Antiquités d'Herculanum, Tome I. Peintures

Chapter 1

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ANTIQUITÉS D'HERCULANUM,

GRAVÉES PAR TH. PIROLI,

ET PUBLIÉES PAR F. ET P. PIRANESI, FRÈRES.

TOME PREMIER.

PEINTURES.

À PARIS,

{PIRANESI, Frères, place du Tribunal, n° 1354; CHEZ {LEBLANC, Imprimeur-Libraire, place et maison {Abbatiale St.-Germain-des-Prés, n° 1121.

AN XII. = 1804.

À SON EXCELLENCE LE C. EN CHAPTAL, MINISTRE DE L'INTÉRIEUR.

CITOYEN MINISTRE,

LES ANTIQUITÉS D'HERCULANUM ont offert une source féconde de richesses aux arts et aux manufactures. En dédiant cette Édition à leur illustre Protecteur, nous lui offrons un faible hommage de notre reconnaissance, et regardons comme une nouvelle faveur l'accueil dont il l'honore.

Nous avons l'honneur d'être, avec le plus profond respect, DE VOTRE EXCELLENCE,

Les très-humbles et très-obéissons serviteurs,

TH. PIROLI, GRAVEUR. F. ET P. PIRANESI, ÉDITEURS.

AVERTISSEMENT DES ÉDITEURS.

En offrant au Public cette nouvelle Edition des _Antiquités d'Herculanum_, nous avons eu pour but de mettre cette riche Collection portée d'un grand nombre d'amateurs et d'artistes, et de suppléer en quelque sorte à la grande Edition in-folio de Naples, assez rare et très-dispendieuse. La gravure, exécutée à l'eau-forte par THOMAS PIROLI, conserve par-tout la grâce, l'esprit et le sentiment des productions originales. Chaque planche est accompagnée d'une page de texte, qui indique le lieu et l'époque des découvertes, la dimension du sujet, les traits mythologiques qui s'y rapportent, et l'opinion qui paraît la plus admissible sur son explication. Depuis que l'Ouvrage des _Antiquités d'Herculanum_ a paru, les Antiquaires les plus distingués ont fixé leurs regards sur cette magnifique réunion de monumens de toute espèce: ils en ont fait l'objet de leurs études et de leurs recherches, et quelquefois ils ont découvert ce qui avait échappé aux premiers commentateurs. Le texte ajouté à l'édition romaine n'était qu'un extrait de celui des Académiciens d'_Herculanum_; nous avons pensé que les acquéreurs de cette nouvelle Edition ne nous sauraient pas mauvais gré de les faire jouir des avantages que le temps fournit pour l'explication des Antiques; nous avons en conséquence inséré dans le texte quelques opinions qui nous ont paru préférables aux premières, et nous nous sommes empressés de corriger quelques équivoques qui s'étaient glissées dans le texte de l'édition romaine. On peut donc considérer cet Ouvrage comme devant être une source d'agrément pour l'amateur et d'instruction pour l'artiste: c'est, en effet; une mine inépuisable à exploiter; un sentiment exquis, une grâce enchanteresse, un style noble et pur, offrent, dans tous ces précieux restes, des modèles à suivre, soit que nous nous arrêtions à ces peintures délicieuses qui retracent les scènes agréables de la vie privée ou des faits héroïques, qui présentent, sous mille formes variées, les Divinités présidant aux sciences, aux arts, aux jeux naïfs de l'enfance, etc., soit que nous considérions ces ustensiles admirables par leurs formes et leurs ornemens, ou bien ces bronzes curieux, objets du culte public ou familier: toute cette Collection renferme un intérêt particulier pour les arts relatifs à la décoration, et qui savent embellir jusqu'aux objets appliqués aux usages les plus simples. Le goût qui s'est répandu parmi les artistes qui dirigent nos fabriques et nos manufactures; la perfection apportée dans l'exécution de leurs travaux, rendent les étrangers tributaires de l'industrie nationale: et nous croirons avoir atteint un but utile, en lui fournissant des alimens.

Cette Edition offre un 6e. volume, qui n'a point encore été publié par l'Auteur.

Le 1er, le 2e. et le 3e. volumes contiennent les Peintures. Le 4e, les Bustes et Bas-reliefs en bronze; Le 5e, les Statues en bronze; Et le 6e, les Lampes et Candélabres.

PLANCHE I.

Cette peinture est sur marbre et d'une seule couleur; on l'appelle par cette raison _monochrome_. On en trouva quatre de cette espèce; celle-ci, découverte dans les fouilles de Résine le 24 mai 1786, a le mérite très-rare d'offrir le nom du peintre et des figures. Dans l'inscription grecque, _Alexandre Athénien peignait_, nous trouvons le nom et la patrie de l'artiste; et, par la forme des caractères, nous pouvons juger qu'il a fleuri à la plus belle époque des arts. Les noms de _Latone_ et de _Niobé_, ceux de _Phoebé_, d'_Hileaira_ et d'_Aglaé_, la plus jeune des Grâces, sont connus dans la Mythologie.

Trois des personnages paraissent converser; les deux autres, dans des attitudes pleines de grâce, jouent aux osselets, nommés astragales chez les Grecs, et _tali_ chez les Latins.

1er. SUJET.--Hauteur, 1 P. 3 p°.--Largeur, 1 P. 1 p°. 9 lig. 2e. SUJET.--Hauteur, 4 p°.--Largeur, 1 P. 1 p°. 9 lig.

PLANCHE II.

Dans ce second _monochrome_, un héros, dont l'attitude est aussi fière qu'animée, attaque un Centaure à l'instant où il porte la main sur une jeune princesse qui le repousse avec frayeur. On croit y reconnaître _Hippodamie_, épouse de _Pirithoüs_, que le centaure _Euritus_ voulait ravir, mais à qui Thésée ou quelque autre héros donna la mort pour venger cet attentat. Ce fut la cause de la fameuse guerre des Centaures et des Lapithes, si bien décrite par OVIDE (_Métam. XII, 210 et suiv._).

Ce marbre peint, d'une belle conservation, fut trouvé, ainsi que les deux suivans, dans les fouilles de Résine, le 24 mai 1749.

Hauteur, 11 p°. 6 lig.--Largeur, 1 P. 4 p°. 4 lig.

PLANCHE III.

Cette peinture a tellement souffert des outrages du temps, qu'à peine en retrouve-t-on les contours.. Cet accident ne contribue pas peu à en rendre l'explication difficile. On peut y voir l'une des aventures de Neptune, quand _Rhéa_ trompa en sa faveur la voracité de _Saturne_, ou l'enfantement secret de _Cérès_ qui donna le jour à la déesse _Regina_ et au cheval _Arion_, ou peut-être mieux l'éducation d'_Achille_, suivant Homère; on retrouverait alors dans le vieillard à demi-nud, et en partie couvert d'une peau, _Phœnix_, accompagné de la nourrice. L'autel témoignerait le sentiment religieux qu'il inspire à son élève, et la femme majestueuse qui tient un poulain par la bride serait le symbole de la _Région de Phtie_, renommée par ses excellens chevaux, et dans laquelle Achille prit naissance.

Hauteur, 11 p°.--Largeur, 1 P. 3 p°. 9 lig.

PLANCHE IV.

Cette peinture semble nous offrir la représentation de quelque scène tragique. On y voit trois figures dont les masques et les gestes expriment la douleur et les larmes; elles portent des habillemens longs, rayés en travers, qui leur descendent jusqu'aux pieds, et couvrent une partie de leur chaussure. Si les traits n'étaient pas chargés, et si dans la première figure on ne distinguait pas visiblement la bouche travers le masque, on pourrait croire que ce sont trois _pleureuses_, telles que les Antiquaires en ont reconnu dans plusieurs monumens; mais aucune autorité ne permet de croire que ces sortes de femmes se servissent de masques dans les cérémonies funèbres, où leur caractère était d'exprimer au vrai sur leurs visages la tristesse et le désespoir.

Hauteur, 11 p°. 6 lig.--Largeur, 1 P. 4 p°. 9 lig.

PLANCHE V.

Ce fragment, l'un des plus grands de la collection, représente _Thésée_ en Crète. Le héros est nu et d'une taille gigantesque; de sa main gauche, où l'on remarque un anneau, il porte sa massue pleine de noeuds. On voit autour de lui, dans des attitudes variées, pleines de grâce et d'expression, les jeunes Athéniens et les jeunes filles sortant de la porte du labyrinthe. A ses pieds est étendu le _Minotaure_ couvert de blessures; on le voit ici, comme dans d'autres monumens antiques, avec la tête de _Taureau_, et le reste du corps conservant la forme humaine. La Déesse assise sur un rocher, le carquois sur l'épaule et l'arc à la main, est _Dyctinna_, ou la Diane Crétoise, placée ici pour mieux déterminer la contrée où se passe la scène.

Cette peinture, avec plusieurs autres, se trouvait dans une grande salle qu'on prit d'abord pour un temple. On en fit la découverte dans les fouilles de Résine, en 1739.

1er SUJET.--Hauteur, 5 P. 3 p°.--Largeur, 4 P. 4 p°. 2 AUTRES.--Hauteur, 10 p°.--Largeur, 1 P. 11 p°.

PLANCHE VI

L'explication la plus raisonnable qu'on puisse donner à cette peinture, est quelle représente _Hercule_ et son fils _Télèphe_, fruit d'un commerce clandestin avec _Augé_, fille d'_Alée_, roi d'Arcadie, et qui fut nourri par une biche. La belle figure de femme assise, couronnée de fleurs, ayant à ses côtés une corbeille de fruits, et tenant un long bâton rustique, peut personnifier l'_Arcadie_ et le mont _Parthenius_, sur lequel _Télèphe_ fut exposé, ou représenter la déesse _Tellus_, nourrice des enfans; ce que semble indiquer plus particulièrement le lion pacifique qui est à ses pieds; derrière elle est le dieu _Pan_ avec sa flûte à sept tuyaux et le _pedum_; à côté d'Hercule, on voit une Divinité avec des ailes, une couronne d'olivier et des épis dans la main gauche. Ce pourrait être _Cérès_ ou la _Providence_ qui montre l'enfant au héros, en lui indiquant, dans l'aigle, l'emblème de sa postérité.

Cette peinture fait le pendant de la précédente; elle est du même style, et fut trouvée dans les fouilles de Résine avec le _Thésée_.

Hauteur, 6 P. 3 p°.--Largeur, 4 P. 7 p°.

PLANCHE VII

Cette fresque, admirable dans toutes ses parties, représente le premier des travaux d'_Hercule_, quand, encore au berceau, il étouffe les deux serpens suscités par _Junon_ pour le faire périr. Le mouvement d'_Alcmène_ exprime avec vivacité toute la terreur dont elle est pénétrée. D'un côté, on voit _Amphytrion_ avec le sceptre, comme un des princes d'Argos, et portant la main à l'épée pour chasser les serpens, suivant la belle description que Théocrite nous a laissée de cet événement; de l'autre côté, un pédagogue tient dans ses bras _Iphiclus_ effrayé, bien différent de l'intrépide enfant. Pline, en nous donnant la description d'une semblable peinture de _Zeuxis_, pourrait faire soupçonner que celle-ci en est l'imitation. On doit faire attention au costume barbare dont le peintre a revêtu le pédagogue; ce costume est convenable à la condition d'esclave, d'où étaient ordinairement tirés les pédagogues aux temps héroïques. _Hercule_ porte un collier, parure qui était en usage parmi les enfans de distinction. L'ornement qui est au bas est indépendant du sujet.

1er SUJET.--Hauteur, 3 P. 11 p°.--Largeur, 3 P. 9 p°. 2e SUJET.--Hauteur, 1 P. 2 p°. 4 lig.--Largeur, 3 P. 9 p°.

_PLANCHE VIII_.

Cette excellente peinture représente le jeune _Achille_ apprenant du centaure _Chiron_ à toucher de la lyre: tout y est digne d'attention; l'attitude du Centaure ainsi décrite par Stace; la peau qui le couvre comme le premier chasseur, ou comme suivant de _Bacchus_; l'herbe dont il est couronné qui n'est point le lierre, ornement ordinaire des Centaures, mais qui paraît être l'une des herbes auxquelles il a donné son nom, et décrites par Pline; enfin, l'archet qui se distingue des formes les plus connues. La chaussure d'Achille s'accorde mal peut-être avec la nudité du héros _aux pieds légers_; mais rien n'est mieux saisi que le geste des doigts en devoir de toucher les cordes de la lyre; on admire sur-tout la tête du Centaure et les formes gracieuses et délicates d'Achille. L'architecture, qui fait le fond du tableau, ne correspond point à la perfection des figures. Cette peinture fut trouvée avec la suivante, à Résine, en 1739.

Dans les deux ronds sont représentés deux ministres de _Bacchus_. Le premier porte d'une main un flambeau, et de l'autre un instrument qui paraît propre à l'attiser; le second porte un ruban et un tyrse.

1er SUJET.--Hauteur, 3 P. 11 p°.--Largeur, 3 P. 9 p°. 2 RONDS.--Diamètre de chacun, 1 P. 4 p°.

PLANCHE IX.

Parmi les beaux ouvrages du célèbre Polygnote, Pausanias parle d'une figure du satyre _Marsias_ assis sur un rocher, et enseignant au jeune _Olympe_ à jouer de la flûte; c'est le même sujet que l'artiste a rendu ici avec tant d'habileté. La grâce et la beauté du jeune Olympe forment une heureuse opposition avec la robuste virilité de Marsias; l'air de tête de ce dernier et l'expression générale du tableau montrent assez que l'artiste a voulu en faire le pendant de celui qui précède, _Chiron_ et _Achille_. Les ornemens d'architecture qui couvrent le fond de chaque tableau indiquent que ces deux groupes étaient placés dans la même salle, et faisaient partie de sa décoration.

L'ornement qui est au bas n'a aucune relation avec le sujet.

1er SUJET.--Hauteur, 3 P. 7 p°.--Largeur, 3 P. 5 p°. 6 lig. 2e SUJET.--Hauteur, 1 P.--Largeur, 3 P. 5 p°. 6 lig.

PLANCHE X.

On ne peut s'empêcher de reconnaître ici le cyclope _Polyphême_, célèbre par son amour pour _Galatée_, et par les dédains que lui fit essuyer sa difformité; mais le peintre s'est écarté de l'opinion commune, en nous représentant son cyclope sous des traits qui ne sont point difformes; il lui donne trois yeux, et dément ainsi l'entreprise d'_Ulisse_ racontée par les poëtes et les mythologues. Un passage de _Servius_ sur l'Enéide (_liv._ III, _vol._ 6) vient cependant motiver le caprice du peintre: _Multi illum dicunt, unum habuisse oculum, alii duos, alii tres_; le cyclope tient sa lyre d'une main; de l'autre, il est prêt à recevoir d'un Génie monté sur un _Dauphin_, messager de sa _Galatée_, des tablettes de la même forme que celle qui était usitée pour les _distiques amoureux_; l'air triste et empressé avec lequel il tend la main, semble exprimer à-la-fois son amour et ses craintes.

La peinture qui est au bas représente un _Amour_ guidant un char attelé de deux cygnes.

1er SUJET.--Hauteur, 1 P. 9 p°.--Même largeur. 2e SUJET.--Hauteur, 8 p°.--Largeur, 1 P.

PLANCHE XI.

Les opinions ont beaucoup varié dans l'explication de cette peinture trouvée dans les fouilles de Résine en 1740. Est-ce le dévouement d'_Alceste_, ou l'entrevue de ces frères implacables, _Ethéocle_ et _Polinice_, ou le jugement d'_Oreste_ dans l'_Aréopage_? Nous pencherons plutôt à voir ici la belle scène de la reconnaissance d'Oreste dans l'Iphigénie en Tauride d'_Euripide_. Nous retrouvons Oreste dans le jeune homme sombre et pensif, assis sur un siége couvert de la peau d'un animal; cette vierge qui pleure en l'embrassant, exprime avec vérité sa soeur _Iphigénie_ à l'instant ou elle le reconnaît; le jeune homme assis devant lui, tenant une feuille déroulée, et qui paraît, en la lisant, désigner Oreste, sera son ami _Pilade_. Il nomme à la prétresse ce même frère auquel il devait remettre sa lettre; la jeune fille et la vieille peuvent représenter le _choeur_ qui promet le silence; le vieillard, frappé d'étonnement, sera le roi _Thoas_; enfin, la statue revêtue d'une chlamyde avec le carquois suspendu à l'épaule, sera celle de _Diane_, que les fugitifs devaient enlever.

Hauteur, 5 P.--Largeur, 4 P.

PLANCHE XII.

Si l'on a vu dans la peinture précédente, _Oreste_ reconnu par _Iphigénie_, celle-ci, quoique trouvée dans un lieu et dans un temps différent, offrira la continuation de la même aventure. _Euripide_ est encore le guide qui nous expliquera le sujet de cette scène. Voici donc _Oreste_ et _Pilade_, conduits par un satellite du roi à la mer, pour y être purifiés; les mains liées derrière le dos, le front ceint de bandelettes, et les tempes couronnées comme victimes destinées au sacrifice; voilà la statue de la Déesse sur la Table sacrée; auprès sont deux vases. _Iphigénie_ intime aux citoyens l'ordre de s'écarter de la cérémonie mystérieuse, et invoque secrètement la Déesse pour le succès de l'enlèvement médité; l'une des ministres de la prêtresse porte une lampe allumée, et l'autre paraît occupée à ranger dans la cassette le reste des instrumens sacrés.

Le paysage au-dessous de cette peinture est d'une composition fort agréable, et digne d'attention.

1er SUJET.--Hauteur, 5 p°. 3 lig.--Largeur, 1 P. 2 p°. 6 lig. 2e SUJET.--Hauteur, 3 p°.--Largeur, 1 P. 2 p°. 6 lig.

PLANCHE XIII.

L'instrument que porte la femme représentée dans cette peinture, est une épée renfermée dans son fourreau qui se termine par un bout en forme de champignon; on trouve l'explication de cette singularité dans quelques anciennes autorités (_Vid._ HEROD. _lib. III, cap. 64_; PAUSANIAS, _II, 16_). On a cru voir dans le sujet de ce tableau, _Didon_ abandonnée; cette épée, la bandelette, ornement royal qui ceint ses cheveux en désordre; l'habit rouge à longues manches qui pouvait se rapporter au costume carthaginois; son âge et sa stature majestueuse; ce visage à-la-fois triste et superbe; ces yeux égarés, et le désespoir exprimé dans toute son attitude; ces degrés et la porte qui indiquerait l'appartement supérieur destiné au repos et qu'elle viendrait de quitter; tous ces traits rassemblés paraissaient se retrouver dans Virgile, et faire reconnaître cette reine infortunée. Malgré ces apparences, l'opinion, le plus généralement reçue aujourd'hui, nous présente ici _Melpomène,_ Muse de la Tragédie; l'épée est l'un de ses attributs reconnus; cette arme fait allusion aux meurtres de la scène tragique, et plus particulièrement aux fureurs de _Médée;_ les manches étroites qui descendent jusqu'aux poignets appartiennent au costume de la scène; on les retrouve sur un grand nombre de figures représentant cette Muse; on sait d'ailleurs que les manches des habits carthaginois étaient très-larges. Le fond du tableau représente la scène d'une manière peu différente de celle dont les miniatures de l'ancien manuscrit de Térence nous la retracent.

Les deux pilastres sont peints sur un fond noir, et renferment des symboles relatifs au culte de Bacchus ou d'Isis.

Le petit câdre offre une branche de fruits peints très-agréablement.

Sujet principal.--Hauteur, 3 P, 10 p°.--Longueur, 1 P. 7 p°.

PLANCHE XIV.

Cette peinture vraîment curieuse, trouvée, ainsi que les précédentes, dans les fouilles de Résine, représente une _Cène_ voluptueuse. Les figures et les accessoires méritent une égale attention: le lit avec une couverture blanche; le vêtement du jeune homme qui pourrait être la _synthèse,_ et qu'il a laissé glisser à moitié du corps, suivant l'usage, à la fin du repas; la manière dont il se repose sur le coude, et dont il boit; le vase en forme de corne (_rhyton_); la femme assise au bord du lit, selon la coutume des Grecques et des Romaines, le désordre de ses vêtemens, la _synthèse_ qui l'enveloppe jusqu'à mi-corps, et le _peplum_ d'une grande finesse qui lui couvre le sein; son réseau couleur d'or; la cassette apportée par une esclave, et qui renferme probablement des parfums; la table ronde à trois pieds; le _colum,_ ustensile percé où l'on mettait de la neige pour rafraîchir le vin; et les trois vases pour faire des libations à _Jupiter,_ à _Mercure_ et aux _Grâces;_ enfin, les fleurs semées sur la table et sur le pavé: tout retrace précieusement l'usage et le costume.

L'ornement qui accompagne cette peinture n'y a point de rapport.

Sujet principal.--Hauteur, 1 P, 9 p°.--Longueur, 1 P. 7 p°.

PLANCHE XV.

La beauté du coloris, l'excellence du style, l'esprit de la composition et le mouvement gracieux des figures donnent à cette peinture le plus rare mérite. C'est une _Bacchante_ surprise par un _Faune_. Le site montueux convient aux orgies de _Bacchus;_ il est semé de roches sur lesquelles a été renversée la Bacchante dans l'instant où elle cherchait à les franchir; la solitude l'a rendu aussi dangereux que ses aspérités. Près du faune est le bâton recourbé (_pedum_) et la flûte à sept tuyaux (_syrinx_); aux pieds de la Bacchante est un thyrse dont la pointe est environnée de lierre. Comme instrument sacré, il est orné d'un ruban rouge semblable à sa robe. Sur le fond du tambour garni de grelots (_tympanum_), est peinte la figure d'un _Sistre_; un peu plus loin est un autre instrument rond et sans fond qui pourrait bien être le _Rhombe_, qu'une épigramme de l'Anthologie nous décrit comme faisant partie de l'équipage des Bacchantes.

Le _Rhombe_ circulaire anime les Bacchantes.

Hauteur, 1 P, 4 p°. 6 lig.--Largeur, 1 P. 1 p°.

PLANCHE XVI.

Un Silène nu, à la barbe touffue, s'efforce d'embrasser un Hermaphrodite également nu, qui semble le repousser et vouloir s'échapper de ses mains. L'excellence du style et du coloris ne rendent en rien cette peinture inférieure à la précédente; toutes les deux paraissent être de la même main, et furent trouvées ensemble dans les fouilles de Résine.

Quoique les auteurs anciens aient fait usage indistinctement des noms de faunes, de silènes et de satyres, les Antiquaires, pour la clarté des descriptions, ont voulu les distinguer; ils se servent du nom latin de _Faunes,_ pour désigner ces suivans de Bacchus qui ont entièrement la forme humaine, et qui n'en diffèrent que par les oreilles de chèvre et par la queue; les faunes, quand ils sont vieux et barbus, sont appelés _Silènes,_ nom qui d'ailleurs était propre au père nourricier de Bacchus; enfin, on donne le nom grec de _Satyres_ à ceux qui, avec les mêmes signes, ont des cornes de bouc et la partie inférieure du corps semblable à cet animal.

Les nymphes, sous diverses dénominations, peuplaient les montagnes, les forêts et les eaux; elles avaient à se défendre des surprises des Divinités rustiques. La représentation de ces scènes licencieuses plaisait beaucoup aux anciens, qui portèrent jusqu'à la passion le goût de ces tableaux que Pline désigne sous le nom de _libidines_. Quant aux androgynes ou hermaphrodites, également rangés dans la classe des êtres fantastiques, ils ne sont que les enfans d'une imagination égarée par l'amour des voluptés, et qui a pris plaisir à réunir dans un seul individu les attraits des deux sexes: les sujets des Bacchanales nous en offrent souvent des images; et des groupes qui représentent la même scène que cette peinture, existent en Angleterre et à Dresde.

Hauteur, 1 P. 4 p°. 6 lig.--Largeur, 1 P. 3 p°.

PLANCHE XVII.

Cette peinture et les onze suivantes de même grandeur furent détachées des murs d'une salle découverte en 1749 dans les fouilles de la tour de l'Annonciade, à _Civita_, où l'on pense que devait être à-peu-près située la ville antique de _Pompeia_: on parlera ailleurs de cette salle qu'on croit avoir été un _triclinium_, lieu destiné au repos et au plaisir, et de diverses autres peintures qui s'y trouvaient; toutes admirables par leur perfection, chacune d'elles a un mérite particulier digne de notre attention. Celle-ci représente deux Danseuses; dans leur mouvement, développé avec autant de vigueur que de grâce, chacune saisit du pouce et de l'index le doigt _medium_ de sa compagne, pour former une passe qui n'est point étrangère à nos danses modernes. Le vêtement de la première est d'un tissu vert très-fin, transparent et bordé de rouge. Le voile qui lui ceint la tête à plusieurs reprises paraît se rapporter ce genre de coiffure que les anciens appelaient du nom générique de _mitra_. Les draperies de la seconde Danseuse sont jaunes; l'une et l'autre portent pour chaussure des semelles lacées avec des rubans rouges.

Hauteur, 11 p°.--Largeur, 1 P. 3 p°. 6 lig.

PLANCHE XVIII.

On ne peut assez admirer cette peinture; la sûreté du dessin, la pureté du coloris, une grâce charmante dans l'agencement, tout fait reconnaître la finesse de l'art et la perfection de l'exécution. Le mouvement de cette jolie figure annonce la Danse; ses charmes sont encore relevés par les bracelets et le collier de perle; un ruban blanc lie ses cheveux blonds; son vêtement fin et léger de couleur jaune, avec une bordure bleue, est abandonné au vent, et nous dérobe à peine une partie de son corps.