Aloisiæ Sigeæ Toletanæ Satyra Sotadica de arcanis Amoris et Veneris

Part 1

Chapter 13,369 wordsPublic domain

Produced by Laurent Vogel, Enrico Segre, and the Online Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net.

ALOISIAE SIGEAE

SATYRA SOTADICA

_Hujus editionis_

_exemplaria centum impressa sunt_

_in charta Hollandica_

ALOISIAE SIGEAE TOLETANAE SATYRA SOTADICA _De arcanis Amoris et Veneris_ _Aloisia_ Hispanice scripsit Latinitate donavit Joannes _Meursius_.

Re vera auctore NICOLAO CHORIER

PARISIIS _Cura et studio_ ISIDORI LISEUX, _editoris_ Rue Bonaparte, no 25 _Venit apud_ THEOPHILUM BELIN, BIBLIOPOLAM Quai Voltaire, no 29 1885

NOTICE

SUR

NICOLAS CHORIER

L'auteur de l'_Aloisia_, Nicolas Chorier, ne a Vienne (Dauphine) en 1612, recu docteur en droit en 1639, exercait la profession d'avocat a la Cour des Aides de sa ville natale. D'un esprit cultive, ami passionne des lettres, Latiniste de premier ordre, il ne consacrait aux affaires du barreau qu'une assez faible partie de son temps. Au sortir de l'Academie des Jesuites et pendant le cours de ses etudes de droit, il s'etait deja essaye dans les genres les plus divers, tant en Francais qu'en Latin: sylves, elegies, odes, epopees, tragedies, tragi-comedies. La composition de l'_Aloisia_, le premier jet du moins, car il dut retoucher souvent cette oeuvre capitale, remonte tres probablement a cette epoque. "J'ecrivais alors," nous dit-il dans ses _Memoires_[1], c'est-a-dire avant d'etre avocat, "des Epitres, des Discours, la Vie de Pierre de Villars, eveque de Vienne, une dissertation politique sur l'Alliance de la France avec l'Empire Ottoman; l'_Eucharisticon_, l'_Alithium_, et deux Satires, l'une Menippee, l'autre Sotadique."

[1] V. la _Curiosite litteraire et bibliographique_, IIIe et IVe Series (Paris, Liseux, 1880-83).

En 1640, il publia sous le titre de _Doremation_ son premier livre, un Eloge de quatre archeveques de Vienne, de la maison de Villars, bientot suivi d'un traite moral: _Sentiments de l'honnete homme_ (1641), du _Magistratus causarumque patroni veri ac perfecti icon absolutissima_ (_Type absolu du magistrat et du veritable et parfait avocat_), qui etait un portrait idealise de Pierre de Boissat, bailli de Vienne (1646), et de la _Philosophie de l'honnete homme_, autre traite moral, dedie au chancelier Seguier (1647). Chorier meditait des lors sa grande _Histoire du Dauphine_ et il en rassemblait de toutes parts les materiaux; il la fit preceder d'un ouvrage plein d'erudition: les _Recherches du sieur Chorier sur les Antiquites de la ville de Vienne, metropole des Allobroges_ (1658), qui accrut sa reputation de savant. Il etait entoure de la consideration generale, ses travaux l'avaient mis en relation avec presque tous les lettres de l'epoque, son cabinet d'avocat lui rapportait des emoluments considerables, lorsque la suppression de la Cour des Aides de Vienne vint menacer sa fortune. Reduit aux maigres affaires d'un bailliage, il n'aurait pu gagner sa vie; il resolut donc de se transporter a Grenoble avec toute sa famille, et de s'y creer une nouvelle patrie. C'est a cette epoque meme (1659-1660) qu'il fit imprimer, a quelques exemplaires seulement, pour ses amis, la premiere edition de l'_Aloisia_. Le livre fut imprime a Lyon[2].

[2] Sur cette edition originale, ignoree de Brunet et que les auteurs du _Supplement_ au _Manuel du Libraire_ ont mentionnee sans en reconnaitre l'importance, voir une Notice dans la IIe Serie de la _Curiosite litteraire et bibliographique_.

A Grenoble, Chorier ne tarda pas a conquerir une situation tout au moins equivalente a celle qu'il venait de quitter. Son _Histoire generale du Dauphine_, dont il publia le premier volume en 1661, fut si bien accueillie, que les Etats, reunis cette annee meme, lui voterent un don de cinq cents louis, somme qu'il ne recut pas, a la verite, le Parlement ayant refuse de l'ordonnancer, mais qui n'en temoigne pas moins de la bonne volonte de ses concitoyens a son egard. En 1666, Du Gue de Bagnols fut nomme intendant de Lyon; c'etait un haut et puissant personnage. Beau-frere du chancelier Le Tellier[3], oncle de Louvois, pere de Mme de Coulanges, l'aimable correspondante de Mme de Sevigne et l'amie de Mme de Maintenon, Du Gue avait de grands appuis a la Cour; il devint l'ami et le protecteur de Chorier dans des circonstances fort honorables pour le jurisconsulte Dauphinois. L'intendant de Lyon avait ordre de poursuivre dans sa Generalite, composee des quatre provinces de Lyonnais, Beaujolais, Forez et Dauphine, la grande enquete commencee par toute la France, des 1661, sur les usurpations de titres de noblesse; il choisit Chorier pour remplir l'office de Procureur du Roi pres de la commission qu'il presidait. En cette qualite, Chorier etait charge de faire les informations, d'examiner les dossiers et de requerir; un grand nombre de nobles durent comparaitre. L'enquete ne se termina qu'en 1670, apres que les assises se furent tenues successivement a Grenoble, a Vienne et a Lyon. Cette recherche des usurpations de titres nobiliaires etait delicate; bien des amours-propres se trouvaient froisses par cette sorte d'inquisition royale; on cherchait a y echapper par tous les moyens, dont le plus simple etait de corrompre les juges. Guy-Allard, secretaire de la commission, et quelques autres agents inferieurs, en furent ignominieusement chasses pour s'etre laisse seduire et avoir prete la main a la falsification de certains dossiers. Chorier suivit partout le commissaire et deploya pres de lui un zele et une integrite que Du Gue de Bagnols se plut a reconnaitre: telle fut l'origine de leur etroite intimite, de la protection constante accordee par l'intendant de Lyon a l'homme qui l'avait le mieux seconde dans ces longues et difficiles investigations.

[3] Le Tellier et Du Gue de Bagnols avaient epouse les deux soeurs.

Chorier n'en poursuivait pas moins la composition des ouvrages qu'il avait entrepris; en 1669 il fit imprimer l'_Histoire de la maison de Sassenage_; en 1671, l'_Etat politique du Dauphine_; en 1672, la seconde partie de l'_Histoire generale du Dauphine_; en 1680, la _Vie de Boissat_ (en Latin), qu'il dedia a Du Gue de Bagnols. C'etait au meme personnage, mais sans le nommer expressement, qu'il avait dedie deux ans auparavant (1678) une seconde edition, plus complete, de l'_Aloisia_. La premiere, celle de Lyon, 1660, ne contenait que six dialogues: _Velitatio_, _Tribadicon_, _Fabrica_, _Duellum_, _Libidines_, _Veneres_; il en ajouta un septieme, intitule _Fescennini_, qui affecte de n'etre qu'une suite de fragments, soit que l'auteur l'ait ainsi voulu, soit que l'imprimeur n'ait eu en sa possession qu'un manuscrit plein de lacunes. Chorier n'en a pas moins mis sa marque a cette edition, tant par sa longue epitre: _Summo viro Aloisia ex Elysiis hortis_, ou il parle beaucoup de lui-meme et de son protecteur Du Gue, que par l'adjonction de deux pieces de vers Latins dont il a toujours avoue la paternite[4]. Par une bizarrerie qu'on ne s'explique pas bien au premier abord, la scene qui, dans les six premiers dialogues, est placee a Rome, se trouve, dans le septieme, transportee en Espagne, et les interlocutrices, Tullia et Octavia, tout en restant les memes, sont devenues Espagnoles, d'Italiennes qu'elles etaient. Ce changement est une consequence de l'attribution que Chorier avait fait de l'ouvrage a Luisa Sigea, de Tolede (_Aloisia Hispanice scripsit, Latinitate donavit Joannes Meursius_), attribution a laquelle il ne songeait sans doute aucunement en composant cette satire Sotadique, et que plus tard il entreprit de justifier.

[4] Sur l'enigmatique Epitre: _Summo viro_ et les pieces de vers Latins: _De laudibus Aloisiae_ et _Tuberonis Genethliacon_, dont la derniere renferme de curieuses allusions a un episode de la vie de Chorier, voir dans la IIIe Serie de la _Curiosite litteraire_ l'article intitule: _Eclaircissements sur le "Satyre Sotadique de Nicolas Chorier, connue sous le noms d'Aloysia, de Meursius."_

Chorier mourut en 1692; il laissait manuscrits une grande quantite d'ouvrages, parmi lesquels on a imprime depuis son _Nobiliaire du Dauphine_ (1697, 4 vol. in-4o); ses _Memoires_, en Latin (_Nicolai Chorerii, Viennensis jurisconsulti, Adversariorum de Vita et rebus suis libri III_) dont le texte a paru dans le _Bulletin de la Societe de statistique du departement de l'Isere_ (1844); sa _Vie d'Artus Prunier de Saint-Andre_ (Paris, Alph. Picard, 1880, in-8o).

En reimprimant l'_Aloisia_, on s'est propose de donner de ce chef-d'oeuvre le texte le plus soigne qui ait paru jusqu'ici. La premiere edition faite par Chorier en 1660 est elle-meme tres fautive: encore les editeurs du _XVIII_e siecle ne l'ont-ils pas connue, et n'ont-ils pas pu profiter de l'_Errata_ ou Chorier avait corrige bon nombre de fautes d'impression. Ils ont altere beaucoup d'endroits, qu'ils comprenaient mal, et au Latin de Chorier substitue le leur; une ponctuation defectueuse, le manque de guillemets, etc., rendent, de plus, ces diverses editions d'une lecture assez malaisee. Les amateurs seront heureux d'avoir enfin de ce livre de chevet un texte correct, clarifie, et d'une belle execution typographique. Ils y trouveront l'oeuvre tout entiere, telle que l'auteur l'a donnee lui-meme, c'est-a-dire les six dialogues de l'edition originale, completes par le septieme de l'edition de 1678, et les trois pieces qui l'accompagnaient: l'epitre _Summo viro_ et les deux petits poemes Latins, _De Laudibus Aloisiae_ et _Tuberonis Genethliacon_. Quant aux autres morceaux de prose ou de vers, inseres generalement a la suite de l'_Aloisia_ dans les editions modernes: le _Fututor effoetus_, la _Formica_ de Giovanni della Casa, les _Diversorum veterum Poetarum in Priapum lusus_, les Lettres d'Antoine a Soranus et de Soranus a Antoine sur les dereglements de Cleopatre, le Discours d'Heliogabale aux courtisanes Romaines, les fragments de Seneque, de Procope et d'Arnobe, ils sont entierement etrangers a Chorier et nous n'avions pas a en tenir compte[5].

[5] De tres mediocres imitations Francaises de l'_Aloisia_ ont ete faites sous divers titres des la fin du _XVII_e siecle, et frequemment reimprimees depuis; il n'en existe qu'une seule bonne traduction: _les Dialogues de Luisa Sigea, ou Satire Sotadique de Nicolas Chorier_ (Paris, Liseux, 1881, edition mixte, 4 vol. petit in-18), et _les Dialogues de Luisa Sigea sur les arcanes de l'Amour et de Venus_ (texte Latin et traduction complete, Paris, Liseux, 1882, 4 vol. in-8o, imprimes a cent exemplaires).

Paris, Mars 1885.

ALOISIAE SIGEAE

TOLETANAE

SATYRA SOTADICA

DE

ARCANIS AMORIS ET VENERIS

_Aloisia_ _Hispanice scripsit_

_Latinitate donavit_ _Ioannes_

_MEVRSIVS_

V. C.

MONITUM LECTORI

Vivebat ante annos centum et triginta Aloisia Sigea, Hispana, Toleti nata. Ingenio, eruditione, forma praestitit, et omnibus virtutum dotibus quae laudari solent plurimum et ingenuas maxime decent, excelluit. Sed non in abjecta et stupida animi demissione, non in sordida rei familiaris cura, non in vili nugarum studio virtutem sibi positam habebat: liberalibus navare operam disciplinis, scriptis aeternam sibi parere famam, ad summam sapientiam niti, non ad summas contendere opes, id demum optimum putabat et praedicabat; quod tamen pleraeque foeminae omnes per ignaviam negligunt, homines multi per socordiam stultam et furentem contemnunt. Quamobrem veri amans, libere malas insectabatur; quae sentiret, ultro faciebat palam, et velut quandam morum e curuli sella Censuram exercebat, quam suspicerent omnes, et cujus ob os ora obverterent sua. Se imprimis nobilium mulierum flagitiosis foedisque voluptatibus infensam ostendebat, et quo, injecto saltem pudore, ad meliorem revocaret frugem nihil non agebat. Pati non poterat, ut dicebat, specie praelucentes, nobilitate commendabiles, brevis gaudii aut spe aut gustu velut emotas mente, in ludibria ipsas se vertere. Addebat, ut Virtuti honestum et gloriosum est nudam sisti ob oculos mortalium, sic Vitiis esse ignominiosum. Quae meretricie viverent, ideo voluit e fornicibus suis in quibus latebant in scenam humanae vitae nudas educere, quae essent documento impune non peccari, mulieres quasdam superbi nominis et oris, et alto cretas sanguine. Nam quas Tulliam, Octaviam, Semproniam, Victoriam vocat, eae fuerunt Ducum, Marchionum, Comitum aut uxores aut natae. Nihil de his enarrat quod vere factum non sit, et ut erat a mendacio et ab omni dissimulationis specie alienissima, liberiori omnia sermone executa est, qui solus conveniebat. Satyram Sotadicam inscripsit opus, quod Colloquiis septem complexa est, ac Eleonorae Marguaridae Roderici marchionis uxori, sodali suae, dedicavit, qua jubente susceperat, qua urgente, ut in quadam epistola ad illam data, loquitur, intra mensem absolverat. De Sotade nihil est quod dicam; rerum amatoriarum scriptorem fuisse liberrimum fugit neminem. Sed foeminam ad scribendum his de rebus animum appulisse, non mirum videri debet: nam Elephantis puella, et aliae quaedam, hoc fuere scriptionis genere celebres. Praeterea aptiores sunt foeminae his rebus depingendis, si quae sint cordatae et non fatuae procacitatis; siquidem libidinum ipsae sunt campus in quo nascuntur omnes, in quo vigent, et, ut verbo dicam, in quo oriuntur et occidunt gaudia illecebrosa, et amoeniores joci. Forte nec tam dura fuit ut ullo nollet voluptatis sensu emollire sibi mentem ad carpenda vitae dulcia, et pars etiam puto fabularum ipsa suarum fuit non poenitenda. Hispanice scripsit; vir doctus Joannes Meursius, Lugdunensis apud Batavos Academicae lumen clarissimum, adolescens, et vix ex ephebo egressus, Latinitate donavit; etiam de suo adjecit quaedam quae Aloisiae vix persuaserim mihi venisse in mentem. Sed periit liber Aloisiae; manuscripta Meursii haec tantum lucubratio, aut si mavis commentatio, pervenit ad me: nihil ausim pro certo affirmare. Quicquid id est, non infelicis ingenii, non proletariae eruditionis partus sunt haec Colloquia, quae nec fastidium legenti creent, nec stomachum vere Sapienti moveant. Quinque priora, quae faustis avibus in manus nostras delata sunt, luci damus, quibus utique carere huic aetati bonis litteris amicae turpe esset, et studiosis arduae sapientiae durum. Duo, quae supersunt, haec aiunt longe, et arte et procacitate ingeniosa, antecellere. Sextum figuras objicit ob oculos, non tantum describit. Septimum fabellis et narratiunculis, quae ad hanc rem pertinent, mirabiliter recreat, et hoc velut cibo Attico sale condito pascit animos, cujus nulla unquam capit satietas. Et propediem juris publici fient meo itidem munere. Nam invideri tam salsa, tam lepida, tam etiam utilia bene vivendi praecepta, quis aegre molesteque non ferat saxeus et veternosus? Bonos utique mores Orator laudet Tullius; Philosophus doceat Plato: melius sane suadebunt Publius Syrus, Laberiusque Mimi. Ferit mentem et movet qui miscet utile dulci: a qua plerumque aberrat laude verbosus Orator, strigosus Philosophus. Medicamentis vires addit dum horrorem et odium adimit, qui in bellaria format solers Medicus: haec Aloisiae fuit cogitatio, et omne sibi punctum videbatur tulisse, quae tam ingeniose, tam facete utile dulci miscuisset. Vale.

_De Aloisia Sigaea Toletana_

JOANNIS VASAEI

_Hisp. Chron. Cap. 9._

TESTIMONIUM

----

Ut omnes alias Latinis litteris tinctas silentio praeteream, dabit Hispania Aloisiam Sigaeam Toletanam, sed in aula Lusitana per multos jam annos educatam: quinque linguarum adeo peritam, ut non immerito Paulus tertius, Pontifex Maximus, litteras illius ad se scriptas Latine, Graece, Hebraice, Syriace, atque Arabice laudibus sit prosecutus, admiratus tam multiplicem ingenii fructum, et donum tam multiplicis linguarum scientiae, in viris quoque rarum, nedum in foeminis: sic enim sonant verba Diplomatis. Debetur haec laus optimo patri, et viro doctissimo Didaco Sigaeo. Nec in ea solum hanc operam posuit, sed alteram quoque filiam Angelam, Graece, Latineque, pro aetate et sexu non mediocriter eruditam, tam exacta Musices scientia curavit perdocendam, ut vel cum praestantissimis hujus artis professoribus contendere posse putem.

SUMMO VIRO

ALOISIA

EX ELYSIIS HORTIS

S. D.

----

Vernant et florent, _VIR SUMME_, per anni tempestates omnes, Elysiis in campis amoeni et ridentes horti: parens felicis et uberis soli aequor adeo hortus unus est nitens et suaveolens. Non noti mortalibus generis flores, rosae et herbae spirant ambrosios odores, qui beatis Manibus tenui pro anima sunt. Laeta semper coeli facies, laetus sol, puri lucis ignes: non concreta nimbis dies, non coeno lux oblita. Qualis ipse sibi sol in se est, talis est semper et nobis, nitidus et coruscans: cum radiis continuo depluit fluxu e supero orbe delicias et festivos jocos. Patulae in lucis arbores, quas vester non insevit, non vidit Vertumnus, non longo salutant intervallo sidera, et aestus temperant. Nectare fontes scatent, et aerio fluunt melle rivi. Voluptates, sed verae, sed honestae, et verae quia honestae, aera hunc nostrum percursant innumerabiles, ut vestrum illum tenebricosum leves atomi, rerum caeca principia. His in plagis nulla a furentis libidine fortunae pendet felicitas, qui felicitatis apex est arduus verae et constantis. His vero in locis centum jam abhinc annos laetam et fortunatam laeta et beata agito vitam. Undique et undequaque delectant et juvant omnia. Sane ultra nihil esse putabam, quod irrequietae vellem mentis correpta, ut olim fiebat, vertigine concupiscere. Attamen erat. Miraberis, _VIR MAGNE_: tot inter gaudia Satyram Sotadicam tibi meam placuisse, et id mihi gaudium fuit longe maximum, et omnium cumulus. Esse acceptam tanto viro mihi gratulor et triumpho. Illum ingenii mei partum fovisti in sinu nudum et aegrum: paterno complectens tutatus es amore, quem videbar abjecisse et abdicasse.

Confabulabamur ego, et animae magnae, Lucilius, Varro, Horatius, Ovidius, Persius, Juvenalis, Sulpicia, Petronius, Boccacius, Petrus Aretinus, Bernius, Rabelesius, Rapinus, Barclajus et Boccalinus, sub umbrosa ulmo. Nam vobis cibus sunt, quo enutriuntur corpora vestra, mortalibus far et vinum; nobis vero collocutiones immortalibus mutuae, quibus pascimur, dapes et cupediae. Maia gnatum videmus cito advolare ad nos cursu. Lectum animas venerat quibus altera, his diebus, fato corpora debebantur. Ut prope factus est, et oculos et vocem ad me convertit: "Euge, Aloisia," inquit, "euge.--Atenim hanc evocas ad superas auras," interpellat commotior Petronius, "quae nudiustertius huc demissa non ita longe distat a vita? Me praeteris qui mille ante annos exulo? O fatui injuriam fati!--Ego vero," ait Horatius, "eruditae et ingeniosae meae nugae adblandiri solitae erant maximo, qui unquam fuit, rerum moderatori: et audio in Celtico solo imperare alterum Augustum. Redde me, Mercuri, Principi meo, redde Horatium Deo suo.--Nam," adjicit Lucilius, "magna desunt ingenia magni Principis laudi.--Tu," ait Persius, "secuisti, Lucili, et Mutios et Lupos, et Urbem totam. Tu vafer omne tangebas, Flacce, vitium ridenti amico, et dimissus circum praecordia ludebas. Ut ringeres, Lucili, ut obgannires, Horati! In illa Celtarum Roma scripturiunt omnes: unus aut alter scribit. Cantillant balba de nare rancidulum quid: unus aut alter heroice canit Heroi. Fugient, si velis, hi Lemures. Restituetur Musis suus honos, si nobis vita.--Sed et sexus mei," subdit Sulpicia, "illecebrosa amat decora; et sexui meo decus fui, et sum. Juvenem non fallit Heroa in ingenio pulchrae puellae multo majorem elucere pulchritudinis partem. Placebo, laudabit, si viderit decimam Musam. Et, si laudaverit, provocabo ad cantum novem sorores. Raucae silebunt fulgentis aulae cornices, et garrulae picae.--In pravos aetatis meae mores," inquit Varro, "Satyricam commovi bilem. Menippaeum strinxi stylum, doctissimus Romanorum. Nullius peperci vitiis, sed nullius animum laesi: arte temperavi industria acerbam medicinam, sed salubrem. O si!..."

Plura volentem interrupit succensens Aretinus:--"Dum essem in humanis," ait, "audiebam Flagellum Principum. Timuere Aretinum, qui Jovem non timebant.--Apage, lavernio," refert Bernius, "qui indoctis tuis et insulsis scurrilitatibus non tam notasti mores, quam corrupisti; qui, si scarabaei non nascerentur, nequidem natus esses. Ego vero Procerum ulcera acri tabo fluentia lavi aceto, sed roseo, sed odoro. Perfricui sale, sed Attico. Medicinam feci sanus. O si!...--Enimvero in nugis et tu et ille," infit Boccalinus, fuistis toti. Reges mihi et regna solerti ludus fuerunt ludenti, ut solent esse fortunae. Per me saltarunt libere, cachinnos edidere altos et sonoros, et tetricum posuere supercilium Politicae artes, et, ut loqui solebas, Persi, aerumnosi Solones. Effusi sunt et ipsi in cachinnos sonantes.--Cui non lecta Satyra Menippaea mea?" reponit Rapinus. "Cui non placuit? Malae causae dum personam detraho, qua superbiebat, bonae opi fui. Novum instruxit Minerva mea armamentarium pugnanti Marti Gallico. Ex hoc sumpsit tela, quibus perduellium prosterneret animos, ut pectora et urbes aliis perfringebat fulminans Heros."

--"Atenim quid vobis vultis, cari Manes?" infit Mercurius indignans. "Exspectatis compescam ego motus hos insanos delinificae virgae minis? Nam evocat Jupiter Alexandrum Macedonem et Machiavellum Florentinum, nescio quid magni parans. Omnia scilicet in terris improba et felici ille temeritate, dolis hic malis et caecis artibus susque deque miscebunt, furentes una et fallentes. Non eo sunt in statu res humanae, cui pro merito debeatur Horatius aut Varro. Toti sunt qui laudantur in gerris; toti in fabulis qui ingeniosi audiunt, et ipsi AEsopicae fabulae loquentium et disserentium bestiarum. Qui lucubrationum laude praedicantur, striges sunt. Florere jactitant per se ambitiosi ingenuas disciplinas; marcescunt excisae. Se tamen amant homines nihili, invicem se mirantur: muli mulos alternis scabunt. Videntur sibi esse belli (loqui sic solebas, Varro), festivi, saperdae, cum sint {~GREEK CAPITAL LETTER KAPPA U+039a~}{~GREEK SMALL LETTER ALPHA WITH OXIA U+1f71~}{~GREEK SMALL LETTER PI U+03c0~}{~GREEK SMALL LETTER RHO U+03c1~}{~GREEK SMALL LETTER OMICRON U+03bf~}{~GREEK SMALL LETTER IOTA U+03b9~}. Iniqui judices, nihil habent in pretio praeter somnia sua nullius pretii. Tibi tamen, Aloisia, nulla irascitur in terris livoris malignitas. Satyrae Sotadicae qui plausus negant, blando favent murmure. Eruditi osculantur, boni gaudent, quod demum inveneris viam floribus consitam, qua iretur ad virtutem. Nam mira opifex libero sermone bonos optime condoces mores, et malis suades exemplis; obliqua ad honestatem ducis via ingenuo delinitas ludo mentes. Non ocius alii recta irent. Compendiaria haec est.--Id mihi quidem, cum animum ad scribendum appuli," respondeo, "fuit, Mercuri, propositum. Produxi ab intimis Amoris et Veneris arcanis, quos libido fervens infundit furores insanientibus malis. Palam feci quae fieri solent stulta et foeda, hoc ut spectaculo a faciendo deterrerem quibus honor curae esset, pudorem libidinosis injicerem, odium libidinum incuterem. Non sum, ut alii bene multi, excogitando assecuta quae contaminatos et temulentos fieri possent inter amantes. Quae vere facta nossem, scripto mandavi. Quasi per pompam traduxi spurca ludibria. Ope mea, forti et fideli, de scelerata Venere triumphanti virtuti ferculum id fuit opimum. Nam proba fuit vita et pudici mihi mores. Scis, Mercuri."