Aline et Valcour, ou Le Roman Philosophique. Tome 3
Part 25
[Footnote 6. La torture de la corde se donne en liant le criminel à une corde par les bras renversés en arrière. Par le moyen de cette corde qui joue dans une poulie, on enlève le patient de vingt & trente pieds, puis, après l'avoir ainsi laissé suspendu quelque tems, on le laisse brusquement retomber de toute la hauteur jusqu'à demi-pied de terre; ces secousses lui disloquent toutes les jointures, lui crèvent souvent l'estomach, et font pousser des cris horribles. --La torture de l'eau consiste à faire avaler une quantité d'eau au patient, ensuite on le couche sur un banc creux, dans lequel on le serre à volonté. Ce banc a un bâton qui le traverse et qui tient le corps du patient comme suspendu. La position lui rompt l'épine du dos avec des douleurs incroyables. La torture du feu est la plus rigoureuse de toutes. On allume un brâsier ardent, ensuite on frotte la plante des pieds du criminel de matières pénétrantes et combustibles: on l'étend par terre, les pieds tournés vers ce feu, et on les lui brûle ainsi jusqu'à ce qu'il avoue: ces trois tortures se donnent chacune l'espace d'une heure, et souvent plus. On y applique les femmes et les filles de tout âge, ainsi que les hommes, quelquefois couvertes d'une chemise de grosse toile, souvent nues; mais de toutes manières elles sont toujours dépouillées devant leurs juges: ensorte, dit l'auteur, que nous transcrivons mot à mot dans cette note, que la plupart effrayées de cet immodeste appareil, disent et nient tout ce qu'on veut, afin d'éviter les tourmens. On n'a aucun égard, poursuit le même écrivain, ni à l'âge, ni au sexe: on y traite tout le monde avec une égale sévérité. Tous sont appliqués à la torture ou presque nuds, ou totalement nuds, suivant le caprice des inquisiteurs, qui ne manquent pas de traiter avec bien plus de rigueur les femmes ou les filles qui ne veulent pas leur être favorables. Celles qui pourtant se rendent n'en sont pas plus heureuses. Ils les engagent à se livrer à eux, en leur faisant esperer de les sauver, et dès qu'ils en ont joui, ils les condamnent à mort, afin que, par ce moyen le crime qu'ils commettent, se trouve enséveli. Leurs excès enfin montèrent à tel point, que Clément VI nomma une commission particulière pour informer contre leurs infamies. Ce fut Bernard, cardinal de Saint-Marc, qui en fut chargé. Voilà pourquoi enfin Miguet de Monsarre, auteur espagnol, dans son livre de _Coena Domini_, leur dit:-- _Cimas esso mat echores comone tenegis verguenca, ni honoraque despues de aver Gozado las mugueres y Donzellas que entran en vuestro poder despudes de avertas Gozado las Entregays at Fuego o impios péores que los viejos de Suzanna_.
Voyez la seconde partie du tome II de l'histoire des Cérémonies religieuses des peuples du monde, et l'histoire des Inquisitions.]
[Footnote 7. Quelle plus grande preuve de la puissance des inquisiteurs, que la fin tragique de dom Carlos? Philippe II, père de ce malheureux prince, ne lui fit perdre aussi cruellement la vie, que par l'instigation de ces scélérats.]
[Footnote 8. Si c'est là ce qu'on pense à l'école du malheur, elle n'est donc pas aussi bonne que les sots le croyent. Le capitaine Cook observe dans ses relations, que plus les gens de son équipage étaient malheureux, et plus il les trouvait cruels, alors dit-il ils se livraient au meurtre sans aucune raison, plus l'infortune semblait les presser, plus leurs esprits devenaient insensibles, plus leurs cœurs devenaient féroces, l'effet de l'infortune sur le cœur de l'homme, est de l'endurcir, voilà pourquoi le bas peuple est toujours plus cruel que les gens qui ont reçu une bonne éducation, si cela est, et nous ne devons pas en douter, l'infortune ne peut être bonne à rien, car ce qui blesse l'ame, ce qui éteint les sentimens de sensibilité, ne saurait qu'entraîner au crime. C'est quand l'homme est heureux, qu'il cherche à rendre tel tout ce qui l'approche; tombe-t-il dans l'adversité, l'humeur, le dépit, le chagrin, corrompent son ame; l'endurcissent, et le conduisent incessamment aux horreurs.]
[Footnote 9. Le marquis de Vauvenargues.]
[Footnote 10. Il ne s'agit pas de mettre en avant ici les intérêts de la société, la réponse aux objections de Bersac serait puérile: il est question de savoir pourquoi on punit. Assurément la peste nuit à la société, autant et beaucoup plus que le voleur de grands chemins. Cependant nous ne nous vengeons pas de la main qui nous envoie la peste, et nous rouons le voleur. --Pourquoi? Répondez, suppots des loix qui commandent le meurtre répondez, voilà le seul état de la question.]