martial, _torta meta_ (_XIII_, 28). On apprend effectivement par des passages recueillis dans les poètes, que les étrennes d'usage étaient des figues sèches, des dattes, des noix (et sous le nom de noix, il faut entendre plusieurs sortes de fruits), enfin des monnaies. Les dons d'argent n'avaient pas seulement lieu entre les particuliers; on en faisait aux empereurs et aux princes, dont on recevait de semblables dons de la main à la main. Dans la suite, le sénat fit offrir les monnaies l'empereur dans une patère d'or, par le préfet de la cité. Honorius fixa ces présens à une livre d'or, et l'empereur faisait distribuer aux magistrats et aux personnes de distinction, d'autres monnaies ou médailles, le plus souvent frappées à son image. On trouvera des lampes semblables à la nôtre, rapportées par Bellori (_Luc. sep. P. III, Tab. V_) et Passeri (_Luc. fic. P. I, Tab. VI_).

FIG. V. Lampe à une seule mèche. Victoire aîlée, tenant une palme et une couronne, et posant sur un globe; c'est ainsi que la Victoire est ordinairement représentée sur les médailles.

PLANCHE IV. (_P. 7, 8, t. VIII de l'Edition royale_.)

Nous nous contentons de rapporter dans cette planche les médaillons de plusieurs lampes, dont la forme est peu curieuse; on y voit des gladiateurs en différentes attitudes. L'opinion que les mânes ou les dieux infernaux s'appaisaient par le sang humain, paraît avoir été l'origine des combats de gladiateurs, si l'on en juge par la coutume barbare d'immoler des prisonniers de guerre ou des esclaves dans les funérailles des princes et des grands. L'invention de ces combats est le plus communément attribuée aux étrusques, dont les monumens funèbres offrent souvent de telles représentations. Quoi qu'il en soit, le goût en fut porté jusqu'à la fureur chez les Romains, qui les admettaient comme un divertissement au milieu des festins. Non contens d'en jouir comme d'un spectacle, des hommes libres, des chevaliers, des sénateurs se plaisaient à s'y livrer. Les femmes même partagèrent cette fureur, et l'empereur Sévère fut obligé de rendre un édit pour leur interdire ces jeux sanglans. C'était le spectacle qui excitait le plus la curiosité du peuple. Les empereurs le faisaient principalement donner à l'ouverture des guerres, sans doute pour exciter le courage dans l'âme des soldats. Les occasions en étaient, au reste, très-fréquentes. Les magistrats, et sur-tout les édiles, faisaient donner des combats de gladiateurs, en prenant possession de leurs charges; mais ce spectacle paraît avoir été particulièrement consacré aux pompes funèbres, dans celles même de simples particuliers, qui le prescrivaient fréquemment par leurs testamens, et faisaient des legs ou des fondations pour qu'il fût renouvelé à chaque anniversaire. On peut donc considérer comme lampes sépulcrales, plusieurs de celles qui portent des images de gladiateurs. Ces figures ne sont point toujours un monument des combats exécutés en l'honneur des morts: l'image des cérémonies, qu'on n'avait pu exécuter, suffisait dans l'opinion religieuse pour appaiser les mânes.

FIG. I. Gladiateur frappé à mort, et qui a abandonné ses armes.

FIG. II Celui-ci, un genou en terre, semble attendre son adversaire, prêt à se couvrir de son bouclier et à frapper. Son casque est surmonté d'une aigrette; le vainqueur enlevait cette aigrette, et la montrait au peuple en signe de sa victoire: de-là Juvénal les appelle _Pinnirapi_.

FIG. III. Le casque de celui-ci est hérissé de pointes; il est prêt à combattre et dans l'attitude proprement dite _status_, en garde.

FIG. IV. Dans ce groupe, le vainqueur considère son ennemi renversé, comme pour s'assurer s'il est mort, prêt, sans doute, à l'action cruelle exprimée par _repetere_, lorsque le peuple, non content de voir couler le sang, demandait la mort du blessé, en criant au vainqueur de l'achever: ce que celui-ci confirmait au peuple en disant, après avoir frappé, _habet_.

FIG. V. Ce jeune homme nu, tenant une lance et un petit bouclier (_parma_), pourrait ne pas être de l'espèce des gladiateurs, et exprimer ici un Génie de la guerre, ou celui du dieu Mars.

FIG. VI. Le vainqueur paraît tendre la main au vaincu pour le secourir: cet acte d'humanité, que nous n'avons point encore vu exprimé dans d'autres monumens, rend notre lampe précieuse. C'était au peuple que le vaincu demandait la vie, en élevant le doigt en l'air. Nous voyons sans doute ici ces gladiateurs représentés au moment qui suit cette action. De cette coutume venait l'expression _ad digitum pugnare_, quand les deux champions convenaient de ne point se faire de quartier jusqu' ce signe.

FIG. VII. Figure de mime, coiffé d'un bonnet pointu, armé d'un bouclier et d'un bâton fendu propre à faire du bruit; cette caricature pourrait donner à penser qu'on admettait quelquefois des bouffons dans les jeux des gladiateurs: on sait, au reste, que les mimes faisaient partie des pompes funèbres.

FIG. VIII. Athlète armé de cestes pour le combat du Pugilat.

PLANCHE V. (_P. 9, t. VIII de l'Edition royale_.)

FIG. I. Dans cette lampe, un homme couché par terre saisit un taureau fougueux par les cornes: un cheval lancé au galop, la bride flottante sur le cou, est de l'autre côté. Ce groupe représente très-vraisemblablement la chasse du taureau, qui avait lieu dans les jeux du cirque. César, étant dictateur, donna le premier aux Romains le spectacle de cette chasse, inventée par les Thessaliens. Un cavalier poursuivait le taureau flanc à flanc, et lorsque l'animal était fatigué, il lui sautait sur le dos et le renversait à terre par les cornes. (_Plin. VIII_, 45.--_Suet. Claud._ 21.) Une ancienne épigramme peint vivement cette course, et représente le Thessalien jetant un nœud dans les cornes du taureau, qu'il fait plier et qu'il renverse en un clin-d'œil. (_Reiske. Anth._ 728.) Ici le cavalier étendu par terre, profite habilement de sa situation pour entraîner l'animal; l'ordonnance du groupe donne à penser que cet homme s'est élancé de son cheval sur le taureau, qu'il a glissé par le mouvement rapide de la course, et qu'il saisit la victoire avec présence d'esprit: il serait encore possible que cette situation fût un tour d'adresse. Ces sortes de jeux, qui se sont conservés dans nos provinces méridionales, et sur-tout en Espagne, se font pied comme à cheval, et donnent encore de nos jours l'occasion d'admirer ce que peut l'adresse contre la force.

FIG. II. Cette autre lampe représente un quadrige en pleine course; suivant un exemple fréquent, les accessoires sont négligés et le char est représenté par une roue seulement. Le conducteur est vêtu d'une ample tunique resserrée par des bandes servant de ceinture; d'une main il agite son fouet, et de l'autre tient les rênes qui sont liées autour de son corps: cet usage avait pour but de s'assurer des chevaux, et de les gouverner avec plus de force; il mettait cependant très-souvent le conducteur en grand péril: c'est ainsi que Sophocle a peint Oreste; qu'Euripide, Ovide et Sénèque ont peint Hippolyte entraîné dans ces nœuds dangereux; c'est encore ce que notre divin Racine, qui avait une connaissance profonde de l'antiquité, a exprimé dans ce vers bien connu:

Dans les rênes lui-même il tombe embarrassé.

PLANCHE VI (_P. 10, II, t. V de l'Edition royale_).

Fig. I. Le sujet de cette lampe vraiment curieuse est un coq avec une palme, qui dénote la victoire remportée par cet oiseau dans un combat. Les combats de coqs étaient célèbres dans la Grèce. Ælien rapporte que lorsque Thémistocle marchait contre les Perses, il fit remarquer à son armée deux coqs qui se battaient avec acharnement, animant ses soldats, par cet exemple, à combattre courageusement pour leur patrie; et qu'à cette occasion, une loi prescrivit que chaque année, dans un jour déterminé, on donnerait sur le théâtre d'Athènes, le spectacle d'un combat de coqs. Ces oiseaux avaient des maîtres pour les dresser (_avium lanistæ_). On leur faisait manger de l'ail pour les rendre plus ardens, et on armait leurs pattes d'éperons de fer; ce qui a donné lieu au proverbe grec, _lève l'éperon quand tu combats_. Les plus estimés étaient ceux de Rhodes et de Tanagra en Béotie. Les spectateurs s'intéressaient si vivement à la victoire de l'un des deux champions, qu'ils faisaient en leur faveur des gageures considérables, au point même de dissiper leur patrimoine, si l'on en croit Columelle (_VIII_, 2.). Ces spectacles, dans son opinion, paraissaient avoir été plus propres aux anciens Grecs qu'aux Romains. Pline, du moins, en parlant de son temps, dit que tous les ans on donnait, à Pergame, un spectacle de coqs. Le coq combattant servait de signe pour les monnaies des Dardaniens; on voit un coq avec deux épis (peut-être deux palmes) sur une médaille de _Dardanis_ ou Troye (_Thes. Brit. tome_ I, p. 254); on le trouve avec la palme, comme dans notre lampe, sur une autre médaille d'Athènes (_Ibidem, pl._ 213). On donnait encore, dans la Grèce et à Rome, des combats de cailles, qui se signalaient aussi-bien que les coqs par leur courage et leur obstination. Les Anglais se montrent très-curieux de ces sortes de combats, et ne sont pas moins fous dans leurs gageures que ceux dont parle Columelle; ils ont pris le goût de ces jeux dans les Indes, où les grands en font un de leurs divertissemens. Un combat de coqs est le sujet d'une très-belle et curieuse gravure d'Earlom, ou l'on voit un coq, tenant pour le colonel Mordaunt, se battre victorieusement contre le champion d'un Nabab. On pourrait citer en plaisantant les combats de coqs qui se donnaient pour Auguste et pour Antoine. Le coq d'Auguste était toujours vainqueur. (_Plut. Vie d'Ant._)

FIG. II. La cigogne qu'on voit sur cette lampe, est le symbole de la piété filiale, et, par cette raison, elle pourrait désigner une lampe sépulcrale; c'était aussi le symbole du printemps (_titulus tepidi temporis_): on voit la cigogne sur les médailles des familles _Antonia_ et _Cœcilia_.

FIG. III et V. Ces deux lampes, chacune à deux mèches, sont sans figures, mais elles méritent d'être remarquées pour leur forme, la beauté du travail, et le goût des ornemens.

FIG. IV. Cette lampe, endommagée, et d'un travail assez grossier, est intéressante par le sujet qui représente Cybèle assise entre deux lions, et ayant auprès d'elle, d'un côté, le jeune _Atys_; de l'autre un arbre d'où pendent des tambours (_tympana_), et sur ses genoux, une clé ou un autre objet; sa tête est couronnée de tours. La plupart de ces objets se devinent pour être les attributs de la déesse, plutôt qu'ils ne se distinguent. On célébrait en l'honneur de Cybèle, dite la mère des Dieux ou la _grande mère_, outre les fêtes si fameuses, des fêtes de nuit dans l'intérieur des familles, de veillées (_pervigilia_). On pourrait dire avec quelque fondement, que les lampes qui représentent Cybèle et _Atys_ ensemble, ou séparément, étaient consacrées à ces sortes de fêtes.

PLANCHE VII. (_P._ 11, 12, _t. VIII de l'Edition royale_.)

FIG. I. On voit sur cette lampe l'un de ces gladiateurs, dits, _Retiarii_, de leur manière de combattre. Le gladiateur _Retiarius_ portait d'une main _des rets_, dont il cherchait à envelopper son adversaire; son arme principale était un harpon ou un trident; il avait quelquefois de plus un poignard ou une épée courte, comme on le voit ici; son vêtement était une tunique; il portait un bonnet (_pileus ou galerus_) qui devait laisser à découvert son visage, qu'il présentait avec affectation aux spectateurs. L'adversaire était désigné généralement par le nom de Gaulois, et plus particulièrement par celui de _Mirmillon_; c'est encore à celui-ci que paraît appartenir la dénomination de _Secutor_, employée par Suétone dans la description d'un combat, où un _Retiarius_, reprenant l'avantage, tue coups de trident les cinq ennemis vainqueurs de son parti (_Caligul._ 30). Ce combat bizarre était l'image d'une pêche, et, pour la rendre plus complète, le _Mirmillon_ portait sur son casque un poisson; et son ennemi, en le poursuivant, s'écriait: «J'en veux au poisson, je n'en veux point à toi: ô Gaulois, pourquoi me fuis-tu»? Juvénal, dans la 8e Satyre (_v._ 200 _et suiv._), fait paraître un sénateur, _Gracchus_, s'exposant, sous le rôle d'un _Retiarius_ mal-habile, à une ignominie plus grave que des blessures: nulle part l'appareil de ce genre de combat n'est décrit avec plus de précision.

FIG. II à VI. Lampe à trois mèches, en forme d'autel à trois pans, sur lequel pose une espèce de vase quadrangulaire; trois figures servent d'ornement à chaque face de l'autel. Dans l'une, on peut reconnaître Apollon; dans la seconde, le dieu Mars; et dans la troisième, la Fortune, désignée par le sceptre et la corne d'abondance, si ce n'est la Concorde, suivant ce que nous en avons dit propos de la _pl. II du tome V_. Ces Divinités sont, sans doute, réunies dans ce monument comme l'objet d'une dévotion particulière. Les détails que nous donnons de cette lampe curieuse la présentent sous tous les aspects. Le dessin au trait est le plan du pied sous lequel on lit _C. CORVINVS_, nom qui paraît être celui du fabricant.

PLANCHE VIII. (_P._ 13, 14, _de l'Édition royale_.)

FIG, I et II. Lampe à quatorze mèches, en forme de barque. Les quatre traverses semblent exprimer les bancs des rameurs, proprement dits _transtra_.

FIG. III et IV. La forme de cet ustensile a, paru peu appropriée à une lampe; cependant, et malgré la petitesse de son orifice, elle répugne encore plus à l'espèce de vase, dit _infundibulum_ ou _guttus_, à laquelle on a voulu la rapporter. Nous ne reconnaissons dans ce vase autre chose qu'une lampe, dont la mèche très-mince devait fournir une lumière de longue durée, destinée probablement éclairer un tombeau: le petit bassin qui est au milieu servait à introduire l'huile. La figure représente un gladiateur.

FIG. V et VI. Cette lampe à douze mèches est d'une forme élégante et d'un bon travail. Deux branches de chêne avec les feuilles et des glands, en font l'ornement. Les couronnes de chêne sont très-fréquentes sur les lampes comme sur les médailles. On peut considérer les deux branches ou comme exprimant la récompense civique, ou comme un emblême relatif au culte de Jupiter et de Junon, Divinités protectrices des cités, et auxquelles le chêne était consacré.

PLANCHE IX. (_P._ 15, 16, _t. VIII de l'Edition royale_.)

FIG. I. Lampe à une seule mèche. Du milieu s'élève une anse avec un œil pour servir à la suspendre.

FIG. II. Lampe, à douze mèches, semblable celle de la planche précédente.

FIG. III. Celle-ci est remarquable par sa triple forme dont chacune a son récipient, sa bouche et son orifice, sans communication. La lampe du milieu figure une conque; les deux lampes latérales sont en forme de colombes ou d'oies; ce qui pourrait annoncer que cette espèce de candélabre servait aux veillées de Vénus ou de Priape. La séparation des récipients indiquerait qu'on allumait une mèche à mesure qu'une autre s'éteignait. On retrouve les traces de cet usage dans une jolie épigramme de l'Anthologie (_VII, ép._ 16) «Cléophantide tarde encore, et déjà, s'affaiblissant peu à peu, va s'éteindre la _troisième_ lumière: ah! pourquoi avec la lumière ne s'éteint point le feu qui me consume! combien de fois, combien ne m'a-t-elle pas juré par Vénus, qu'elle viendrait sur la brune! Mais la parjure se rit et des hommes et des Dieux».

FIG. V et VI. Cette lampe produisant neuf lumières, est garnie de trois anses servant à la suspendre. Les masques qui en font l'ornement, indiquent qu'elle était destinée à un théâtre ou à une salle de festin. Martial désigne l'emploi de ces lampes dans les festins, sous la dénomination de _Polymixi_, à plusieurs lumignons. Si les lampes de métal étaient plus en usage dans les maisons aisées que celles de terre, ces dernières cependant n'étaient point dédaignées, et la délicatesse qui se fait remarquer dans l'exécution de la nôtre, prouve qu'on y mettait quelque prix.

PLANCHE X. (_P._ 17, 18, _t. VIII de l'Edition royale_.)

FIG. I. Nous ne reconnaissons point, avec les Académiciens d'Herculanum, une chouette dans l'oiseau imprimé sur cette lampe; c'est plutôt un épervier, emblême du Soleil, ou de la divinité d'Osiris. Cet oiseau pourrait encore être considéré dans une lampe, comme augural. Il avait été désigné comme tel, et placé au premier rang par Phœnomoë, prophétesse du temple de Delphes; on en tirait des augures pour les mariages et pour la prospérité des troupeaux (_Pline, liv. X, chap._ 8).

FIG II. Lampe remarquable seulement par l'entourage du médaillon et la finesse du travail.

Les quatre autres lampes ont pour ornement différentes figures d'animaux qui, comme victimes, peuvent être l'expression d'une dévotion particulière envers la Divinité, à laquelle chacun d'eux est consacré.

FIG. III. Une chèvre. On sacrifiait une chèvre blanche à Vénus populaire, et une chèvre noire Pluton. C'était aussi, suivant Servius, l'une des victimes qu'on offrait à Esculape.

FIG. IV. Un lapin mangeant un raisin. Comme dévastateur des vignes, cet animal était, ainsi que le lièvre, consacré à Bacchus; c'est ce qui est formellement exprimé dans cette épigramme de l'Anthologie (_VI, cap._ 7, _ep._ 7). «Je vis un lièvre couché dans une vigne consacrée à Bacchus, et mangeant le raisin. J'avertis le vigneron, et celui-ci d'un coup de pierre écrasa la tête à l'animal, et, le prenant, dit tout joyeux: J'offre à-la-fois à Bacchus, la victime et le dédommagement». Les lièvres et les lapins étaient encore consacrés Vénus, aux Amours et à Diane.

FIG. V. Un porc; c'était la victime particulière du dieu Silvain et des dieux Lares: on l'offrait aussi à Vénus, à Minerve, aux Dieux nuptiaux et à Priape.

FIG. VI. Un daim, animal consacré à Diane. Les daims et les chevreaux appartiennent encore Bacchus et à ses suivans, à cause de leur pétulance.

PLANCHE XI. (_P._ 19 _de l'Edition royale_.)

FIG. I. Lampe de bronze à deux becs, d'une forme élégante et d'un travail précieux. Le corps de la lampe est orné d'arabesques; et l'anse, d'un feuillage en éventail. Il part de l'anse une petite chaîne qui vient se rattacher au pied de l'oie ou du cygne, groupé avec un petit génie prêt l'étouffer. Ce groupe, qui sert ici de couvercle, est, sans doute, l'emblême de la force de l'amour. La même action se trouve répétée dans plusieurs monumens antiques.

FIG. II et III. Ces deux dessins représentent les plans de la même lampe, pris en dessus et en dessous, en ôtant le bouchon orné du petit groupe.

PLANCHE XII. (_P._ 22, 40, _t. VIII de l'Edition royale_).

Six lampes de terre cuite, dont nous donnons les médailles seulement.

Fig. I et II. Diane ou la Lune caractérisée par le croissant, et Apollon ou le Soleil caractérisé par les rayons. Ces Divinités qui président à la lumière, ou leurs emblêmes, servent très-fréquemment d'ornemens aux lampes.

Fig. III. Un Pégase grossièrement exprimé. Cet emblême convient à la lampe d'un poète: si la lampe est sépulcrale, le cheval aîlé fait allusion au transport des âmes dans l'Olympe, comme on le voit, dans quelques médailles et dans quelques pierres gravées, exprimer l'apothéose: telle est la médaille d'Antinoüs, sur laquelle Mercure guide Pégase portant au ciel cet autre Ganimède (_Passeri Gemm. astrif. t. III, p._ 115); telle est encore la gemme, où l'on voit Drusus Germanicus s'élevant au ciel sur le cheval ailé (_Spanh. de us. et prœest. Num. p._ 277).

Fig. IV. Griffon, emblême du Soleil ou d'Apollon, comme le démontre, sans parler d'autres.

_Tome VI_. LAMPES. monumens, la statue du musée Napoléon, salle des Saisons; cet emblème appartiendrait fort bien à un musicien. C'est ainsi que le Griffon que l'on voit dans un bas-relief de la villa Albani, désigne le talent de la femme d'un certain Hermias, à laquelle ce monument de la piété conjugale est consacré. (_Gaet. Marini. Marm. Alb._ p. 78).

Fig. V et VI. Une écrevisse et un bélier. On ne peut les considérer ici comme signes du Zodiaque: le bélier du Zodiaque est dans une attitude différente, et les anciens n'ont jamais donné la forme de l'écrevisse, mais toujours celle d'un crabe, au signe qui suit les gémeaux.

Fig. VII et VIII. Lampe de bronze en forme de barque, et vue de face et de profil; l'anse est ornée d'un beau masque tragique, dont l'épaisse chevelure est frisée en anneaux ou cannelures; d'où l'on disait, les cheveux ainsi arrangés, _calamistrati_.

PLANCHE XIII. (_P._ 23, _t. VIII de l'Edition royale_.)

Fig. I et II. Trois poissons et un lion courant. Le lion pourrait être considéré comme un signe du Zodiaque: il serait moins heureux d'en dire autant des trois poissons.