Analectabiblion, Tome 1 (of 2) ou extraits critiques de diveres livres rares, oubliés ou peu connus

Part 35

Chapter 353,634 wordsPublic domain

........................................ »Si tibi divitiæ multæ post fata parentum »Obvenient; non largus eas absume, nepotum »Exemplo; duris pater has sudoribus olim »Quæsiit; immenso quod partum est tempore, turpis »Non gula, non luxus, non damnosa alea perdat. »Sic utare tuo ut non indigeas alieno. »Re sine nullus eris, quamvis virtutibus aptus »Undique sis......, etc., etc.» «..........................Opum vi fama paratur, etc., etc. ............................................ »..........................Sit tibi semper egenus »Charior ære: juva, poteris quoscumque petentes »A te subsidium, etc., etc. ............» ...................................... «At si nulla tibi obvenient bona patria, quæstum »Non ideo facies turpem, nec lucra parabis »Ex damno alterius....................» «Non bene parta, brevi spatio labuntur et absunt, etc., etc.» «... Adulatorum facile tum eluseris artem, »Ac qui falsa refert de te narrata, repelles, etc., etc. »At vero uxorem, cum qua consortia vitæ »Sunt obeunda diu, solvendaque funere tantum, »Liberius tracta. Comes est, non serva, marito »Conjux, etc., etc.»

......................................... «Si ton père en mourant t'a légué la richesse, Ne va pas, à la voix d'une folle jeunesse, Consommer, dans un jour, le travail de trente ans, Arrosé des sueurs de tes pauvres parens. N'engloutis pas ces fruits d'un labeur implacable Dans les hasards du jeu, du luxe et de la table: Use du tien de sorte à n'user point d'autrui. Les biens ont leur valeur, sans laquelle, aujourd'hui, Jamais rien ne seras, fusses-tu l'honneur même. La puissance de l'or fait le renom suprême! Pourtant que l'indigent te soit plus cher que l'or; Prompt à le secourir, ouvre-lui ton trésor. Que si la pauvreté t'est laissée en partage, Ne fais, pour en sortir, rien qui le ciel outrage; Que ton lucre, au prochain, ne coûte point de pleurs! Bien mal acquis s'envole et retombe en malheurs. Fuis l'adulation, le précepte est facile, Et ferme ton oreille aux faux amis de ville, Du mal qu'on dit de toi, conteurs intéressés. Rends ta moitié l'objet de tes soins empressés! La vie a fait vos nœuds: que la mort seule y touche! Sois ami pour ta femme, et non tyran farouche; C'est ta compagne et non ta servante, etc., etc....»

Suivent d'excellens préceptes pour se conduire dans la vie privée, dans les emplois de magistrature, à la cour, à la guerre, profession dont il détourne son fils par le tableau des mœurs violentes des guerriers de son temps. Enfin,

«Cum mors pallens ætate peracta »Instabit, non ægro animo communia perfer »Fata; nihil nobis damni mors invehit atrox, »Sed mala cuncta aufert miseris, et sidera pandit. »Tu ne crede, animos una cum corpore, lucis »Privari usura. In nobis cœlestis origo »Est quædam, post cassa manens, post cassa superstes »Corpora, et æterna se commotura vigore, etc., etc.»

La traduction en vers français de cet estimable poème n'a pas, à beaucoup près, le mérite de l'original. Elle est plate, prosaïque et pleine d'enjambemens désagréables. On se permet, il est vrai, plus facilement, les enjambemens dans les vers de dix pieds, parce que le mètre en est familier de sa nature; mais il y faut des bornes. Les rimes d'ailleurs ne sont pas alternées. Il s'en trouve jusqu'à dix masculines de suite, ce qui rend l'harmonie bien monotone. C'est ici le cas de dire _traduttore, traditore_. Il suffit, pour juger du ton général de cette traduction, de voir comme l'ami de Dolet a rendu les beaux vers sur la mort que nous venons de citer:

«La mort est bonne et nous prive du mal »Calamiteux: et puis nous donne entrée »Au ciel (le ciel des ames est contrée); »Prends doncq en gré, quand d'ici partiras, »Et par la mort droict au ciel t'en iras, etc., etc.»

Nous ne pensons pas qu'il y ait de l'orgueil à essayer de la traduction suivante comme moins mauvaise; le lecteur en jugera.

... Et quand la pâle mort, de ton âge accompli Viendra trancher le cours; que ton cœur amolli N'écarte point sa faux au monde entier commune! A qui la connaît bien la mort n'est importune; C'est l'asile des maux, c'est la porte des cieux: Car ne va pas penser qu'en nous fermant les yeux Elle ferme à jamais notre ame à la lumière: L'homme remonte alors à sa source première. Il est, il est en lui, même au sein du tombeau, Un principe éternel, un éternel flambeau, etc., etc., etc.

LE RÉVEIL-MATIN DES COURTISANS,

OU

MOYENS LÉGITIMES

POUR PARVENIR A LA FAVEUR ET POUR S'Y MAINTENIR;

Traduction françoise de l'espagnol de don Anthonio de Guevara, évesque de Mondoñedo, prédicateur et historiographe de Charles-Quint; par Sébastien Hardy, Parisien, receveur des Aydes et Tailles du Mans, seconde édition. A Paris, de l'imprimerie de Robert Estienne, pour Henri Sara, rue Saint-Jean-de-Latran, à l'enseigne de l'Alde. In-8 de 384 pages et 4 feuillets préliminaires. (Exemplaire de Gaignat.)

(1540--1623.)

Don Antoine de Guevara, moine franciscain de la province d'Alava, que ses talens et sa piété recommandèrent auprès de Charles-Quint, mourut, en 1544, évêque de Mondonedo. Les biographes et bibliographes citent son Horloge des Princes, ses Épîtres dorées, ses Vies des empereurs romains, ses poèmes du _Mépris de la court_, _de l'Amye de court_, _de la parfaite Amye de court_, _de la Contre-Amye de court_, ainsi que les traductions de ces divers ouvrages par les seigneurs de Gutery, de Borderie, les sieurs d'Alaigre, Hécoet, Charles Fontaine, etc., etc., de l'an 1549 à 1556, et, chose étrange, ils ne disent mot de cet écrit, la meilleure, la plus oubliée et la plus rare des productions de l'auteur. Guevara composa ce traité qu'un auteur célèbre a faussement qualifié de Manuel du Cloître plutôt que de la Cour, pour un favori de Charles-Quint, modèle de grandeur d'ame et de loyauté, nommé Francisco de Los Cobos, que l'empereur maria avec Marie de Mendoce, et fit grand commandeur de Léon. L'ouvrage reçut, en Italie, les honneurs de la traduction sous son titre primitif de _Aviso de favoriti e dottrina de Corteggiani_. Le traducteur français Sébastien Hardy, auteur, en 1616, avec un sieur de Grieux, de Mémoires et Instructions pour le fonds des rentes de l'Hôtel-de-Ville, changea ce titre raisonnable contre un bizarre, je ne sais pourquoi, et dédia sa traduction à M. de Flexelles, sieur du Plessis-du-Bois, conseiller du roi et secrétaire des finances, dans une épître qui sent son receveur des Aides. Il dit qu'en faisant l'éloge de son original _il ne craint pas de s'être mécompté d'outre-moitié du juste prix_, en quoi il a raison. Du reste, sa traduction paraît fidèle et elle est fort passablement écrite.

La devise de Guevara est celle-ci: _Posui finem curis--Spes et fortuna valete_, que Sébastien Hardy rend de la manière suivante: Fortune et espérances vaines,--adieu, j'ay mis fin à mes peines.

Avant d'arriver aux vingt chapitres dont se compose ce traité dans la traduction, il faut recevoir dix enseignemens, puis franchir un long prologue suivi d'un argument qui n'est pas court: les Espagnols ne vont pas vite, et leurs lecteurs ont besoin de patience; mais la patience reçoit avec eux son prix.--Parmi les enseignemens, le courtisan doit retenir ceux qui suivent: Ne dites pas tout ce que vous savez; ne découvrez pas tout ce que vous pensez; ne faites pas tout ce que vous pourriez faire; ne prenez pas tout ce que vous pourriez prendre; ne montrez pas toutes vos richesses.--Voici encore une sentence digne de mémoire, tirée du prologue: «Ceux qui cherchent plus d'un ami n'ont qu'à se rendre à la boucherie pour y acheter plusieurs cœurs.»--La première leçon du livre est bien remarquable dans la bouche d'un homme qui avait vécu sagement à la cour, et qui enseigne l'art d'y bien vivre:--«Voulez-vous être heureux? dit-il, fuyez les cours!»--Ici vient, à l'appui du conseil, un détail des misères et des embarras qui assiègent le pauvre homme suivant la cour, soit en station, soit en voyage, tels que de n'avoir ni repos, ni sommeil, ni liberté, fort souvent point d'argent avec force obligation d'en donner aux valets du prince, aux archers, aux muletiers, d'en prêter aux bons amis, d'en dépenser pour soi en habits somptueux qu'il faut changer sans cesse; que savons-nous encore, et cela d'ordinaire pour n'avoir pas même une parole du maître, un regard du favori, un écu du trésorier, et se voir assailli d'envieux qui vous croient puissant, et de cliens qui vous somment de faire leur fortune. Mettez que vous ayez tant fait que d'être un jour emplumé; voici tout d'abord les honnêtes cavaliers et les honnêtes dames vous plumant, qui d'une aile, qui de l'autre. Pour être calomnié, pour moqué, c'est le destin du courtisan, c'est sa vie; il faut qu'il s'y résigne. S'il se tait, c'est un lourdaud; s'il parle, c'est un importun; s'il dépense, on l'appelle prodigue; s'il est ménager, avaricieux; s'il demeure au logis, hypocrite; s'il visite, entremetteur; s'il est grandement suivi, ils disent qu'il est fol et superbe; s'il mange seul, qu'il est honteux et misérable; conclusion que de mille courtisans il n'y en a pas trois qui profitent.--Mais aussi comment contenter les gens de cour? les loger à leur goût, il n'y a pas moyen, d'autant qu'il faut loger non seulement leur train, mais encore leur folie, et cela plus près du palais que de l'église.--L'article des logemens occupe long-temps Guevara; c'est que dans toute cour l'article est capital pour un homme qui veut s'y pousser, et l'était surtout alors à la cour d'Espagne, si voyageuse à dos de mules et de mulets, dans un pays si dépourvu, tellement que le personnage dont chacun avait le plus affaire et qu'il fallait le plus caresser était le grand-maréchal des logis du roi. Caressez donc, Messieurs, flattez les officiers des logis, mais gardez-vous de hanter les femmes et les filles de vos hôtes! c'est une trahison infame de le faire. Passe pour gâter leurs meubles, leurs lits, leur linge, _abattre les pots à bouquets, rompre les garde-fols, descarreler les planchers, barbouiller les murailles et faire bruit dans la maison_; mais aborder leurs femmes et leurs filles, cela mérite d'avoir le col tordu et les mains coupées; lisez plutôt Suétone dans la vie de Jules-César, Plutarque en son Traité du Mariage, et Macrobe en ses Saturnales. «N'avez-vous donc pas à la cour assez de provisions de ce genre étalées en toute saison?»--Cependant voulez-vous gagner la faveur du prince? sachez lui plaire par le respect et l'à-propos; ensuite, mais en second lieu, servez-le bien.

C'est une chose fragile que la faveur, et on ne la retrouve plus quand une fois elle est échappée.--Quiconque a mis son prince en colère ne doit plus compter sur sa faveur.--L'activité est bonne, l'adresse bonne, la fourberie mauvaise, la vertu utile, la fortune toute puissante.--Parlez peu souvent au prince; et pourquoi lui parleriez-vous souvent? pour médire? il vous craindra; pour lui donner avis secret? il ne vous croira pas; pour le conseiller? c'est vanité qui le blessera; pour lui conter des balivernes? familiarité choquante; pour le reprendre? il vous chassera; pour le flatter? il vous méprisera; le plus sûr est donc de parler peu souvent à lui. Quand vous vous y hasardez, que ce soit à l'oreille gauche, afin que le prince ait toujours la main droite.--Ne sentez alors ni le vin, ni l'ail.--Ne toussez ni ne crachez.--Point de gestes de tête, ni de la main; point de remuement de barbe; on devient odieux par les contraires. J'ajouterai à ces sages leçons de Guevara un important précepte: En voiture, gare les jambes, et n'ayez ni nécessités, ni inconvéniens, autrement c'est fait de vous.--Rire quand le prince se gausse de quelqu'un; bon, bon: mais rire sans éclats, et ne pas se gausser pareillement.--Soyez connu de tous ceux qui approchent le prince; bien traité d'eux ou foulé aux pieds, n'importe; soyez connu.--Point de presse à vous entremêler des hautes affaires; le maître ne les confie qu'aux gens retenus.--Combattez vos ennemis, sans laisser de leur parler ni de les saluer avec politesse, la cour est une lice de chevaliers, non une arène de gladiateurs.--Il y a des hommes simples à la cour qui prennent pour bons tous les avis qu'on leur donne; erreur notable! la plupart de ces avis sont des embûches.--Il y en a d'autres qui, pour être assidus, se font chenilles; autre erreur notable!--Rien à gagner pour un courtisan à dîner fréquemment en ville, le maître en serait jaloux.--Il convient d'être bien habillé et bien suivi. Chicherie, mort du courtisan.--Ayez des mules bien pansées et équipées, et ne manquez pas de proposer aux dames de les porter en croupe au palais.--Il est bon de donner, parfois, _quelque pièce de soye ou quelque bague de valeur aux huissiers du palais_; bon également d'être courtois avec les dames. Quant à en servir une particulière, cela n'est bon que si l'on a force plumes à perdre.--La présence fréquente au manger et au lever du roi est d'excellent régime. C'en est un très mauvais que de s'accoster des bouffons et des bavards.--A la chasse, un fin courtisan court le roi, pendant que le roi court la bête.--A table avec le roi, il prend moins plaisir à boire et à manger qu'à se voir en si haut lieu.--Méprisez les méchans discours, afin de mieux venger et plus sûrement vos injures.--Vos ennemis véritables, ceux-là seuls qui sont dignes de vos traits, ne sont pas les mal disant de vous, mais les mieux plaisant que vous.--Si vous apercevez quelque buffet préparé dans un coin des appartemens du roi, n'en approchez pas, car ce buffet n'est peut être ainsi disposé que pour donner aux mauvais desseins, s'il y en avait, l'occasion de se manifester.--Suivez la faction de vos pères dans cet empire des factions. Rien ne préjudicie tant à la fortune des courtisans que d'en changer.--A la cour on ne compte pas par individus, mais par familles.--Maintenant venons aux favoris. Ils n'ont plus qu'à se maintenir, et pour ce, ils ne doivent pas se troubler de l'envie qu'ils causent, car elle est inévitable.--Il leur suffit de surveiller les envieux, de ne se mêler d'aucune autre querelle que de celles du prince, d'expédier promptement les affaires. On supporte les refus prompts et polis, jamais le silence ni le dédain.--Qu'ils ne soient, aux gens, ni ingrats ni fâcheux; qu'ils dirigent et contiennent leurs employés.--Un favori peut être impunément, ce qu'à Dieu ne plaise toutefois, luxurieux, gourmand, envieux, paresseux, colère; mais tôt ou tard, il paie chèrement la superbe. _La braise ne se conserve que sous les cendres._--L'avarice est dommageable au favori, vu que n'attachant que lui à sa richesse, elle ne donne à sa richesse qu'un seul appui.--Qu'il mette une borne à sa cupidité; car, outre que le cupide ne se désaltère pas plus que l'hydropique, il arrive communément qu'une fois devenue bête grasse, il sert au prince de festin.--Favoris, ne vous fiez pas trop sur votre faveur; l'histoire vous le conseille! ne soyez point esclaves de ce monde périssable; Dieu vous le défend.--Si vous voulez mourir gens de bien, quittez la cour avant de vieillir!--Je ne puis mieux finir que par ce grand trait l'analyse de cet ouvrage agréable et profond.

LYON MARCHANT.

Satire françoise sur la comparaison de Paris, Rohan, Lyon, Orléans, et sur les choses mémorables, depuys l'an mil cinq cens vingt quatre, soubz allégories et énigmes, par personnages mystiques, jouée au collége de la Trinité, à Lyon, mil CCCCC XLI. On les vend à Lyon, en rue Merciere, par Pierre de Tours. (1 vol. in-12 gothique, de 27 feuillets.) M.D.XLII.

Ce n'est pas le volume imprimé que nous possédons, mais une parfaite copie manuscrite, figurée, faite dans le XVIIIe siècle, de cette satire de Barthélemy Aneau, qui fut jouée à Lyon, en 1541, au collége de la Trinité, et imprimée aussi à Lyon, en 1542, par Pierre de Tours. L'imprimé, selon M. Brunet, n° 9899, est devenu si rare, qu'un exemplaire s'en est vendu 201 liv. chez le duc de la Vallière, et 210 liv. chez M. Gaignat. Notre copie, qui est unique, n'est donc guère moins précieuse que l'original; elle a, de plus, le mérite de renfermer, outre le Lyon Marchand, 1° l'Adventure du capitaine Tholosan, en 1541, avec cette devise: _Liberté plus que vie_; 2° l'Adventure du Ramoneur envers dame Jeanne le Reste, belle Lyonnaise, Baiser libéral; 3° diverses Epigrammes latines et françoyses; 4° la Traduction d'une Épître de Cicéron à Octave, par Barthélemy Aneau, avec une Dédicace à Mellin de Saint-Gelais; 5° des Vers latins de Corneil Severe, docte romain, sur la mort de Cicéron, avec la traduction en vers françoys.

(1541-42--1750.)

La satire du Lyon marchant est une comparaison des avantages de la ville de Lyon avec ceux des autres principales villes de France, telles que Paris, Rouen et Orléans, où la palme est décernée à la première.

Paris monté sur un cheval Rohan, Paris appreins aux amours plus qu'aux armes Divins corps nudz touljours veoir vouldroit bien, Mais en ayant ses pasteurs bons gens d'armes Pour estre grand et monté sur Rohan, etc., etc. ................................... Europe est grande et pleine de bonté; Aurelian est un fort chien couchant; Et Paris est dessus Rohan monté, Mais devant tous est le Lyon marchant.

Ce vers, qui termine la pièce préliminaire ou le prologue intitulé: _Le cry des Monstres de la Satire_, devient comme le refrain de l'ouvrage. Quant à la satire elle-même, elle offre une perpétuelle et obscure allégorie où l'on voit figurer divers monstres et personnages fabuleux, tels qu'un lion, Arion monté sur un dauphin, Vulcain, Aurélien l'empereur, Paris monté sur un cheval rohan, Androdus, Europe, Ganimède et la Vérité toute nue, qui devait être curieuse à voir sur le théâtre du collége de la Trinité. Arion, sur son dauphin, ouvre la scène en chantant sur le luth un lay _piteux et lamentable_; puis il jette son instrument et se met à _plorer_ la mort du Dauphin, fils de François Ier, otage de son père à Madrid; mort funeste attribuée au poison. Sur ces entrefaites, Vulcan sort d'un souterrain, armé d'une serpentine dont il tire un coup en criant: _Avez-vous peur?_... et oui vraiment Paris a peur, Paris, qui dormait au pied du mont Ida; Androdus, Ganimède et la Vérité, qui n'étaient pas loin, ont tous grande peur à ce méchant tour de Vulcan. Ils accourent sur le théâtre _esbahis_. «Hau! qu'est-ce celà?» dit Paris; à quoi Vulcan, toujours plaisant, répond:

C'est un coup de matines Que Vulcan sonne avec son gros beffroy, etc.

Allusion à l'attaque soudaine de Charles-Quint contre François Ier.--On se doute bien que Lyon n'a pas peur:

Hà faut-il craindre? oncq crainte n'esprouvay; Je me retire en mon fort jusqu'au fond, etc.

Là dessus Arion se met à raconter en vers ses longues infortunes expliquées ensuite par la Vérité, d'où il suit qu'Arion, jeté en mer, est le roi de France fait prisonnier à Pavie, par trahison. Puis Lyon vient faire une sortie contre Henri VIII, au sujet des troubles d'Angleterre. A son tour, Paris expose les fatals exploits du comte de Nassau, en Picardie, et comme il battit en brèche la ville de Péronne. Europe prend ensuite la parole pour déplorer les conquêtes du sultan Soliman, menaçantes pour la chrétienté. Dans ce conflit de malheurs, Paris, Lyon et Aurelian (Orléans) réclament l'honneur de défendre le _cueur_ d'_Europe_, c'est à dire la France. Lyon dit que cet honneur lui revient, en sa qualité de seul lion qui soit en France. Paris fait valoir ses droits de capitale, étant _Paris sans pair_. Aurelian observe qu'il a vaincu la reine de Palmyre. «_Et moy_, reprend Paris, _ne suis-je pas Pâris le beau fils de Priam?_»

Mais je (réplique Lyon), qui de nature Suis la plus noble et forte créature, etc. ....................................... Voyez un peu tout ce qu'en dit cy Pline En naturelle histoire et discipline, etc., etc.

Paris, fatigué des vanteries de Lyon, lui coupe la parole avec ces mots:

Pourquoy eus-tu donc peur des lansquenets, Quand d'Avignon, venant du camp du roy, Passoient par toy? etc., etc.

LYON.

................ Ce ne fut pas moy, C'estoient un tas de dames et muguettes Qui avoient paour de ces longues braguettes, etc.

PARIS.

Plus excellent je suis.

LYON.

Je n'en croy rien.

PARIS.

J'en croy la vérité.

LYON.

Et moy aussi.

AURELIAN.

Allons donc la chercher, etc.

La Vérité sort aussitôt de terre, et dit: «_Veritas de terra orta est; justitia de cœlo prospexit._» On lui demande de donner sa sentence, ce qu'elle fait en ces termes, faisant à chaque ville sa part:

Aurelian est de grand providence Pour obvier à fortune, etc..... Son esperit est conduit par prudence, etc., etc. ................................... Paris est beau, etc.................. De tous les arts et sciences sachant, Très éloquent et en vers et en prose Mais devant tous est le Lyon marchant. Lyon marchant, assis en son hault trône, Ayant le chef de haults monts couronné Comme Corinthe est de deux mers, du Rhône Et de la Saône il est environné, etc., etc. ...................................... Donc devant tous est le Lyon marchant.

Cela pouvait être vrai en 1541; il en est autrement en 1833.

Le petit poème, en l'honneur du capitaine Tholosan, nous apprend que ce hardi gendarme mit à mort le séducteur de sa sœur, vint ensuite du Piémont, son pays, en France, où il servit bravement François Ier contre les Piémontais, finit par devenir insolent, se fit mettre en prison à Lyon d'où il s'échappa violemment après avoir tué trois geoliers; fut enfin repris et décapité. Conclusion que:

S'il est captif maintenant en enfer, D'estre tué se garde Lucifer; S'il est au ciel, c'est un pays libere Dont départir jamais ne délibère.

L'_advanture_ du Ramoneur avec la dame Jeanne le Reste est écrite en termes trop crus pour être rapportés; c'est assez qu'on sache que le Ramoneur, surpris avec ladite dame par son galant, reçoit de lui, au lieu de châtiment, un baiser et deux écus préparés pour madame le Reste.

Il n'y a rien à dire de la lettre fulminante de Cicéron à Octave, écrite peu de temps avant de mourir, si ce n'est que la traduction en est énergique dans sa gothicité. Elle est précédée du dixain suivant:

Le cygne chante approchant de mort l'heure; Le porceau crie, ayant de mort doubtance; Le cerf legier mourir innocent pleure; L'homme gémit, craignant la conséquence; Ainsi chantant en douleur d'éloquence, Ainsi criant en exclamation, Ainsi plorant en triste affliction, Ainsi plaignant son innocente fin, Marc Ciceron, en dernière action, De cygne, porc, cerf et homme eut la fin.