Antiquités d'Herculanum, Tome III. Peintures
Chapter 3
Il est à regretter que cette peinture ait subi une grande altération; trouvée avec la précédente, elle en fait le pendant, et se fait remarquer par une touche délicate et un fini précieux. Le sujet est un concert, ou plutôt la répétition d'un concert qui se fait dans le _Choragium_. Cette explication se rapproche de celle des tableaux précédens; les personnages sont couronnés de fleurs et richement vêtus. La joueuse de cithare debout a son instrument attaché au bras avec un ruban, en sorte que le mouvement de ses deux mains est libre; elle touche les cordes avec beaucoup de grâce, et de l'archet et des doigts; le joueur de flûte a les joues resserrées par la bandelette, dite _capistrum_; on voit, sur le devant de sa tunique, cette même pièce de pourpre chamarée d'or, que nous avons remarquée dans la _planche XXVI_; le mouvement de ses pieds indique qu'ils marquent la mesure. Sur un siége, garni d'un riche coussin, est assise une belle femme, un genou passé sur l'autre, à demi-penchée, tenant un volume ouvert, où quelques lignes obscures indiquent des paroles ou des signes représentant les notes du chant; drapée avec élégance, son épaule reste à nu, ainsi que son bras; le double bracelet, les pendans d'oreille et la chaîne à fibules qui descend sur sa poitrine, sont d'or. Les deux figures d'hommes qu'on voit debout derrière elle, paraissent, par leurs couronnes de lierre, devoir faire partie du chur, et prendre leur part au concert.
Hauteur, 1 P. 3 p°.--Largeur, 1 P. 9 lig.
PLANCHE XXXI. (_XLIII, t. IV de l'Edition royale_.)
Des femmes occupées à leur toilette font le sujet de cet agréable tableau. Sachons gré au désir de plaire du soin de la parure; parmi nous et chez les anciens Romains, une aimable émulation a seule été l'aliment du goût; les Grecs ombrageux à l'excès, sur ces matières délicates, avaient des inspecteurs chargés de veiller, dans toutes les réunions, à la décence et à l'élégance des costumes; mais sans doute les _Gynéconomes_ ces agréables magistrats, avaient rarement occasion d'exercer leur censure. Le goût fixa ses modèles sous leur heureuse administration. La mode puise encore dans ce trésor intarissable; inconstante, légère, artificieuse, elle étale à nos yeux les richesses de l'antiquité, et, tous les jours rajeunie, nous paraît fraîche et nouvelle. Sur une table de forme élégante, repose un objet à demi-effacé, qui paraît être cette cassette précieuse renfermant tout l'arsenal féminin (_mundus muliebris_). Quelle autre qu'une initiée pourrait nombrer tous ces instrumens qui, sous des noms différens, servaient à l'art de la coiffure, et ces charmes auxiliaires qui variaient, au gré des amans, les couleurs d'une belle, ou le trompaient pour lui plaire! L'adroite esclave qui possédait les secrets de cet art, était la _Cosmetis_. Celle qui savait rendre les cheveux dociles, en faisant éclater en rosée quelques gouttes d'eau, était la _Psecas_. La suivante qui coiffe la jeune fille, paraît mériter ce nom; celle-ci est richement vêtue; sous son manteau bleu-céleste, passe une tunique couleur de laque, ornée d'une large broderie; ces garnitures étaient appelées _acupict_, peintes à l'aiguille; leur usage, comme nous l'avons déjà observé, semble être venu de la _Phrygie_. La belle femme assise avec gravité sur un siége magnifique, est parée avec beaucoup d'élégance; son voile qui descend de la tête, et qu'elle soutient entre ses doigts, est d'une couleur dorée. Son premier habit est d'un tissu blanc, dont la transparence laisse briller sa carnation délicate; son manteau est couleur de laque; d'un bras elle retient contre son sein une jeune fille, dont la draperie élégante est blanche et jaune. C'est sans doute une mère avec ses deux enfans: la noblesse d'un côté; de l'autre, la grâce et l'ingénuité désignent des personnages de distinction dans l'intérieur de leur palais.
Hauteur, 1 P. 2 p°. 3 lig.--Largeur, 1 P. 1 p°. 2 lig.
PLANCHE XXXII. (_XLIV, t. IV de l'Edition royale_).
Le sujet de cette peinture est très-obscur, et son état de dégradation nous prive peut-être encore de quelques éclaircissemens. Un jeune homme nu, dont un bout de draperie indique la chlamyde héroïque, s'appuie sur un long bâton dans l'attitude d'un homme qui vient d'arriver et qui porte la parole. Il a pour chaussure des semelles lacées avec des cordons; la tête et l'épaule droite sont effacées. Un héros assis sur un trône, entièrement nu, une épée près de lui, l'écoute avec attention. Sur le côté et dans un plan séparé, on aperçoit la partie inférieure d'un cheval; le reste est dégradé. Le sujet du tableau paraît être un message qui a rapport l'histoire héroïque, et rappelle ou la députation des Etoliens à Méléagre, ou les supplications de Patrocle, engageant Achille à reprendre les armes, ou le message relatif à l'entrevue d'Etéocle et de Polynice, sans arguer, en faveur de cette opinion, du Sphinx qui sert d'ornement au trône, rapprochement beaucoup trop recherché pour en faire ici l'application. On sait que ces monstres de la fable étaient le soutien le plus ordinaire des bras de siéges; et celui qui paraît dans ce tableau, n'ayant pas la figure humaine, doit être envisagé plutôt comme un griffon ou comme une chimère, que comme un Sphinx.
Hauteur, 1 P. 2 p°. 3 lig.--Largeur, 1 P. 1 p°. 2 lig.
PLANCHE XXXIII. (_XLV, t. IV l'Edition royale_.)
Ces trois bandes ou frises peintes sur un fond noir, faisaient partie d'une décoration d'architecture trouvée à _Civita_. Le culte de Bacchus, de Cérès et des autres Divinités subalternes, présidant aux travaux rustiques et à la reproduction constante de la nature, avaient, dans la religion des anciens, des rapports qui, souvent, en faisaient confondre les mystères et les cérémonies. C'est ce qu'on peut remarquer particulièrement dans la suite curieuse de figures que nous avons sous les yeux. Le principal caractère qu'on y saisit, est celui des processions bachiques et des fêtes dionysiaques. Les bornes, les colonnes, les Hermès ou Priapes placés de distance en distance, sont les emblêmes des campagnes et des jardins où l'on faisait des processions à certains jours de l'année; c'est aussi l'indication des stations religieuses et la représentation des Divinités, qui, sous différens noms, présidaient aux chemins (_Dii viales_). L'antique Hermès ou Mercure avait les mêmes attributs que Priape; on l'adorait comme Dieu de la génération sous le même emblême. (PAUSAN. _VI_, 26. ARTEMIDORE, _I, XLVII_.) Bacchus recevait les mêmes honneurs. Dans une médaille de Béger, on voit un Bacchus avec un Cippe, où est sculpté le signe ithyphallique; on en portait la représentation dans les pompes du Dieu, et elle tenait la principale place dans la ciste mystique. Dans notre peinture, on remarque d'abord un pasteur, indiqué par le _pedum_, traînant un bouc à l'autel par les cornes, suivant la description de Virgile (_Georg. II_, 395); vient une femme en habit _talaire_ portant une corbeille; un autre personnage est assis, couronné et tenant un thyrse; près d'une colonne, une femme debout et inclinée, prête attention à une prêtresse richement drapée, assise par terre et récitant une prière dans le rituel sacré; ensuite est un personnage avec le thyrse, un enfant tenant un vase et un plateau où l'on peut supposer des fruits; au milieu de ces figures, l'Hermès, objet du culte. Dans la seconde bande, un autre Hermès ou Priape, avec le roseau et un bonnet à deux pointes, paraît l'objet de la cérémonie; une vieille femme assise tient une branche; une jeune debout, un _flabellum_; d'autres figures portent le thyrse, un vase et une offrande. Le but de la cérémonie est plus déterminé dans la troisième frise; l'arbre, la colonne, la table de pierre, indiquent l'autel principal de la campagne; un prêtre majestueux, couronné du lierre avec ses corymbes, fait une libation. Le bouc est traîné à l'autel; deux canephores, une joueuse de flûte, une prêtresse tenant un roseau, avec une verge entourée d'un serpent, complètent la solemnité.
CHAQUE FRISE: Hauteur, 4 p.º 7 lig.--Largeur, 2 P. 9 p.º
PLANCHE XXXIV. (_LII, t. IV de l'Edition royale_.)
Ce tableau, d'un goût fantasque, faisait encore partie d'une décoration. La scène paraît se passer devant une grotte et sur une rive favorable aux plaisirs du bain. Une grande voile suspendue à l'arbre qui s'élance du sommet d'un rocher, offre un abri contre les rayons du soleil. Des guirlandes de feuillage décorent la voûte, où l'on voit plusieurs statues, de grandeur inégale, posant sur des tables et sur des soutiens d'une autre espèce. Ce sont probablement les statues des divinités locales de ce rivage; leurs symboles se rapportent à cette explication: l'une d'elles a une corbeille et un bâton recourbé; un peu plus loin, on voit un _pedum_ et un thyrse; les bandelettes qui décorent l'arbre desséché et les deux colonnes, témoignent la piété des habitans. Le sujet principal du tableau paraît être la nymphe ou la jeune fille surprise par une Divinité champêtre. Son attitude exprime la pudeur et son embarras; à demi-nue, elle retient ses vêtemens sur ses genoux. Le Dieu, caractérisé par la couronne de roseaux, le _pedum_ et une peau de panthère, semble la supplier: on peut le considérer avec ces attributs, comme le Dieu du fleuve, ou plutôt comme un Sylvan, divinité rustique de la contrée.
Hauteur, 7 p.º--Largeur, 9 p°.
PLANCHE XXXV. (_LV, t. IV de l'Edition royale_.)
Ces petites figures gracieuses, renfermées dans leurs câdres par compartimens et d'autres semblables, décoraient les parois d'une salle découverte dans les fouilles de _Gragnano_, en 1759. Leur disposition et les ornemens accessoires imitaient l'ensemble d'un pavé en mosaïque; cet art précieux qui, peut-être, a précédé la peinture, lui a souvent fourni des modèles: on peut en juger par le rapport qu'on trouve entre les ouvrages en mosaïques et des peintures du genre de la décoration. C'est ainsi qu'une mosaïque, d'une délicatesse exquise, conservée au Musée royal de _Portici_, s'est trouvée répétée dans une peinture qui en offre la copie exacte. Les enfans aîlés et les nymphes qu'on voit ici, disposés alternativement, et qui font le sujet de la plupart des mosaïques, dans les tombeaux, les thermes, les salles triclinaires et les basiliques, peuvent être considérés comme les génies des Divinités qui s'intéressent à l'existence des mortels. Le plus souvent ces génies font allusion aux mystères de Bacchus, au culte de Vénus, et à la recherche de toutes sortes de voluptés. Ici, l'un des enfans tient un sceptre, ou peut-être le fût d'un flambeau; un autre une lyre; le troisième paraît figurer une danse. La première nymphe tient l'oiseau de Junon; la seconde un écrin ouvert, et la dernière une sorte de feuille servant d'aspersoir ou d'éventail.
Hauteur, 1 P. 6 p°. 10 lig.--Largeur, 2 P. 3 p°. 6 lig.
PLANCHE XXXVI. (_LXI, t. IV de l'Edition royale_.)
Cette peinture, très-altérée, nous offre une scène semblable à celle d'Andromède, délivrée par Persée (_voy. planche XIX de ce volume_); mais les caractères du Héros libérateur paraissent mieux convenir à Hercule délivrant Hésione, la fille du parjure Laomédon. Les rochers escarpés, les arbres dépouillés rendent le rivage affreux; la princesse est attachée les bras étendus; son libérateur s'avance dans les flots, prêt à frapper le monstre de sa massue. Cette femme qui s'enfuit, est sans doute l'une des compagnes de la belle Troyenne, effrayée l'aspect du monstre suscité par Neptune; peu rassurée dans sa terreur par le secours du Héros, elle jette sur son amie un regard douloureux comme un dernier adieu.
Hauteur, 11 p°. 4 lig.--Largeur, 1 P. 2 p°. 4 lig.
PLANCHE XXXVII. (_LXII, t. IV de l'Edition royale_.)
Le tableau précédent a paru nous offrir l'aventure d'Hésione; celui-ci appartient à la même histoire. Il représente ce qui s'était passé auparavant, et il nous retrace le péril de la princesse, comme l'autre nous en a montré la délivrance. Le fond de la scène représente les murs de Troie; derrière s'élève le mont Ida. La princesse nue est conduite à la mer par une matrone, sa mère ou sa nourrice. Hercule, armé de sa massue, lui promet son secours. Télamon, compagnon du Héros dans cette entreprise, s'avance chargé d'un bloc énorme, prêt à écraser le monstre qui paraît sur les flots. Le paysage est peint avec vérité; les figures, d'un coloris incertain, ne paraissent qu'ébauchées.
Hauteur, 11 p°.--Largeur, 10 p°. 8 lig.
PLANCHE XXXVIII. (_LXIII, t. IV de l'Edition royale_.)
On ne connaît point de monument antique qui représente l'aventure de Dédale et d'Icare avec autant de précision qu'on le voit ici. L'imprudent jeune homme est étendu sur le rivage de la mer, laquelle il a donné son nom; l'une de ses aîles détachées est à ses pieds; son père le regarde avec douleur en planant dans les airs. Un personnage demi-nu, assis sur un rocher et tenant un long roseau, rappelle ce pêcheur dont Ovide peint avec élégance l'étonnement naïf (_liv. VIII, v. 217_.) On voit en mer une barque avec deux rameurs; sur un rocher s'élève un petit monument ressemblant à un temple _monoptère_: il fait, sans doute, allusion à ces monumens qui ornaient, dans les temps anciens, les lieux élevés, et qui étaient consacrés assez ordinairement à Diane, à Mercure, à Vénus, à Pan et à Bacchus. Le masque pourrait annoncer plus particulièrement le culte de ce Dieu.
Hauteur, 1 P.--Largeur, 11 p°. 6 lig.
PLANCHE XXXIX. (_LX, t. IV de l'Edition royale_.)
La figure élégante tenant un volume déroulé, est extraite d'une décoration d'un style capricieux. Appuyée contre la porte d'un temple et sous un vestibule, on peut la considérer comme une prêtresse lisant une formule sacrée, ou étudiant un hymne.
Le second sujet représente une caricature qu'on applique facilement à un tableau de l'_Enéide;_ c'est Enée portant son père Anchise, tenant par la main le petit Ascagne, et regardant avec inquiétude si Créüse le suit. Des têtes et des pieds de singe caractérisent ces sortes de figures grotesques; c'est de-là que Martial les a nommées _Cercopitheci_, singes longues queues; et Pline, _Cynocephali_, singes têtes de chien. Virgile eut ses détracteurs, et parmi ceux dont les noms se sont attachés à celui de ce grand poète pour arriver jusqu'à nous, on cite le peintre Carvilius, qui écrivit l'_Æneidomastix_, le fouet de l'Enéide. Ce tableau bizarre prouve que tous les siècles ont leurs mauvais plaisans; on y trouve l'esprit goguenard des caricatures modernes et des poëmes travestis.
Hauteur, 9 p°.--Largeur, 7 p°.
PLANCHE XL. (_I, t. VII de l'Edition royale_.)
Pour ne point interrompre l'ordre que nous avons adopté, nous continuons ce volume par les peintures extraites du VIIe volume de l'édition royale.
Celle-ci est une des plus belles et des plus importantes de celles recueillies dans le Musée de _Portici_. Une femme élégamment drapée d'un manteau violet et d'une tunique jaune transparente, est assise à l'entrée d'un temple, devant l'Hermès d'un Bacchus, qu'elle fixe avec attention pour le peindre. D'une main, elle tient une tablette; de l'autre, le pinceau qu'elle trempe dans sa boîte couleurs, posée sur un tronçon de colonne. Cette boîte paraît conforme à celle décrite par Varron (_R. R. III, 17_), divisée en petites cases, où sont distribuées les couleurs ou les cires coloriées. On sait que les anciens avaient deux manières de préparer les couleurs; l'une, en les délayant dans l'eau avec de la colle ou de la gomme; l'autre, en les mêlant dans de la cire liquéfiée au feu, et c'est cette manière qu'on nommait encaustique. Selon le témoignage de Pline (_XXXV, 11, sect. 41_) on connaissait trois manières différentes de peindre dans l'antiquité, qui se réduisaient cependant toutes l'encaustique et à la gouache vernissée avec de la cire. On n'en connut point d'autre jusqu'à la découverte précieuse de la peinture à l'huile, qui, dans le 15e siècle, rendit le nom de Jean-de-Bruges immortel. L'enfant qui place un tableau au pied de l'Hermès, rappelle l'usage où étaient les peintres d'employer les enfans à les servir et à broyer les couleurs. Deux femmes retirées derrière une colonne, semblent observer l'artiste en secret; l'une d'elles, tenant une feuille ou un éventail, soigneusement enveloppée dans ses draperies, est peut-être une convalescente qui a demandé un tableau votif. Nous avons reconnu un Bacchus dans l'Hermès, au long bâton ou thyrse, et au canthare qu'il tient à la main. Comme Bacchus Indien, il est drapé et porte la barbe; cette dernière distinction peut désigner également le Bacchus _Brisus_ ou le Bacchus _Hébon_, adoré dans la Campanie, et dont l'image peut, avec vraisemblance, se trouver à Pompéia, où cette peinture fut découverte. Parmi les femmes qui se distinguèrent dans la peinture, Pline fait mention de _Lala_ de Cyzique, qui peignit à Rome et Naples, également habile à manier le pinceau et le stylet, et qui surpassa les peintres de portraits les plus renommés de son temps, par la rapidité de l'exécution. Ce mérite devait compter pour beaucoup dans l'emploi de l'encaustique, et donner aux artistes un grand avantage sur leurs rivaux. On pourrait, sans trop d'invraisemblance, voir dans notre tableau cette femme célèbre.
Hauteur, 1 P. 2 p°.--Largeur, 1 P.
PLANCHE XLI. (_II, t. VII de l'Edition royale_.)
L'artiste a réuni dans cette peinture, trouvée Pompéia avec la précédente, la Muse de l'Astronomie et la Déesse qui préside aux sciences et aux arts. Debout contre un pilastre, Uranie indique avec la verge (_radius_) une sphère céleste où sont figurés les signes du Zodiaque; on distingue le Bélier, le Taureau, les Gémeaux, le Cancer, le Lion et la Vierge. Minerve assise, appuyée du bras gauche sur son bouclier, la tête couverte d'un casque d'acier orné de plumes, l'égide sur la poitrine et armée de sa lance, semble écouter la Muse avec attention. Ce tableau précieux par son exécution, l'est encore en ce qu'il décide la question qui s'est élevée entre les érudits, si les anciens, avant les Antonins, avaient des globes célestes avec les figures du Zodiaque; il confirme l'opinion qui s'appuyait en faveur de l'antiquité de cet usage, d'un passage du poète Alexis (_Athen. II, 18, _pag. 60_) qui, dans la description d'un festin, dit d'un plat en forme de demi-globe céleste, qu'on y voyait représenté ce que le ciel a de plus beau, des poissons, des chevreaux, un scorpion, etc. Petrone fait la description d'un plat semblable dans le festin de Trimalchion (_XXXV_). Ces sortes de plats, en forme d'hémisphère, se nommaient _poli_, et il est naturel de croire qu'ils ne tenaient ce nom que de leurs ornemens empruntés des sphères célestes.
Hauteur, 10 p°. 8 lig.--Larg. 8 p°. 6 lig.
PLANCHE XLII. (_VI, t. VII de l'Edition royale_.)
Les amours de Mars et de Vénus font le sujet d'un grand nombre de monumens antiques. Ici, par une fantaisie pittoresque, les figures paraissent portées dans les airs. Le Dieu, vêtu de la chlamyde, n'a de son armure que le casque ombragé d'un panache; un Amour, volant à ses côtés, porte son glaive en triomphe. Cythérée tient d'une main un éventail, et de l'autre soutient un voile qui s'élève au-dessus de sa tête, enflé par l'air. Elle est parée d'un collier, de bracelets d'or et de cercles d'or au bas des jambes (_periscelides_). Un autre Amour, tenant d'une seule main son arc et ses flèches, comme un vainqueur qui n'a plus besoin de ses armes, vole près de Vénus, et semble sourire avec malignité à l'union qui est son ouvrage.
Hauteur, 1 P. 5 p°. 6 lig.--Larg. 1 P. 1 p°. 6 lig.
PLANCHE XLIII. (_XXII, t. VII de l'Edition royale_.)
Cette Muse agréablement peinte sur un fond blanc, couronnée de lauriers, le manteau d'une couleur changeante entre le vert et le rouge, les poignets ornés de bracelets, porte pour attributs la massue et un masque d'Hercule jeune, coiffé de la peau du lion. La massue donnée pour attribut à la Muse tragique, est regardée comme faisant, en général, allusion aux Héros des temps les plus reculés. Le masque, ici, semble confirmer l'opinion qu'elle est plus particulièrement relative au fils de Jupiter, dont les actions merveilleuses fournissaient aux tragiques un grand nombre de sujets toujours applaudis. Les anciens n'ont souvent donné aux images de leurs divinités qu'une partie de leurs attributs, quand, par-là, elles se trouvaient assez clairement caractérisées. Parmi les images certaines de la Muse tragique, celles chaussées du cothurne sont très-rares; cependant, la privation de ce principal attribut de la tragédie a, ici, donné lieu à une conjecture qui pourrait être plus ingénieuse que vraie, quoique fondée sur des remarques curieuses: on a pensé que le peintre avait eu l'intention, de donner à la Muse un caractère mixte, en faisant allusion aux tragi-comédies dont Hercule même était le Héros. Les anciens, en effet, lui donnaient deux caractères, l'un sérieux, comme dans les _Trachinies_ de Sophocle, dans l'Hercule furieux, et dans l'Hercule _teus_ d'Euripide; l'autre gai ou satyrique, comme dans l'Alceste de ce même poète. Dans les comi-tragédies inventées par Rhinton de Tarente, cité par Athénée (_liv. III, pag. 3_), les Dieux même paraissaient en bouffons: de ce genre est l'Amphytrion de Plaute, qui, peut-être, n'est qu'une traduction ou une imitation de Rhinton. Ce caractère d'Hercule bouffon, était du reste tellement décidé, que les auteurs comiques s'en emparaient très-souvent: ils en ont fait un personnage vorace et toujours affamé, fugitif et battu, comme dit Aristophane dans _la Paix_ (_v. 740 et suiv._). Le Scholiaste du poète remarque que Cratinus donnait le même caractère à Hercule dans ses comédies, et qu'Aristophane le reproduit ainsi dans _les Oiseaux_ (_v. 1603 et suivans_), dans les _Guêpes_ (_v. 60_), et ailleurs. Enfin, sans rappeler les exploits qui valurent au Héros ce renom, et le firent appeler Buphage, il suffira de citer, pour dernier trait, le proverbe vulgaire dont on se servait pour presser les convives quand on les menaçait d'un glouton, _Hercule est notre hôte_.
Hauteur, 1 P. 1 p°.--Largeur, 9 p°. 4 lig.
PLANCHE XLIV. (_XXIV, t. VII de l'Edition royale_.)
Après avoir présenté Hercule chez les poètes scéniques sous un caractère peu honorable, nous le voyons reparaître dans ce tableau comme l'un des bienfaiteurs de l'humanité, et méritant cette gloire immortelle qui a suivi son nom. Le Héros avec la peau de lion, armé de son arc et de ses flèches, déploie sa force dans une belle attitude, et fait tomber sous ses coups les oiseaux Stymphalides. Ces oiseaux de proie qui prirent le nom des marais qu'ils infestaient, étaient, suivant Pausanias (_VIII, 22_) de la grandeur des grues, mais semblables aux ibis, ayant cependant le bec allongé et plus fort. C'est ainsi qu'ils sont représentés dans cette peinture et dans d'autres monumens; ils ressemblent encore par leur blancheur aux ibis qui ont les plumes blanches, excepté à l'extrémité des aîles et de la queue. D'autres Mythologistes en ont fait des autruches. La fable ajoutait que ces oiseaux redoutables avaient des plumes d'acier qu'ils décochaient comme des flèches. Le Dieu du fleuve, _Stymphalus_, couché sur le devant du tableau, sert encore à préciser le sujet.
Hauteur, 3 P. 6 p°.--Largeur, 7 P. 4 p°.
PLANCHE XLV. (_XXV, t. VII de l'Edition royale_.)
Bacchus, assis sur un rocher, présente un vase à une panthère. L'animal familier a la peau blanche et semée de taches verdâtres; les pattes dressées sur les genoux du Dieu, il lèche le vase dont il ne peut atteindre la liqueur. Bacchus sourit en le regardant; le Dieu, les cheveux épars, tenant un long thyrse orné de feuillages et d'un ruban, est à demi-nu, comme on le voit le plus souvent; la draperie suspendue à son bras, est violette, et celle qui est rassemblée sur ses genoux, est rouge. Cette composition est pleine d'agrément.
Hauteur, 1 P. 7 p°. 8 lig.--Largeur, 1 P. 3 p°. 6 lig.
PLANCHE XLVI. (_XXVIII, t. VII de l'Edition royale_.)