Anatomie Du Mouvement: Poésie

Part 1

Chapter 1 2,022 words Public domain Markdown

Copyright (C) 2002 by Huguette Bertrand

Huguette Bertrand

ANATOMIE DU MOUVEMENT

poésie

Éditions En Marge

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tous ceux que l'on arrache au doute, je les salue, bouches à nouveau ouvertes, qui savaient déjà ce que signifie le silence

Rainer-Maria Rilke

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ESQUISSE

C'est bien avec le poing qu'on récite le jour quand les désirs sont à plaindre En montant le volume du corps les prix grimpent et la folie est à son plus bas Des formes terroristes devancent la mémoire Est-ce bien utile d'inventer de nouveaux visages alors que les fenêtres ne sont plus étanches Au verso de la brutalité il n'y a que de la poussière et de l'intimité inventée pour l'anatomie branlante C'est défoncé et plein d'impasses et ça chemine vers l'obsession la nuit

Les muscles se profilent au tangage des mots que la main refuse Ces moments de flottement entre les paumes soulèvent des enjeux que les lèvres ne savent pas dissimuler La journée en toute maladresse brûle d'une stimulation affectueuse de l'oeil dessine des zones de haute précision Alerte l'heure sonne la stratégie quand toutes les paniques ont été regroupées La ferveur est inévitable La langue et ses maléfices organisent des aller-retour d'exil et même des rapprochements à ciel ouvert

La violence se fait discrète douce comme un bruissement d'horloge et la réponse est là rouge le soleil se lève encore l'oeil cousu à la mémoire du voyageur qui apprend à mourir en cours de route digne de la peur avant le lait après les sueurs et sa descente au fond des sens comme une digestion lorsque la bouche à plein régime s'écrie Attendez-moi

ce grand stress fut oublié sur la batture quand un bateau lent passa aux pieds des enfants trop grands trop chers leurs samedis trop fréquentés en attendant le dimanche dans la ville avec ses secrets qui penchent tantôt à droite tantôt à gauche et le temps qui occupe le temps quand on n'y est pas

à grands coups de flots la sève des marées embrassa le silence de ces hommes impunis et leurs femmes ont craché leurs visages dans les sables que dévorent les vaisseaux endormis

elles ouvrent au large leurs hanches où le coulis fécond engrosse leurs rêves infiniment dans le goudron

devant ce miroir gris c'était écrit que l'oeil magique fixé sur le ventre de l'idolâtre labourerait ses nuits sans mémoire

le jour venu il n'y aurait plus que des noeuds sur les murs et une parade de sentiments d'origine inconnue sur l'indifférence du tapis

c'était écrit aussi que la Marie vengeur du haut de son rêve briguerait le suffrage théâtral et qu'elle contesterait les bonheurs qui font mal

mais ne réveillez plus la femme qui n'a pas tort de se lever en retard surtout quand elle a passé minuit sans broncher devant une fenêtre historique alors que le monde sous de lourdes paupières défilait sans payer devant un vieux fusil

à l'heure dite on éteignit les lumières de la rue jonchée de foules sous le manteau d'un ange gris radoteux

pendant ce temps la superfemelle qui avalait goulûment son déjeuner s'étouffa

et vous êtes parti sans un mot dans les poches un vieux bout de papier dans vos souliers en cas d'urgence

après avoir grugé les villes à petits pas fauves vous êtes rentré par la porte arrière l'âme chiffonnée

mais le temps n'y était plus seul un grincement de coeur enfouissait ses vides dans les noirs secrets d'un réfrigérateur

voir ce spasme énorme au bar des mégots et les couples à talons hauts une grosse bière passionnée dans la foulée de l'oeil bue comme un rôle sur mesure

un spot majuscule et rose sillonne la salle en quête du lieu précis où se déroulera l'éclat des sens

il pleut à verse sur l'écriture effaçant les sexes joyeux ces jeux de théâtre et le retour

mais ce n'est l'affaire de personne si la terre vieillit d'un rêve à la fois avec son passé antérieur évaché sur l'horizon devant les hommes et les femmes des morts à plaindre d'avoir vécu en l'espace d'une poussière sans rincer l'histoire à l'eau de Javel pluvieuse comme un souvenir d'écriture

quand ce blues est incertain j'implore les vierges de la modernité les icônes de la rue les fonctionnaires et les fous et je consacre mes jours à dormir dans la poubelle du coeur à l'envers

parfois dans la chair il y a des coups de semonce du nucléaire qui pouffe de rire et cette bagatelle qu'on appelle tendresse extra-légère "king size".

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CYCLES AMOUREUX

Sous les crocs du soir les ventres amoureux profanent le corps dépecé du silence ils palpent l'attente jusqu'aux heures affolantes du respir

derrière le tableau les battements de la forme taire l'inconnu cet échappé de la main

ça meurt toujours à l'opposé d'un écho quand le coeur s'enfonce dans l'absence sous les orages de silences et le tue-mouches

le temps se rupture et le corps vole en éclats sa respiration sous les arbres comme un objet sans repos devenu végétal

assises sur le monde les amours lentes greffées à nos tempes s'éloignent comme des vierges ensemencées vers le chaud mélange du ciel entre l'extase et son reflet

condamnées elles s'offrent jusqu'aux larmes des cinémas

puis vint le délire puis la mort restituée une dernière fois dans l'haleine comme un tout rassemblé

promise au désert la vie génitale commande des toasts et du café se noie dans toutes les directions en laissant tomber ses fruits

mais au pied du lit il y a des novembres abandonnés à la pluie l'alchimie d'une chanson bleu-or et la porte de la mémoire toujours fermée quand c'est nécessaire

cet effeuillage discret de l'automne s'achèvera dès que la paume aura tué le frisson sur la peau ornementale des filles qui grignotent la passion dans l'instantané des amants soûls leurs hanches gravées dans le calcaire aux mille glissements de coeur éclatés dans l'oeuf

le corps baisé en saumure poétique se fane vite et ras dans le remous des défroques et du lancer léger

sans sourciller le midi mange-tout annonce des mots des nymphes et des moustiques pour les cas d'après-midi comme si les oreillers étaient en manque sur les draps propres des amours empesées

enroulée dans le miel triste et la plume d'oie la peau chic hume les bières d'espèces en poursuivant les fossoyeurs jusqu'au dix-huitième trou

ce dernier cratère amoureux de la chair embrasse à coups d'épée dans la poussière le cri neuf définitif

malgré ce discours cet espace blanc et tout ce remplissage du silence qu'on verse sur le père la mère les enfants il y a mémère dans la dramaturgie ordonnée multipliée par l'espace-temps

on la retrouve en double en triple en quadrimoteur sur les ailes du langage elle flotte sur la masse totale du poème étriquée

devant cette affiche en folie il a failli faire noir mais de parole en parole on s'est trompé de rue puis on a marché sur des trous mous en faisant claquer nos doigts dans l'oreille des sourds

le bec en cul d'poule on retourne au salon l'instant d'une révolte conservée dans la bienséance

à télé-Douceur passe-moi le beurre du bonheur des morts apaisés et le popcorn

viens on va faire la moue ensemble dans un coin d'ombre et puis on se promènera dans la moiteur des yeux sans personne pour nous moucher

on investira le pont d'argile et on tassera nos vieilles peurs dans le courant de l'année sans interrompre les pigeons dans les beaux draps de soie pour le plaisir des mains et le désir encore

il n'y a rien d'inquiétant quand la chambre est assoupie et que ses effluves aspergent les corps endormis

le chatoiement de la brise sur la peau grise les spasmes et la dentelle des rideaux

comme un vieux fantôme rabougri le songe songe il rafle le sommeil et tout recommence

de mémoire distraite on redessine le corps qu'on range dans l'armoire sous une pile de secrets rapiécés que le temps renifle en l'absence du poids des lettres et des mots cachés

il ne reste plus qu'à disparaître dans les noirceurs et les idées puis à éteindre ce poème dans le cendrier

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EFFLEUREMENT

Affolement à la rencontre de la main mémoire à cinq doigts sur la bougeotte du monde cette vagabonde empoigne la chair des images effleure la voix de l'autre

elle écrit entre les gestes jusqu'à la racine des pierres pour l'intense de nos sangs froids durs

inclinée devant ce mystère la main caresse ouvertement la vie d'un élan vertigineux transporte le sol

au fond elle a froid et ses bidules ne laissent aucune trace jusqu'au moment où une petite chose tranquille revint de vacances avec le ciel dans sa valise et des gants pour ramasser les sortilèges répandus dans les nervures de l'automne juste avant l'hiver

au théâtre de l'espèce l'obstinée explore les désirs jusqu'au ras des brûlures

ces espaces nus abandonnés à l'écriture recomposent la préhistoire à la recherche du mouvement cette force chaude d'un sourire inachevé

pendant ce temps baiser à blanc au bord du lit au bord de la route au bord du bord tandis qu'un vieux monde ergote à l'angle Gorki et Lafontaine le blues loin des oreilles indiscrètes

emmitouflé dans les mythes artificiels l'oeil gitan à travers les barbelés veille au milieu

reprenons à partir de la blessure qu'un matin embué invite entre deux draps ivres le corps en friche embaumé de soleil de chocolat fondant accompagné de frites-sauce-fromage octroyées par le ministère de la tourmente fédérative

forcément les roses ont le mal du tendre quand le bonbon ne fond pas

mais tout ceci n'est qu'un oeil dans l'oeil de l'autre quand parler de l'amour et d'une tête croche c'est comme frôler un voyage lorsque la bouche largue ses amarres sur une vieille peau

en regard de nos mains recueillies tous les yeux ont suivi la silhouette du silence vers des ombres à rayures d'enfants sales pillés par les jeux des absents images brûlées devenues pays et vastes saisons

cette vision engendre un printemps féroce dans le ventre des coutumes ses formes bohémiennes promises à la torture à travers les lieux tièdes de la chair

il se peut qu'une voix à tête chercheuse prononce une tonne de briques sur les braguettes magiques qui en ont assez de languir au pied de l'escalier

tout ça se ramasse à la cuillère au cours d'un brunch menstruel arôme de noix de camomille et de thé glacé bouillie avortée dans des assiettes plaquées or flanquées de fourchettes en plastique

oedème aux yeux qu'allons-nous faire dans ces salles d'eau sinon excrémenter des figures de style et "sniffer" des bulles comme des éponges naissantes

ce bluff quotidien s'assoupit dans le journal intime du matin et les nouvelles croupissent sous le choc des odeurs événementielles

alors sonne l'heure de la débâcle

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INCIDENCES

Couchée dans le duvet de l'automne je crie en silence sous la pluie verte et sourde mon corps détrempé ramollit et que viennent les mouches braconner sur les restes de ma folie

entourez-moi de vos bruits d'ailes enterrez-moi comme un hasard jusqu'à la prochaine repousse

dans ce "nowhere" solitaire des séances imaginaires sous les caresses géniales déclenchent l'ondulation sauvage électrique

pour l'amour de l'amour cette vague s'abandonne aux gémissements des sources mystère de la pluie et des vents millénaires

enchaîné au chant usé des cris mâles le temps s'agenouille criblé de souvenirs qu'un printemps fébrile étale sur les draps livrés au désir

saisir l'idole au bout de l'onde en faire jaillir l'écume de mes promenades solitaires suppliant la rigidité des rocs jusqu'au calme définitif

je ne crois pas à la fin du monde mais je suis polie quand vient le temps de crever l'absence dans la rondeur du paysage

sur le coeur sanglé de métal et de cuir mes mains excessives peignent des mémoires pour l'émouvance fabriquée vraie tout près du loin territoires exagérés lorsque la silhouette se penche doucement sur l'infime

en apparat de mots-vampires les dieux écoeurés fanatisent l'ardente épuisée sur les dalles fleuries feux et vertiges aux fibres

le corps errant dans les secrets de l'autre nuit je m'abîme sous-cutanée sous la pulsion d'ancêtres symboliques

une à l'infini dans le clapotis des lumières la couleur de l'hiver expire esquisse transparente et blessure d'or

programmés au cul du jour les doigts immobiles essoufflés

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