Antiquités d'Herculanum, Tome II. Peintures
Chapter 2
Ariadne, tranquille encore, goûte les douceurs du sommeil; elle est couchée sur un matelas à l'ombre d'une tente, la tête appuyée sur un oreiller blanc, les cheveux retenus par une bandelette et les bras parés de bracelets. Rarement une peinture antique, un monument ne se retrouve pas dans quelques passages des anciens: «Vois, dit _Philostrate_, vois Ariadne, ou plutôt le sommeil lui-même; à moitié nue; vois son sein, son cou renversé, sa gorge délicate; son aisselle droite est découverte, sa main gauche s'appuie sur la draperie, afin que le vent ne puisse pas dévoiler ce qui doit rester caché». Faible obstacle pour le satyre audacieux qui expose cette beauté aux regards du jeune Dieu de Naxos. «Tu ne seras pas long-temps abandonnée; tu te trouveras seule à ton réveil, cette joyeuse troupe sera partie; tu dois verser des pleurs, ainsi le veut l'Amour: mais le jeune Dieu reviendra et tu seras consolée». Bacchus en effet se retira, suivant le récit de Nonnus (_Dionys., XLVII, v. 271 et suiv._), et ne revint que lorsque la belle eut bien pleuré la trahison du héros. Le Dieu s'appuie sur son père nourricier, le vieux Silène, tel que le peint Lucien (_in Baccho_): «ramassé dans sa petite taille, gras et pansu, les narines ouvertes, etc.». De l'autre côté, un objet plus gracieux, Cupidon, l'entraîne vers Ariadne, vive image de la force de l'amour, que nous retrouverons répétée dans une autre peinture. Dans un coin du tableau, au-dessus des rochers, paraît un petit Satyre, qui considère aussi la belle dormeuse. Dans le lointain, on distingue une Bacchante portant une corbeille ou plutôt le van mistique, et plusieurs personnages formant le cortège. Le mérite de la composition, très-supérieur à celui de l'exécution, peut faire penser que ce tableau est la copie d'un excellent original.
Hauteur, 1 P. 10 p°. 4 lig.--Largeur, 1 P. 7 p°. 3 lig.
PLANCHE XVII.
Cette peinture est l'une de celles de la collection où brillent le plus la finesse de l'art, la grâce du dessin et la beauté du coloris; c'est l'ouvrage d'une excellente main: mais il est à regretter que le sujet en demeure obscur et incertain. Ce personnage debout, appuyé sur un pilastre ou sur un autel, est une Divinité assez clairement caractérisée par l'auréole qui rayonne autour de sa tête; la délicatesse de ses traits et de ses formes le fait reconnaître pour le fils de Latone. «Toujours jeune et gracieux, jamais le plus léger duvet n'ombragea la lèvre d'Apollon, pas même celui qui naît sur la lèvre d'une jeune fille». (_Call. H. in Ap. v. 36_). Son arc débandé en signe de paix ou de faveur, son carquois fermé, ses cheveux blonds et longs, ceints d'une bandelette, cette longue chlamyde de pourpre, s'accordent avec ses attributs, quoique les brodequins jaunes, remontant à mi-jambe, ne se rencontrent pas fréquemment dans ses images. La figure assise sur un siége d'une belle forme, est vêtue d'une tunique très-fine, agraffée sur le bras; un manteau d'un jaune doré la recouvre avec élégance, sa main droite en a rejeté une partie, et la tunique qui a glissé laisse à découvert l'épaule, une partie du sein et du bras: on pourrait supposer une intention dans cette négligence; l'abandon de l'attitude et l'inclinaison de la tête semblent indiquer un sentiment de soumission; l'expression du visage n'est point la tristesse, c'est plutôt un léger contentement mêlé de pudeur; ces cheveux longs, la couronne de feuillage, le rameau de laurier que porte cette jeune femme, toutes ces circonstances annoncent une initiée à la science de la divination. On pourrait penser que le peintre a voulu représenter _Cassandre_ qui en reçoit le don d'Apollon, pour prix des faveurs qu'elle lui a promises: c'est plus probablement la _Pythie_ ou la _Sibylle_ frappée d'une crainte religieuse à l'aspect du Dieu qui l'inspire. Le collier d'or formé de chaînons que porte la figure, est un ornement remarquable. Il se trouvait dans le fond du tableau une troisième figure tellement altérée, qu'on n'a pu la distinguer, peut-être eût-elle jeté plus de jour sur ce sujet mystérieux.
La frise représente des Amours ou Génies jouant ou combattant avec des sangliers et une panthère.
SUJET PRINCIPAL.--Hauteur, 1 P. 3 p°. 8 lig.--Largeur, 1 P. 3 p°. 8 lig.
PLANCHE XVIII.
(_XIX de l'Édition royale._)
La dispute d'Apollon et de Marsyas, et le supplice affreux auquel ce malheureux chanteur fut condamné par le jugement des Muses, sont assez célèbres dans la Mythologie. On voit ici le Dieu vainqueur, couronné, assis sur un siége orné d'un coussin, tenant sa lyre d'une main, et de l'autre l'archet (_plectrum_). Une Muse est à ses côtés et tient une guirlande dont elle est prête à parer la lyre; elle est vêtue d'une tunique brodée, ouvrage phrygien qui rappelle le lieu de la scène. Le jeune Olympe, portant une simple chlamyde et coiffé du bonnet phrygien, se jette aux pieds du Dieu pour implorer la grâce de son maître. Le bourreau, dont les habits tiennent au costume des barbares, attend, le couteau à la main, l'ordre d'exercer son ministère; il considère sa victime, l'infortuné Marsyas, déjà dépouillé et attaché à un arbre. Si le coloris répondait, dans cette peinture, à la beauté de la composition et à l'expression des figures, on pourrait la compter parmi les plus belles de la collection.
Hauteur, 6 p°. 6 lig.--Largeur, 1 P. 5 p°. 9 lig.
PLANCHE XIX.
(_XX de l'Édition royale._)
Cette peinture représente un Chur bachique, tels qu'ils avaient lieu dans les fêtes du Dieu, pendant les sacrifices et autour des temples. La première figure assise joue des deux flûtes; la seconde des _crotales_; le vieillard prend le caractère d'un Silène et joue du _tympanum_; la quatrième figure tient une lyre, et la vieille assise sur un tabouret garni d'un coussin, est une prêtresse de celles dites _Géraires_. Ses cheveux sont enveloppés d'un linge (_mitra_); sa tunique est à longues manches; elle porte d'une main une patère, de l'autre une feuille qui paraît être la _nymphée_, servant d'aspersoir dans les cérémonies religieuses. Souvent les anciens donnaient cette forme aux éventails (_flabella_) dont ils se servaient pour exciter le feu sacré. Les trois jeunes femmes ont des tuniques à franges, ornement de luxe et de cérémonie; la joueuse de flûte porte une coiffe qui lui couvre le cou, et qui pourrait faire partie de l'espèce de cape propre à sa profession; la prêtresse seule est chaussée; les autres personnages ont les pieds nus. Cette distinction est fondée peut-être sur l'âge et la dignité de la prêtresse.
Cette peinture et les sept qui suivent furent trouvées dans les fouilles de Portici.
Hauteur, 6 p°. 3 lig.--Largeur, 1 P. 4 p°. 3 lig.
PLANCHE XX.
(_XXI de l'Édition royale._)
Cette peinture représente le départ d'une Procession bachique; la marche s'ouvre par une jeune fille jouant des deux flûtes; vient ensuite une femme portant d'une main le vase pour les libations, dit _guttum_ ou _gutturnium_, parce qu'il laissait échapper la liqueur goutte à goutte; elle porte dans l'autre main une corbeille ornée de rubans; elle est suivie d'une autre femme qui porte un coffre contenant les symboles mystérieux de Bacchus, ou bien peut-être l'_arche sacrée_, allusive à la naissance de ce Dieu, ou à sa statue forgée par Vulcain, et qui échut dans le partage des dépouilles de Troie, au grec _Eurypyle_. Le jeune homme presque nu, assis sur un siége d'une forme remarquable et tenant un sceptre, paraît être le directeur de la cérémonie. La femme appuyée sur un pilastre, et qui converse avec lui, peut être une des _géraires_ ou la reine du sacrifice.
Hauteur, 6 p°. 6 lig.--Largeur, 1 P. 4 p°. 3 lig.
PLANCHE XXI. (_XXII et XXIII de l'Édition royale._)
Ces deux tableaux sont encore relatifs aux mystères de _Bacchus_. Dans le premier, le jeune homme presque nu, assis et portant un thyrse, est le Dieu lui-même. Il paraît recevoir les offrandes que deux Prêtresses ou Bacchantes couronnées lui présentent; le geste de la main, déployant trois doigts, est marqué par les anciens, comme l'un de ceux dont on accompagnait la parole. Le jeune homme debout, vêtu d'une simple chlamyde, porte une bandelette et un thyrse; c'est peut-être _Ampelus_, jeune favori du Dieu des vendanges. La femme élégamment drapée et couronnée, est peut-être une _Hiérophantesse_ ou l'une des nourrices du dieu Thébain.
L'autre tableau, qui fait le pendant du premier, représente la Déesse que les Latins appelaient _Libera_, et que les Grecs ont souvent confondue avec _Proserpine_, fille de Cérès et compagne de Bacchus, dans les cérémonies les plus mystérieuses. La femme largement drapée, dans l'attitude du repos, souvent répétée dans les monumens, peut être Cérès, sa mère; le Génie des mystères, un flambeau à la main, paraît lui indiquer sa fille qui est de retour des royaumes sombres. La jeune fille recouverte d'un grand manteau, portant un thyrse environné de rubans ou de bandelettes, paraît être l'_Initiée_ laquelle on destine la couronne qui se voit dans les mains de la Déesse. Une autre figure semble en marche pour aller déposer des offrandes sur un autel, comme dans le premier tableau.
CHAQUE SUJET.--Hauteur, 5 p°. 3 lig.--Largeur, 1 P. 4 p°.
PLANCHE XXII.
Le premier de ces tableaux représente les Noces d'un jeune Héros; il a une épée à la main. Cupidon l'escorte et le présente à l'épouse, assistée d'une autre femme qui s'appelait _Pronuba_ par les Latins, et qui remettait la nouvelle mariée entre les bras de son époux. Deux autres femmes préparent une assiette pleine d'offrandes à poser sur l'autel des Dieux qui président aux mariages. Il n'y a pas assez de données pour déterminer le héros, dont les noces sont représentées dans ce tableau.
Le second représente les Mystères de Bacchus, que l'on appelait _Ityphalliques_, et où l'on considérait ce Dieu comme l'une des divinités qui présidaient la génération. Sous ce point de vue, les deux tableaux ont quelques rapports entre eux. La première figure assise, coiffée d'un bandeau dont les bouts retombent sur les épaules, vêtue d'une tunique _talaire_ à longues manches, de couleur violette, et d'un manteau agraffé sur l'épaule, fait le geste connu du silence; suit un vieillard debout, couronné de feuillages, portant une tunique rouge, également _talaire_, et un manteau; il tient la main sur la poitrine et paraît pénétré d'une crainte religieuse et de respect. Ces deux figures sont probablement celles du _Hiérophante_ et de la _Hiérophantesse_. La figure d'enfant, vêtu de la chlamyde qui revient couvrir mystérieusement la poitrine, la tête couronnée et le thyrse à la main, est celle de Bacchus; il tient un vase sacré, d'une forme singulière, peut-être destiné aux ablutions. Un signe remarquable par son exagération et célèbre dans ces mystères, désigne la figure plutôt pour une statue que pour un personnage. La femme voilée porte un serpent, symbole révéré des orgies.
CHAQUE SUJET.--Hauteur, 5 p°. 6 lig.--Largeur, 1 P. 4 p°. 6 lig.
PLANCHE XXIII. (_XXVI et XXVII de l'Édition royale._)
La première planche rassemble deux fragmens de Peinture, dont le second est trop altéré pour donner lieu à aucune explication. Le premier représente une Femme coiffée d'un bandeau, dont les bouts retombent sur ses épaules, parée de pendans et de bracelets, et vêtue d'une ample draperie; elle reçoit des mains d'une jeune fille une ceinture ou un collier que l'état de la peinture n'a pas permis de bien distinguer. La feuille de _nymphée_ qu'elle tient à la main, et dont on se servait comme d'aspersoir, semble désigner une prêtresse; on aperçoit encore les jambes nues d'un jeune homme qui doit être couché ou prosterné.
Dans la seconde planche, on voit une figure de Bacchus assise, tenant un thyrse rustique et un petit sceptre; deux prêtresses portant des objets relatifs au culte, et plus loin un petit autel avec un thyrse. Cette peinture s'est aussi trouvée fort endommagée.
CHAQUE SUJET.--Hauteur, 5 p°. 6 lig.--Largeur, 1 P. 4 p°. 7 lig.
PLANCHE XXIV. (_XXIX de l'Édition royale_).
Prêtresses de Bacchus ou de Cérès, toutes les deux vêtues de tuniques violettes, et couronnées de feuillages; la première tient un _tympanum_ garni de grelots, une corbeille de feuilles nouvelles, et des bandelettes; la seconde porte une patère et une branche fleurie en forme de massue, peut-être une tige de _férule_; elles pourraient l'une et l'autre se préparer aux _thalysies_, sacrifice où l'on offrait à Bacchus et à Cérès les prémices de la terre, pendant les fêtes _Haloënnes_ ou des _Aires_.
Hauteur, 2 P. 1 p°. 6 lig.--Largeur, 3 P. 2 p°.
PLANCHE XXV. (_XXX de l'Édition royale._)
La figure de femme, qui fait l'un de ces deux sujets, est remarquable par la grâce de la pose et par la beauté du dessin. Ses draperies jetées largement laissent à demi-nu une partie du sein et le bras droit; elle porte une chevelure qui, aux Académiciens de Naples, a paru postiche; ils ont cru voir des plumes sur la tête de cette figure; mais peut-être ne sont-ce que des fleurs et des bouts de rubans. Elle tient de la main droite un instrument fort long, et qui semble, par sa forme, destiné porter un flambeau; de l'autre main, elle soutient un tube surmonté d'un aigle: on a cru voir, avec peu de vraisemblance, que c'était une trompe; ce pourrait être une partie des montans d'un siége ou trône portatif d'argent.
Le second personnage couronné de lierre, vêtu d'un simple _pallium_, ayant des souliers qui couvrent entièrement le pied, et qui, sans cette couronne, à sa barbe bouclée, à sa physionomie pensive, paraîtrait un philosophe, n'est probablement qu'un poète, auteur des drames ou des hymnes qui faisaient partie de la fête à laquelle ces figures paraissent faire allusion.
SUJET PRINCIPAL.--Hauteur, 1 P. 5 p°. 7 lig.--Largeur, 1 P.
PLANCHE XXVI. (_XXXIV de l'Édition royale._)
La première de ces figures représente un Hermaphrodite. Il relève avec grâce une longue draperie blanche posée sur sa tête; cette draperie retombe sur son bras gauche et la cuisse droite, en laissant à découvert les formes qui le font reconnaître. Son attitude est pleine de mollesse, et il porte cette feuille que nous avons déjà remarquée, employée quelquefois comme aspersoir et souvent comme éventail (_flabellum_): elle paraît destinée ici à ce dernier usage. Cette feuille, d'un jaune roux, pourrait se rapporter à l'espèce de lierre nommée par Pline (_XXIV_, 10) _cissos erythranos_; elle pourrait aussi appartenir une espèce de nymphæa. La fable de la nymphe _Salmacis_ (_vide_ OVID. _Met. IV._) explique parfaitement le sens mystérieux que les anciens donnaient ces figures d'Androgynes; leur imagination, vive et brillante, personnifiait toutes les passions et se plaisait à en voir répéter les images. La figure d'Hermaphrodite décorait ordinairement les bains communs à l'un et l'autre sexe, et rappelait, dans ce lieu, l'allégorie de sa naissance.
La seconde figure, posant sur un ornement, qui paraît une partie de chapiteau ionique dessiné sur le côté, et soutenant un fût d'une forme capricieuse, est elle-même un ornement d'architecture. C'est un _Atlas_, suivant la dénomination des Grecs; un _Télamon_, suivant celle des Latins. Les figures de femme ainsi employées prennent le nom de _Cariatides_ (_vide_ VITR. _IV_, 10). La nudité de cette figure, la couronne, le rameau, le disque, la draperie jetée sur le bras, conviennent particulièrement un _Camille_ ou Ministre des sacrifices. Les attributs des Télamons ou des Cariatides varient selon le caprice du décorateur, ou suivant le genre d'édifice auquel ils sont destinés.
CHAQUE SUJET.--Hauteur, 8 p°.--Largeur, 11 p°..
PLANCHE XXVII. (_XXXVII de l'Édition royale._)
Cette peinture offre une Décoration au milieu de laquelle est un personnage qui peut représenter un _Camille_ ou Ministre de sacrifice. Il porte un rameau, peut-être allusif aux lustrations, et une corbeille qui peut contenir les restes du sacrifice, que les servans recueillaient avec soin, comme ayant la vertu de conserver la santé. Ses pieds et ses jambes sont revêtus de bandes de lin (_fasciæ crurales_) quelquefois en usage chez les Romains. Le jeune bouc de couleur rouge qu'on voit sur une table de marbre avancée, paraît placé là comme la statue de cet animal, et annoncer que le lieu est consacré à Bacchus. Sous les pieds du jeune homme est un tableau où l'on voit un léopard poursuivant un jeune cerf. Tout est capricieux dans cette Décoration; et, comme nous l'avons déjà observé, on ne doit supposer au peintre d'autre intention que celle de couvrir agréablement une surface par des sujets dionysiaques.
Hauteur, 1 P. 10 p°..--Largeur, 1 P. 6 p°.
PLANCHE XXVIII. (_XL de l'Édition royale._)
Cette peinture représente une Victoire. Les poètes et les peintres la dépeignent aîlée, telle qu'on la voit ici, pour exprimer sa rapidité ou son inconstance; c'est à son inconstance que fait allusion cette épigramme de l'Anthologie à l'occasion d'une statue de la Victoire, frappée de la foudre à Rome:
«La Victoire a perdu ses aîles, et ne pourra jamais s'éloigner de toi».
Cette Victoire est vêtue d'une large tunique blanche; ses cheveux arrangés sur le sommet de la tête voltigent derrière elle; elle a le bras gauche passé dans un bouclier enlevé à l'ennemi, ou symbole des trophées; elle porte à la main une couronne de chêne, telle qu'on la voit sur les médailles des Empereurs, avec la légende _ob cives servatos_. Les feuilles de cette couronne sont brillantées d'or pur, qu'on voit quelquefois employé comme couleur dans ces peintures antiques.
Hauteur, 1 P. 3 p°. 7 lig.--Largeur, 10 p°. 8 lig.
PLANCHE XXIX. (_XLII de l'Édition royale._)
La franchise du pinceau, l'agrément du coloris répondent, dans ces deux peintures, à la simplicité et à la vivacité de la composition. Deux Satyres velus et barbus, le front armé de longues cornes, se battent à coups de tête contre des boucs. On voit dans Béger (_Th. Br. p._ 154) une pierre gravée qui représente un Panisque en semblable combat. L'inclination libidineuse de ces animaux révérés chez les Égyptiens, comme symboles de la nature productive, aussi-bien que celle de leurs antagonistes, semble offrir la rivalité pour cause de ce combat. Nos Satyres résisteront mieux, sans doute, que le jeune Sybarite Cratis, qui, au rapport d'Ælien (_H. A. VI_, 42.) expia ses bizarres amours, victime de la jalousie de son dur et fier rival. Ils ont les bras repliés sur le dos, et combattent généreusement à armes égales: cette circonstance peut encore donner l'idée d'un jeu occasionné par les fêtes de Bacchus.
CHAQUE SUJET.--Hauteur, 8 p°.--Largeur, 11 p°.
PLANCHE XXX. (_LIX de l'Édition royale._)
Cette peinture curieuse représente une Cérémonie et un sacrifice suivant le rite égyptien. Le feu sacré s'enflamme sur l'autel à quatre cornes, dont la forme se retrouve dans un grand nombre de médailles et de monumens. Sur la marche de l'autel, on remarque les Ibis, oiseaux sacrés chez les Égyptiens. Tous les personnages sont en action et tiennent des sistres ou différens instrumens du même genre, tels que celui formé d'une chaîne de quatre anneaux et un autre composé d'une aiguille servant d'axe à un cercle garni de grelots. La figure la plus apparente du bas du tableau, est celle d'une femme à genoux, la tête ceinte d'une couronne et dans l'attitude de faire une offrande; elle est vêtue d'une tunique blanche et d'un manteau rouge, dont une partie, retombant sur l'épaule, est ornée de franges, habillement qu'on remarque dans les cérémonies religieuses des Égyptiens. Derrière elle est un jeune homme, tenant un sistre et une branche, ayant la tête rase, nu jusqu'à la ceinture, et du reste enveloppé d'une draperie blanche; c'est le costume particulier des prêtres. Un autre costume remarquable est celui du personnage qui danse au sommet des degrés; il est d'une teinte brune, barbu et revêtu d'un habit succinct de couleur violette, qui ne couvre que le buste, en forme de cuirasse, habit qui convient un dieu guerrier et conquérant, comme l'était _Osiris_. Ce personnage paraît faire le sujet principal du tableau; ce n'est probablement qu'un prêtre, dans l'habit d'Osiris sortant du temple, au milieu du bruit des acclamations et des instrumens sacrés, et qui, peut-être, comme celui de Juvénal, joue l'_Anubis_ et se moque de la superstitieuse crédulité de ses dévots. La scène se passe à l'entrée d'un temple, ou, pour mieux dire, dans le _peribolos_ ou enceinte extérieure, comme l'annoncent les deux colonnes, les cinq degrés et l'épistyle; chaque colonne est ceinte d'une guirlande de lierre, plante consacrée à Osiris, et décorée d'une branche de palmier; au milieu est suspendue une couronne de feuillage. Tous les personnages sont pieds nus en signe de respect. Les ordres grecs, la structure du temple et le palmier qui domine le mur latéral, semblent désigner que cette solemnité se passe Alexandrie.
SUJET PRINCIPAL.--Hauteur, 2 P. 3 p°. 6 lig.--Largeur, 2 P. 2 p°. 3 lig.
PLANCHE XXXI (_LX de l'Édition royale._)
Cette peinture, qui fait le pendant de la précédente, trouvée avec elle dans les fouilles de _Portici_, retrace une solemnité en l'honneur d'Isis, divinité qu'on ne séparait pas d'Osiris, son époux et son frère. Sur le devant est l'autel orné d'une guirlande; un prêtre excite le feu sacré avec un éventail, semblable à ceux encore en usage de nos jours; près de lui est un autre ministre vêtu d'une tunique blanche, étroite et à longues manches, tenant un long bâton et un autre instrument en forme de sceptre, attribut appartenant aux héraults des cérémonies (Hieroceryces); au pied des degrés est un autre ministre tenant un instrument semblable et un sistre. Les assistans sont rangés sur deux files; en tête et d'un côté est un joueur de flûte, et de l'autre, deux personnages consacrés au culte; onze degrés conduisent au parvis du temple; de chaque côté, sur un grand appui, est un Sphinx, la tête surmontée d'une feuille de _lotus_; une balustrade ferme l'entrée du temple. Le chef des prêtres, le _Prophête_, est revêtu d'une tunique _talaire_, et d'une sorte de mante à franges dans laquelle il enveloppe ses mains pour porter l'_hydria_, le vase à l'eau, symbole de la Déesse même, offert à l'adoration du peuple. Deux figures se voient sur le même plan; l'une, qui paraît un prêtre, a la tête rase, et porte une draperie au-dessous du sein; il joue du sistre, et semble regarder l'autre figure: celle-ci est une femme habillée en Isis, revêtue de longs habits et d'une chlamyde peinte de diverses couleurs; elle a les cheveux longs et porte un sistre et un seau, telle que nous voyons la Déesse dans plusieurs monumens postérieurs à la conquête d'Alexandre. On remarque les _Ibis_ au pied de l'autel comme dans le sujet précédent. L'instant de la cérémonie paraît être celui où le prêtre congédiait l'assistance, en offrant à sa vénération le vase sacré avant de fermer le temple. (_Vide. Clem. Alex. Str. v._ p. 633).
SUJET PRINCIPAL.--Hauteur, 2 P. 3 p°. 6 lig.--Largeur, 2 P. 2 p°. 3 lig.
PLANCHE XXXII. (_I, t. III de l'Édition royale._)
L'inspiration et la divinité règnent dans cette belle figure d'Apollon. Le Dieu se repose et médite de nouveaux chants; sa tête est environnée d'un cercle lumineux (_nimbus_); ses cheveux flottans sont ceints d'une couronne de laurier; une chlamyde violette, attachée sur les épaules, laisse en liberté son bras droit et découvre une partie de ce beau corps où brille la jeunesse; sa lyre, appuyée sur un autel recouvert d'une draperie, conserve sa forme primitive et encore grossière: la lyre fut d'abord formée d'une tête de taureau dépouillée; les cornes servaient de montans pour soutenir la traverse où venaient s'attacher les cordes; le _plectrum_, que nous nommons archet, était un véritable pied de chèvre, et sa forme antique rappelle son origine. Cette peinture fut trouvée à _Portici_ avec la suivante.
Hauteur, 2 P. 6 lig.--Largeur, 1 P. 6 p°. 7 lig.
PLANCHE XXXIII. (_II, t. III de l'Édition royale._)