Analectabiblion, Tome 1 (of 2) ou extraits critiques de diveres livres rares, oubliés ou peu connus

Part 24

Chapter 243,625 wordsPublic domain

Les Vénitiens, voyant que la bataille était serrée autour du roi, sans que rien y pût mordre, dépêchèrent un héraut, en apparence, pour réclamer un prisonnier notable, mais, dans le fond, pour observer le lieu où Sa Majesté se trouvait et le vêtement qu'il portait, afin de diriger leurs coups de ce côté. Ils formèrent ensuite une bande de leurs meilleurs gendarmes pour charger le groupe royal; ce qu'apercevant Charles VIII, il forma également une bande choisie, de laquelle furent Charles de Maupas, qui fut fait chevalier sur l'heure; Gilles Charmet de Normandie, qui portait l'enseigne des gentilshommes; et messire Aymary de Prye. Le roi joignit à cette valeureuse élite les deux cents archers de M. de Crussol, et prit la tête de la colonne, ayant toujours à ses côtés Claude de la Chastre, dont il prenait les conseils _pour ce que c'estoit un gentilhomme expérimenté au fait de guerre_. La bande ennemie, appuyée et en partie masquée par le bois de Fornoue, se présenta _gaillardement_. Celle du roi l'assaillit aussitôt avec rage. Le choc fut terrible: Charles frappait de sa main _virilement_, et paraissait prendre une force nouvelle à chaque coup qu'il recevait sur son armure. Plusieurs des siens, _pour donner la bricole aux traîtres ennemis, s'estoient acoustrés de blanc et de violet comme lui_, et lui faisaient rempart de leurs corps. Dieu se déclara pour le bon droit. La bande des alliés périt presque tout entière en peu d'heures, ou fut faite prisonnière. Du côté des Français, M. le bâtard Mathieu de Bourbon fut seul pris, à cause que son cheval l'emporta. Ce grand effort fini, les alliés décampèrent, laissant le roi victorieux sur le champ de bataille, _où il s'estoit montré vray fils de Mars, hardy comme Hector, chevalereux comme Olivier, et délibéré comme Roland_. «On cuidoit bien, dit André de la Vigne, que Dieu estoit, pour la France en ceste journée; car, autant que dura la tuerie, la chasse et escarmouche, oncques ne cessa de venter, pleuvoir, tonner et esclairer, comme sy tous les diables eussent été par les champs.» Ce fut un beau fait d'armes pour les Français, qui n'étaient pas plus de 8 à 9,000 contre plus de 50,000 ennemis, commandés par le marquis de Mantoue, le comte Galéas Sforce et le seigneur Fercasse. Le roi coucha la nuit suivante dans une maisonnette, et fit un maigre souper, ainsi que ses braves, tous les bagages ayant été pillés, et, pour la plupart, par les valets eux-mêmes. On sut, dans l'armée, par un messager dépêché au duc de Milan, que l'on arrêta, le nombre et la qualité des morts de l'ennemi. Sa perte fut immense. On enterra les morts le lendemain, après une suspension d'armes, et le roi alla coucher à Magdelan le 7. Mercredi 8, à Florensole, où l'on fut rejoint par M. de Bresse et sa bande, qui venaient de Sienne. Le 9, à Salmedon. Il fallut faire un long détour et passer sous les murs de Plaisance, à tous risques, parce que les ponts étaient rompus. Le 10, aux faubourgs du Châtel-Saint-Juan. De là le roy envoya un héraut à Tortone, place forte dans laquelle s'était renfermé le seigneur Fercasse, neveu du duc de Milan. Ce seigneur se conduisit avec générosité, jusqu'à fournir des vivres à l'armée. Dimanche 12, à Capriate; le 13, on campa à six milles de Nice, près d'Asti, sur les terres du marquis de Montferrat. Le 14, à Nice; le 15 à Asti, où l'on séjourna jusqu'au 27 pour reposer l'armée, qui se refit entièrement dans ce pays _plantureux_. On apprit dans ce lieu comment les Napolitains avaient rappelé le roi _Ferrant_ (Ferdinand), et toutes les peines qu'essuyait le duc d'Orléans dans Novare. Le roi se rendit alors à Turin et y arriva heureusement le 30 juillet; il avait logé la veille à Quiers, chez un bon gentilhomme piémontais, nommé Jehan du Solier, dont la fille lui adressa une longue et _moult belle harangue, sans fléchir, tousser, cracher, ne varier en auculnes manières_. Cette aimable pucelle y parlait de ses regrets de n'être pas la Pucelle d'Orléans, formait le vœu que le vaillant roi renversât bientôt _le More_, et finissait par supplier Charles VIII de prendre toute sa famille à son service. Sorti des terres lombardes et vénitiennes, le roi se trouvait en pays ami, mais il avait près de lui l'armée des confédérés qu'il fallait vaincre pour délivrer le duc d'Orléans captif dans Novare. Il campa donc près des ennemis, entre Quiers et Versay (Verceil), sur le Pô, recruta son armée d'Allemands, disposa tout pour une nouvelle bataille, et cependant ouvrit des négociations qui occupèrent les mois d'août et de septembre entiers, plus vingt jours d'octobre. Ce fut dans le camp de Verceil que le roi, après bien des pourparlers, fut rejoint par le duc d'Orléans, que le bâtard de Bourbon, fait prisonnier à Fornoue, lui fut rendu, et qu'il perdit de la dysenterie, à son grand regret, _son bon parent et ami_, François comte de Vendôme, l'_escarboucle des princes, en beauté, bonté, sagesse, doulceur et bénignité_, auquel il voulut faire des obsèques comme s'il eût été son frère.

Enfin la paix fut signée, grâce aux bons soins de Comines, qui fut ensuite envoyé à Venise pour la faire ratifier des Vénitiens. Le seigneur d'Argenton eut le beau rôle dans tout le cours de cette triste affaire; il avait blâmé l'entreprise; il avait signalé la ligue, partagé les dangers et la gloire de Fornoue; il contribua plus que personne à la paix; c'était avoir du bonheur et le mériter.

Le roi leva son camp le 21 octobre et repartit pour Lyon en très bel ordre, passant par Suze, Briançon, la Mure, Grenoble, où la fatigue le retint quelques jours, Morain et Chantonay. Le 7 novembre, un samedi, Charles VIII rentra dans Lyon, dont la population le reçut avec des acclamations incroyables; il logea à l'archevêché. La reine, madame de Bourbon, et toute la cour, l'y attendaient. Il y eut alors de joyeux momens, et André de la Vigne en profita pour offrir l'ouvrage dont nous venons de faire l'analyse[49].

[49] Jean Marot a fait, à l'imitation du Vergier d'Honneur, le récit en vers des deux voyages de Louis XII à Gênes et à Venise. Ses vers sont meilleurs que ceux d'André de la Vigne; mais, en somme, son ouvrage est bien moins intéressant, pauvre qu'il est de circonstances et de traits de mœurs: on en peut lire l'analyse dans les mémoires de littérature de Thémiseul Saint-Hyacinthe.

Ce récit, dit le Vergier d'Honneur, est suivi d'une énorme quantité de ballades, rondeaux, complaintes, épitaphes et autres poésies, tant du sieur de la Vigne que de messire Octavien de Saint-Gelais, évêque d'Angoulême. Ces pièces, la plupart médiocres, même pour le temps, méritent peu d'être lues: les amateurs en trouveront de nombreuses citations dans la bibliothèque française de l'abbé Goujet; nous n'en citerons qu'un rondeau qui ne doit pas être de l'évêque d'Angoulême:

Vieille putain par trop désordonnée, A redoubter plus qu'une ame damnée, Vous m'avez bien lourdement abusé De m'estre ainsi longuement amusé A vous aymer plus qu'autre femmelette. Mule esclopée, roupieuse hacquenée, Au bas mestier estes si acharnée, Qu'en avez ja le hoc illec usé, Vieille putain. Quant vostre amour premier me fut donnée, Pas ne cuydoye du mois ne de l'année, Quelque fin homme que je soye, ou rusé, Estre de vous en ce point refusée, Pour a ung autre vous estre habandonnée, Vieille putain.

SYDRACH LE GRANT PHILOSOPHE,

FONTAINE DE TOUTES SCIENCES;

Contenant mil quatre-vingt et quattre demandes et les solutions d'icelles: comme il appert en la table séquente. Nouvellement imprimé à Paris par Alain Lotrian et Denys Janot, imprimeurs et libraires, demourant en la rue Neufve-Nostre-Dame, à l'enseigne de l'Escu de France. 1 vol. in-4 gothique, non chiffré, avec frontispice et figures en bois, contenant 162 feuillets. Edition rare, sans date. (1519 environ.)

Ce livre a été réimprimé en lettres rondes par Galliot du Pré, à Paris, en 1531, 1 vol. pet. in-8 de 271 feuillets chiffrés. Il n'est pas commun non plus de rencontrer cette 2e édition, d'ailleurs très nette et très jolie, qui s'associe parfaitement au Roman de la Rose et au Champion des Dames, du même imprimeur. Nous possédons un bel exemplaire de chacune des deux éditions; celui de 1531 vient de la bibliothèque de Marie-Joseph Chénier.

(1496-1519-1531.)

L'histoire fabuleuse de ce livre singulier se lit dans le prologue du traducteur français, qui dédie son œuvre, translatée du latin, au roi Charles VIII. A l'en croire, le sage Sydrach composa son _Recueil philosophique_ pour amener la conversion d'un roi d'Inde mécréant, nommé Boétus, lequel vivait justement 847 ans après Noé. L'écrit passa de main en main dans celles de plusieurs docteurs et clercs de l'église de Tolède, qui le traduisirent du grec en latin vers l'an 1243 de notre ère. Voilà, certes, une belle généalogie. Nous pensons que le lecteur fera mieux de rapporter la source de la _Fontaine de toutes sciences_ aux rêveries de quelque médecin arabe de Cordoue converti au christianisme. Le fond et la forme de l'ouvrage répondent au récit du translateur. C'est le roi Boétus qui questionne le saige Sydrach, lequel ne demeure court sur rien, pas même sur la nature et l'excellence des anges. Nous ne rapporterons pas les 1084 réponses du sage; autrement, le public deviendrait aussi savant que nous, et cela ne serait pas juste; nous étant donné la peine de lire toutes ces réponses, pendant qu'il n'a pas pris la peine d'en lire une seule; mais nous lui en donnerons plusieurs, seulement pour l'amorcer, en observant que, partout, les hommes ont débuté par résoudre les difficultés avant de les apercevoir. La raison humaine affirme d'abord; ensuite elle doute; puis elle nie, et c'est là son triste terme, après lequel vous la voyez recommencer à parcourir le même cercle.

_Q._--La femme peut-elle porter plus de deux enfans en une portée au ventre?--_R._ La femme peut porter à une ventrée sept enfans; car la marris (matrice) de la femme a sept chambres. (Que diront nos anatomistes de cet appartement complet?)

_Q._--Qui vit plus que chose que soit?--_R._ L'aigle et le serpent... Le serpent vit plus de mille ans, et chascun cent ans lui naist une goutte en la teste du grand d'une lentille; et, quant il a accompli les mille ans, il devient ung fier dragon. (Qu'on prouve le contraire! donc cela est vrai.)

_Q._--Ceux qui ont mal de goutte, comment peuvent-ils guérir?--_R._ Qu'ils se facent saigner du bras dextre et usent de médecines qui font vuider.

_Q._--Où habite l'ame?--_R._ L'ame habite là où il y a sang, et non en la peau, les ongles et les dents. (Il est assez naturel de penser que ce qui écorche et qui mord n'a point d'ame.)

_Q._--Qui donne plus grande science à l'homme, la froide vianlde ou la chaulde?--_R._ La chaulde... qui amollit les nerfs, les veines et eschauffe le cueur. (Comment le roi Boétus ne se serait-il pas converti à entendre de telles réponses?)

_Q._--Doibt l'homme chastier sa femme quand elle forfaict?--_R._ Quant la bonne femme faict quelque forfaict, son forfaict est réputé moult petit forfaict; mais quant la maulvaise femme forfaict, elle se doibt chastier par humbles parolles, deux, trois, quatre et cinq fois, jusqu'à la neufvième..., et se à tant ne s'amende, l'on la doibt laisser et du tout déguerpir. (Il est impossible d'insinuer plus doucement que la méchante femme est incorrigible.)

_Q._--Pourquoi ne fist Dieu l'homme qu'il ne peust pescher?--_R._ Si Dieu eust faict l'homme qu'il n'eust pu pescher, l'homme n'eust desservy à mal bien avoir, et ainsi le bien fust retourné à Dieu dont il estoit venu.

_Q._--Pourquoi les hommes regardent entre les jambes des femmes?--_R._ Les fols y regardent, mais les saiges non...; car aussitôt..., par convoitise, les yeulx tresbuchent en pesché.

_Q._--Lequel est le plus beau membre du corps?--_R._ Si est le nez lequel est au corps comme le soleil au ciel. (Avis aux poètes! voilà de quoi renouveler leurs images.)

_Q._--Qui fut avant faist, le corps ou l'ame?--_R._ Dieu fist toutes choses dès le commencement du monde...; quant l'homme engendre en la femme, les sept planettes forment la semence par la voulunté de Dieu...; saturnus la fait prendre...; jupiter lui forme la teste et la chière...; mars lui forme le corps...; vénus lui forme les membres...; mercurius lui forme la langue; et... luna lui forme les ongles et le poil, etc., etc., etc.

Le saige Sydrach résout encore beaucoup d'étranges questions; mais c'est assez: il ne faut jamais épuiser les fontaines.

LA GUERRE ET LE DÉBAT

ENTRE LA LANGUE, LES MEMBRES ET LE VENTRE.

C'est assavoir la langue, les yeux, les oreilles, le nez, les mains, les pieds, qui ne veullent plus rien bailler ne administrer au ventre, et cessent chascun de besongner. iii.c. On les vend à Paris, en la rue Nostre-Dame, à l'enseigne Sainct-Nicolas. 1 vol. pet. in-4 gothique, figures en bois, de 18 feuillets, rarissime. Sans date. (1490 à 1499.)

M. Brunet parle de cette édition sous le n° 8765, et en cite une autre également, sans date, in-4 de 18 feuillets. Paris, Jehan Trepperel. Du Verdier, qui attribue l'ouvrage à Jehan d'Abundance, dit _le bazochien_, et quelquefois _maistre Tiburce_, mort vers 1540, mentionne une troisième édition de ce livre, encore sans date, in-4, sous la rubrique de Lyon, Jacques Moderne. Ces trois éditions peuvent être rapportées à la même époque à peu près, c'est à dire de 1490 à 1499. Notre exemplaire n'est pas ébarbé.

(1499.)

Le Débat entre la Langue, les Membres et le Ventre n'est autre chose que la fable des Membres et de l'Estomac, fiction ingénieuse qui a subi bien des vicissitudes, comme on voit, depuis Menenius Agrippa jusqu'à notre La Fontaine. Le bazochien Jehan d'Abundance, ou, selon quelques uns, Jehan Molinet, a délayé cet apologue dans un flux de vers de dix pieds, dont on va juger par les passages suivans. Dans ce poème, l'initiative de l'insurrection est donnée à la langue: c'est elle qui incite les autres membres et organes à refuser le service. Elle s'évertue à médire du seigneur ventre, qui la tient sous le joug. «Fussions-nous d'Allemagne ou d'Anjou, dit-elle, de l'endurer ce nous est grand reproche, etc., etc., etc. Qu'a-t-il de plus que nous pour commander?...

Est-il plus noble par génération, D'autorité ou par perfection Que nous ne sommes? Je ne le puis entendre. Un sac rempli de putréfaction, De poureté et grande infection, etc., etc., etc.

»Soyez homme de guerre, gentilhomme, ou vilain, ou bourgeois, il vous faut travailler à rembourer ce trou, et se aucuns se rendent dedans un monastère:

Ils n'y vont pas pour mener vie austère, C'est pour remplir ce sac plein de lavailles, etc., etc., etc.

»Que de peine ne prenais-je pas pour combler ce lac punais, pour amasser le plaisir de ce sac!

Je crie, je jure, la fausseté j'adjuge, .................................... Je happe tout et biffle bœuf et vache, .................................... Je me parjure et je faulse ma foy, ................................... Par fas je fais et par néfas déffais, ................................... Pour acquérir quelque chose à ce trou, .................................... Je ne veuil plus faire faicts que j'ay faictz, .................................... Mes compaignons, mes amis en substance, Laissons tout là! etc., etc., etc.

Ici la langue se tait, et l'acteur (l'auteur) dit quelques mots pour amener le discours des yeux. Il est bon de savoir que l'acteur a entendu toutes ces belles disputes en songe; toujours des songes! Discours des yeulx:

O dame langue! certes vous dites bien, Ce gouffu sale cy ne nous sert de rien. .................................... Il n'y a chair, viande ne poisson, Lard, fruit, beurre, œufs, saulvaiges, venaison, Que je ne chasse pour ce maistre pansart. .................................... Pour ce laissons-le, c'est mon opinion, etc.

Discours des oreilles:

Las! mes frères, moi qui suis les oreilles, J'ay faict pour lui des choses nompareilles, Je ne puis plus endurer ceste peine. .................................... Se j'oy parler de quelque bon disner, Incontinent il y faut cheminer. .................................... Pour ce laissons-le, se vous voulez m'en croire, etc.

Discours du nez:

Je n'ay de lui gaiges, prouffits ne rentes, Fors seulement cette infecte fumée Que par trahison ay mainte fois humée, .................................. Je luy cherche dons odoriférans .................................. Et il me rend pour tout potaige un vent. .................................. Dieu le mauldie lui et ses adhérens, etc., etc., etc.

Discours des mains:

Eusse cent francs de rente et en domayne Si faut-il bien que ce grant gouffre ameine, Tout mon vaillant, tant qu'il soit rembouré, ........................................... Rien n'amassons qui n'entre en sa bouticque. J'croy qu'il soit pire qu'un hérétique, etc., etc., etc.

Le discours des pieds est une répétition des mêmes griefs diversement appliqués. A peine est-il fini, que la langue recommence ses imprécations contre le seigneur ventre, et la conjuration est résolue. On vient à l'effet: chacun se tient coy. Le premier jour se passa doulcement,--le second jour, la gueule, nullement ne se veult taire;--et au tiers jour furent les membres en tel point--pour la famine que, etc., etc. Alors la langue, toujours la première à parler, s'aperçoit qu'elle est dupe, ainsi que ses compaignons:

Tant plus vivons, tant plus décrépitons; ............................... Il nous vault mieux pour savoir la naissance De nostre mal parler à cette pance Que de mourir si misérablement. ................................ Or viens çà, ventre, escoute mes complains, ................................ Ne souffre pas que toy, ne ton lignaige Ton propre sang endure ce brouillage, etc., etc., etc.

Le ventre se rend aux supplications de l'ingrate, non sans la gourmander vertement. La leçon profite aux autres conjurés qui reprennent chacun leur office, et la santé revient au corps expirant. L'acteur termine la pièce par ces mots:

O vous lysans! corrigez ce volume; Des mots y a mal couchez ung minot Et pardonnez à moy pour Jehannot.

On doit pardonner au poure Jehannot; mais comment se pardonner à soi-même d'avoir payé _son Débat_ cent francs?

VOLUMEN

ERUDITISSIMI VIRI ANTONII CODRI URCÆI.

Emendate accurateq; impressum Bononiæ per Joannem Antonium Platonidem Benedictorum Bibliopolam, nec non civem bononiensem. Sub anno Domini M.CCCCC.II, die vero VII Martii, Joanne Bentivolo II, patre patriæ, feliciter administrante.

Edition _primaria_, due aux soins de Philippe Béroald, qui la dédie à Galéas Bentivoglio, protonotaire apostolique, en reconnaissance de ce que ce prélat lui a fourni les _Mss._ 1 vol. in-fol. en 2 parties, dont la première contient 106 feuillets, et la deuxième 65; sans autre titre que l'index suivant, la rubrique précédente de l'imprimeur se trouvant à la fin de la 2e partie; immédiatement avant, 1° la Lettre de Bartolomée Bianchini à Mino Roscio, sénateur; 2° la Vie de Codrus, par le même; 3° les Sept poésies laudatives de Virgile Portus; 4° la Lettre laudative du savant Jean Pin, de Toulouse au savant Jean Mourolet, de Tours; 5° une Épigramme du même et son Epitaphe de Codrus; toutes pièces latines qui terminent le volume. Voici l'index qui sert de titre à notre première édition, laquelle est fort rare et renferme exactement les mêmes choses que la seconde, de Venise 1506; la troisième, de Paris, Jean Petit, 1515, in-4; et la quatrième, de Bâle, 1540, in-4; sauf que cette dernière offre, en plus, une table générale des matières, ainsi que le dit M. Brunet.

(1500-1502.)

_In hoc vol. hæc continentur._

ORATIONES seu sermones, ut ipse appellabat (15) EPISTOLÆ (10) SILVÆ (22) SATYRÆ ( 2) ECLOGA ( 1) EPIGRAMMATA (97)

Hyacinthe, cordonnier, dit Bélair, dit Saint-Hyacinthe, dit le chevalier de Thémiseul, auteur du _Chef-d'œuvre d'un Inconnu_, l'un des hommes qui ont eu le plus d'esprit, a fait, sur l'édition de 1515 (car il n'avait jamais vu la première), une analyse exacte et détaillée des ouvrages de Codrus Urcæus, principalement des XV discours en prose qui en sont la partie la plus curieuse et la plus étendue. Cet excellent morceau, le meilleur, peut-être, de ses mémoires littéraires, aujourd'hui trop peu lus, servira de base au présent extrait, dont il nous eût dispensés, si nous n'avions, d'ailleurs, jugé convenable d'y joindre quelques additions, et de parler de plusieurs notes autographes de Bernard de la Monnoye, dont notre exemplaire de l'édition de 1502 est enrichi.

_Le premier discours de Codrus_ est donc, ainsi que l'expose fort nettement Thémiseul, une revue satirique des divers états et des diverses conditions de la vie, dans laquelle le professeur se plaît à montrer la vanité de l'esprit humain, pour conclure que tout ce qu'ont dit et fait les hommes, dans tous les temps, n'est que fables, _fabulæ_. Il s'y moque des dialecticiens qui enseignent qu'une syllabe mange un fromage, parce qu'un rat mange un fromage, et qu'un rat est une syllabe. Il se moque des médecins, des femmes mariées, des politiques, des prédicateurs, des théologiens même comme des autres, d'une façon très claire et très hardie, et finit par dire que tout est fable dans la philosophie, hormis le principe d'aimer Dieu par dessus toute chose, et son prochain comme soi-même. Au sujet des vaines disputes des philosophes, sur la nature de l'ame, nous remarquerons ces sages paroles: «_Quid autem sit anima nondum inter philosophos convenit, nec unquam fortasse conveniet. O divina sapientia! ô Deus immortalis! hoc non est hominis, sed tuum officium. Hæ partes tuæ sunt quid anima patefacere mortalibus!_ Les philosophes ne s'accordent pas et ne s'accorderont peut-être jamais sur la nature de l'ame. O divine sagesse! ô Dieu immortel! ceci n'est point du ressort de l'homme, mais du tien! c'est à toi de révéler aux mortels ce que c'est que l'ame humaine.»

_La deuxième oraison_ est un discours d'ouverture pour un cours sur Homère et Lucain, où l'orateur se perd en éloges de la rhétorique, dont il ne laisse pas pourtant de se moquer aussi (car il est très moqueur), par la mention qu'il fait du fameux procès entre un écolier d'Athènes et son maître, au sujet du salaire promis, que le premier refusait en s'obstinant à ne point plaider, et que le second réclamait; l'un et l'autre s'appuyant sur cette clause du contrat: _Je vous paierai tant, lorsque j'aurai gagné ma première cause_; procès qui fournit à M. de La Harpe, dans son _Cours de Littérature_, une occasion de plus de prouver excellemment la lumière, en réfutant un sophisme ridicule.

_Le troisième discours_ est une véritable apothéose d'Homère, terminée par cette hyperbole: «Si vous consultez bien votre Homère, vous posséderez tous les arts, toutes les sciences; et vous étancherez votre soif dans une source inépuisable; sinon, vous ne saurez rien, vous n'apprendrez rien, et vous serez comme Tantale au milieu des eaux.» Madame Dacier s'est fait de belles querelles, au sujet d'Homère, pour bien moins.