Antiquités d'Herculanum, Tome VI. Lampes et candélabres

Chapter 2

Chapter 23,323 wordsPublic domain

M. Dutheil, membre de l'Institut national, fait l'examen de cette dissertation dans une lettre imprimée, adressée à M. Millin (_Paris, Didot jeune, 1804_). Il suit pas à pas le savant Napolitain, adopte son opinion, et la fortifie par ses propres réflexions. Il nous montre les Empereurs accordant une protection signalée aux malheureuses villes de la Campanie, et s'efforçant de les faire ressortir de leurs ruines. Elles avaient déjà éprouvé des dommages affreux par le tremblement de terre arrivé sous Néron. Vespasien prit un soin particulier de les faire réparer. Une inscription, trouvée à Pompéia, fixe la date du rétablissement du temple de Cybèle; elle répond à l'année 76. Ici, nous devons rapporter une réflexion que d'autres auteurs ont faite avec justesse: Ne serait-ce pas lors des écroulemens causés par le tremblement de terre, que le peuple fut surpris dans les théâtres d'Herculanum et de Pompéia? Il s'ensuivrait que Dion-Cassius, qui vivait dans IIIe siècle, aurait confondu ces deux époques en recueillant les traditions. Trois années s'écoulèrent depuis la restauration du temple de Cybèle, ce qui doit faire présumer celle du reste de la ville au moment de l'éruption, et Pompéia devait alors se trouver très-florissante.

Titus, qui était dans la première année de son règne, signala dans cette occasion toute sa bienfaisance. Sans doute il ne resta point au-dessous de la munificence de Vespasien son père, prince entaché d'avarice. Aussi voyons-nous qu'il envoya des personnages consulaires dans la Campanie, pour réparer le désastre de cette province; qu'il fit répandre des secours puissans, et qu'il abandonna, au profit des malheureux, les biens dévolus au fisc par déshérence en cette même occasion. Quelque fût alors l'effet de ces secours, il fallut renoncer, comme il est bien prouvé, au plus grand nombre des habitations obstruées ou encombrées par la lave, par les cendres et par toutes les matières volcaniques. Ainsi, en faisant les fouilles modernes, on a pénétré dans des lieux qui ont été fermés à la lumière depuis cette fatale époque. Il est à remarquer que c'est dans ces mêmes lieux que furent trouvés des objets dont on a assigné, sans grand fondement, l'existence un âge moins reculé. Telle est, par exemple, la belle statue de _Nonius Balbus_; elle est accompagnée d'une inscription dont on a rapporté les caractères au siècle d'Adrien; mais le temps de cette inscription et de plusieurs autres semblables, n'est point prouvé postérieur à Titus, et la forme des caractères n'a rien d'assez décisif pour faire époque dans le court espace de temps qui s'écoule entre le règne de cet empereur et celui d'Adrien.

Stace, qui vivait à Naples du temps de l'éruption, peint dans une épître adressée à Victorius-Marcellus (_Sylv. lib. IV_, 4), l'état même où plusieurs générations ont vu le site des villes détruites par le Vésuve: «Quand ces déserts se couvriront de verdure ou de moissons nouvelles, les races à venir croiront-elles fouler, sous leurs pieds, des peuples et des villes?»

_Credetne virum ventura propago, Cum segetes iterùm, cum jam hæc deserta virebunt, Infra urbes populosque premi?_

Ces expressions semblent bien annoncer l'abandon total de ces lieux dévastés; mais on oppose le poète à lui-même. Dans une autre épître (_liv. III_, 5), il invite son épouse à venir jouir d'un aspect plus riant dans la même contrée. «La cîme du Vésuve, lui dit-il, la tempête de feu de la montagne furieuse n'a point tari la population des villes tremblantes; elles sont debout, habitées et florissantes».

_Non adeò Vesuvinus apex et flammea diri Montis Hyems trepidas exhausit civibus urbes: Stant populisque vigent._

Si pourtant, d'après ces paroles consolantes, on se figure les villes détruites, se relevant du milieu de leurs débris; si on les voit pleines de citoyens qui jouissent tranquillement de la beauté du climat, ne donne-t-on pas un sens forcé aux expressions du poète? Parle-t-il d'ailleurs des villes mêmes d'Herculanum et de Pompéia? Il s'adresse à une épouse qui, dans sa frayeur, pouvait se représenter le Vésuve, comme inondant d'un fleuve de feu toutes les villes voisines; il la rassure, et lui promet un séjour agréable et tranquille près de cette montagne redoutée à Naples même, «asyle des doux loisirs et d'une paix inaltérable». Il ne manquait point non plus d'habitations délicieuses, situées autour du Vésuve, et qui n'étaient point exposées à ses ravages. Le poète en nomme plusieurs; ce sont là les villes qu'il faut entendre quand il dit qu'elles sont florissantes, malgré _la tempête de feu_; toutes en étaient assez éloignées pour n'avoir pas à craindre le sort d'Herculanum et de Pompéia.

Il nous est donc impossible de nous représenter ces villes recouvrant leur ancienne splendeur, ou même reprenant une existence un peu remarquable. La circonstance la plus décisive contre l'opinion contraire, observe M. Visconti, est qu'aucun des nombreux monumens, déterrés dans ces ruines, ne porte des marques probables du temps postérieur à Titus. Un grand nombre porte des preuves d'un temps antérieur; on pourrait même ajouter qu'il n'existe pas de monument qui ne soit probablement antérieur à Néron, ou tout au plus de son temps. Cependant ces mêmes lieux ont pu être habités par de pauvres gens. La lampe chrétienne, que nous avons expliquée (_PL. XXIII de ce Volume_), en est le témoin presque unique. M. Dutheil cite, avec M. Ignarra, la table ou carte, dite de Peutinger, monument géographique qu'on croit postérieur au règne de Constantin. On y voit figurer les noms d'Herculanum et de Pompéia; mais, sous ces noms célèbres qui n'ont pu s'éteindre avec les anciennes villes, il ne peut être question que de petites bourgades, qui en ont pris la place. En suivant les mêmes auteurs dans leurs calculs, on voit disparaître toute population connue par les anciens noms, en l'an 471. «Sous cette année, le comte Marcellin fait mention d'une épouvantable éruption _qui couvrit de cendres toute la face de l'Europe_: ce sont ses termes; il ajoute qu'à Constantinople, on faisait annuellement commémoration de cet événement (_hujus metuendi Cineris_), le VIIIe des Ides de novembre. Cette éruption du volcan, arrivée en 471 (continue M. Dutheil en citant M. Ignarra), dût être la plus funeste de toutes; elle changea totalement la conformation du Vésuve. Anciennement, ce mont s'élevait, pour ainsi dire, à pic, n'ayant qu'un seul sommet, où on ne pouvait gravir que d'un côté et fort difficilement. Sa cîme offrait une espèce de plate-forme, presque par-tout unie, comme Strabon nous le dit (_page_ 257). Dion-Cassius nous apprend que les flammes sortaient du milieu de la cîme, et que les flancs au-dehors de la montagne, représentaient, en quelque sorte, un vaste amphithéâtre. Aujourd'hui il ne reste de ce cône qu'une petite portion regardant le nord, et séparée du cratère actuel».

Cette dissertation est terminée par les conjectures de M. Ignarra sur les portiques d'Hercule, dont il est fait mention dans le roman satyrique, attribué _Petronius Arbiter_. Il ne faut point chercher le lieu ainsi désigné, ailleurs que dans l'emplacement de l'antique Herculanum. Les portiques du théâtre, élevés de plusieurs étages, suivant les règles de l'architecture, ont pu rester debout long-temps après la ruine de l'édifice. Fréquentés et demeurant seuls connus, on ne parla plus que des portiques; quand les portiques disparurent, leur nom survécut même à leur souvenir: de nos jours, il sert à désigner le même lieu, _Portici_.

«M. Ignarra va plus loin, il soupçonne que dans le quinzième siècle, il pouvait rester quelques vestiges de ces portiques; il le conjecture d'après un passage de Sannazar. Ce poète, dans une de ses églogues, introduit le pêcheur Thelgon, assis sur le penchant de la colline, appelée _Mergellina_, en face du cratère de la montagne, et s'exprimant ainsi:

_Rupe sub hâc mecum sedit Galatea: videbam Et Capreas, et quœ sirenum nomina servant Rura procul_: veteres _aliâ de parte_ ruinas Herculis _ambustâ signabat ab arce Vesevus_.

Par ces mots _veteres ruinas Herculis_, le poète ne saurait guère avoir voulu désigner que les ruines des portiques d'Herculanum, déjà renversés de son temps, mais encore visibles.»

En admettant cette conjecture assez plausible, nous voyons des signes extérieurs indiquer le tombeau d'Herculanum, presque jusqu'au siècle où cette ville antique fut découverte.

On avait très-anciennement fait des recherches dans son sein; mais il paraît que le souvenir s'en était entièrement perdu. Les traces manifestes de ces fouilles se rencontrèrent avec les travaux de la découverte. Ce sont, dit Winckelmann, des conduits souterrains travaillés et creusés avec peine, et qui indiquent si clairement leur objet, qu'ils ne peuvent laisser de doutes sur leur destination. Le célèbre antiquaire rapporte une inscription qui semble désigner ces anciennes recherches; nous l'a copions d'après lui:

SIGNA TRANSLATA EX ABDITIS LOCIS AD CELEBRITATEM THERMARUM SEVERIANARUM AUDENTIUS ÆMILIANUS V. C. CON. CAMP. CONSTITUIT. DEDICARIQUE PRECEPIT. (_sic_) CURANTE T. ANNONIO CRYSANTIO V. P.

Cette expression _signa translata ex abditis locis_, ne peut convenir qu'à des statues tirées de villes ensevelies, et particulièrement d'Herculanum; ainsi l'inscription et les anciens conduits s'expliquent mutuellement. Il est question des bains de Sévère; ces bains ne sont connus que par l'inscription; il est très-probable qu'ils appartenaient à la ville de Naples, et que leur dénomination se rapporte à Septime-Sévère. Ainsi, à supposer que les anciennes fouilles aient eu lieu sous le règne de cet Empereur, l'époque peut en être fixée plus d'un siècle après la fameuse éruption.

Les couches de l'attérissement montrent différentes époques auxquelles il a eu lieu. Herculanum ne fut point inondé tout-à-coup par des torrens de feu et de lave liquéfiée. Cette ville fut encombrée par une pluie de cendres brûlantes, dont la chaleur fut si grande, qu'elle réduisit en charbon les poutres des maisons et les objets combustibles; cette émission de cendres fut suivie, et peut-être immédiatement, de lavasses qui en firent une croute solide. On a même imaginé que l'eau de la mer, à la faveur des secousses de la terre, avait pénétré dans le gouffre qui l'avait ensuite vomie par torrens. On cite deux éruptions modernes où ce phénomène est raconté comme certain. En 1631 et 1698, l'absorption fut telle que le bassin du port se montra à sec un moment, et que les eaux et la lave, lancées par le Vésuve, se trouvèrent mêlées d'une quantité de coquillages de toute espèce. La lave a coulé depuis sur les cendres, et les a recouvertes de différentes couches. Par ce nom de lave (qui paraît venir de _lavare_, laver), que les anciens n'ont point employé, et pour lequel ils n'ont point eu d'équivalent, on entend le mélange des matières fondues, de soufre, de bitume, de minéraux et de pierres. Cette matière épaisse et visqueuse ne court point, comme ferait un torrent; elle coule lentement, comme ferait une pâte ou du verre fondu, et roule sur elle-même, enveloppée d'une colonne d'air brûlant, qui dessèche tout à une grande distance. Elle conserve sa chaleur assez long-temps pour arriver jusqu'à la mer où elle forme quelquefois de petits promontoires. La lave se fixe à mesure qu'elle perd sa chaleur, et devient dure comme le marbre, dont elle prend le poli et quelquefois les plus riches couleurs. C'est toujours vers Herculanum et dans le voisinage jusqu'à _Torre-del-Greco_, que la lave a dirigé son cours; elle n'a point coulé jusqu' Pompéia ni Stabie. Ces deux endroits sont couverts d'une cendre légère qu'on nomme dans le pays _Papamonte_; aussi les fouilles s'y font-elles avec plus de facilité, et les objets ensevelis s'y sont-ils mieux conservés.

C'est au prince d'Elbeuf qu'on doit les premières fouilles qui conduisirent à la découverte d'Herculanum. Ce prince faisait bâtir une maison de plaisance sur le bord de la mer, à Portici. Instruit que des habitans de Resine, en voulant creuser un puits leurs frais, avaient trouvé quelques fragmens de beaux marbres; le prince, qui en cherchait pour faire faire du stuc, ordonna qu'on creusât ce même puits jusqu'à fleur d'eau. A peine avait-on fouillé le terrain latéralement, qu'on trouva quelques belles statues, et plus loin un grand nombre de colonnes, quelques-unes d'albâtre fleuri, mais la plupart de jaune antique, appartenant à un temple. Naples était alors sous la domination autrichienne; le vice-roi forma des prétentions sur les statues; elles furent envoyées à Vienne, et données au prince Eugène de Savoie: ceci se passait en 1711. La cour, se réservant un droit dont elle n'usa pas, défendit de faire des fouilles, et l'on demeura plus de trente ans sans y penser.

Enfin, Charles, second fils du roi d'Espagne Philippe V, devenu possesseur du royaume de Naples, fit choix de la _villa_ de _Portici_ pour maison de plaisance; il s'y trouvait au mois de décembre en 1738. Le puits subsistait encore; il avait été percé auprès du jardin des Grands-Augustins, et le hasard voulut qu'il se trouvât dirigé vers le milieu du théâtre qui aujourd'hui ne se trouve éclairé que par cette ouverture. Le roi ordonna qu'on continuât les fouilles; quelques fragmens d'une inscription en lettres onciales qu'expliqua D. Marcello Venuti, apprirent l'existence du théâtre. Venuti raconte qu'il dirigea ces premiers travaux, et il eut la gloire de faire cette belle découverte qui fut suivie de toutes les autres. Cet heureux succès engagea, en effet, à faire des recherches en d'autres endroits, et l'on découvrit bientôt la véritable situation de Stabie et celle de Pompéia, déjà indiquée par un vaste amphithéâtre dont les vestiges demeuraient visibles à la surface du sol.

Nous avons exposé, dans le cours de cette collection, la plus grande partie des richesses tirées de ces villes ensevelies. Il n'entre point dans notre plan de parler de leurs édifices; nous renvoyons les curieux aux ouvrages que les éditeurs mêmes de ce recueil, MM. Piranesi, ont donnés sur ces matières. On trouve, dans la Collection de leurs œuvres, tous les détails du théâtre d'Herculanum; et ils publient au moment même où nous écrivons (1806), les édifices de Pompéia, gravés par eux sur les dessins de leur père.

FIN DU 6e ET DERNIER VOLUME.

PLANCHE I. (_P._ I, 2, _tome VIII de l'Edition royale_.)

FIG. I On remarquera dans cette lampe, comme dans un grand nombre d'autres, l'anse dont la forme varie souvent, la languette où est le trou d'où sortait le lumignon; et enfin, dans le cercle, le trou qui servait à introduire l'huile, et qui s'écartait plus ou moins du centre, pour épargner les figures. Le sujet du médaillon est l'union des trois grandes Divinités. On voit Jupiter assis sur son trône, ayant la tête radiée, et tenant le sceptre et la foudre; à sa droite est Minerve, qu'on reconnaît au casque et à la lance; à sa gauche est Junon, tenant une corne d'abondance. Ces trois Divinités se trouvent souvent réunies dans les monumens, comme elles l'étaient dans le culte qu'on leur rendait à Rome, au Capitole; c'était en leur honneur qu'on célébrait les fameux jeux du cirque, institués par Tarquin-l'Ancien, dits les jeux romains ou les grands jeux. Ce triple culte paraît être passé des Toscans chez les Romains. Les villes Etrusques n'étaient point réputées _justes_, si elles n'avaient trois portes consacrées à Jupiter, à Junon et à Minerve. Les Grecs observaient aussi cette union; et dans le temple, où se rendaient les députés de la Phocide, on voyait Jupiter assis sur son trône, ayant Junon à sa droite, et Minerve à sa gauche. Pindare place Minerve à la droite, comme on le voit sur notre lampe, et dans dix autres du musée de Portici, situation également observée dans l'union des trois Divinités au Capitole.

FIG. II. Cette lampe est percée pour deux mèches; l'ornement est une figure de Jupiter; près de lui est le sceptre, attribut de sa puissance souveraine, et qui désigne le roi des rois, comme l'ont appelé les poètes. Devant lui est l'aigle, ministre de la foudre, à qui le roi des Dieux accorda l'empire sur tous les oiseaux (_Hor. IV, Od._ 4). L'aigle est aussi, suivant Callimaque, le messager des augures du grand Jupiter (_Hym. in Jov._ 69). Ce fut l'aigle qui, dans le combat des Géans, lui présagea la victoire, et qui lui fournissait ses traits foudroyans; de-là l'image de l'aigle fut consacrée comme une enseigne militaire, prêtant un heureux auspice. Cette image a toujours plu aux ames guerrières, et nous la voyons servir encore de gage assuré pour la victoire, aux soldats du Héros du siècle où nous vivons.

FIG. III. Cette autre lampe offre l'union des trois grandes Divinités égyptiennes, Isis y Harpocrates et Anubis. Isis et Harpocrates ont sur la tête la fleur du _lotus_; on reconnaît le fils d'Isis et d'Osiris au geste, qui exprime le silence. Isis tient le sistre, instrument qui, dans les cérémonies sacrées, exprimait le deuil et les lamentations de la Déesse cherchant son mari ou son fils. Anubis était fils d'Osiris et de Nephthys, sœur d'Isis; il l'accompagna dans la recherche de son fils Horus: c'est pour cela, ou pour être le compagnon, le gardien d'Isis et d'Osiris, qu'on l'a représenté avec une tête de chien. Il tient une palme et un caducée, selon la description d'Apulée (_Mét. XI, 961_). On confondait le Mercure Égyptien, _Taaut_, avec Anubis; de-là vient cette communauté du même symbole, du caducée. On sait, au reste, que dans les processions des fêtes Isiaques, un prêtre représentait Anubis en portant un masque de chien. Volusius, au rapport d'Appien, échappa sous ce déguisement, à la proscription triumvirale.

FIG. IV. À la corne d'abondance, au timon que porte la figure exprimée sur cette lampe, on reconnaît la Fortune. Le timon, en donnant l'idée du gouvernement des affaires humaines, semble encore être l'emblème de l'instabilité: c'est dans ce sens qu'Artémidore a dit que celui qui rêvait de la Fortune avec le timon, devait demeurer en crainte: la Fortune a été quelquefois confondue avec la déesse Némésis, c'est-à-dire, la vengeance Dieux ou la justice. À ce titre, on peut la considérer comme présidant à ce mélange des biens et des maux, mystère incompréhensible de la sagesse divine. Nous ajouterons encore que toutes Divinités, influant sur la condition humaine, reproduisaient quelquefois sous le nom, l'image ou les emblêmes de la Fortune. Nous avons vu les attributs de la Fortune donnes à Isis, dans un beau bronze de ce recueil (_tom. V, pl. XIII_).

PLANCHE II. (_P. 3, 4, t. VI de l'Édition royale._)

Les lampes représentées dans cette planche sont de terre cuite. Pour ne point nous répéter à chaque explication, nous prévenons nos lecteurs que nous ne ferons à l'avenir mention de la matière que lorsqu'elle changera de nature.

FIG. I et II. La même lampe, plus remarquable par sa forme que par ses ornemens, est représentée de face et de profil.

FIG. III. Deux Victoires aîlées soutiennent un bouclier entouré d'une couronne de chêne; on lit au milieu: OB CIVIS (_cives_) SERVATOS. Au-dessous est un autel orné de festons et d'une tête de bœuf, emblême des grands sacrifices. Aux côtés de l'autel s'élèvent les deux lauriers qui décoraient l'entrée de la maison d'Auguste sur le mont Palatin. Les écrivains du beau siècle de Rome font souvent mention de ces deux lauriers. D'après les observations de MM. _Visconti_ et _Marini_ sur cet emblême (_Museo Pio-Clem., tome IV, pl. dernière_), on peut croire que cette lampe a servi pour les fêtes des _Lares Viales_, les Dieux des quartiers de Rome, Dieux dont les fêtes se célébraient toujours avec celle du Génie d'Auguste. L'orthographe du mot _civis_ par I répond à ce même âge: et la couronne civique est fréquente avec la même inscription _ob civis servatos_, sur les revers des médailles de ce prince, qui était flatté de cette devise.

FIG. IV. Lampes à deux mèches. Sur le manche sont deux poulets, dont l'un est à demi-effacé. Leur action, qui est de becqueter à terre, semble les désigner pour les poulets sacrés dont les Romains tiraient des augures. Le médaillon représente une Diane assise, tenant une branche à la main et ayant devant elle une biche qui la regarde.

FIG. V. Lampe à une seule mèche; Hercule avec un autel. L'objet qui est posé sur cet autel a été expliqué par M. Visconti. C'est la grande coupe d'Hercule (_scyphus Herculaneus_) que ce héros avait reçue en présent du Soleil, et qui, selon la fable, avait, en certaine occasion, servi de bateau au fils d'Alcmène.

PLANCHE III. (_P. 5,6, t. VIII de l'Édition royale._)

FIG. I. Lampe à deux mèches fracturée. Un aigle déchire un lièvre sur lequel il vient de fondre. On trouve cet emblême sur plusieurs médailles des villes grecques de l'Italie et de la Sicile.

FIG. II. On voit dans cette lampe Hercule, vainqueur du dragon qui gardait les pommes d'or du jardin des Hespérides: d'un pied il écrase le nœud dont le monstre l'a enlacé, et il l'étouffe d'une seule main. La force prodigieuse du héros est habilement développée dans cette belle attitude. On retrouve la même action exprimée sur plusieurs médailles.