Antiquités d'Herculanum, Tome I. Peintures

Chapter 2

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«Les danseurs invitaient _Vénus_ à se mêler à leurs jeux; elle conduit le choeur des Nymphes et des Grâces; elle danse au banquet des Dieux; les perles nées dans son berceau font sa parure chérie».

C'est donc Vénus qui nous charme dans cette figure, ou c'est une jeune Danseuse ou Bacchante qui la représente; nous la voyons exécuter dans un banquet l'une de ces trois parties de la danse, le mouvement, la figure et l'_indication_. Après un mouvement rapide, elle s'est arrêtée, et, dans son attitude pleine de grâce, elle offre aux yeux des convives tous les charmes de la Déesse même.

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PLANCHE XIX.

Cette figure rivalise de beauté avec la précédente. Ses cheveux sont blonds; le tissu jaune et transparent qui se joue en plis gracieux paraît plutôt voiler que couvrir une partie de son corps; son front est ceint d'un ruban bleu-céleste; de la main gauche elle soutient un disque couleur d'argent, qui paraît avoir quelque rapport à sa danse et lui servir de caractère distinctif.

«Telle se montrait _Vénus_, vierge encore, exposant aux regards la beauté de ce corps parfait, et laissant deviner ses charmes les plus secrets sous un léger tissu de lin, que soulève doucement le zéphir; la blancheur de son corps s'unit à la lumière du ciel, et l'azur de son voile se confond avec celui des flots». Cette description voluptueuse d'_Apulée_ (Métam. X) a beaucoup de rapport avec notre Danseuse. Les _Grâces_, les _Nymphes_ et les _Heures_ étaient également représentées dans les danses avec les attributs que leur donnaient l'imagination des peintres et des poètes; et les danseuses ont pu servir à leur tour de modèles pour ces Divinités.

Les jolies frises à la suite de cette peinture et des cinq suivantes, n'ont aucune relation avec le sujet.

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PLANCHE XX.

Voici une autre Danseuse dans le caractère d'une _Bacchante_. À demi-nue, les cheveux épars, de la main gauche elle élève un tambour garni de grelots (_tympanum_) qu'elle est prête à frapper de l'autre main pour marquer la mesure de sa danse; elle est parée d'un collier et de bracelets à double rang, qui paraissent formés de perles; sa robe blanche et d'une grande finesse est bordée de rouge, couleur consacrée Bacchus; les plis en sont élégans et bien entendus; ses sandales sont attachées avec des rubans également rouges.

Parmi les personnages que les anciens aimaient à voir représenter par leurs danseuses au milieu du festin, les Bacchantes offraient sans doute un attrait piquant à leur goût pour le plaisir. Les poètes donnaient leur caractère. «Presque nues, à peine couvertes d'une peau de tigre ou d'un vêtement léger, prêtes à se livrer aux orgies de Bacchus, on les voit détacher les bandelettes de leur chevelure et l'abandonner aux vents, s'agiter vivement, et accompagner leurs mouvemens du bruit du tambour; elles ne donnent pas moins l'image de l'ivresse de Vénus que de Bacchus».

Le mouvement de notre Danseuse est plus composé; ses cheveux dénoués ne sont pas encore en désordre; elle vient de commencer la danse.

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PLANCHE XXI.

Cette Danseuse se fait encore admirer par sa grâce et sa légèreté; ses cheveux ne sont point épars, mais le lierre dont ils sont couronnés, la peau de tigre ou de panthère qui de l'épaule gauche s'envole sous son bras, nous font reconnaître une Bacchante. Elle fait résonner dans ses mains les cymbales, dont le bruit harmonieux doit accompagner les clameurs des Prétresses de Bacchus; les bracelets à double rang sont de couleur d'or; son vêtement est de cette couleur d'azur que le galant Ovide distingue parmi celles qui plaisaient le plus aux femmes.

Les Bacchantes ne sont pas toujours caractérisées par le désordre de leur chevelure; on en trouve souvent, dans les monumens antiques, dont les cheveux sont soigneusement arrangés. Un poète latin (_Corn. Gallus,_ l. IV) nous peint ainsi l'une de ces femmes voluptueuses: «Sa beauté ingénue lui faisait donner le nom de _Candide;_ les tresses de ses cheveux étaient divisées avec art; les cymbales retentissaient entre ses mains agiles, et leur éclat se réfléchissait sur tout son corps; je la vis danser et fus épris d'amour».

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PLANCHE XXII.

Cette figure svelte et gracieuse est vêtue d'une robe violette longue et transparente; l'épaule et le bras nus, elle semble avoir suivi le conseil du précepteur des amours, qui apprend à ses écolières que la partie qui attire le plus les regards des amans est celle où ces belles formes se confondent. (OVID. _de art. III, v._ 307.) Un voile léger jeté sur l'autre épaule passe sur son sein, vient former un tour à son bras droit, et voltige agréablement par derrière; son poignet est paré d'un bracelet d'or; de légères semelles forment sa chaussure; les feuilles de roseau dont ses cheveux blonds sont couronnés, le vase qu'elle porte d'une main, le disque qu'elle soutient de l'autre, et où l'on distingue trois figues, paraissent faire allusion à son caractère. C'est une Naïade, suivante de Bacchus, ou une femme qui, sous ce personnage, fait au Dieu l'offrande des prémices d'un fruit qui lui est consacré, ou l'une de celles qu'on appelait pour servir dans les festins somptueux. La couleur violette qui distingue son vêtement était très-recherchée des femmes dans leur parure, et une profession en prenait à Rome le nom de _violarii._

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PLANCHE XXIII.

Cette jolie figure a beaucoup de rapport avec la précédente par l'expression, quoique ses attributs lui donnent un caractère différent. Sa couronne formée de tiges de blé, et sa robe blanche, ont quelque rapport aux fêtes de Cérès, célébrées très-souvent par les anciens avec celles de Bacchus. C'est encore une Danseuse appelée dans un festin; elle porte un panier de la main droite, et de l'autre un disque; comme sa compagne, elle est sans ceinture, et son vêtement flottant laisse découvert le sein et le bras droit; au-lieu de sandales, elle porte des chaussons. Cette figure rappelle la danse religieuse des _Cernophores;_ l'imitation des usages religieux embellit souvent les fêtes consacrées aux plaisirs. La tunique flottante était une recherche des femmes voluptueuses et des hommes qui s'en rapprochaient par leur goût; elle prêtait à la grâce des mouvemens, et les ondulations produites par le zéphir donnaient un attrait plus piquant aux formes que décélait la transparence du vêtement.

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PLANCHE XXIV

Quelle est cette gracieuse figure? La blancheur de son vêtement, la candeur qui règne dans ses traits, ont fait croire qu'elle représentait la Paix. D'une main elle porte une branche chargée de deux fruits qui ressemblent à des citrons; de l'autre, un sceptre couleur d'or. «La Paix dispense les biens et nourrit la jeunesse; elle est agréable au fils joyeux de Jupiter; le chantre des plaisirs veut qu'elle préside à la joie de ses convives». L'image de cette Déesse est bien placée dans une salle de festin; mais ce diadème, ce voile autour de la tête, ce manteau azuré et les autres attributs, seront peut-être réclamés par Vénus. Cythérée orna ses jardins de l'arbre à pommes d'or; un sceptre désigne sa puissance; elle aime la couleur des flots où elle prit naissance; les boucles de perles aux oreilles sont rarement oubliées dans les images de cette Déesse, même en sculpture; et les médailles nous la représentent souvent avec la même coiffure. N'est-ce pas aussi une Prêtresse de Bacchus, qui préside au choeur des danseuses, représenté par cette suite de peintures. Le sceptre était au nombre des marques de la dignité des Prêtresses; les fruits et leurs prémices étaient consacrés à ce Dieu. Il est souvent plus facile d'admirer l'habileté de l'artiste, que d'assigner une intention à ses caprices.

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PLANCHE XXV.

Le sujet de cette peinture est d'une composition aussi piquante qu'agréable. Un _Centaure,_ dans sa course rapide, emporte la _Bacchante_ qui l'a subjugué; il ne peut fuir son vainqueur. Le genou plié, la _Bacchante_ s'affermit sur la croupe de son captif, et foulant d'un pied, dédaigneux ses bras liés derrière le dos, le tenant d'une main par les cheveux; de l'autre, le pressant avec le bout inférieur, d'un thyrse, elle le maîtrise à son gré. Ses cheveux blonds, abandonnés aux vents, attestent la vélocité de la course, et son vêtement qui s'échappe laisse briller, dans l'attitude la plus hardie, des formes le plus heureusement dessinées. Ce groupe a quelque rapport avec les célèbres Centaures sculptés par _Aristeas_ et _Papias,_ artistes aphrodisiens. Les copies, antiques de ces statues nous font voir le plus âgé des deux Centaures dompté par le génie de Bacchus, symbole de l'ivresse et de la débauche; il a les mains attachées derrière le dos comme celui de notre fresque, tandis que le plus jeune, adonné à la chasse, est devenu lui-même la proie de Cupidon qui est assis sur sa croupe. Dans les métopes du _Parthenon_, _Phidias_ a représenté les Centaures comme des ravisseurs de jeunes femmes et de jeunes garçons. Subjugués ou vainqueurs, ces êtres imaginaires nous offrent une nature sauvage dégradée par l'intempérance et par les plaisirs les plus effrénés; c'est le caractère que leur ont donné les artistes et les poètes. On les voit aux noces de _Pirithoüs_ violer les saintes lois de l'hospitalité; _Nessus_, enlevant _Déjanire_, périt sous les traits d'_Hercule_; ce héros venge la soeur d'_Euristhée_ des attentats d'_Homade_; _Rhaetus_ et _Hyleus_ reçoivent de la main d'_Atalante_ le prix de leur témérité, et les Sirènes prennent le nom de _Centauricides_, du nom de leurs victimes.

L'artiste s'est également rencontré avec les poètes dans l'image de la servitude où nous assujétissent les passions. «Armée d'un fouet redoutable, _Vénus_ menace les rebelles; comme des captifs enchaînés dans ses noeuds magiques, elle nous instruit sous ses coups multipliés».

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PLANCHE XXVI.

Zeuxis fut le premier dont l'imagination vive et ardente, cherchant des sujets extraordinaires pour exercer son pinceau, créa, dans sa _Centauresse,_ cet être singulier qui rassemble les formes que nous admirons le plus dans la nature. On ne sait pas si les poètes grecs les plus anciens avaient donné des femmes aux Centaures; mais parmi les Latins, Ovide est le premier qui ait reproduit sous les couleurs de la poésie, ce caprice hardi du peintre grec. Nous ne rechercherons point avec quelques écrivains, la possibilité de si étranges productions: les monstres, dans la nature, font horreur; l'imagination sait embellir les formes les plus bizarres; elle nous transporte dans un monde nouveau, où tous les élémens de la nature se confondent pour produire ce beau idéal que les artistes grecs ont toujours cherché. Les erreurs des premiers peuples, et plus souvent les traits brillans de leurs sciences, se retracent dans les chimères de l'antiquité; nous avons perdu le sens de leur langage emblématique; mais leurs tableaux ont un charme inexprimable qui nous plaira toujours, et le philosophe y trouve souvent des leçons cachées qu'il nous explique. Il serait cependant difficile de rendre compte de l'intention du peintre dans le groupe que nous avons sous les yeux, si l'on doit y voir autre chose que la saillie d'une imagination brillante.

La belle _Centauresse_ porte en croupe une jeune Bacchante vêtue d'une tunique jaune, caractérisée par le thyrse et par ses cheveux en partie épars, en partie attachés avec soin, ainsi qu'on le remarque dans plusieurs monumens. Une draperie verte jetée sur son épaule vient passer sur ses reins; un collier, un bracelet lui servent de parure. Quand l'œil a perdu la trace des formes humaines, il suit celles qui leur succèdent sous une nuance très-blanche; les oreilles allongées participent, peut-être, de cette seconde nature, ou ne sont pas différentes de celles de la figure peinte par Zeuxis, qui les empruntait de la chèvre. De la main gauche, la Centauresse tient suspendu un feston de feuillage qui se termine à l'extrémité par un bouton et des rubans; l'autre bout est caché dans sa main droite passée sous l'épaule de la jeune fille, et son mouvement indique qu'elle va lui ceindre la guirlande en écharpe. La pose gracieuse de la Bacchante répond parfaitement à cette intention.

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PLANCHE XXVII.

Ce _Centaure_ sans barbe enseigne à jouer de la lyre à un jeune homme qu'il soutient légèrement. La nuance de la partie inférieure est un bai-clair; les draperies sont violettes; le thyrse et le _tympanum_ que l'on y voit suspendus, désignent un suivant de Bacchus. La lyre dont il donne des leçons, nous rappelle _Chiron,_ qui montre au jeune _Achille_ l'art de jouer de cet instrument; d'ailleurs, les suivans de Bacchus cultivent tous les genres de musique, et il n'est pas rare de voir la lyre entre les mains des Centaures attelés à son char. Les cheveux hérissés du Centaure sont assez dans le caractère des êtres rustiques que les anciens poëtes rangent dans le cortége du Dieu de l'Ivresse, tels que les Faunes, les Satyres, etc.

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PLANCHE XXVIII.

Le sujet que nous admirons ici n'a rien qui ne rappelle le pinceau qui a produit les trois précédens; mais il est sensible que l'artiste s'est surpassé lui-même dans les grâces et la délicatesse de l'exécution. Ce charme inexprimable qui, au rapport de Lucien, donnait tant de prix à la _Centauresse_ de Zeuxis, se reproduit dans celle-ci. Il réside dans l'union subtile des deux natures de cet être imaginaire; la blancheur répandue sur la carnation délicate de l'une, se distingue de celle qui brille sur le manteau poli de la seconde; mais l'œil se perd dans les nuances incertaines qui les séparent. Cette finesse, ces coups de pinceau qui décèlent si souvent une main de maître, nous prouvent bien que ces anciens artistes avaient une connaissance profonde de l'art; leurs fautes n'étaient que des négligences; on s'aperçoit quelquefois de leurs repentirs par les couches de couleur qui se retrouvent sur l'enduit; mais souvent ils ne prenaient pas la peine de corriger les premiers traits de leur pinceau. Ici le fini de l'exécution répond au mérite d'une heureuse invention. L'attitude du groupe est admirable et le mouvement plein de charmes. Le jeune homme, légèrement soutenu d'une main sur l'épaule de sa belle compagne, lui présente une cymbale dorée quelle est prête à frapper de la sienne, en-même-temps qu'elle touche avec grâce les cordes de sa lyre. Leurs regards semblent se rencontrer comme leurs instrumens harmonieux; l'arrangement de la chevelure dans notre Centauresse semble, comme dans celle d'Ovide, annoncer le dessein de plaire; son collier (_phalera_) forme une parure agréable et qui semble sur-tout lui convenir, en rappelant ceux dont on parait les plus nobles coursiers; la draperie qui voltige sur son bras est violette, celle du jeune homme est jaune.

Hauteur, 11 p°.--Largeur, 1 P, 3 p°. 6 lig.

PLANCHE XXIX.

Ces deux peintures d'un excellent coloris furent trouvées dans les fouilles de Résine, le 31 août 1748; elles représentent deux Siéges majestueux enrichis d'ornemens recherchés, et accompagnés de marche-pieds couleur d'or; cet accessoire nous autorise à voir ici cette espèce de Siége qu'on appelait proprement un _trône;_ il convient aux dieux et aux souverains. Les attributs et les amours ou génies qu'on remarque aux côtés, nous apprennent à quelles divinités ces deux trônes sont consacrés; sur l'un repose la colombe de _Vénus;_ le coussin est couleur de rose; la draperie jetée sur le dossier et qui retombe sur les bras, est de couleur verte changeante. L'un des génies y suspend une guirlande qui paraît formée de feuilles de myrte; l'autre porte le sceptre: ce trône attend la Reine des Amours. Le second appartient à son belliqueux amant. Le casque de _Mars,_ surmonté d'un panache, est déposé sur le coussin; l'un des génies soutient son grand bouclier; et l'autre arrange une guirlande qui paraît composée de laurier, récompense de la valeur. Rien n'est plus gracieux que la pose des quatre génies; l'opposition que le peintre leur a donnée dans ces deux peintures qui font pendant, est d'une heureuse intention. Les colliers et les cercles d'or dont sont ornés le cou, les bras et les jambes de ces beaux enfans, sont une parure distinguée.

Hauteur, 8 p°. 3 lig.--Largeur, 1 P. 1 p°. 6 lig.

PLANCHE XXX.

On découvrit dans les fouilles de Résine, au mois de septembre 1748, ces peintures et les suivantes, où sont représentés les Génies de la danse et de la musique, des jeux de l'enfance, de quelques arts mécaniques et de divers exercices. Dans le premier tableau, l'un des petits danseurs est en mouvement, tenant d'une main une espèce de roseau fendu, dont le bruit paraît devoir marquer la mesure; l'autre, prêt à partir, ajuste une couronne de myrte sur sa tête, à l'envi de son compagnon déjà couronné. Dans le second tableau, l'un, presque en repos, tient aussi un roseau fendu; l'autre, en mouvement, porte sur l'épaule un long sceptre, orné au bout d'une pomme ou d'une balle, et tient un disque ou plutôt un petit tambour suspendu à un cordon. On peut considérer ce sceptre comme destiné à servir de balancier, ou à faire briller l'adresse du danseur. On sait à quel point les anciens ont porté le goût de la danse. Cet art, également consacré par la religion et par le plaisir, faisait partie de l'éducation publique chez plusieurs peuples; et les artistes ont pris souvent plaisir à nous retracer les modèles qu'il leur offrait.

Hauteur, 8 p°. 3 lig--Largeur, 1 P. 1 p°. 6 lig.

PLANCHE XXXI.

Ces deux peintures offrent l'union de la danse et de la musique. Dans la première, l'un des Génies joue d'une flûte double garnie de clefs pour en varier les modulations; l'autre saute ou danse sur un seul pied avec un bâton ou peut-être un balancier sur l'épaule, pour conserver l'équilibre. Dans la seconde peinture, l'enfant armé d'un instrument, dont l'extrémité fendue est retenue par un anneau, pourrait représenter une espèce de danse que Pollux nomme _fissilia trahere;_ nous remarquerons au reste plusieurs instrumens peu connus, et qui paraissent tous répondre à la même intention, celle de produire un certain bruit qui marque le temps ou la mesure. L'autre danseur accompagne ses pas du son d'une lyre à six cordes dont il touche avec grâce.

Hauteur, 8 p°. 3 lig.--Largeur, 1 P. 1 p°. 6 lig.

PLANCHE XXXII.

La première de ces peintures nous offre deux Génies dont l'action vive et gracieuse retrace le même exercice que les précédentes. L'un porte sur l'épaule un instrument à dix cordes dont la forme rappelle le trigone antique, quoiqu'il ne soit point fermé par un troisième côté; il danse et pince en-même-temps les cordes de la main droite. Son compagnon paraît danser au son du même instrument; il tient dans chaque main deux clous de bronze, espèce de crotales, dont on tirait des sons en les frappant en cadence.

Dans la seconde peinture, on voit trois petits Génies occupés au même jeu. Celui du milieu est l'acteur principal; il doit enlever le piquet planté en terre, et vers lequel il doit arriver en suivant la corde qui y est attachée. Les deux autres, armés de baguettes, s'y opposent avec vivacité, l'un en poursuivant l'acteur, l'autre en le tirant à lui, par le moyen de la corde, pour le frapper de son côté. La composition de ce tableau est aussi piquante qu'animée.

Hauteur, 8 p°. 3 lig.--Largeur, 1 P. 1 p°. 6 lig.

PLANCHE XXXIII.

Ces deux sujets font suite aux jeux enfantins. Le premier représente un char à deux roues, tiré par deux enfans, et guidé par un troisième. La forme du petit char (_Birotum_) est semblable à celle des chars en usage dans les jeux du cirque, telle qu'elle se rencontre souvent dans les monumens et sur les médailles. Celui-ci n'a qu'un seul timon, comme destiné ordinairement à l'attelage d'un seul couple; on sait que les timons se multipliaient quelquefois à raison de chaque attelage. Cet exercice donnait aux enfans l'envie de paraître au cirque, et de se distinguer dans ces jeux célèbres.

L'autre peinture offre le jeu vulgairement appelé _cligne-mussette_. On y voit trois petits Génies; l'un d'eux se couvre les yeux avec les mains pour donner aux autres le temps de se cacher; un second court avec empressement pour se cacher, et retourne la tête pour s'assurer s'il n'est point observé; le troisième, déjà tapi derrière une porte, épie avec impatience celui qui doit chercher. Ces figures sont pleines de grâce et de naïveté.

Hauteur, 8 p°. 3 lig.--Largeur, 1 P. 1 p°. 6 lig.

PLANCHE XXXIV.

Dans la première peinture, on voit un enfant qui fait peur à un autre avec un masque. Ce pauvre petit est tombé à la renverse, et tout dans son mouvement exprime ingénuement sa frayeur; un troisième paraît venir à son secours, et gronder celui qui l'a effrayé. Le caractère du masque est chargé; il paraît avoir les traits d'un singe. Cette espèce de masque était appelée _mormolycea,_ et son nom seul servait aux nourrices pour faire peur aux enfans.

L'autre peinture a quelque chose de très-curieux; elle représente deux Génies exerçant le métier de menuisier. On voit dans la boutique l'établi avec le fer crochu ou _valet_ pour assujétir les planches, la scie, le marteau, et une boîte à mettre les outils. Sur un support attaché au mur est un petit vase destiné, peut-être, à contenir de l'huile pour les outils. Chaque profession mécanique avait ses Dieux protecteurs, auxquels les inscriptions donnent le nom de _Génies;_ celle des charpentiers et des menuisiers formait, à Rome, l'une des principales communautés. On appelait aussi Génie l'inclination qu'on sentait pour exercer un art. L'intention du peintre peut se rapporter l'un de ces motifs.

Hauteur, 8 p°. 3 lig.--Largeur, 1 P. 1 p°. 6 lig.

PLANCHE XXXV

La première de ces peintures est très-curieuse, en ce qu'elle nous retrace une opération rustique, avec des détails que les Auteurs anciens ne nous ont transmis qu'avec beaucoup d'obscurité. Ces Génies représentent les travaux des pressureurs, qui formaient à Rome une communauté sous le nom latin de _Capulatores_. Un plateau, deux chevrons plantés en terre, réunis par un troisième dans la partie supérieure, quelques traverses et des coins de bois composent toute la machine, et forment le pressoir. Il est du genre de ceux qu'on peut appeler pressoirs à poids, plus anciens et plus simples que les pressoirs à vis. Deux Génies, frappant en sens contraire avec des maillets, enfoncent les coins, et font descendre les traverses dont la pression écrase le raisin; on voit le moût couler par la rigole et tomber dans un grand vase. Un Génie à part semble occupé à faire cuire le moût, qu'il remue avec une spatule dans un vase placé sur un fourneau.

L'autre peinture représente une boutique de cordonnier. Deux Génies assis sur des escabelles devant une table, exercent ce métier. On voit quelques brodequins sur une tablette attachée au mur; de l'autre côté est une armoire où sont rangés des formes et des vases qui peuvent contenir la couleur dont on teignait les chaussures.

Hauteur, 8 p°. 3 lig.--Largeur, 1 P. 1 p°. 6 lig.

PLANCHE XXXVI.