Amori et dolori sacrum: La mort de Venise

Part 13

Chapter 133,522 wordsPublic domain

«Son successeur fut Max-Joseph (d’une autre branche) qui fut le premier roi de Bavière. Le fils de celui-ci, Louis Ier, fut un roi artiste. Il passa sa jeunesse dans la société de peintres et de sculpteurs, avec qui il fit de longs séjours en Italie. Poète lui-même, il composait d’assez jolis vers. Dans son premier recueil, paru en 1829, il chantait Rome et la Grèce. Ses poésies amoureuses et sentimentales ne manquent pas d’un certain charme; on imprime encore ses distiques sur les calendriers bleus que consultent les jeunes filles allemandes. Devenu roi, Louis Ier s’adonna à ses goûts de construction. C’est lui qui a fait de Munich ce qu’il est aujourd’hui. Il avait dit: «Je veux en faire une ville qui honore tellement l’Allemagne que personne ne puisse se vanter de connaître l’Allemagne s’il n’a pas vu Munich.» Mais s’il savait comprendre les chefs-d’œuvre étrangers, il ne put rien créer d’original. L’_Athènes de l’Isar_, comme disent les Allemands, n’est qu’une suite de froides imitations. On y voit des Odéons et des Propylées près d’un jardin du Palais-Royal, avec ses arcades et ses jets d’eau. L’église de la cour est copiée sur la _Capella Palatina_ de Palerme; la Galerie des Maréchaux, sur la _Piazza dei Lanci_ de Florence, etc. Il enrichit de tableaux excellents les galeries de sa capitale.

«Ce bon roi aimait toutes les manifestations de l’art. Il avait surtout un goût particulier pour la danse et pour les danseuses. Une aventurière, jolie femme et femme d’esprit, Lola Montez, se fit remarquer de Louis Ier par ses talents chorégraphiques et réussit bientôt à exercer sur lui la plus décisive autorité. Très ambitieuse, elle voulut jouer les premiers rôles et se prépara à mettre en ballet l’histoire de Bavière. La favorite s’imposa bientôt à la haute société de Munich. Et, non contente de ce succès, elle demanda au roi de l’anoblir. Le conseil d’État, dont l’avis était indispensable, refusa. Elle tint bon. Enfin, après de longues négociations, elle fut nommée comtesse de Landsfeld. Voir ses _Mémoires_ amusants, mouvementés, mais peut-être apocryphes.

«Les Munichois détestaient Lola Montez, qui d’ailleurs ne prenait aucun soin de sa popularité. Quelques jeunes nobles, qui s’étaient constitués ses cavaliers servants et qui portaient ses couleurs, molestèrent des railleurs dans la rue. Elle-même distribua quelques coups de cravache. On faisait courir des bruits fâcheux sur ses dépenses et ses projets de gouvernement. L’effervescence générale de 1848 vint se joindre à ce mécontentement. Des troubles éclatèrent à l’Université; on éleva des barricades dans les rues. Pour éviter un conflit, Louis Ier renvoya la comtesse de Landsfeld et Berk, le ministre qu’elle avait fait nommer. Tout cela ressemble singulièrement aux rapports de Louis II avec Wagner.

«Quelques jours après, la nouvelle se répandit que Lola était revenue et l’émeute recommença. Alors, lassé de la sottise et de l’ingratitude populaires, Louis Ier abdiqua, le 19 mars 1848, en faveur de son fils aîné. Ni les prières de sa famille, ni celles des députations qui vinrent l’assurer de la fidélité de ses sujets, ne purent le déterminer à reprendre sa parole. Sans doute, il s’estimait trop heureux d’avoir reconquis son indépendance et de pouvoir vivre en artiste à sa guise. Il alla vivre à Rome où il se sentait toujours attiré. Il y était connu et aimé: on lui avait donné le surnom de _Re amante delle belle arti_. Il vivait là au milieu d’une société d’artistes qu’il appelait ses «enfants». Il revenait de temps en temps en _Teutschland_, comme il disait archaïquement. La bonne ville de Munich, dont il se proclamait dans une lettre «le plus heureux habitant», le recevait en triomphe comme le protecteur des arts. Il était traité en roi, sans avoir les soucis du pouvoir. Combien il devait remercier ces braves gens d’émeutiers, et Lola Montez, cause indirecte de tout ce bonheur! Tantôt, il se rend à Cologne pour surveiller l’achèvement de la cathédrale: car c’est là une _chose allemande_ et qui lui tient à cœur; tantôt il s’occupe du Musée Germanique de Nurenberg, sa fondation, ou bien il fait élever une statue à Claude Lorrain, son peintre favori.

«Telle est la vie de dilettante que mènera longtemps encore, jusque sous le règne de son petit-fils, à qui il ressemble par bien des traits, cet étrange souverain volontairement détrôné.

«Son fils, Maximilien II, qui lui avait succédé après son abdication, fut aussi un prince original. Il s’occupait moins des beaux-arts, mais beaucoup plus de philosophie et de sciences. Jeune homme, il se proposait d’imiter sur le trône Marc-Aurèle. Il écrivit de petits traités moraux: _Questions à mon Cœur_, le _Devoir et le Plaisir_ et aussi des _Pensées_, où l’on sent l’influence de Schelling, son philosophe préféré, dont il annotait les ouvrages, et avec qui il entretint une correspondance interrompue seulement par les soucis du pouvoir. Le Roi s’y montre rongé de mélancolie et de doutes métaphysiques: ce qui a pu faire dire un jour que, s’il avait vécu plus longtemps, il serait devenu fou comme ses deux fils. Il paraît néanmoins avoir été doué d’une lucide intelligence: à preuve ces causeries sur l’histoire qu’il demandait à Ranke et après lesquelles il faisait de curieuses remarques. On trouve ces sortes de dialogues résumés dans le dernier volume de l’_Histoire universelle_, de Ranke.

«Louis Ier avait voulu faire de Munich une cité d’art. Max compléta son œuvre en le rendant centre scientifique et en attirant autour de lui des savants. Le chimiste Liebig fut son favori. Et c’était vraiment une cour originale que celle des «élus» ou la _Table Ronde du roi Max_, comme ils se nommaient eux-mêmes; un jour ils allaient dans le laboratoire de Liebig assister à ses expériences sur les gaz et, le lendemain, ils entendaient une conférence de Dœnniges sur les chansons populaires de l’Allemagne.

«On voit que Louis II apportait en naissant, du côté paternel, des qualités rares et singulières. Il y a en puissance, chez ses ancêtres, d’inquiétantes dispositions qui atteindront en lui et en son frère leur développement parfait.

«Quant à sa mère, la princesse Marie, dans sa jeunesse on la surnommait l’_Ange_, à cause de son éclatante beauté: elle a donné à Louis II cette expression idéale qui en a fait un véritable Prince Charmant. Elle avait en elle le sang de Louise de Prusse, qui fut romanesque au point de s’imaginer que Napoléon lui rendrait Magdebourg contre une rose.»

(_Louis II de Bavière_, chapitre premier, Jacques Bainville.)

[16] (page 178). L’impératrice devait recevoir quelques archiduchesses. De là cette robe de cérémonie.

--Si les archiduchesses savaient, disait-elle, que j’ai fait de la gymnastique en cet accoutrement, elles seraient pétrifiées. Mais je ne l’ai fait qu’en passant; d’habitude, je m’acquitte de cet exercice de bon matin ou dans la soirée. Je sais ce qu’on doit au sang royal.

[17] (page 198). M. Adolphe Aderer se rappelle avoir vu l’impératrice en 1875, quand elle habitait ce château de Sassetot, qui regarde la mer et domine l’étroite vallée des Petites-Dalles. «L’impératrice Elisabeth franchissait à cheval un champ de blé qui bordait la falaise. Les épis, grêlés et mêlés de coquelicots, se tendaient vers le soleil pour se réchauffer de la bise toujours froide envoyée par la mer voisine. Hantée par les souvenirs des poètes antiques qu’elle préférait, la cavalière, droite sur un grand cheval, que les barbes des épis piquaient à ses flancs vigoureux, se croyait plutôt la reine des Amazones que la souveraine d’un vaste pays, aussi éloigné de ses yeux que de sa pensée. Un frisson me saisit, parce que la belle dame s’approcha si près du bord de la falaise qu’il me parut qu’elle allait le dépasser: un cri d’épouvante me vint à la gorge. Au même instant, le cheval se retourna d’un bond, et il reprit sa course de vertige à travers les épis blonds. Au pays, on me dit que la souveraine se plaisait tous les jours à ce jeu violent qui valait, le soir, au majordome du château des réclamations apportées par les propriétaires des champs traversés: réclamations dont on ne parlait jamais à l’impératrice pour ne point troubler son sport favori. L’écuyère passionnée subissait aussi l’influence mystérieuse de la mer, qu’elle adorait. On avait mis un yacht à sa disposition: elle lui préférait une petite barque sur laquelle elle partait seule, avec le fils du maître baigneur des Petites-Dalles, un gamin de quinze ans. Elle allait ainsi jusqu’à l’une des plagettes du voisinage, où ses dames d’honneur, qu’on avait menées en voiture au même endroit, l’attendaient.» Il est curieux de recueillir ces images auxquelles nous restituons une âme. On sait maintenant à quoi rêvait cette solitaire dans ses grandes courses et sur la mer. Plus loin (¿p. 217), nous l’entendrons parler de l’un de ces chevaux auxquels elle demandait d’affronter la mort.

[18] (page 199). Voir cette scène de l’impératrice au pied de la Tour de Brunehaut, p. 127, _Scènes et Doctrines du Nationalisme_.

[19] (page 220). M. Christomanos n’a point écrit dans son livre le voyage à Madère; il a raconté cette anecdote dans la _Nouvelle Presse libre_, de Vienne, en septembre 1898.

[20] (page 234). _Le Régime de l’Impératrice._--Que l’on m’accuse de mauvais goût! Mais à titre d’indication sur la physiologie de cette personne singulière qui nous enlève si haut, loin de terre, et pour reprendre pied, je demande à transcrire ici le régime, «régime de jockey anglais», qu’elle suivait: «Lever à cinq heures, bain d’eau distillée (massage suédois, bain de vapeur parfois), une heure de marche dehors, s’il fait beau; en cas de pluie, sous une galerie ou le long d’un corridor. Vers six heures, une tasse de thé et un seul biscuit, puis deux heures pour la toilette (pour la coiffure surtout). A dix heures, déjeuner composé d’une tasse de bouillon, d’un œuf, de quelques mets faciles à digérer, puis la grande promenade de quatre ou cinq heures, et tous les sports imaginables. (En escrime, en natation, en équitation surtout, elle était de première force. Elle préférait à tout les ascensions.) Était-elle seule? on ne servait jamais le dîner du soir; si elle avait des hôtes, elle se bornait à le présider sans y toucher, se contentant de lait glacé, d’œufs crus et de Porto.» Et en dépit de cette discipline, des insomnies. On le voit bien par cette belle scène du lever du soleil sur les terrasses de l’Achilleion. «Je suis toujours ici avant le lever du soleil.»

[21] (page 243). Je donne tout sec, aux gens d’imagination, un fait qui peut leur fournir un départ pour la rêverie.

L’impératrice Élisabeth possédait un magnifique collier de grosses perles qui s’abîmaient. On lui conseilla de les remettre à la mer. Seule avec un vieux moine du couvent de _Paléocastrizza_, qui est situé sur un promontoire abrupt de la côte occidentale de Corfou, elle monta dans une barque. Ils déposèrent les perles malades dans les rochers marins que dominent les ruines de l’_Angelokastron_, vieux château fort des despotes byzantins de l’Epire. Le vieux moine jura le secret. Il mourut dans le moment même où l’impératrice fut assassinée. Le collier repose sous la vague, dans le sublime horizon que préférait cette errante. Ses pensées précieuses trouvèrent-elles un cœur profond, très loin au-dessous des tempêtes et des regards?

[22] (page 274). Ces méditations, ces analyses, c’est une méthode intérieure à laquelle je suis resté fidèle jusque dans la propagande politique (par exemple, quand je fondais le nationalisme sur la _Terre et les Morts_) et là encore je me trouvais peut-être en opposition avec des coreligionnaires qui, pour servir des idées analogues, employaient des moyens plus extérieurs, plus bruyants. Le «Culte du Moi» répondait certainement à une disposition de la jeunesse dans les dernières années, à une disposition qui n’avait pas encore été exprimée et satisfaite à ce degré. Combien de jeunes lecteurs me l’ont dit et me le répètent encore. Tel esprit de haute clairvoyance, mais qui n’acceptait pas ces dispositions ou qui ne les retrouvait pas en lui, sentait bien pourtant ce qu’elles avaient de fécond. Paul Bourget écrivait le 15 août 1890:

«Des jeunes gens qui sont entrés dans la vie littéraire depuis 1880, M. Maurice Barrès est certainement le plus célèbre. Il est aussi celui contre lequel les plus violentes attaques ont déjà été dirigées. C’est le sort de toutes les personnalités très distinguées, et par suite très différentes, de passionner l’opinion ou pour elles ou contre elles, aussitôt qu’elles apparaissent en pleine lumière. Les âmes originales sont rares, et le premier effort du vulgaire est de s’acharner à les détruire, à les abaisser du moins à son niveau. Il y réussit, hélas! bien souvent et, même quand il semble échouer, l’effort de résistance aboutit à déformer l’âme originale. Trop d’exemples attestent cette difficulté pour un moderne de rester lui-même, indépendant et sincère, ni soumis au monde qui l’entoure, ni révolté contre lui.--Ah! la destruction de notre vrai _moi_ par l’esprit de révolte, aussi fatal aux sincérités que les pires préjugés, qui la dévoilera jamais aux nouveaux venus pour leur épargner de reprendre la route où se sont enlisés tant de beaux génies!...

«Ce souci presque douloureux de l’indépendance de son _moi_, d’une culture de ce _moi_ d’après le type natif, sans concession de faiblesse, sans outrance de contraste, tel est le premier trait qui se dessine dans l’œuvre déjà publiée de M. Barrès, dans ces deux romans d’une si savoureuse nouveauté: _Sous l’Œil des Barbares_ et l’_Homme libre_. Et, comme d’ordinaire cette simple syllabe: le _moi_, signifie dans la conversation courante: les pires instincts du cœur sans amour, il est devenu cela pour beaucoup de critiques, un apôtre de l’égoïsme. Voyez pourtant quels malentendus peut créer une petite formule. Si M. Barrès, au lieu de parler de son _moi_, en philosophe qui ne recule pas devant un terme un peu technique, avait exprimé sa pensée ainsi: «Rien n’est plus précieux pour un homme que de garder intactes ses convictions à lui, ses passions à lui, son Idéal enfin, et le grand travail de notre jeunesse doit être de découvrir en soi ces convictions, ces passions, cet Idéal», les mêmes critiques eussent bien été obligés de reconnaître ce qui eût rendu ce jeune homme si cher à Michelet,--un courageux, un fervent dévot de l’Ame humaine. Mais voici qui a aidé encore à ce malentendu: c’est le courage d’un Parisien obligé de s’armer d’ironie pour se défendre contre l’assaut des innombrables adversaires prêts à railler sans cesse tout ce qu’il aime, et c’est la ferveur d’un enfant de la fin du siècle en qui les besoins de la vie morale palpitent et souffrent à vide, sans cet aliment de la foi au mystère du monde, à la réalité vivante et aimante de l’Inconnaissable, à Dieu, pour tout dire,--et c’est le second trait de cette nature si profondément éprise de l’indépendance intellectuelle et sentimentale. Ce passionné d’indépendance est en même temps une sorte de mystique incroyant qui ne sait pas prier et qui met au-dessus de tous les livres celui qui d’un bout à l’autre n’est qu’une prière: l’_Imitation de Notre-Seigneur Jésus-Christ_.

«Ironique et méprisant par amour d’un Idéal dont il n’aperçoit pas de principe extérieur à lui-même, anxieux uniquement des choses de l’Ame et n’acceptant pas la foi qui seule donne une interprétation ample et profonde aux choses de l’Ame,--tel se montre le romancier trop compliqué de _Sous l’Œil des Barbares_, et il résulte de cette double disposition une maladie morale très singulière, dont un exemple déjà avait été donné par Benjamin Constant, et qui réside dans l’intermittence de l’émotion. L’homme qui met son Idéal infiniment haut trouve sans cesse des défauts qui le froissent dans les objets ou les êtres auxquels il s’attache, et l’intensité de ses goûts est proportionnée à l’ardeur de ses enthousiasmes. Leur rapidité aussi,--car il porte en lui-même un élément d’ironie, et il est immanquable que cette ironie s’applique à ces objets et à ces êtres aussitôt qu’il commence de voir ces défauts. «Tout ce qui me faisait frémir d’amour dans ma jeunesse», disait Alfieri, «me faisait presque aussitôt éclater de rire.» Cette alternance de l’ironie et de l’amour devient même si rapide qu’elle aboutit à la plus singulière des simultanéités et, pour douloureuse qu’elle soit, elle ne tarde pas à devenir aussi nécessaire, en vertu de cette loi des réactions qui gouverne le monde moral comme le monde physique. On se sent sentir davantage à sentir par contradiction, mais il n’est pas de gymnastique qui épuise davantage toutes les forces vitales du cœur. Alors, à des dépenses excessives d’émotion succèdent des atonies étranges, une mort intérieure et cette triste, cette lourde sécheresse dont _Adolphe_ est le poème inimitable. Dans cette aridité cependant que devenir, avec une sensibilité qui souffre de sa torpeur? N’est-il pas un moyen de galvaniser cette sensibilité? N’y a-t-il pas des procédés pour échapper à l’_adolphisme_?--Il faut bien créer des mots nouveaux pour des phénomènes aussi mal étudiés. Son mysticisme incroyant a conduit M. Barrès à une audacieuse tentative pour appliquer à ses propres émotions la dialectique morale enseignée par les grands religieux, par les François de Sales et les Ignace de Loyola, et c’est toute la genèse de l’_Homme libre_ que cette idée dont je ne peux qu’indiquer ici le point de départ.

«Le paradoxe qui est au fond d’une pareille thèse, M. Maurice Barrès a trop de sincérité pour ne pas le découvrir un jour. Ce jour-là, il prononcera la phrase admirable de notre maître Michelet: «Je ne peux me passer de Dieu.» Tous les dons si rares de sa noble nature seront alors éclairés et harmonisés. Mais n’est-ce pas une communication avec un hors de lui, n’est-ce pas une foi qu’il cherche quand il parle de cet instinct des foules dont il a le si profond amour? Ce besoin de l’action qui l’a saisi et son socialisme attestent encore chez lui cette soif et cette faim d’une croyance en quelque chose d’autre que lui-même qui lui permette de vivre enfin d’une vie morale, complète et féconde. Y parviendra-t-il? Ce que l’action, telle qu’il l’a choisie, comporte de médiocrités ambiantes n’est pas l’obstacle. Agir, c’est toujours accepter la mesquinerie de conditions autour de son Idéal. La plupart des gens ne voient que ces mesquineries, et, pour conclure ces quelques notes qui demanderaient un long développement, j’ajouterai que je ne doute pas qu’elles ne paraissent ridiculement solennelles à beaucoup, étant donné que pour le monde notre ami est simplement un jeune romancier, bizarre et tourmenté, qui s’est fait nommer député de Nancy dans le parti révisionniste, comme Alcibiade fit couper la queue de son chien légendaire,--par goût du tapage. Ceux qui jugent ainsi M. Barrès prouvent qu’ils n’ont pas le respect religieux de cette force saine qui est le talent. Pour moi, celui qui a écrit certaine page sur le Christ de Léonard de Vinci est un artiste d’une telle supériorité de pathétique et si fièrement doué, que je crois lui devoir de le prendre comme il se donne, comme je sais d’ailleurs qu’il est, pour une âme très sérieuse et très profonde, et si sincère même dans ses ironies, et c’est à cause de cela que je regarde avec une si fraternelle anxiété son chemin vers de nouvelles expériences et que j’attends, comme je n’attends guère de livre, sa prochaine œuvre, ce _Qualis artifex pereo!_ qui achèvera les _Barbares_ et l’_Homme libre_. Et il faudra bien voir alors autre chose qu’un décadent ou qu’un dilettante dans cet analyste de sa propre mélancolie, le plus original qui ait paru depuis Baudelaire.»

PAUL BOURGET.

TABLE DES MATIÈRES

=La Mort de Venise.= 11

I.--Jusqu’à midi dans ses quartiers pauvres. 23 II.--Une soirée dans le silence et le vent de la mort. 37 III.--Les ombres qui flottent sur les couchants de l’Adriatique. 56 IV.--Le chant d’une beauté qui s’en va vers la mort. 109

=Stanislas de Guaita (1861-1898).= 123

=Une Impératrice de la Solitude.= 161

I.--Un petit étudiant corfiote. 166 II.--Un spectacle somptueux et bizarre. 171 III.--Une grande richesse d’émotivité. 179 IV.--Que ne faisait-elle l’Impératrice! 189 V.--L’Achilleion. 197 VI.--Sentimentalisme matérialiste. 212 VII.--Anecdotes chétives et larges clartés. 224 VIII.--Les violons chantent: «Jam transiit». 230 IX.--Rejetons la coupe à la mer. 239

=Souvenir de Pau en Béarn.= 247

=Leconte de Lisle.= 261

=Le 2 Novembre en Lorraine.= 273

NOTES. 293

6757-02.--Corbeil. Imprimerie Éd. CRÉTÉ.

ŒUVRES DE MAURICE BARRÈS

=LE CULTE DU MOI=, trois romans idéologiques.

* =Sous l’Œil des Barbares.= Nouvelle édition augmentée d’un examen des trois idéologies 1 vol. * * =Un Homme libre= 1 vol. * * * =Le Jardin de Bérénice= 1 vol.

=L’Ennemi des Lois= 1 vol.

=Du Sang, de la Volupté et de la Mort.= Nouvelle édition de 1903, revue et augmentée 1 vol.

=Un Amateur d’Ames.= Illustrations de L. DUNKI, gravées sur bois 1 vol.

=Amori et Dolori sacrum= 1 vol.

=LE ROMAN DE L’ÉNERGIE NATIONALE=:

LIVRE PREMIER: =Les Déracinés= 1 vol. LIVRE DEUXIÈME: =L’Appel au Soldat= 1 vol. LIVRE TROISIÈME: =Leurs Figures= 1 vol.

=Scènes et Doctrines du Nationalisme= 1 vol.

BROCHURES

=Huit Jours chez M. Renan.= Une brochure in-8º (_Épuisé_). =Trois Stations de Psychothérapie.= Une brochure in-32. 1 fr. =Toute licence sauf contre l’Amour.= Une brochure in-32. 1 fr. =Le Culte du Moi.= Tirage spécial de la préface de _Sous l’Œil des Barbares_. Une brochure in-18 jésus. 1 fr. =Stanislas de Guaita.= Une brochure in-8º (_Épuisé_). =Contre les Ouvriers étrangers= (1893. _Épuisé_). =Assainissement et Fédéralisme.= Discours prononcé à Bordeaux le 29 juin 1895 (_Épuisé_). =La Terre et les Morts=: _Sur quelles réalités fonder la Conscience française_ (1899. _Épuisé_). =L’Alsace et la Lorraine= (1899. _Épuisé_).

=UNE JOURNÉE PARLEMENTAIRE=, comédie de mœurs en trois actes 2 fr.

_POUR PARAITRE PROCHAINEMENT_:

=Greco ou le Secret de Tolède.= =Le Voyage à Sparte.=

=LES BASTIONS DE L’EST=:

* =La Discipline lorraine.=

Imp. PAUL DUPONT.--Paris, 1er Arr{t}.--175.5.1903 (Cl.)

* * * * *

Corrections.