Antiquités d'Herculanum, Tome III. Peintures
Chapter 2
Cette Vénus, portée sur les flots, rappelle la fable de sa naissance, et telle, sans doute, elle parut portée sur une conque, alors que Zéphyre, de son souffle propice, la poussa vers Cythère. Deux cercles d'or aux poignets, deux autres au bas des jambes, un voile étroit sur la tête laissant échapper les boucles flottantes de sa chevelure; voilà toute sa parure: rien ne dérobe aux yeux le charme de cette attitude où régnent la grâce et l'abandon. Vénus est légèrement appuyée sur le coude; la longue draperie, qui lui sert de tapis jusqu'aux pieds, est d'une couleur changeante, entre le jaune doré et le vert foncé; formant un tour à son bras droit, et retenu par l'extrémité dans ses doigts délicats, le léger tissu s'élève en arc, enflé par l'air, comme une voile qui dirige la conque sur les flots. Dans la main droite de la Déesse, on remarque un éventail qui emprunte sa forme à une feuille d'eau, et sa couleur à la rose. Un Dauphin se joue dans l'onde, et Cupidon, qu'on voit paraître les aîles étendues derrière la conque, semble aider sa marche. Les monumens antiques où l'on voit Vénus représentée avec la conque, sont très-rares: le plus remarquable est un marbre du palais _Mattei_ à Rome, représentant deux tritons élevant une conque, où repose Vénus. C'est ainsi que la représente Lucien dans le dialogue de _Zephyrus_ et de _Notus_. Les coquilles ont été consacrées à Vénus; et Plaute fait allusion à cet usage, en recommandant, assez plaisamment, deux jeunes filles à la Déesse (_Rud. III, 3, 43_). Tibulle invoque Cypris traînée dans sa conque (_III. Ell. III, 34_); les poètes qui l'ont suivi ont adopté la même figure. Cette peinture, trouvée à _Civita_, faisait partie de la vue d'un petit jardin, circonstance qui rappelle encore que les jardins étaient sous la protection de la reine des Amours, et que son image y était consacrée.
Hauteur, 1 P. 9 p°. 10 lig.--Largeur, 2 P. 6 p°.
PLANCHE XVII. (_V, t. IV de l'Edition royale._)
On reconnaît, dans ce tableau, Hercule étouffant de ses bras vigoureux le lion redoutable de la forêt de Némée. Ses cheveux sont bruns et sa carnation bronzée; mais ses traits annoncent la jeunesse. Quoique cette circonstance puisse s'appliquer l'aventure du lion Cithéronien, il est cependant plus vraisemblable que le sujet de cette peinture est la victoire d'Hercule sur le lion Néméen. Le monstre était invulnérable, et le fils de Jupiter abandonna ses armes pour l'étouffer dans ses bras: cette particularité est exprimée dans la peinture par le groupe des armes du Héros, jetées à terre. Plusieurs médailles et pierres gravées qui représentent Hercule étouffant le lion, nous l'offrent nu et imberbe, tel qu'on le voit ici. Des arbres et des rochers où l'on remarque une caverne, forment le fond du tableau; sa dégradation permet peu de distinguer quelle est l'espèce de draperie groupée sur le premier plan, avec la massue, l'arc et le carquois rempli de flèches.
Hauteur, 1 P. 7 p°. 8 lig.--Largeur, 2 P. 4 p°. 5 lig.
PLANCHE XVIII. (_VI, t. IV de l'Edition royale._)
Cette peinture, trouvée dans les fouilles de _Portici_, se fait admirer par l'esprit de la composition et l'agrément de l'exécution; elle représente l'aventure d'_Hylas_. Le favori d'_Hercule_ s'en vint puiser de l'eau à la source du fleuve Ascagne en Mysie; les Nymphes de la fontaine, éprises de la beauté du jeune garçon, le saisirent et l'enlevèrent. Théocrite a conservé les noms de ces Nymphes téméraires (_Id. XIII, v. 45_): _Eunica, Malis_ et _Nycheia_, dont le regard brille comme le printemps. Hercule, désolé, courut tout le bois en criant Hylas! mais en vain; Hylas ne reparut point: de-là le proverbe grec, _crier Hylas_. Hercule, occupé à chercher son favori, fut laissé par les Argonautes qu'il accompagnait dans leur expédition. Depuis les habitans firent tous les ans un sacrifice à la fontaine; le prêtre criait trois fois Hylas, et l'écho lui répondait. La Nymphe accroupie, qui saisit le jeune homme par les cheveux, est d'un dessin élégant et gracieux; ses compagnes semblent, en la regardant, prendre ses avis pour ne point laisser échapper le beau garçon, qui étend en vain les bras comme pour se sauver la nage. Le fond du tableau est occupé par une épaisse forêt; l'altération qu'il a subie empêche de reconnaître une figure éloignée de la scène, et qu' sa forte proportion on peut imaginer être le héros _Cius_, qui seul entendit les cris d'Hylas, qui apporta la nouvelle de sa perte à Hercule, et qui, abandonné comme lui par les Argonautes, devint le fondateur de la ville de Cios en Mysie.
Hauteur, 1 P. 6 p°.--Largeur, 2 P. 11 p°. 3 lig.
PLANCHE XIX. (_VII, t. IV de l'Edition royale._)
Il est à regretter que cette peinture, trouvée _Civita_, en 1761, ait souffert de grandes altérations. La belle pose des figures, et sur-tout l'excellence du coloris et l'extrême délicatesse avec laquelle les nus sont traités, en font un morceau très-précieux. Le fond représente la mer et des rochers; de l'un d'eux on voit descendre Andromède, fille de l'orgueilleuse Cassiope, qui excita le courroux de Neptune en se vantant d'être plus belle que les Néréides. Le vaillant Persée vient de délivrer la princesse du monstre horrible auquel elle était exposée. Elle est à demi-couverte d'une longue draperie d'un bleu très-clair, arrêtée sur son épaule gauche; ses deux bras nus, son sein, une partie de son corps et ses pieds, annoncent, dans leurs formes délicates et légères, la plus tendre jeunesse; un bracelet d'or est à son bras droit; son bras gauche élevé est soutenu par la main du Héros; l'expression de sa tête est languissante, et son regard fixé sur son libérateur; ses cheveux blonds sont retenus sur sa tête par un ruban. Une carnation plus mâle anime les formes robustes, mais élégantes, du fils de Danaé; son air calme et sévère annonce un Héros victorieux; toute son attention paraît employée à soutenir la princesse et à la garantir des écueils. Il a, pour tout vêtement, la chlamyde agraffée sur la poitrine et retombant par derrière: il est difficile de distinguer l'objet attaché sur son dos par un cordon; on peut, cependant, supposer que c'est le casque de Pluton, qui rendait invisibles ceux qui le portaient sur la tête, et à l'aide duquel Persée put s'approcher des Gorgones. De la main gauche, le Héros tient l'arme dite _harpé_ de sa forme recourbée, et qui ressemble assez ici à une petite hallebarde; à son côté gauche, et comme cachée sous sa draperie, on voit suspendue la tête redoutable de la Gorgone, qui pétrifiait ceux qui la regardaient, et dont le secours l'a servi contre le monstre. La dégradation de la peinture ne permet pas de voir les pieds de Persée, garnis, sans doute comme ceux de Mercure, de la chaussure aîlée, ni le monstre qu'il a vaincu. Sur le rivage est un objet peu visible, et que des cordons peuvent faire soupçonner pour être le sac où Persée portait la tête de Méduse, suivant Hésiode. (_Scut. v. 220 et suiv._) Deux Nymphes assises sur un rocher, et dont l'une, couronnée de roseaux, se montre de profil, paraissent prendre intérêt à la scène.
SUJET PRINCIPAL.--Hauteur, 1 P. 1 p°. 8 lig.--Largeur, 1 P. 10 lig.
PLANCHE XX. (_XXI, t. IV de l'Edition royale._)
A l'ombre d'un grand arbre et sur un bloc de pierre, repose un jeune homme appuyé sur le bras gauche, et tenant le bras droit replié sur la tête; il porte une espèce de bonnet sans bord (_pileus_); la chlamyde rouge qui le laisse entièrement nu, les brodequins bleus qui forment sa chaussure, appartiennent à l'habit de chasse (_Oppianus I, 109 et Nemesianus, Cyneg. v. 90_); la lance et le chien vigilant désignent sur-tout un chasseur, et peuvent faire reconnaître dans celui-ci le bel Endymion endormi, comme on le voit dans le bas-relief du Capitole. Nous avons déjà parlé de ce célèbre favori de Sélène au _n°. XXXIV_ de notre second volume.
La planche inférieure représente quelques vases d'airain; l'instrument dressé contre le petit autel, est le _colum_ dont on se servait pour mêler la neige avec le vin.
SUJET PRINCIPAL--Hauteur, 1 P.--Largeur, 1 P. 1 p°. 8 lig.
PLANCHE XXI. (_XXIV, t. IV de l'Edition royale._)
Cette Danseuse paraît désignée, parle disque couleur d'argent qu'elle soutient de la main gauche, pour être une _Cernophore_. Le mouvement forcé de la jambe droite paraît convenir à la danse décrite par Pollux sous le nom de _bibasis (IV, 102)_; c'était une danse lacédémonienne où l'on devait, dans des sauts vifs et pressés, battre du talon les formes que découvre notre Danseuse. C'est encore dans l'attitude où elle se présente, que le scoliaste d'Aristophane (_in Vesp. 1483_) peint une femme exécutant une autre sorte de danse, dite l'_eclactisma_; mais, dans cette danse, l'effort demandait plus de souplesse, le talon devait frapper l'épaule (_Poll, ibid._) Notre personnage rappelle encore les courtisannes admises dans les fêtes voluptueuses; un voile léger et transparent, d'une couleur incertaine, entre le bleu et le blanc, retenu d'un côté sur son bras, de l'autre, soutenu par les doigts de sa main droite étendue avec grâce, cache à peine quelques-uns de ses charmes. Les plis qui refluent à l'extrémité de la draperie indiquent la vivacité du mouvement, et s'ils menacent de venir cacher quelques beautés, ce sera pour en découvrir de nouvelles. Cette peinture fut trouvée à _Civita_, en 1761.
Hauteur, 1 P. 10 p°. 6 lig.--Largeur, 1 P. 5 p°. 6 lig.
PLANCHE XXII. (_XXVIII, t. IV de l'Edition royale._)
Dans le volume précédent, nous avons eu occasion de parler de l'infortune d'Ariadne; cette peinture semble nous offrir son apothéose: «Montons ensemble au-ciel, dit Bacchus; tu partages ma couche, partage aussi mes titres; ne sois plus Ariadne; sois _Libera». (OVID. Fast. III, 510.)_ C'est, en effet, sous ce nom qu'Ariadne était adorée chez les Romains; elle porte ici sur ses cheveux blonds une coiffe ou _mitra_ relevée sur le devant en forme de diadême, qui se retrouve dans les médailles de _Libera_; parée de pendans en forme de poire, de bracelets et d'une chaîne d'or, une main unie à celle de Bacchus, un bras levé au-dessus de sa tête, elle soutient entre ses doigts la draperie dont les plis, vivement agités par l'air, forment une ceinture et un voile qui couvre la partie inférieure de son corps, ne laissant à découvert que ses pieds dont le cothurne ou la chaussure est blanche. Cette figure est d'une légèreté charmante et semble monter comme une vapeur. Celle de Bacchus paraît moins heureuse; les cheveux déliés et couronnés de lierre, il porte le thyrse sur l'épaule; une peau passe en écharpe sur sa poitrine; sa draperie ondoyante est d'une couleur changeante, entre le vert et le jaune; ses traits et ses regards expriment le contentement; ceux d'Ariadne, la crainte et l'émotion.
Cette peinture intéressante fut trouvée dans les fouilles de _Gragnano_, en 1761.
Hauteur, 1 P. 10 p°. 6 lig.--Largeur, 1 P. 5 p°. 6 lig.
PLANCHE XXIII. (_XXXI, t. IV de l'Edition royale._)
La planche qui précède celle-ci dans l'édition originale, représente deux personnages dans une attitude semblable à celle du jeune homme assis, et avec les mêmes attributs; on a cru les reconnaître tous les trois pour les _Cabires_. Ces Divinités, souvent confondues avec les Curètes et les Corybantes, ont une origine fort obscure; elles étaient sur-tout célèbres par les mystères de leur culte, et ces mystères paraissent avoir eu beaucoup de relation avec ceux de Cérès et de Bacchus. Bacchus lui-même ou Dionysus a été mis au nombre des Cabires. (_Nonnus, Dionys. XIV, 19._) Plusieurs auteurs font les Cabires fils de _Vulcain_ et de la nymphe _Cabira_; d'après cette origine, ils sont considérés comme les protecteurs des arts mécaniques; quelques Antiquaires leur donnent le marteau pour attribut distinctif; mais l'auteur cité nous offre un rapprochement avec notre peinture, en nous peignant un Cabire «élevant l'haste lemnienne (ou de Lemnos) fabriquée sur l'enclume de son père». (_Non. XXIX._) Le bonnet, la lance et la nudité peuvent donc, d'après plusieurs autorités, faire reconnaître les Cabires: c'est ainsi que Fabretti les a désignées dans trois personnages de la colonne Trajane (_Col. Traj. pag.75 et suiv._) Le disque ou l'écu (_scutum_) comme on le voit ici, convient encore à ces Divinités; ils s'en servaient dans leurs danses, selon le même Nonnus (_Dionys. XIII._) Denis d'Halicarnasse leur attribue aussi l'invention d'une danse armée qui, comme la pyrrhique, s'exécutait avec la lance et le bouclier. Quoi qu'il en soit, ces Divinités, confondues aussi quelquefois avec les Pénates, dont Enée introduisit le culte en Italie, étaient encore honorées comme protectrices de la maison; c'est peut-être ce que désigne ici l'attitude de la figure assise dans un repos parfait sur le socle ou soubassement d'un édifice. Cette peinture et les deux semblables furent trouvées ensemble à _Gragnano_, avec la figure de femme comprise dans cette même planche: la similitude de la pose pourrait faire soupçonner qu'elle a quelque rapport avec les autres. La couronne de lierre ou d'autres feuilles; le _tympanum_ avec une image sacrée, désignent particulièrement une Bacchante ou une initiée; mais le rapport des Corybantes et des Cabires avec Bacchus, ainsi que nous l'avons observé; la confusion de leurs mystères et de ceux de Cybèle, leur patronne, avec les orgies dionysiaques, peuvent donner raison de cette réunion.
CHAQUE SUJET.--Hauteur, 1 P. 10 p°. 4 lig.--Largeur, 1 P. 2 p°. 6 lig.
PLANCHE XXIV. (_XXXII, t. IV de l'Edition royale_.)
Une Bacchante semble se défendre, dans cette peinture, contre la violence d'un jeune homme; c'est ainsi qu'Euripide peint les Bacchantes, armées du thyrse, frappant ceux qui voulaient les saisir pour les conduire à Penthée. (_Bacch. v_. 761.) Le même poète nous apprend qu'au milieu de l'agitation et de la fureur des orgies, elles savaient conserver leur honneur. Dans leur origine, sans doute, les mystères avaient quelque chose d'assez auguste pour contenir la frénésie dans les bornes de la pudeur; mais la licence est la fille de l'ivresse, et la religion servit bientôt de voile à la dissolution la plus effrénée. Lycophron désigne une femme perdue sous le nom de _Bassaras_ une Bacchante. (_V_. 143, 711 _et_ 1393). Les orgies interdites à Rome par un décret du Sénat, et célébrées avec tant d'impudeur sous les Empereurs, témoignent peu en faveur de la retenue des initiées. Cette Bacchante rappelle, par son mouvement et par le jeu de sa draperie, la Danseuse du _n°. XXI_. L'action du jeune homme indique aussi la danse, et l'on peut voir, dans ce groupe, une action simulée par des personnages bachiques. Cette peinture sur un fond jaune, trouvée dans les fouilles de _Civita_, a souffert quelque altération; elle est d'un très-bon coloris; la Bacchante est peinte sur-tout avec beaucoup de délicatesse.
Dans le second tableau (_pl. IV, t. IV de l'édit. roy._) on voit une joueuse de cithare, peinte capricieusement sur un fond obscur; sa draperie légère, d'une couleur changeante, entre le vert et le rouge, voltige agitée par l'air; à demi-nue, les cheveux épars et couronnés de lierre, elle touche avec délicatesse les cordes de l'instrument, et rappelle, suivant des observations précédentes, les courtisannes admises dans les fêtes.
1er SUJET.--Hauteur, 1 P. 3 p°. 9 lig.--Larg. 1 P. 4 p°. 4 lig. 2e SUJET.--Hauteur, 6 p°. 7 lig.--Larg. 1 P. 4 p°. 4 lig.
PLANCHE XXV. (XXXIII, t. IV de l'Edition royale.)_
L'habillement et les masques désignent ces trois figures pour des personnages comiques. Pline fait mention d'un peintre qui se rendait célèbre par des tableaux de ce genre, _Caladès_ ou _Calacès_. Dans cette scène, on voit un esclave ou valet faisant un geste injurieux à deux femmes; son vêtement désigne sa condition et son caractère; il est composé d'un manteau jaune, d'un habit court de même couleur, avec des rayes blanches en travers, et d'un petit corset blanc (_somation_) que Pollux donne aux histrions (_II, 235_). Le geste de ce valet désignait, chez les Romains et chez les Grecs, le même genre de moquerie qu'il exprime parmi nous. Des deux femmes, la plus jeune, celle qui se cache une partie de la figure avec la main, porte une tunique bleue et un manteau blanc. L'autre femme, qui fait un rôle de nourrice et peut-être un rôle moins honnête, porte une pièce blanche sur la poitrine; la coiffe et le reste de l'habillement est rouge, couleur appartenant, selon Pollux (_IV, 120_) à une profession qu'on ne peut mieux désigner qu'en taisant son nom. Les trois masques de la frise sont des masques tragiques; celui du milieu, orné de pendans, et colorié avec délicatesse, paraît destiné à un rôle de femme.
SUJET PRINCIPAL.--Hauteur, 1 P. 4 p°. 4 lig.--Largeur, 1 P. 3 p°. 4 lig.
PLANCHE XXVI. (_XXXIV, t. IV de l'Edition royale._)
Cette peinture, trouvée avec la précédente dans les fouilles de _Portici_, représente, comme elle, une scène comique. Le personnage debout, appuyé sur son bâton, porte le masque peu gracieux, décrit par Pollux sous le nom de _Sphenopogon_; chauve, le sourcil élevé et la barbe en touffe pointue, il est vêtu de blanc, costume affecté aux vieillards de la comédie, suivant un usage très-antique: la manche, qui paraît appartenir à l'habit de dessous, est jaune; cette même teinte se remarque sur les jambes, mais on peut croire que c'est l'effet de l'altération de la couleur. On ne sait pas que les anciens aient connu l'usage d'une chaussure étroite, telle que sont nos bas; on sait seulement que les gens infirmes et délicats y suppléaient par des bandes spirales dont on ne voit ici aucune trace. On voit d'ailleurs que le vieillard a les pieds nus, renfermés dans des sandales. Des autres personnages, tous deux assis, l'un joue des deux flûtes; couronné de feuillage, il porte le riche habit qui paraît commun aux _Tibicines_ et aux _Citharèdes_; la tunique de dessous est jaune, à en juger par les manches; le manteau ou la _palla_ est rouge; on y remarque une longue pièce rapportée, couleur de pourpre et brochée d'or; cette pièce est ce que les anciens appelaient _clavus_ et _patagium_, ornement le plus recherché des tuniques, et en usage dans les habits de théâtre. L'autre personnage, dont le masque très-chargé exprime le rire, vêtu de blanc comme l'histrion du tableau précédent, paraît chanter avec l'accompagnement; la couronne qu'il porte favorise encore cette conjecture. On distingue mal l'objet qui est à ses pieds. L'intention générale du tableau peut se rapporter à l'intermède dans lequel le joueur de flûte venait amuser les spectateurs pour remplir le vide de la scène; d'autres ont cru y voir le retour imprévu du maître qui surprend ses serviteurs à se divertir: mais le riche habit du joueur de flûte paraît s'opposer à cette explication.
La frise contient quatre masques; les deux premiers sont tragiques; le troisième est comique, et le quatrième, bien qu'il exprime les pleurs, nous paraît appartenir au même genre.
Hauteur, 1 P. 3 p°. 4 lig.--Largeur, 1 P. 3 p°. 4 lig.
PLANCHE XXVII. (_XXXIX, t. IV de l'Edition royale_.)
Le fond de ce tableau, très-altéré, semble représenter la partie du théâtre où s'exerçaient les acteurs, appelée _choragium_. L'homme assis sur un siége recouvert d'une draperie rouge, bordée de bleu, paraît absorbé dans une profonde méditation. Une tunique à manches courtes, de couleur grise, et un _pallium_ jaune, forment son vêtement. On peut reconnaître en lui le poète ou le directeur de la scène; le personnage qui est entièrement effacé, vient poser près de lui une petite armoire ouverte, à deux battans, et au fond de laquelle on remarque le dessin d'une petite figure; cette armoire rappelle celle qu'on avait coutume d'exposer à l'entrée du théâtre en guise d'annonce, où était représentée la figure du principal acteur, qui donnait son nom la pièce. La femme assise, dont la tête manque aussi, est élégamment drapée d'une tunique bleue et d'un voile rouge; elle tient sur ses genoux un masque comique, et présente à sa compagne un petit rouleau ou volume qui peut être le rôle qu'elle doit remplir.
Hauteur, 1 P. 9 p°.--Larg. 1 P. 7 p°. 6 lig.
PLANCHE XXVIII. (_XL, t. IV de l'Edition royale_.)
Ce fragment nous offre encore un sujet scénique. Un jeune homme debout, à demi-vêtu d'une draperie d'un blanc sale, porte un masque tragique, remarquable par une longue chevelure et l'élévation du front. Un autre personnage d'un âge moyen, négligemment drapé d'un manteau d'une couleur jaunâtre, est assis devant lui, et considère le masque avec une attention qui se peint également sur son visage et dans son attitude. On voit près de lui une espèce de chevalet, destiné, sans doute, à poser l'attirail du costume théâtral: il est probable que ce tableau représente des acteurs se préparant paraître sur la scène. La rudesse de leurs traits et la pauvreté de leur costume, rappellent ces histrions que Lucien nous dépeint, reprenant leurs viles dépouilles, après avoir brillé dans la pourpre royale et les riches vêtemens de Priam ou d'Agamemnon.
Hauteur, 1 P. 3 p°. 10 lig.--Larg. 10 p°. 7 lig.
PLANCHE XXIX. (_XLI, t. IV de l'Edition royale_.)
Cette peinture, trouvée à _Portici_ en 1761, est une des plus belles de la collection, et se fait remarquer par l'esprit et la sagesse de la composition, par la finesse du coloris, et sur-tout par l'heureux agencement des draperies. On a cru y voir un poète dictant son poëme à la Muse même de la tragédie, l'un des trois princes de la scène tragique, Eschyle, Sophocle ou Euripide. Les portraits antiques de ces deux derniers n'offraient aucune ressemblance avec le personnage du tableau; celui d'Eschyle, qui n'est pas assez connu, n'éloignait aucune application, et l'on s'était arrêté à l'idée que ce poète, qui éleva la tragédie à un grand degré de perfection, était ici l'objet d'une allégorie ingénieuse: cependant Eschyle, suivant le costume de son pays et de son siècle, aurait dû porter la barbe; d'un autre côté, il est bien plus simple de reconnaître, dans ce tableau, un sujet tout-à-fait du même genre que les précédens. La figure assise, le sceptre d'argent à fleuron d'or dans sa main droite, l'épée revêtue du fourreau dans sa gauche, ne sera qu'un acteur remplissant le rôle d'un roi. Une femme est près de lui; un genou en terre et l'autre élevé, elle trace des caractères sur une tablette dressée devant elle; sa tunique, retenue par une ceinture, laisse à découvert son épaule et son bras; ses cheveux sont relevés avec art sur le sommet de la tête; au-dessus de la tablette est un masque tragique: cette femme appartenant à la scène, est, à ce qui paraît probable, dans l'action d'écrire le titre de la tragédie qu'on va jouer, pour l'afficher à la porte du théâtre. Derrière elle est un jeune homme prêtant attention, et qui peut désigner un acteur secondaire, ou l'un des personnages composant la tragédie.
Hauteur, 1 P. 3 p°..--Largeur, 1 P. 1 p°. 3 lig.
PLANCHE XXX. (_XLII, t. IV de l'Edition royale_.)