Antiquités d'Herculanum, Tome V. Bronzes

Chapter 2

Chapter 23,667 wordsPublic domain

Les connaisseurs ont regardé cette statue comme l'ouvrage en bronze le plus précieux et le plus parfait qui reste de l'antiquité, digne en quelque sorte d'entrer en comparaison avec les chefs-d'œuvre de la sculpture en marbre. Pline, parmi les nombreuses statues en bronze les plus estimées de son temps, cite les Mercures de Polyclète, de Naucydès, de Cephissodore et de Pisicrate; c'est une chose vraîment remarquable que, de tant de fameuses statues de bronze de Polyclète, de Silanion, de Pythagoras, de Lysippe et d'autres excellens statuaires, aucune ne soit parvenue jusqu'à nous. On doit, sans-doute, en attribuer la cause aux incendies, aux saccages dont les cités, et Rome particulièrement, furent si fréquemment la proie, et sur-tout à l'avidité des barbares qui ne voyaient que du métal dans les œuvres du génie; le marbre, inutile pour eux, fut plus respecté, et des merveilles de l'art qui ont survécu à tant de nations, font encore aujourd'hui la gloire de celles qui les possèdent. Ce Mercure, ainsi que d'autres monumens plus fragiles, que nous avons déjà exposés, n'a dû sa conservation qu'à l'engloutissement d'une cité toute entière, qui, après plusieurs siècles, rend toutes ses richesses à la terre d'où elle avait été effacée. Oh! combien il est consolant pour le génie qui tend à l'immortalité de voir par quels miracles dans tout l'univers la gloire des arts échappe encore au temps destructeur!

Trouvé à _Portici_, le 3 août 1758.

Hauteur, 4 Pieds.

PLANCHE XV. (_P. 31, t. VI de l'Édition royale._)

Voici la même statue de Mercure que nous offrons sur un autre point de vue. Les aîles au talon, se trouvant le seul attribut de la figure, auraient pu la faire prendre pour l'image de Persée, si de la comparaison des monumens, il ne résultait une opinion bien établie en faveur du messager des Dieux. On voit dans Béger (_Thes. Brand, t. III, p. 236_) une figure semblable assise sur un rocher, n'ayant pour tout attribut que les talonnières et une bourse à la main, qui ne peut convenir à Persée. Notre Mercure tient dans la main droite un fragment qui paraît appartenir au caducée ou à la verge avec laquelle le Dieu conduisait les ames aux enfers. L'état de repos ne paraît pas convenir à ce messager si bien employé; cependant ce choix d'attitude, quoique rare, n'est pas sans exemple; Pausanias (_II, 3_) fait mention d'une statue de bronze que possédaient les Corinthiens, représentant Mercure assis, ayant à ses côtés un bélier. Béger donne encore une très rare médaille de Tibère, où l'on voit au revers Mercure assis sur un promontoire; l'antiquaire observe qu'en Afrique, sur le _promontoire de Mercure_, était située la ville de _Clupea_, à laquelle appartient peut-être cette médaille. On élevait des temples sur les promontoires, et on y consacrait des statues de Mercure; on regardait, sans doute, ces lieux comme un point de repos pour le divin messager. Ainsi Virgile le peint se reposant sur le mont Atlas, et de-là se précipitant vers les flots comme un oiseau (_Æn. IV, p. 252_). Le poète l'appelle _Cyllénius_ du mont Cyllène en Arcadie, où Mercure était né; ce lieu lui était cher, et peut encore servir à motiver la pose où il est ici représenté. Nous devons observer que le rocher est moderne; on n'a point trouvé la pierre ou le bronze antique qui servait d'appui à la figure; mais la restauration paraît suffisamment justifiée par toute l'attitude.

Hauteur, 4 Pieds.

PLANCHE XVI. (_P. 35, t. VI de l'Édition royale._)

On reste indécis, après avoir examiné ce bronze, s'il représente Mercure ou Persée; les attributs du Dieu et du Héros peuvent aisément se confondre. On voit le plus souvent Mercure coiffé du chapeau, ou Pétase aîlé, rarement le fils de Danaé porte ce chapeau: cependant c'est quelquefois son seul attribut, et quelquefois le fils de Maïa n'en a pas d'autre que les talonnières. Béger a publié un Mercure avec le diadème (_Th. Brand. t. III, p. 236_). Cet ornement qu'on remarque ici paraîtrait devoir plutôt appartenir au roi d'Argos. La figure portait, sans doute, quelque objet qui l'aurait fait reconnaître d'une manière plus assurée: à considérer le mouvement de la main repliée, on pourrait présumer que l'objet qu'elle renfermait était rond; si l'on suppose que c'était une pomme, il faut se décider en faveur de Mercure apportant au berger Pâris la pomme qu'il doit décerner, pour prix de la beauté, à l'une des trois Déesses.

Ce superbe bronze se voit actuellement à la Malmaison, dans le Cabinet de S.M. l'Impératrice et Reine.

Hauteur, 2 P. 8 p°.

PLANCHE XVII. (_P. 36, t. VI de l'Edition royale._)

La beauté, la délicatesse des formes, mieux encore que le thyrse, font reconnaître dans cet excellent bronze, une figure de Bacchus. Ses cheveux longs et relevés avec une sorte de négligence appartiennent encore à ce même caractère de mollesse: «Toujours semblable à lui-même, ses traits répondent à sa nature; parmi les garçons c'est une fille, parmi les filles c'est un garçon; parmi les adultes il est imberbe; il charme toujours (_Arist. H. in Bacc. p. 53_)». Sa main élevée avec grâce paraît devoir tenir un vase. Ce Bacchus rappelle celui du tome II des peintures, pl. 33.

Hauteur, 1 P. 4 p°.

PLANCHE XVIII. (_P. 38, t. VI de l'Edition royale._)

Nous avons déjà eu occasion de faire remarquer les traits caractéristiques auxquels on peut distinguer entre eux les Faunes, les Satyres et les Silènes, dont les attributs ont été souvent confondus. (Voyez _Peint, tom. I, pl. 16._). Ce bronze représente un Faune, dont l'action vive et pétulante fait le caractère; comme un air sauvage, le front étroit, les oreilles longues et la queue au bas du dos, en désignent l'espèce: la queue est sur-tout leur signe distinctif. On rencontre souvent, dans les monumens bachiques, ces figures exprimant la joie folle et emportée de l'ivresse. Les Faunes représentaient les antiques et sauvages habitans des campagnes et des forets. Vêtus de la dépouille des bêtes fauves, laissant à ces peaux les parties saillantes, comme les oreilles, les pattes et la queue, l'imagination a pris plaisir à confondre cet extérieur bizarre avec leurs personnes; c'est ainsi qu'on se forma l'idée des Centaures, en voyant les premiers hommes à cheval. Ces images enfantées par la peur ou par la superstition, furent consacrées par le langage métaphorique des poètes, et ce qui demeura, pour les sages de l'antiquité, un emblême ingénieux du dérèglement des passions, fut, pour le vulgaire, l'objet d'un culte extravagant. Tous les êtres monstrueux dont on forma la suite de Bacchus, se perpétuèrent encore dans l'imagination par les représentations théâtrales; et les poètes se servirent adroitement, et souvent avec trop de licence, de ces personnages, pour répandre à pleines mains le sel de leurs sarcasmes. C'est cet abus choquant dans un siècle plus poli, qu'Horace a combattu en réglant le caractère convenable aux Faunes introduits sur la scène (_Art. poét. 244._).

Hauteur, 8 p°.

PLANCHE XIX. (_P. 40, t. VI de l'Édition royale._)

Ce beau bronze représente encore un jeune Faune; assis sur un tas de pierres, un bras replié sur la tête, l'autre pendant, il est dans l'abandon du sommeil. Outre les cornes naissantes, il a sous le cou deux excroissances de chair en forme de _figues_, semblables à celles qu'on remarque quelquefois dans les chevreaux; ce signe est commun aux Faunes et aux Satyres. Delà est venu, chez les Latins, le nom de _Ficarius Faunus_ donné au dieu Faune.

Hauteur, 3 P. 6 p°.

PLANCHE XX. (_P. 41, t. VI de l'Édition royale._)

Ce bronze, d'un goût et d'un fini précieux, représente un Marsyas, ou, pour s'exprimer plus généralement, un Silène; la couronne de lierre (dont les feuilles sont en argent); les oreilles de chèvre, seul signe qui s'écarte de la nature humaine, le front chauve, la barbe épaisse, et la maturité de l'âge qui se fait sentir dans le visage et dans tout le corps, tout concourt à le caractériser. La position des mains et des doigts, la contraction de la bouche et les plis du front indiquent qu'il jouait de la flûte, quoique l'instrument soit perdu. Le socque qu'il a sous le pied droit paraît destiné marquer la mesure, et c'est peut-être le _Crupèze_ décrit par Pollux (_VII, 87_) dont les Béotiens se servaient habilement, et qui les faisait appeler _Crupezophores_.

Hauteur, 10 pouces.

PLANCHE XXI. (_P. 42, t. VI de l'Édition royale._)

Ce bronze est compté parmi les plus belles statues du Musée Royal; c'est un Silène ou un Faune étendu sur une peau de bête fauve, et appuyé sur une outre. L'abandon de l'ivresse ne peut être rendu avec plus de vérité, et la nature de ce suivant de Bacchus a permis à l'artiste de la montrer, pour ainsi-dire, dans toute sa nudité. Il est encore bien caractérisé par le diadême et les corymbes, par les oreilles pointues et les deux excroissances qui lui pendent sous le cou. Anacréon (_Od. 38_) se compare à Silène, qui, quoique vieux, boit et danse à l'égal des jeunes gens, et qui, pour sceptre, tient une outre au-lieu de la férule. Si notre Silène ne s'est point fait un sceptre de son outre, il s'en fait un coussin digne de son trône et de sa joyeuse indolence.

Hauteur, 4 P. 6 p°.

PLANCHE XXII. (_P. 43, t. VI de l'Edition royale._)

Nous donnons un second dessin du Silène ivre, qui fait le sujet de la planche précédente. On saisira mieux, dans celui-ci, toute l'expression et le geste remarquable que fait le personnage bachique avec les doigts de la main droite. L'index déployé, il presse le doigt du milieu sur le pouce pour produire ce claquement, signe de mépris et d'insouciance. Ce jeu des doigts était une circonstance remarquable dans la célèbre statue de Sardanapale, décrite par Aristobule, chez Athénée (_XII, 7_). La statue en marbre de ce roi voluptueux était élevée sur son tombeau; il faisait ce même geste; dans l'inscription on lisait: _Mange, bois, divertis-toi_; et le geste semblait dire: Tout le reste ne vaut pas cela.

Hauteur, 4 P. 6 p°.

PLANCHE XXIII. (_P. 44, t. VI de l'Edition royale._)

Cette figure curieuse servait à la décoration d'une fontaine, découverte dans les fouilles de Portici au mois de décembre 1754; elle tenait le milieu parmi dix autres plus petites, toutes servant au dégorgement des eaux. Le vieux Faune ou Silène, comme on voudra l'appeler, couronné de lierre, la barbe divisée en longues moustaches, est à cheval, d'un air très-sérieux, sur une outre qu'il tient par les oreilles, et dont la large bouche donnait passage à l'eau. Il se tient en bon écuyer, le corps droit et les jambes pendantes, approchant du ventre de sa monture, ses talons armés d'une chaussure grossière. Ces figures bachiques étaient souvent employées à répandre les eaux des fontaines. Le caprice de l'artiste en variait à son gré les intentions. Si l'on voulait supposer ici quelque intention allégorique, on pourrait rappeler le proverbe grec: «Le vin est un bon cheval pour qui a du chemin à faire»; mais il faudrait penser aussi que le bon Silène croit tenir entre les jambes une outre plus généreuse, et qui épanche autre chose que le trésor des nymphes.

Hauteur, 1 P. 3 p°. 6 lig. [Illustration 62]

PLANCHE XXIV. (_P. 45, t. VI de l'Édition royale._)

Comme le précédent, ce Faune ou Silène faisait partie de la décoration dont nous avons parlé; couronné de lierre, ayant des oreilles de chèvre, la barbe longue et bouclée, sa corpulente virilité n'a rien de plus gracieux. L'eau s'épanchait de l'outre sur laquelle il s'appuie. De l'usage fréquent de ces figures était dérivé le nom de _Silanus_ (le même que _Silenus_) pour exprimer le tuyau d'une fontaine.

Hauteur, 11 pouces 7 lignes.

PLANCHE XXV. (_P. 46, t. VI de l'Édition royale._)

Autre Faune de la même fontaine. On remarque en lui les mêmes attributs bachiques, les mêmes signes de virilité, exprimés dans ses compagnons. Cette poitrine large, hérissée de poils, ne désigne pas seulement une nature robuste et sauvage, c'est aussi l'emblème des qualités généreuses qui suivent une forte complexion, le courage, la prudence et la sagesse. Homère et les anciens poètes se plaisent, dans leur langage mâle et naïf, à peindre les grands cœurs sous cette rude enveloppe. Si l'observation n'a point d'application pour ces figures muettes et grotesques, on pourra cependant se souvenir que le masque de Silène en est, pour ainsi-dire, le type, et que ce précepteur de Bacchus est l'un des premiers sages de l'antiquité. Notre Faune caresse une panthère qui vomissait de l'eau; un autre Faune semblable lui servait de pendant.

Hauteur, 1 pied 8 lignes.

>PLANCHE XXVI. (_P. 47 et suiv, t. VI de l'Édition royale._)

Les quatre enfans ou génies que nous rassemblons dans cette planche, faisaient encore partie de la décoration de la fontaine; les instrumens qu'ils portent servaient à en répandre les eaux.

Dans le premier, on reconnaît un petit Faune d'un aspect gracieux; les cornes commencent naître sur son front; d'une main, il tient une corne, vase à boire; de l'autre, un petit outre. On faisait des outres de la peau de divers animaux, et de différentes dimensions; les plus portatives se nommèrent d'abord chez les grecs _ascoi_, ensuite _flascoi_, flacons. Parmi les vases antiques, dits improprement étrusques, on en trouve beaucoup qui ont conservé la forme de ce vase primitif qu'ils ont remplacé.

Les deux autres Génies s'appuient sur un masque supporté par une petite colonne. L'arrangement des cheveux dans ces Génies, mérite quelqu'attention: c'est une coiffure qui appartient l'enfance; elle se nommait vulgairement _scorpion_, de la forme que prenait la touffe de cheveux liés sur le sommet du front, lorsque les pointes se divisaient en deux boucles: les Athéniens l'appelaient aussi _crobilos_, quand la touffe n'offrait qu'une seule pointe conique, ressemblant à une pomme de pin. On remarque cette même coiffure dans les images de la jeunesse, sur les médailles. Nous pourrions considérer ces enfans comme des génies de Fleuves. Les Fleuves n'étaient pas toujours représentés sous la figure d'un vieillard barbu. Le fleuve Agrigente en Sicile, le fleuve Melès de Smyrne, se montraient sous l'aspect d'un enfant riant et gracieux: les médailles nous offrent souvent les Fleuves sous cette image agréable. On sait encore que les jeunes garçons étaient chéris des nymphes; elles enlevèrent Hylas; elles prirent soin de l'enfance de Jupiter, de Bacchus, de Pan, d'Aristée, d'Énée, et de plusieurs autres. L'enfance près des eaux est du-moins un emblême ingénieux de leur fécondité.

Des deux autres enfans, l'un tient un dauphin sous le bras, l'autre porte sur l'épaule un vase, proprement dit _hydria_.

Hauteur, 1 P. 2 p°.

PLANCHE XXVII. (_P. 52, t. VI de l'Edition royale._)

FIG. I. On peut reconnaître un _Dieu Lare_ dans cette figure de style étrusque. Les images certaines des Lares, qui présidaient aux quartiers de Rome, et que plusieurs bas-reliefs, accompagnés d'inscriptions, nous ont fait connaître, ne nous laissent aucun doute sur le véritable sujet de ce bronze. Toutes les collections et les cabinets des curieux en possèdent de semblables, mais ordinairement plus petites. La corne d'abondance est le symbole de la bonté de ces divinités domestiques et locales; la patère paraît demander des libations et recommander leur culte; l'habit succinct les présente comme des ministres des grands Dieux, employés sans cesse à parcourir la terre et à y répandre leurs bienfaits. M. Visconti, dans ses savantes explications du musée Pio-Clémentin (_t. IV, pl. dernière_) a fixé le caractère qu'offrent les images des dieux Lares: nous aurons occasion d'en parler encore au sujet de la planche suivante. La robe gonflée par le vent est une particularité qui semble indiquer que la divinité protectrice est en grand mouvement ou placée dans un vestibule: on remarque encore une draperie qui lui pend sur l'épaule, et dont une partie lui sert de ceinture; c'est une espèce de _palliolum_ ou petit manteau. La chaussure est le socque proprement dit: c'est le soulier qui ne passait pas la cheville du pied, et qui, étant en Italie la chaussure la plus commune, est devenue l'emblème de la comédie; sur le soulier est une languette destinée à recouvrir les attaches: c'est ce qui donne lieu à une plaisanterie d'un poète comique, rapportée par Athénée, et qui, de nos jours, ne paraîtra pas d'un bon sel, «que les femmes ont de la langue jusque sur leurs souliers». (_Ath. XV, 6. p. 677_).

FIG. II. Ce bronze, d'un excellent travail, représente un Echanson, proprement dit _Pocillateur_, tenant d'une main un _rhyton_, terminé en forme d'animal, et de l'autre une coupe. L'habit succinct est relatif à ses fonctions, et le reste de son ajustement rappelle ce que dit Pétrone d'un bel enfant qui servait à table dans le festin de Trimalchion, couvert des attributs de Bacchus; c'est précisément ce qu'on remarque ici dans les brodequins passés sur les souliers, dans le diadème, dans les feuilles et les corymbes de lierre, et sur-tout dans les cornes postiches.

FIG. I.--Hauteur, 1 P. 11 p°.

FIG. II.--Hauteur, 1 P. 2 p°.

PLANCHE XXVIII. (_P. 54, 55, t. VI de l'Édition royale._)

La première de ces figures tenant un _rhyton_ et une patère, ayant une couronne et l'habit succinct, est un dieu Lare; l'autre, plus richement vêtue, la tête ceinte d'une bandelette dont les bouts retombent sur les épaules, paraît être un _Camille_ ou ministre des sacrifices. Les images des dieux Lares n'étaient pas seulement placées dans les carrefours, dans les vestibules et les pièces intérieures des maisons, elles servaient encore à décorer les buffets et les tables mêmes; quand elles ont cette destination, on ne les voit guère sans quelqu'attribut de Bacchus; et le plus commun, le plus caractéristique est précisément le _rhyton_, ce vase primitif. L'usage suivi dans les festins servirait encore appuyer cette opinion, si elle n'avait pour elle l'autorité de plusieurs monumens connus. «Après le premier service, on enlevait les tables, on jetait au feu tous les restes; un enfant appelait les Dieux propices; on apportait de nouvelles tables couvertes de fruits et de vases de vin; on posait les dieux Lares sur la table; quelquefois on les promenait dans la salle en les donnant à baiser aux convives; ensuite on portait les saluts au bon Génie ou Bacchus, aux autres Dieux, et aux hommes qu'on voulait honorer» (_Serv. in Æn. liv. 730.--Petron. cap. 60_). Le respect qu'on portait à ces Dieux familiers, témoins de toutes les actions privées et secrètes, était peut-être le sentiment religieux le plus profond. On peut en voir une preuve dans le soin que fait prendre Virgile au vieux Anchise, de sauver ses dieux Lares de sa ville embrâsée, comme son plus cher trésor.

FIG. I.--Hauteur, 5 pouces 6 lignes.

FIG. II.--Hauteur, 5 pouces 10 lignes.

PLANCHE XXIX. (_P. 56, 57 t. VI de l'Édition royale._)

FIG. I. Ce bronze, d'un excellent travail, représente un beau jeune homme qu'on reconnaîtra facilement encore pour un Camille ou _Pocillateur_ sacré. Il porte un sceau (_situla_) et un éventail formé de plumes, qui désignent ses fonctions; il a l'habit succinct à demi-manches; ses cheveux arrangés avec soin, sont ornés d'une couronne dont les bandelettes retombent sur les épaules. Sa figure est d'une grande beauté, et donne penser que, suivant l'usage rapporté par Athénée, il a été choisi dans la fleur de la jeunesse pour porter les choses sacrées. Les prêtres et les ministres du culte devaient être exempts de toute imperfection; ceux qui approchaient les Dieux devaient leur plaire par un extérieur agréable: c'était un noble hommage qu'on faisait à la Divinité de ses propres dons. «En effet, la beauté est le plus riche de nos biens, le plus agréable aux Dieux et aux hommes; tous les autres font naître l'envie et produisent des ennemis; la beauté se concilie la bienveillance de tous (_Dion. Chris. Or. XXIX_), à moins qu'il n'en soit quelquefois autrement parmi les femmes (_Luc. in char._). Le beau n'est autre chose que ce qui plaît, et ce qui déplaît n'est pas beau (_Xenoph. in conv._).» Cette passion du beau était, chez les anciens, un sentiment religieux, et nous voyons, par leurs ouvrages, combien ce sentiment a élevé et fécondé leur génie.

FIG. II. Ce bronze paraît être d'un bon style étrusque. C'est encore un Camille ou un _Pocillateur_; son action seule peut déterminer son caractère; les palmes tournées vers le ciel conviennent au moment de la prière, il tourne sur la pointe des pieds, et on peut supposer que ce personnage exécute une danse religieuse. Cette action pourrait aussi convenir au danseur d'un banquet; les cheveux bouclés en longs anneaux (_calamistrati_) appartiennent à un personnage de cette profession.

Il paraît que cette dernière figure avait une coupe ou une patère dans la main gauche.

FIG. I.--Hauteur, 8 p°. 4 lig.

Fie. II.--Hauteur, 8 pouces.

PLANCHE XXX. (_P. 58, 59, t. VI de l'Édition royale._)

Nous réunissons, dans une seule planche, ces deux excellentes statues de bronze, qui, opposées l'une à l'autre, forment une action parfaite. Ce sont deux lutteurs en présence qui rassemblent leurs forces dans une pose étudiée, tout prêts à s'attaquer. La description que fait Héliodore (_X, p. 505_) de Théagène s'apprêtant à la lutte, s'adapte merveilleusement au sujet. «Théagène, dit-il, prit de la poussière, s'en frotta les bras et les épaules tout humides de sueur; ensuite, étendant les deux bras en avant, affermi sur les pieds, les genoux un peu pliés, courbant et voûtant le dos et les épaules, fléchissant le cou d'un côté; enfin, renforçant et rassemblant toutes les parties de son corps, il attendait avec impatience le moment de la lutte». En voyant nos athlètes, on retrouve tous les traits de cette vive peinture. Leur beauté répond à l'idée qu'on se forme, d'après les écrits des anciens, des jeunes gens dont la force, la grâce et l'agilité s'étaient développées dans les exercices de la gymnastique, et notamment de la palestre, qui avait pour but de faire valoir tous les avantages du corps. Aucune de leurs formes n'est altérée par l'effort de leur vigueur concentrée, c'est en cela que réside la perfection de cet art: qu'on les anime, la force ou l'adresse décidera de la victoire; mais le spectateur est content, et l'esprit satisfait ne demande rien au-delà de ces belles poses.

Ces deux figures, de grandeur naturelle, ont été trouvées ensemble dans les fouilles de Portici, en 1754; et comme ces sortes de statues servaient de décoration aux gymnases, on est porté à croire que celles-ci ont décoré le gymnase d'Herculanum. Il n'y avait presque point de ville grecque qui n'eût un gymnase. Celui de Naples était très antique et très-célèbre, et une ville aussi florissante qu'Herculanum n'a pas dû être privée d'un tel monument.

FIG. I.--Hauteur, 4 P. 7 p°.

FIG. II.--Hauteur, 3 P. 2 p°.

PLANCHE XXXI. (_P. 60, t. VI de l'Édition royale._)