Antiquités d'Herculanum, Tome V. Bronzes
Chapter 3
Cette petite statue déjà précieuse par le travail, le deviendrait encore davantage, si, parmi les héros auxquels conviennent ses attributs, on pouvait déterminer celui qu'elle représente. Le pied posé sur une pierre, le genou plié, le coude appuyé sur le genou, la tête levée et le regard fixe, son attitude, expriment le repos et l'attention. Cette attitude de choix se trouve répétée dans quelques monumens antiques. Rien dans les formes n'appartient au beau idéal; c'est l'expression naïve de la nature. Le diadême, les cornes de taureau qui paraissent sur sa tête, la chlamide héroïque, semblent être une espèce d'apothéose en faveur du personnage. Nous avons déjà eu occasion de faire remarquer que les cornes de taureau étaient l'emblème de la force et de la puissance; nous les avons vu faire partie d'une armure dans un trophée. Démétrius Poliocerte est représenté dans quelques médailles avec des cornes de taureau, soit par allusion à son habileté, comme inventeur de machines guerrières, soit par imitation des attributs de Bacchus, dont il affectait de suivre les traces. On voit aussi dans les médailles, Alexandre avec des cornes de bélier, en mémoire de Jupiter Ammon, dont il voulait passer pour fils, on voit Lysimaque et Magas paraître dans leurs images avec le même signe. Dans un oracle antique rapporté par Pausanias (_X, 15_), Attale, roi de Pergame, vainqueur des Gaulois, est nommé _fils du taureau_. Séleucus Nicator (ou vainqueur) fondateur du royaume et de la race des Séleucides, s'était rendu célèbre par un acte de vigueur et de force digne des temps héroïques; seul il avait pris et rapporté à l'autel un taureau sauvage qui s'était échappé d'un sacrifice offert par Alexandre. Les Athéniens lui érigèrent, en mémoire de cette prouesse, une statue de bronze avec des cornes de taureau (_Lib. in Antioch. p. 351. Paus. I, 16._); et c'est ainsi que le représentent ses médailles. On penche à voir ce prince dans notre bronze, et l'on rapporte son attitude au moment où il prend les augures sur le mont Casius pour la fondation de Séleucie, ou sur le mont Sylphius pour la fondation d'Antioche. La trop grande jeunesse du héros représenté dans ce bronze, est la circonstance seule, mais bien remarquable, qui paraît s'opposer à cette dernière explication.
Hauteur, 1 pied.
PLANCHES XXXII et XXXIII. (_P. 51, t. VI de l'Édition royale._)
On reconnaîtra facilement Alexandre-le-Grand dans cette statue équestre de petite proportion, que nous donnons sous un double aspect. On a pour comparaison la tête en marbre placée dans le musée Napoléon, et un assez grand nombre de pierres gravées et de médailles, quoique ces derniers monumens ne puissent pas être regardés comme contemporains de l'illustre conquérant. L'empereur Caracalla, qui voulut se faire passer pour un autre Alexandre, prit soin d'en renouveler la mémoire, en faisant élever, dans tous les temples, des statues à double face, comme celles de Janus, présentant sa tête d'un côté, et de l'autre celle du Héros. La nôtre, aussi belle que rare, est l'ouvrage d'un excellent artiste, ou du moins une copie faite avec la plus grande habileté sur un précieux original. On sait qu'Alexandre, par une fierté digne de sa grandeur, ne voulut point permettre de retracer son image à d'autres qu'à Apelles, en peinture, à Pyrgotélès en pierres fines, et à Lysippe en bronze. Le statuaire représenta son illustre modèle dans toutes ses actions, en le prenant à l'enfance; «lui seul, dit Plutarque (_De fort. Alex., Or. II_), il sut exprimer dans le bronze le caractère d'Alexandre, sa beauté, et en-même-temps son courage, tandis que les autres artistes, ne voulant imiter l'inflexion de son cou, la vivacité et la placidité de ses yeux, ne savaient point conserver cet aspect viril et d'un lion». Voilà le trait principal qui distinguait Alexandre et le rendait supérieur aux autres hommes, quoique d'une taille médiocre. Il avoit le front élevé, les yeux bien fendus et brillans, le nez aquilin, les joues gracieusement colorées, les cheveux blonds et bouclés; une sorte de négligence n'ôtait rien en lui, à une certaine majesté qui résultait d'une exacte proportion des parties du corps; il portait la tête penchée sur l'épaule gauche, comme dans l'habitude de regarder le ciel; c'est ce que Lysippe avait saisi avec tant d'habileté, et une épigramme de l'Anthologie en conserve aussi la vive expression (_IV, 8, ép. 87_). «Lysippe a rendu l'audace d'Alexandre et toute sa beauté. Quelle force n'a pas ce bronze! les yeux tournés vers le ciel, il semble dire: la terre est à moi; ô Jupiter! règne dans le ciel». Il serait hors de propos de parler ici des faits glorieux qui ont signalé la carrière de notre Héros; l'histoire en est assez connue: comme nos observations doivent se borner aux monumens que nous expliquons, nous rappellerons seulement les dates qui fixent une époque célèbre dans l'histoire des arts. On place la naissance d'Alexandre l'an Ier de la 106e olympiade, le 6 du mois _hécatombéon_, qui revient au 20 juillet de l'an 356 avant J.-C., vers l'an 400 de la fondation de Rome, la nuit même que le temple de Diane à Ephèse fut incendié. Les historiens sont moins d'accord sur l'époque précise de sa mort; tous conviennent qu'il mourut peine âgé de 33 ans, vers l'an Ier de la 114e olympiade, qui revient à l'an 324 avant J.-C. Cette courte vie parut remplie d'un tel bonheur qu'on s'en forma une idée superstitieuse, d'après laquelle ceux qui portaient l'image d'Alexandre, croyaient devoir réussir dans toutes leurs entreprises; on sait qu'Auguste lui-même se servait de cette image pour cachet. Cette opinion a contribué à en multiplier les copies.
Nous revenons à l'examen de notre beau bronze; l'artiste, en représentant le Héros combattant à cheval, la tête nue, a, sans doute, voulu conserver tous les traits et le caractère de la tête, en-même-temps qu'il démontre l'intrépidité du guerrier. Il est armé d'une épée, et cette épée rappelle le fer admirable par sa trempe et sa légèreté, présent du Roi des Citiéens, et dont Plutarque le représente armé la bataille d'_Arbelle_; cet auteur fait aussi mention d'un riche ceinturon, ouvrage antique d'Hélicon, présent de la ville de Rhodes; le Roi en porte un sur sa cuirasse. Sur son épaule est suspendue la chlamide macédonienne, différente de l'ancien manteau des temps héroïques, dit _Chlaina_, en ce qu'elle est plus large par le bas. Pompée, qui trouva la chlamide d'Alexandre parmi les richesses de Mithridate, en fit l'un des plus beaux ornemens de son triomphe. Cette chlamide est encore célèbre, en ce que l'architecte Dinocrates en donna, par adulation, la forme au plan d'Alexandrie. Le cheval, richement harnaché, offre, dans sa tête animée, dans son large poitrail, l'idée du fameux Bucéphale; il se trouve _rassemblé_ par l'arrêt que le héros lui imprime, prêt à foudroyer un ennemi; l'attitude donnée au héros est aussi hardie que savante.
Trouvé à _Portici_ en 1761.
FIG. I.--Hauteur, 1 P. 6 p°.
FIG. II.--Hauteur, _idem._
PLANCHES XXXIV et XXXV (_P. 63, 64, t. VI de l'Édition royale._)
Une Amazone à cheval, prête à lancer un javelot, est le sujet de ce bronze dont nous donnons un double dessin. Quelques auteurs ont regardé l'histoire des Amazones comme fabuleuse: elle est liée à l'histoire des temps héroïques; sous ce rapport, elle appartient aux arts; et, sans entrer dans les discussions des critiques, nous devons la considérer comme consacrée par les monumens. Cette nation de femmes guerrières semble s'éteindre ou se perdre dans l'obscurité, après sa reine Thalestris qui se présenta à Alexandre pour avoir une postérité d'une si belle source: c'est, en effet, l'époque où les progrès des sciences et des lumières mettent un terme aux belles fictions dont s'emparait le génie de la poésie et des arts. _Marpésie_ est leur première reine en Scythie; elle eut quatre filles célèbres, _Orithye_, _Antiope_, _Melanippe_ et _Hippolyte_. Hercule pénétra dans leur pays en l'absence d'Orithye; il désarma Melanippe, arracha à Antiope sa ceinture, sauve-garde ou symbole de la virginité dont les Amazones étaient extrêmement jalouses. Hippolyte fut prisonnière de Thésée qui l'épousa; la vengeance arma ses compagnes; de-là cette célèbre guerre des Amazones dans l'Attique, guerre qui devint l'objet des fameuses peintures du Pécile à Athènes. Après Orithye régna Penthésilée, qui fut tuée par Achille au siège de Troie: ce combat est représenté sur les pierres gravées. L'un des plus beaux ouvrages de Phidias était son Amazone appuyée sur une longue lance. Dans un vase grec admirable, du cabinet de M. Durand, illustré par MM. Visconti et Millin, on voit Hippolyte à cheval, armée de la lance, combattant contre Thésée. L'arme la plus ordinaire des Amazones est la hache à deux tranchans; on les voit aussi avec l'arc et le javelot comme dans notre bronze même. Presque tous les Grecs s'accordent à dire que les Amazones se brûlaient la mamelle droite pour être plus habiles à tirer de l'arc, et que leur nom dérivait de cette mutilation. On voit, malgré cela, dans les monumens, les Amazones avec la mamelle droite bien entière, mais découverte, comme on le remarque ici. L'arme défensive de ces guerrières était le bouclier échancré en forme de croissant (_pelta_). La nôtre porte un cothurne qui ne revêt qu'une partie de la jambe, et qui laisse le pied à découvert. Son vêtement est la robe courte avec la ceinture. Son attitude est pleine d'aisance; elle manie son cheval avec dextérité, et le coursier impétueux obéit bien à la main qui le guide. Le harnais est composé d'une selle plate à laquelle tient le poitrail, d'une large sangle, et d'une bride complète avec le mors. Ce grouppe est d'une belle exécution.
Trouvé dans les premières fouilles de Portici.
FIG. I.--Hauteur, 9 pouces. FIG. II.--Hauteur, _idem._
PLANCHE XXXVI. (_P. 66, t. VI de l'Édition royale._)
Ce beau cheval de bronze est le seul morceau entier et bien conservé, d'un quadrige découvert en 1736 dans les fouilles de Résine, près le théâtre. On sait que les quadriges se plaçaient en l'honneur des dieux, ainsi que des généraux qui avaient bien mérité de la patrie, sur le sommet des temples et des arcs-de-triomphe, dans le _forum_ et dans les lieux les plus remarquables d'une cité: il est vraisemblable que celui-ci décorait le portique du théâtre. La caisse du char était d'un excellent travail: nous donnons dans la planche suivante trois figures qui servaient d'ornement à cette caisse.
Ce cheval, dont la conservation a paru merveilleuse au milieu du désastre qui a mis en pièces ses compagnons, a été placé au milieu de la cour du Musée royal de Portici, avec cette inscription imitée de celle qu'on lisait en Elide, au rapport de Pausanias, sur une colonne de bois, seule échappée de l'incendie du palais d'Enomaiis, embrâsé par la foudre:
EX QVADRIGA ÆNEA SPLENDIDISSIMA CVM SVIS JVGALIBVS COMMINVTA AC DISSIPATA SVPERSTES ECCE EGO VNVS RESTO NONNISI REGIA CVRA REPOSITIS APTE SEXCENTIS IN QVÆ VESVVIVS ME ABSYRTI INSTAR DISCERPSERAT MEMBRIS.
Hauteur, 7 pieds.
PLANCHE XXXVII. (_P. 67, 68 et 69, t. VI de l'Édition royale._)
Les trois figures réunies dans cette planche sont de bas-relief, et servaient d'ornement à la caisse du char dont nous avons fait mention dans l'explication précédente.
FIG. I. _Junon Reine_, dont l'attribut distinctif est ici la couronne radiée. L'expression sérieuse de la figure, l'austérité du costume, conviennent encore au caractère de cette Déesse, mais sur-tout l'agencement de cet ample manteau qui vient lui former un voile sur la tête. On sait que cette coiffure était celle des matrones, et on la voit très-souvent donnée, sur les médailles, aux images de Junon. Les manches de la tunique sont fermées par un rang de fibules, ornement qui n'est pas rare dans les monumens antiques.
FIG. II. _Jupiter imberbe_. Cette figure n'est pas celle d'Apollon, comme les Académiciens d'Herculanum penchaient à le croire; elle n'en a aucun des attributs; la forme de la chevelure et le jet du manteau conviennent à Jupiter; la draperie d'Apollon, dans les figures demi-nues, est une chlamyde. L'attitude est celle que nous présente un grand nombre d'images de Jupiter; la foudre était dans la main droite, la patère dans la gauche: on voit presque toujours Jupiter avec une barbe majestueuse et touffue; mais on l'adorait aussi comme enfant, adolescent et jeune homme: on le trouve imberbe dans quelques monumens assez rares à-la-vérité. Cette privation de la barbe est surtout reconnue par le nom d'_Axur_, sous lequel Jupiter était révéré chez les Grecs et chez les Romains. Ici il se présente, selon l'opinion de M. Visconti, une raison de plus pour représenter ce Dieu sans barbe; c'est que l'intention de l'artiste peut avoir été d'offrir, sous l'emblême de la Divinité, quelqu'empereur romain. Nous en verrons un exemple authentique dans la _planche XLIII_ de ce volume. On pourrait, peut-être, également retrouver une princesse romaine, dans la figure de Junon.
FIG. III. La tête de ce _dieu Mars_ est évidemment un portrait romain, et vient à l'appui de notre première conjecture. Les Romains n'ont que rarement représenté ce Dieu à demi-nu, avec la chlamyde seule, la lance à la main et le casque en tête: leurs médailles lui donnent la cuirasse, et l'offrent tout armé, à-peu-près comme il est ici.
FIG. I.--Hauteur, 2 P. 1 p°.
FIG II. et III.--Hauteur, 2 P. 1 p°. 8 lig.
PLANCHE XXXVIII. (_P. 71, t. VI de l'Édition royale._)
Les Canephores dont nous avons déjà parlé dans le Ier volume de cet ouvrage, étaient, à proprement parler, de jeunes Athéniennes qui, dans les fêtes de Minerve, portaient dans des corbeilles des objets sacrés et peu connus: on a donné ensuite ce nom à celles qui, dans les fêtes de Bacchus et de Cérés, portaient aussi les cistes mystiques et les corbeilles où étaient renfermées les offrandes et les choses destinées aux sacrifices. Le développement que donnait aux grâces naturelles du corps l'attitude et le mouvement de ces femmes religieuses, choisies parmi les plus nobles et les plus belles d'une cité, offrait des modèles aux artistes qui se plaisaient à les répéter. Les objets que doivent porter ces figures manquent souvent dans les monumens, soit par les ravages du temps, soit par une négligence des artistes. Le nom de Canephores ou de Cistophores, porteuses de corbeilles ou de cistes mystiques, semble être devenu un nom de convention, leurs fonctions pouvant être de porter tout autre objet, comme un vase, une aiguière, et leur dénomination variant alors chez les anciens Grecs, suivant les attributs. Ainsi Pline a nommé _la Canephore_ une statue de Scopas; et Cicéron décrit, sous le même nom, deux statues de bronze, ouvrage de Polyclète, volées par Verrès. Celle que nous avons sous les yeux porte les cheveux longs, arrangés avec soin, resserrés sur les épaules avec un ruban, et frisés par le bout en longs anneaux; cette particularité la distingue des ménades et des pleureuses dans les fêtes d'Adonis, qui portaient leurs cheveux longs et épars, les unes en signe de fureur, les autres en signe de deuil; son vêtement qui lui laisse les bras nus, est composé d'une tunique longue et d'un _peplum_.
Trouvée, ainsi que les suivantes, dans les fouilles de Portici.
Hauteur, 5 P. 8 p°.
PLANCHE XXXIX. (_P. 70, t. VI de l'Édition royale._)
Les Canephores étaient assistées dans les processions par des personnages d'un rang inférieur. Les étrangers qui formaient à Athènes une classe à part, sous la dénomination d'_Epelydes_, n'étaient admis aux sacrifices qu'en faveur de ce service; les hommes portaient des vases, leurs femmes une _hydria_ ou aiguière, et leurs filles un parasol, un siège pliant ou d'autres ustensiles. Ils payaient un certain tribut pour ces privilèges, qui étaient plutôt une marque de bienveillance que d'orgueil de la part des Athéniens. En rapportant cet usage, qui pourrait expliquer quelque figure antique, nous n'en ferons point d'application à ces deux figures; les ranger dans la classe des Epelydes, ce serait donner une conjecture trop hasardée, et que ne peut motiver suffisamment la situation de leurs mains. Il n'y a aucun motif qui porte penser ici aux cérémonies des Panathénées, et nous nous bornons à considérer ces figures comme de jeunes femmes employées à une pompe ou cérémonie religieuse.
FIG. I.--Hauteur, 5 P.
FIG. II.--Hauteur, 4 P. 9 p°.
PLANCHE XL. (_P. 78, 74, t. VI de l'Édition royale._)
Nous donnons deux dessins de cette statue pour faire voir l'ajustement du petit _peplum_, espèce de manteau particulièrement à l'usage des femmes, qui descendait jusqu'à la ceinture, et s'attachait sur les épaules avec des agraffes. Cet habillement laissait les bras découverts, et quand la tunique était sans manches, comme dans ce bronze, on disait de ce costume, _aller à la dorique_. Cet usage était celui des filles de Sparte, qu'une humeur austère semblait plutôt défendre, que ne faisaient les voiles de la pudeur. Un étranger s'écriait en voyant passer une Spartiate: Ah! quel beau bras!--Mais il n'est pas public, répondit-elle. Quand les tuniques avaient des manches, on appelait le vêtement à l'ïonienne; c'était la mode suivie à Athènes. Ce bronze nous paraît représenter une Canephore, ou une femme qui s'apprête pour une cérémonie religieuse. Ses cheveux flottent en longs anneaux sur son cou, et sa tête est ceinte d'un riche diadême.
Hauteur, 5 P. 5 p°.
PLANCHE XLI. (_P. 76, t. VI de l'Édition royale._)
Le costume de cette figure semble la ranger dans la même classe que les précédentes; il est cependant plus riche. Le diadème qui ceint sa chevelure ondoyante est parsemé de pierreries, représentées dans le bronze par des ornemens relevés en argent; c'est la couronne que Virgile donne aux princesses royales (_Æn. I, 659._) Les bouts du diadème sont réunis et cachés par un nud formé avec les cheveux; la tresse employée à cet usage laisse à découvert le milieu du cou, sur lequel flotte avec élégance le reste des cheveux divisés en boucles. La tunique longue est ornée par le bas d'un bord couronné de rayons; les mêmes rayons se trouvent répétés au bas du manteau, dessus et au revers. Cette femme, qui est une prêtresse ou un personnage de grande distinction, paraît occupée d'une cérémonie sacrée, à laquelle on doit attribuer la pose remarquable dans laquelle elle étend les deux bouts de son manteau. Le bout qui enveloppe la main gauche, dont on distingue les doigts, indique que l'étoffe est transparente.
Hauteur, 5 P. 2 p°.
PLANCHE XLII. (_P. 76, t. VI de l'Édition royale._)
Le petit _peplum_ des femmes grecques n'était pas toujours succinct; il avait quelquefois des aîles qui descendaient jusqu'aux talons. Dans notre bronze, on voit le manteau court par devant, tomber par derrière jusqu'à terre. C'est une prêtresse ou une femme représentée dans une action religieuse. L'attitude des mains renversées et tournées vers le ciel, pourrait se rapporter à la prière; mais elle n'est cependant pas assez prononcée pour qu'on y reconnaisse absolument cet acte de piété. La prière se trouve indiquée sans équivoque dans d'autres figures de femmes, auxquelles Pline a donné le nom d'_adorantes_, et dont M. Visconti a indiqué dans ses uvres plusieurs copies antiques: un objet que tiendrait la figure entre ses mains, comme une bandeau sacré (_vitta_ ou _infula_) pourrait aussi expliquer son attitude. Les figures précédentes sont pieds nus; celle-ci porte une espèce de sandales pour chaussure.
Hauteur, 3 P. 10 p°.
PLANCHE XLIII. (_P. 77, t. VI de l'Édition royale._)
Le sceptre et la foudre caractérisent ce beau bronze de proportion colossale, pour une statue de Jupiter, et c'est _Auguste_, le maître du monde, dont les traits sont ici divinisés avec les attributs du maître des Dieux. Tous les poètes contemporains ont appelé Auguste _dieu_ ou _divin_. Il eut de son vivant même, dans les provinces de l'empire, des temples et des prêtres comme une divinité. On doit être peu surpris de le voir paraître ici avec les emblêmes de la puissance de Jupiter. Il faut attribuer cette idée au respect qu'imprimait sa puissance, qui parut surnaturelle à tout l'univers soumis. Dans les médailles d'Auguste, les mêmes signes, une étoile et la couronne radiée sont les marques de l'apothéose; dans ces médailles, quoique frappées après sa mort, on le voit représenté avec les traits de la jeunesse, quand il est surnommé _Divus_. Qu'il soit imberbe, lorsqu'il paraît sous la figure de Jupiter, il n'y a rien de contraire aux traits caractéristiques de la divinité, comme nous l'avons fait remarquer dans une explication précédente, _pl. XXXVII_ de ce volume. Notre Auguste porte une bague au doigt annulaire de la main gauche. On donnait l'anneau aux figures des rois et des héros; nous l'avons vu au doigt de Thésée (_tome I, pl. V_); il est plus rare de le trouver au doigt d'une divinité: l'anneau de la statue porte pour signe la forme du _lituus_, ou bâton augural. Les empereurs romains étaient revêtus de la dignité d'augures. Ce bronze fut trouvé en 1741, dans les fouilles de Résine; il était placé dans un temple ou plutôt dans un _forum_, qu'on peut supposer avoir été la cour de la basilique augustale d'Herculanum (_curia basilicæ augustæ_): on sait que Naples possédait un monument consacré sous ce titre. La statue était placée au milieu de l'édifice; c'est ce qu'on appelait _templum tenere_, expression qu'on retrouve dans Virgile à propos même d'Auguste (_Georg. III, 16_). On doit encore attribuer à cette situation la proportion colossale de la statue.
Hauteur, 9 Pieds.
PLANCHE XLIV. (_P. 78, t. VI de l'Édition royale_)
Cette autre statue colossale, érigée en l'honneur de l'empereur _Claude_, est d'un excellent travail, et fut trouvée avec celle d'Auguste dans le même lieu. Auguste est représenté comme une divinité, et Claude comme un héros; c'est ce qui paraît par la nudité totale du corps et le sceptre ou bâton de lance (_hasta pura_) sur laquelle il s'appuie. Le bâton de lance était originairement un prix décerné à la valeur par les généraux romains (_Polybe VI, 37_); il devint ensuite un signe d'honneur: on remarque ce signe sur les médailles qu'Auguste fit frapper en l'honneur de ses petits-fils, Lucius et Caïus Cæsar, princes de la jeunesse. Le bâton de lance et la nudité distinguaient les statues héroïques auxquelles les jeunes gens des gymnases servaient de modèles, et qu'on nommait du nom d'Achille, achilleæ (_Plin. XXXIV, 5._) L'empereur porte au doigt annulaire une bague avec le signe du _lituus_, comme dans le premier bronze. L'inscription qu'on a trouvée sur une lame de bronze qui revêtissait la base sur laquelle la statue était posée, confirme les rapprochemens que l'on peut faire de la tête avec les traits connus de Claude. Voici l'inscription telle qu'elle est figurée sur la base, avec les lettres suppléées pour en donner le sens parfait:
TIberio. CLAVDIO. DRVSI. Filio. CAISARI. AVGVSTo. GERMANICO. PONTIFici. MAXimo. TRibunitia. PotesTate. VIII. ImPeratori XVI. COnsuli IIII. PatRi. PATRIæ. ceNSori. EX TESTAMENTO.... mESSI. Lucii Filii Marci Nepotis SENECÆ. MILITis. COHORtis. XIII. VRBANÆ ET DEDICATioNI. EIVS. LEGAVIT MVNICIPIBus SINGVLIS. HS. IIII. Nummos.