Antiquités d'Herculanum, Tome IV. Bronzes

Chapter 3

Chapter 33,532 wordsPublic domain

En commençant la série des bustes, nous avons exposé les images de plusieurs personnages illustres dans les lettres et dans la philosophie, que des inscriptions ou des autorités nous ont fait reconnaître avec plus de certitude que nous n'en apporterons dans l'explication des figures qui en forment la suite; celles-ci peuvent généralement être attribuées à des personnages recommandables par leurs vertus guerrières, par leur rang ou par leur fortune. Le bronze que nous avons sous les yeux, comparé avec une tête en marbre noir, expliquée par _Fabri_ (n°. 49) peut, comme ce monument, représenter Scipion l'Africain l'ancien (_P. Cornelius_) qui vainquit Annibal, rendit Carthage tributaire; qui, cité dans sa vieillesse par les tribuns du peuple, refusa de répondre à une accusation dont la honte retombait sur ses concitoyens, et vint mourir à _Liternum_, près de Cumes, aujourd'hui _Patria_. Fabri n'a pas laissé connaître les motifs qui l'avaient déterminé à croire que la tête en question était le portrait de ce grand homme. Le seul motif de l'avoir trouvée à Liternum, où, selon le témoignage de Tite-Live (_XXXVIII, 56_) on voyait le monument de Scipion avec sa statue, n'avait pas paru suffisant aux académiciens d'Herculanum pour leur faire adopter cette dénomination. Ils penchaient, comme a fait depuis Winckelmann, à reconnaître dans les deux antiques, l'Emilien, destructeur de Carthage. M. Carlo Fea, dans ses notes à l'Histoire des Arts de Winckelmann (_t. II, p. 365, Paris, 1802_) a développé d'une manière judicieuse toutes les raisons qui peuvent dissiper les doutes; et, d'après ses discussions, nous ne pouvons nous empêcher de reconnaître dans les têtes en question, le portrait certain de Scipion l'Africain l'ancien.

Hauteur, 1 pied 9 pouces.

PLANCHE XXVI. (_P. 41, 42, t. V de l'Edition royale._)

Les traits de ce bronze offrent une grande ressemblance avec les médailles de Sylla et avec quelques autres monumens antiques qu'on rapporte à ce personnage (_Tesoro. br. tom. II, p. 168.--Fabri, n°. 50.--Morelli, fam. corn. pl. 4, nº 1 et 2.--Mus. rom. sect. II, pl. 56_). Seulement ici on le retrouve plus jeune, différence qui peut rappeler une époque antérieure au consulat auquel il parvint à l'âge de 49 ans. Il s'était déjà rendu célèbre par la guerre contre les alliés, dans laquelle il ruina les mêmes villes où nous avons trouvé tant d'objets précieux, Herculanum, Pompéia et Stabia. Il avait obtenu la couronne civique de _gramen_, pour avoir défait une nombreuse armée avec la perte d'un seul homme, s'il en faut croire ce trait et plusieurs autres semblables d'un bonheur extraordinaire. Ce bonheur frappa tellement ses contemporains, que Sylla en reçut le nom de _Felix_; et, certes, on peut regarder comme la preuve d'un bonheur bien rare, que l'inventeur des proscriptions, celui qui fit périr dans les guerres civiles soixante mille citoyens romains, qui fit massacrer froidement, dans Rome, sept mille de ses concitoyens supplians et désarmés, vécût et mourût tranquillement au milieu de tant d'ennemis, après avoir abdiqué l'autorité. «Jamais sa fortune, dit Salluste (_Bell. Jug. p. 129_) ne fut au-dessus de son habileté, et on a douté s'il fut plus fort ou plus heureux». On remarque bien dans notre bronze l'expression de cette audace et de cette présence d'esprit qui rendirent Sylla victorieux dans toutes ses entreprises, et pour achever de se le figurer, on peut ajouter à ces traits ce qu'en a dit un ancien: «Ses yeux bleus avaient quelque chose de farouche, que la couleur de son visage rendait encore plus terrible; c'était une rougeur âpre comme semée de blanc, ce qui donna lieu à ce mot d'un bouffon d'Athènes: Sylla est une mûre saupoudrée de farine (_Plut. in Syll._)».

Hauteur, 1 pied 10 pouces 6 lig.

PLANCHE XXVII. (_P. 43, 44, t. V de l'Edition royale._)

On ne peut donner sur ce bronze qu'une conjecture très-hasardée, en s'attachant à une ressemblance éloignée avec les médailles de M. Emilius Lépidus, l'un des triumvirs (_voyez Vaillant, fam. Rom., t. I, fam. Æm. 6.--Morelli, fam. Æm. 2. Fabri, n°. 1_). La faveur de César, proclamé dictateur par Lépide, lorsque celui-ci n'était encore que préteur, fut la source de sa fortune. Sans aucun mérite personnel, il fut deux fois consul, triompha sans avoir jamais combattu, se trouva à la tête de plus de vingt légions, incapable de les commander; non-seulement triumvir, mais arbitre de la fortune de ses deux compagnons, il sut si peu faire usage de son pouvoir, qu'il fut dépouillé du commandement par Antoine, qui s'était jeté dans ses bras en suppliant, et réduit ensuite par Octave, qui, seul et désarmé, entra dans son camp et déchira ses drapeaux, à demander qu'il lui laissât seulement la vie. C'est bien à ce personnage qu'on peut appliquer cette épigramme de l'Anthologie: «Non, la fortune n'a point voulu t'élever pour son plaisir, mais seulement pour montrer qu'elle peut tout, puisqu'elle a pu t'élever».

Hauteur, 2 pieds.

PLANCHE XXVIII. (_P. 45, 46, t. V de l'Edition royale._)

Ce beau bronze offre assez de ressemblance avec la figure très-connue d'Auguste, pour faire reconnaître ici cet Empereur (_voyez mus. Cap. t. II, pl. 2_). Octave, neveu de C. César par sa mère, prit le nom de C. Cæsar Octavianus, après avoir été adopté par son oncle, et, par la suite, celui d'Auguste, qui lui fut décerné par le sénat. Le portrait qu'en donne Suétone (_Oct. 79_) peut compléter l'idée qu'on s'en forme d'après les monumens. Ses traits, d'une grande beauté, avaient encore une grâce que l'âge n'altéra jamais; son visage était calme et serein, soit qu'il parlât, soit qu'il gardât le silence; il avait les yeux clairs et brillans, les dents rares, petites et cariées, les cheveux légèrement bouclés et tirant sur le roux, les sourcils réunis, les oreilles médiocres; son nez saillant par le haut, fléchissait par le bas. Il avait le teint brun-clair et était petit de stature. L'inscription grecque qu'on lit sur notre bronze (_Apollonius, fils d'Archias, Athénien_, le _fit_) nous offre un nom que plusieurs artistes ont rendu célèbre. Les principaux sont Apollonius de Rhodes, qui fit, avec Tauriscus, le groupe fameux, dit vulgairement le taureau Farnèse; l'Athénien, auteur du torse du Belveder, mais fils de Nestor et non d'Archias; et un autre Apollonius, dont on lit le nom sur une gemme du musée Farnèse (_Stosch. Pierres gr. pl. 12_) représentant une Diane. Si le nôtre n'est pas le même que ce dernier, il mérite au-moins, au jugement des connaisseurs, de prendre place dans cette liste honorable.

On peut remarquer que l'artiste s'est exprimé dans l'inscription au temps parfait _fit_, et non _faisait_, ainsi qu'on le voit le plus souvent; on a regardé cette locution comme une preuve de confiance que d'habiles artistes se permettaient rarement, comme s'ils n'osaient point croire leurs ouvrages parfaits ou finis; cependant elle n'est pas si rare qu'on a paru le croire d'après Pline, qui n'en reconnaissait que trois exemples, et il serait facile d'en citer un assez grand nombre.

Hauteur, 1 pied 11 pouces 4 lig.

PLANCHE XXIX. (_P. 47, 48, t. V de l'Edition royale._)

Ce buste, trouvé avec le précédent dans les fouilles de Portici, en 1753, semble lui servir de pendant; et si, dans le premier, on reconnaît Auguste, on peut voir dans celui-ci son épouse Livie. Parmi les médailles assez rares qui portent le nom de cette princesse (_Patin, à Suet. cap. 63, XI, n°. 4. Vaillant, num. col. t. I, p. 77_). Plusieurs offrent un rapport assez exact avec les traits et la coiffure de cette figure, pour favoriser cette opinion. La jeunesse qui brille dans les deux têtes, nous offrirait ce couple illustre à l'époque de son union. _Livie Drusilla_, fille de Livius Drusus Claudianus, épousa, à peine sortie de l'enfance, Tibère Néron, dont elle eut Tibère, qui fut ensuite empereur. Son premier fils avait trois ans, et elle était enceinte de son second fils Drusus, quand son mari fut obligé de la céder à Auguste, avec lequel elle avait déjà une intrigue amoureuse. L'oracle consulté sur ce mariage, si nous devions nous en rapporter à Prudence, poète chrétien du 5.e siècle, ne contraria point la suprême puissance, et fit cette réponse adroite qui renferme autant de sel que de complaisance: «Que les torches de l'hyménée ne pouvaient jamais s'allumer plus à propos que lorsque la nouvelle épouse apportait dans l'union conjugale, des marques de sa fécondité». En conciliant les opinions différentes des écrivains, on trouve que Livie n'avait pas plus de vingt ans quand elle passa dans les bras d'Auguste, qui en avait alors vingt-cinq; l'âge des personnages dans les deux bronzes, se rapporte assez à cette remarque. D'autres ont cru voir dans le dernier, Julie, fille d'Auguste et de Scribonia, souvent confondue dans les médailles avec sa belle-mère; mais en laissant des conjectures qui peuvent toujours être combattues, peut-être devrait-on plutôt reconnaître dans ces bustes en forme d'Hermès, quelques divinités, à-moins que l'on ne se plût à considérer cette forme même, comme un signe d'adulation, comme l'indice de l'apothéose.

Hauteur, 1 P. 4 p°. 4 lignes.

PLANCHE XXX. (_P. 49, 50, t. V de l'Edition royale._)

Sans recourir à des conjectures recherchées, on pourrait reconnaître dans ce bronze une tête de Mercure; les cheveux crépus, l'inclinaison de la tête; le rapport facile à saisir entre ses traits et ceux du Mercure précédemment dénommé l'_Antin_, favoriseraient cette explication. On a vu dans la sévérité de cette figure, une expression mélancolique qui convenait au portrait moral de ce neveu chéri d'Auguste, son fils adoptif, ce prince vertueux, digne de la fortune à laquelle il était destiné, moissonné dans la fleur de la jeunesse, les amours du peuple romain: «_Marcellus_ adolescent, dit Sénèque, d'un esprit vif, d'un génie puissant, d'une frugalité et d'une retenue bien admirables dans son temps et dans sa fortune, patient dans le travail, éloigné des voluptés, capable de porter tout le poids que son oncle lui aurait imposé, et pour parler ainsi, tout l'édifice de la grandeur qu'Auguste eut voulu fonder sur lui (_Sen. ad Marc. 2_). Il tomba, et sa vingtième année s'arrêta devant lui (_Prop. III, E. XII, 35_). Jeune homme distingué par sa beauté et ses armes brillantes; mais le front peu joyeux et le visage abattu (_Virg. Æn. VI, 863_)». Si rien ici ne répugne à ce portrait touchant, si quelques gemmes antiques ayant avec notre bronze un grand degré de ressemblance, ont mérité la même application (_Fabri, n°. 87.--Mus. Fiorent, t. I, tav. II, n° 5.--Mus. Cap. t. II, tav. IV, etc._); nous devons dire aussi qu'aucune autorité suffisante ne l'a confirmée, et nous ne rapportons cette opinion que parce que la mémoire se repose agréablement sur un prince regretté de son siècle, et dont la conservation eut peut-être sauvé le peuple romain de l'oppression et de l'avilissement où il tomba sous ses maîtres après Auguste.

Hauteur, 1 pied 7 p°.

PLANCHE XXXI. (_P. 51, 52, t. V de l'Edition royale._)

On a trouvé, dans ce buste, quelques traits de ressemblance avec le buste de _Caïus Cæsar_, fils aîné de M. Agrippa, et de Julie, fille d'Auguste. Ces rapprochemens incertains cèdent à un examen plus exact qui nous fait reconnaître la figure de _Drusus_, fils unique de Tibère. Les traits de ce jeune prince sont bien assurés par les médailles romaines qui présentent sa tête de profil, et ils se rapportent d'une manière évidente à ceux représentés par notre bronze. Né violent et cruel, il a pu, dans le cours d'une vie peu glorieuse, abrégée par le poison, être jugé plus digne de son père que de son rang. Il s'exposa au mépris du peuple, en prostituant sa dignité dans les danses publiques, dans les spectacles et dans la débauche. Indigné de l'élévation monstrueuse de Séjan, il sut trop peu le ménager, et, s'étant emporté jusqu'à le frapper, il augmenta, par la soif de la vengeance, la fureur du ministre, déjà irrité de rencontrer un tel obstacle à son ambition. Séjan s'associa dans son crime, l'épouse adultère du prince, et Drusus mourut empoisonné. Tibère crut long-temps, ou parut croire que la mort de son fils avait été causée par ses excès; et telle était l'opinion qu'on avait de cette cour infâme, que l'on soupçonna l'empereur d'avoir eu part à un crime si odieux; et si, par la suite, ce soupçon s'évanouit, ce fut moins par l'horreur qu'il devait inspirer, que par la connaissance de la vérité, qui éclata par l'aveu de la femme répudiée de Séjan. Tibère déploya alors une sévérité qui ne parut en lui qu'un prétexte de cruauté. Il voulut cependant épargner Livie, mais en vain; Antonia, la mère de la perfide adultère, la fit mourir de faim.

Hauteur, 2 pieds.

PLANCHE XXXII. (_P. 53, 54, t. V de l'Edition royale._)

COMME on avait penché à voir dans le bronze précédent la figure de Caïus Cæsar, on s'attachait à saisir dans celui-ci les traits de ressemblance qu'il pouvait offrir avec les médailles de Lucius Cæsar, son frère puîné (_Noris, p. 86, 92, 164, Patin. Vaill. Morelli_). Ce dernier, mort à Marseille à l'âge de 18 ans, partagea avec son frère, qui ne lui survécut que deux ans, les regrets de l'empereur, regrets si vifs, qu'Auguste ne put s'empêcher de les témoigner dans son testament, en instituant Tibère son successeur, bien qu'il appelle ce dernier moitié de lui-même. C'est à cette affection, plutôt qu'au mérite des deux frères, qu'on doit attribuer cette marque insigne d'adulation que leur donna la colonie de Nîmes, en leur dédiant le beau monument, vulgairement nommé la _Maison quarrée_, qu'on admire encore de nos jours dans cette même ville. On peut voir à ce sujet les savantes dissertations publiées par M. Legrand dans la magnifique édition des Antiquités de la France, sur les dessins de M. Clérisseau, page 64 (_Paris, Didot aîné_, 1804).

En montrant un Drusus à la place de Caïus, nous avons, en partie, détruit l'analogie qui militait en faveur du présent bronze. L'autorité tirée des médailles est, comme on le voit, très-difficile à appliquer aux monumens que le défaut d'inscriptions rend incertains. Sans ce secours, les médailles mêmes exigent une critique très-sévère et très-approfondie. La diversité des artistes, la différence de leur habileté, l'âge successif des personnages représentés, concourent à multiplier les difficultés, et à augmenter l'incertitude. Au-lieu d'un personnage romain, M. Visconti ne serait pas éloigné de reconnaître dans cette antique une tête d'Hercule jeune.

Hauteur, 1 P. 8 p°. 3 lignes.

PLANCHE XXXIII. (_P. 55, 56, t. V de l'Edition royale._)

Si l'induction qu'on a tirée de la comparaison avec plusieurs médailles, rencontre juste (_Haym. t. I, p. 240.--Séguin, Sel. num. p. 319 et autres_), ce buste pourrait être celui de la première Agrippine, dite _majeure_, pour la distinguer de celles qui l'ont suivie, d'Agrippine, fille de M. Agrippa, et de Julie, épouse de Germanicus, femme d'un courage et d'une habileté supérieurs à son sexe: ayant ensemble les vertus d'un grand homme et celles d'une honnête femme, on la vit remplir, contre les Germains, la charge d'un bon capitaine, et sauver l'armée; d'une chasteté impénétrable suivant l'expression de Tacite, son âpre fermeté servit de sauve-garde à sa famille, et la défendit contre Séjan. Exilée par Tibère dans l'île Pandataire, elle donna, en se laissant périr de faim, une dernière preuve de cette rare constance qui fit le fonds de son caractère. Mère trop féconde cependant, et digne d'une meilleure postérité, elle compta parmi ses enfans le farouche Caligula et trois filles incestueuses, dont l'une fut cette infâme Agrippine, mère de Néron. Notre bronze offre encore une ressemblance peu légère avec l'image de cette dernière, bien connue par les médailles, et encore quelque rapport avec le buste suivant de Caligula, circonstances qui viennent à l'appui de notre conjecture.

Hauteur, 7 p°.

PLANCHE XXXIV. (_P. 57, 58, t. V de l'Edition royale._)

Nous avons, dans l'explication précédente, annoncé ce buste comme celui de C. Caligula. Cette dénomination est également confirmée par la comparaison des médailles et par le portrait que les historiens ont laissé de cet empereur, portrait qui s'applique parfaitement au bronze que nous avons sous les yeux. Tout l'extérieur de Caligula répondait à la cruauté brutale et farouche de son âme.

«Il était d'une taille élevée et disproportionnée, ayant le corps énorme, le cou et les jambes extrêmement minces, les tempes enfoncées, les yeux creux et fixes, le front large et irrégulier, les cheveux rares, et manquant sur le sommet de la tête; ajoutez qu'il affectait de rendre atroce une physionomie que la nature n'avait déjà rendu que trop affreuse (_Suet. Calig._ 50); en un mot, son seul aspect était le plus horrible des tourmens (_Sen. de irâ, III_, 18)». Ce monstre, dont aucun autre n'égale l'insolence et la brutalité, qui osa prononcer l'horrible vœu que le peuple romain n'eût qu'une seule tête pour la trancher d'un seul coup, termina sa vie sous les poignards d'une conjuration à l'âge de 28 ans. Élevé dans les camps, Caïus avait reçu le nom de Caligula de celui d'une chaussure, espèce de brodequin, qu'il affectait de porter pour plaire à la soldatesque.

Hauteur, 1 pied 2 pouces.

PLANCHE XXXV. _(P. 59, 60, t. V de l'Édition royale._)

La noblesse égyptienne portait les cheveux bouclés, comme on le voit ici, jusqu'à l'âge de puberté: mais par une fausse application du costume et d'autres remarques, on a attribué des têtes semblables à Ptolomée Apion, roi de Cyrène; cette dénomination s'est trouvée dénuée de fondement, et nous croyons qu'on rencontrera plus juste, en prenant pour terme de comparaison les médailles connues de la première Bérénice, dite la grande, qui, femme d'un obscur Macédonien, devint celle du premier Ptolomée, surnommé Soter. Ne laissant rien à la fortune des faveurs qu'elle put obtenir, elle fixa la couronne sur la tête de son fils Ptolomée Philadelphe, que le roi, par complaisance pour elle, au mépris des enfans qu'il avait eus de ses trois premières femmes, plaça lui-même sur son trône; ce grand prince en descendit après un règne glorieux de trente-neuf ans, disant qu'il était plus beau d'être père d'un roi, que roi lui-même. Les médailles de Bérénice acquièrent toute l'authenticité possible par l'effigie de Ptolomée Soter qu'on voit au revers (_Musée du baron Ronchi_); et en remarquant le rapport qu'elles ont avec notre bronze, nous ajouterons encore que la physionomie de cette figure a une expression douce et délicate, qui ne décèle rien de viril, et qui paraît appartenir à la célèbre reine, avec plus de vraisemblance qu' Ptolomée Appion.

Hauteur, 1 P. 8 p°. 6 lig.

PLANCHE XXXVI. (_P. 61, 62, t. V de l'Edition royale._)

Le rapport qu'on avait cherché entre cette belle tête et celle de Ptolomée Philadelphe, se trouve dénué de fondement. Les médailles de ce prince offrent un portrait tout différent: on se rangera donc avec plus de raison, du sentiment de ceux des académiciens d'Herculanum qui ont cru cette figure celle d'un athlète couronné, ou de l'opinion de M. _Visconti_, qui a démontré le rapport évident qu'elle offre avec les têtes d'Hercule jeune, et particulièrement avec un herméracle à deux faces, du musée Pio-Clémentin (_tome 6, p. 22_). Cette double tête est ceinte d'une couronne _tortillée_, d'où sortent, de distance en distance, des feuilles de peuplier, comme ici on en voit sortir, des feuilles de laurier avec de grosses baies. L'Hermès en question devient encore pour nous d'une grande autorité, en ce qu'il était placé dans un lieu où la jeunesse grecque, après les exercices de la palestre, se ceignait la tête de cette espèce de couronne qu'on doit reconnaître pour un ornement athlétique. Si quelque chose rend ici son espèce moins douteuse, ce sont les feuilles du laurier qui paraît être celui que Pline nomme _laurier Delphique_: «Plus vert, à grosses baies rouges, dont on couronnait à Delphes les vainqueurs, et à Rome les triomphateurs (_XV, 30_)». Ceci pourrait encore servir à confirmer la remarque que nous avons faite au sujet des pommes (_mela_) dont parle l'épigramme de l'Anthologie, rapportée dans cet ouvrage (_tome III, 56_). Ces pommes, ainsi dites par une dénomination générale, ne sont autre chose que les baies du laurier Delphique. Les couronnes athlétiques, différentes des couronnes agonales, auxquelles se rapportent celles garnies de rubans pendants (_lemniscatœ_), sont quelquefois dites _roulées_; alors on peut les regarder comme plus semblables à celle d'une autre tête d'Hercule (_mus. Pio-Clem. à l'endroit cité_) où l'on remarque, de distance en distance, des nœuds en forme de fleurs, tirés des bandelettes qui composent la couronne. Ce sont ces mêmes nœuds qui, selon l'explication qu'en donne Pascalio (_de Coronis, l. III, c. 12_) paraissent désignés par l'expression de _tori_, dont s'est servi Ciceron (_Orat. §. 6._)

Hauteur, 1 P. 11 p°. 2 lignes.

PLANCHE XXXVII. (_P. 63, 64, t. V de l'Edition royale._)

On s'est attaché à saisir quelque ressemblance entre ce beau bronze et la tête qu'on voit avec le nom de Bérénice sur une médaille publiée dans l'édition royale. Plusieurs reines ont illustré ce nom; celle de la médaille serait la seconde Bérénice, femme de Ptolomée Evergète, princesse vertueuse et guerrière, celle qui, au retour du roi victorieux, se coupa les cheveux et les déposa, en accomplissement d'un vœu, dans le temple d'Arsinoé; peu de temps après la chevelure disparut, et l'astronome Conon publia que la chevelure de Bérénice avait été transportée au ciel, où elle formait une constellation de sept étoiles, situées en triangle près la queue du lion, flatterie ingénieuse qui attacha un souvenir immortel au sacrifice de la vanité d'une bonne épouse, et le rendit plus sûrement célèbre que des faits éclatans confiés à des monumens périssables. Si l'on reconnaît ici Bérénice, il faut supposer que la reine prit soin de l'ornement dont elle avait su faire un si beau sacrifice, et qu'elle a recouvré sa parure; les tresses relevées d'une manière élégante viennent former sur la tête une espèce de diadême. La figure a une espression virginale et sévère: et si l'on remarque avec nous qu'elle est d'une beauté idéale, on ne sera pas éloigné, peut-être, de voir dans ce bronze une image de Diane.

Hauteur, 2 pieds 4 lignes.

PLANCHE XXXVIII. (_P. 65, 66, t. V de l'Edition royale._)