Aline et Valcour, ou Le Roman Philosophique. Tome 3

Part 16

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Quand Clémentine vit que je renonçais à la persuader, elle voulut m'haranguer à son tour; elle employa pour me seduire une partie des mêmes argumens dont elle venait de faire usage, pour prouver qu'elle avait raison de faiblir; elle crut qu'elle serait aussi habile à me corrompre, que je l'avais été peu à la convertir; elle avait, disait-elle, une autre adresse pour moi; j'aurais pour le moins autant de plaisir, et peut-être encore plus de profit qu'à celle qu'elle se réservait. . . . Quel gré me saurait-on de ma retenue, et comment y ferais-je croire? après la liberté dont j'avais joui, . . . après la vie que j'avais menée, pourrais-je me flatter d'en imposer à qui que ce pût-être? J'aurais donc, avec le regret de n'avoir point connu le bonheur, le chagrin de ne pouvoir pas même convaincre de ma vertu. . . . --Va, ma chère amie, continuait cette syrêne, c'est à notre personne, bien plus qu'à notre sagesse, que les hommes attachent du mérite; leur cœur est tellement dépravé, que cette pudeur même que tu crois si précieuse, cesse de l'être à leurs regards aujourd'hui. Ils s'imaginent que nous valons moins dès que nous avons encore ce que l'on ne conserve jamais quand on veut quelque chose, ils croyent que si nous n'avons pas succombées, c'est bien plutôt par la faiblesse de l'attaque, que par la force de la défense; . . . Mais à supposer que le mari pour qui tu te conserves, ne sente pas le prix de cet effort . . . Seule à jouir dans ce cas-là, auras-tu connu de grands plaisirs? T'imagines-tu que cette sorte de vanité en fasse goûter de bien réels? Et pour les faibles chatouillemens de l'orgueil, qui ne sont que des jouissances illusoires, tu te seras donc privée de celles des sens dont les délices sont inexprimables? . . . Mais allons plus loin, si personne ne divulgue cette faute à l'époux que tu respectes, s'il est certain qu'il peut l'ignorer toujours, te voilà donc, même en la commettant, idéalement aussi pure à ses yeux, que si tu ne l'avais pas commise; ce n'est pas la faute en elle-même qui peut t'affliger, puisqu'il n'en reste aucune trace; sa douleur ne viendra que de la savoir; s'il ne la sait jamais, plus de douleur. . . . Il y a mieux, c'est qu'il serait infiniment plus malheureux, la croyant, quoiqu'elle ne fût pas, qu'il ne peut l'être, l'ignorant quoiqu'elle soit: ce n'est donc pas toi qui tient son bonheur en tes mains. Ce bonheur sera ou ne sera point en raison de l'opinion qu'il aura reçue; travaille à ce que cette opinion soit bonne, quoique ta conduite soit mauvaise, enveloppes-toi des voiles du mystère, et deviens, si tu veux, sous leur ombre, mille fois pis que Messaline ou Théodora; tu l'auras rendu plus heureux que si ta conduite était bonne, et que l'opinion fût contre toi [21], quelle folie de se gêner dans ce cas! c'est se rendre esclave pour le plaisir de porter des chaînes; c'est refuser de s'y soustraire, quand la raison même nous en dégage. Ces considérations réfléchies, si tu les porte encore, ces malheureuses chaînes, tu n'agis plus alors que pour ta satisfaction personnelle et cette jouissance intérieure est-elle autre chose que de la déraison et de l'entêtement? En dois-tu valoir moins à tes propres yeux, pour avoir valu davantage à ceux des autres? Te dépriseras-tu donc en proportion de ce qu'on t'aura estimée? Seras-tu vile à tes regards, pour avoir un instant cédé aux plus doux penchans de la nature? Crois-tu que ces penchans qu'elle nous inspire, soient moins doux que la triste satisfaction au pied de laquelle lu les immole? Mais raisonnons . . . Ton époux t'aime ou il ne t'aime pas; s'il t'aime, n'ais pas peur qu'une chose qu'il ignorera toujours, puisse le refroidir à ton égard; et ne crains pas qu'une chose qui ne blesse qu'un préjugé d'opinion, puisse te rendre un instant moins vertueuse. S'il t'aime, dût-il même la savoir cette chose. . . . Que de motifs pour l'excuser; . . . ton âge, . . . l'abandon dans lequel les circonstances le forcent à te laisser, toutes les causes irrésistibles du physique, et s'il a l'ame sensible, le plaisir même que cette faute t'aura procurée. Un époux vraiment aimable et juste, jouit bien plus des voluptés que sa femme goûte, que des sacrifices qu'elle lui fait, n'est-il pas bien plus doux de permettre des jouissances, que d'imposer des fers? Quel est donc l'être barbare qui se délecte à des privations? Lui en doit-on dès qu'il en exige? Ah! n'est-il pas plus délicat d'imaginer qu'on rend ce qu'on aime heureux, par la liberté qu'on lui laisse, qu'il ne peut être flatteur d'acheter le triomphe de l'amour-propre, au prix des sensations de ce malheureux être immolé à notre vaine gloire? Donc aucun obstacle à te livrer, aucun inconvénient à ce que ton époux le sache même si réellement il t'adore avec délicatesse, et s'il ne t'aime plus, quel regret n'auras-tu pas d'avoir été la dupe d'un sentiment éteint? Quand tu lui faisais les plus grands sacrifices. . . . Ainsi, qu'il t'aime ou qu'il ne t'aime pas, tu auras toujours eu tort de ne pas céder, et tu auras toujours à te repentir de ne l'avoir pas fait, pouvant le faire impunément. Je ne t'oppose pas la religion, je sais trop combien la justesse et la bonté de ton esprit te rendent supérieure à ces freins ridicules. Je ne combats que ton orgueil et ta folie, que ton entêtement et que tes préjugés; je ne cherche à détruire qu'eux, trop sûre que c'est à eux seuls à qui tu sacrifies les plus doux plaisirs de la terre . . . Ah! jouis-en, jouis-en Léonore; l'âge où nous sommes créés pour eux, passe comme la fraîcheur des roses; et quand nous sommes effeuillées comme elles, les froides jouissances de la vanité nous dédommagent-elles de tout ce que nous avons fait en leur faveur?

Pour quant à moi poursuivit Clémentine, je ne te le cache pas, mon parti est pris, j'aimerais mieux mourir que de ne pas me donner non-seulement à celui qu'on m'indique, mais à tous ceux qui voudront de moi . . . à tous ceux que mes charmes pourront séduire. . . . Et pourquoi donc seraient-ils faits ces charmes? si ce n'étoit pas pour les livrer; n'est-ce pas pour plaire que la nature nous a faites jolies? Si c'était un crime que de lui céder, nous aurait-elle donné les appas qui nécessitent la chûte? Ah c'est qu'elle veut qu'on la fasse dès qu'elle nous prodigue tout ce qu'il faut pour y être entraînées; et celle qui lui résiste en rendant les frais inutiles, l'offense bien plus griévement, que celle qui, connaissant le prix des dons, ne pense qu'à en multiplier l'usage. . . . Vis et meurs sans plaisir près de ton phantôme de vertu . . . Moi, je n'existe plus que pour l'immoler au plus léger de mes caprices.

Ô Clémentine, m'écriai-je, je le vois bien je vais te perdre, entraînée par une foule de nouveaux plaisirs, tu ne sentiras plus ceux de l'amitié, je ne t'aurai aimée que pour te plaindre, je ne t'aurai connue que pour te pleurer. --Ne m'attendris pas dit Clémentine. . . . Non sois sûre que je t'aimerai toujours; mais ne cherche pas à ouvrir mon ame dans l'espoir de la faire changer, je l'endurcirais plutôt que de me laisser vaincre; n'employe nulles ruses avec mon cœur, elles échoueraient toutes aux résolutions de mon esprit. Ne crains point qu'une affaire d'amour aille t'enlever ton amie? Il ne s'agit pas de délicatesse dans les travers que je médite, il n'est question que de besoins, je ne veux pas connaître l'amour, je ne veux que me r'accommoder avec ses plaisirs. --Et que sont-ils sans le cœur? --Tout, on ne les goûte bien que quand on n'aime pas, c'est pour les autres qu'on jouit dès qu'on aime; ce n'est que pour soi dès que le sentiment n'est pour rien, je ne veux pas l'échauffer ce cœur, je ne veux qu'amuser les sens; et le calme de l'indifférence, est délicieux pour analyser des sensations; uniquement occupée de soi, méprisant souverainement celui qui ne pense qu'à nous, peu curieuse de ce qu'il éprouve . . . Sacrifiant tout à soi-même, on jouit si philosophiquement. . . .

Ah! Léonore, Léonore, si tu savais combien il est doux de ne pas aimer et de se sentir persuadée que l'on l'est; il y a à cela une sorte de friponnerie qui met un sel bien piquant au moral d'une jouissance.

Ces discours que je réfutais en vain, parce que malheureusement le cœur a presque toujours tort avec l'esprit; tous ces argumens d'une mauvaise tête, m'allarmant sans me persuader, nous conduisirent enfin aux portes de Tolède; nous avions presque toute la ville à traverser pour arriver dans le quartier qui nous était indiqué; à peine fûmes-nous dans la place des Carmes, que nos physionomies, nos tailles, nos singulières parures, attiraient sur nous les regards de tout le monde, et Clémentine sa guitarre en écharpe, soutenait cette insultante curiosité, avec une éffronterie qui dévoilait ses mœurs; un des effets de la corruption, est de détruire en nous le sentiment pénible de la honte, on ne rougit plus dès qu'on est décidé à se tout permettre, et cette modestie qui nous retenait souvent encore, s'anéantit sous les attraits séduisans du vice. Voilà pourquoi le premier ouvrage de la séduction, est d'absorber la pudeur dans l'ame de celle qu'on travaille à corrompre; on fait bientôt tout ce qu'on veut d'une jeune fille, quand on l'a convaincue de la bisarrerie de s'allarmer des mouvemens de la nature, et les freins que l'on ridiculise, sont bien plutôt brisés que ceux que l'on combat [22]. Pour moi, je baissais les yeux, je ne sais ce que j'aurais donné pour être à cent lieues delà.

Nous arrivâmes enfin chez une femme d'environ cinquante-cinq ans, logée dans une petite rue derrière les Cordeliers, et dont la maison me parut fort suspecte, mais il n'y avait pas à reculer, nous eussions difficilement été reçues ailleurs, nos parures nous ayant fait reconnaître; La patronne qui s'appelait _dona Laurentia_, nous admit sans difficulté. Après s'être informé de son ami Brigandos, elle nous montra une chambre à deux lits, dont elle dit que nous pouvions disposer. Et sans aucune autre cérémonie préalable, elle nous demanda si nous voulions recevoir des hommes, Clémentine avait bien envie de répondre qu'oui, mais à l'empressement qu'elle me vit à demander instamment de n'être point soumises à cette règle, elle crut devoir prendre le parti du silence.

À votre aise, dit _Laurentia_, ma maison est aussi sûre que l'hôtel du _Corrégidor_, il n'y vient jamais que d'honnêtes gens, pour éviter le train, je ne reçois jamais que de vieux prêtres, il n'y a pas de danger avec ceux- là. . . . Tenez écoutez . . . entendez-vous d'autre bruit que celui que les opérations légitiment; eh bien! j'en ai pourtant six dans mes chambres avec un pareil nombre de pensionnaires. . . . Ils redescendront dès qu'ils auront fait, il en reviendra d'autres, et vous n'entendrez jamais plus de train; oh! grand dieu dis-je à Clémentine, où sommes-nous donc? Ne t'en inquiète point me dit cette folle en éclatant de rire, n'entends-tu pas que madame te dit que nous serons ici comme nous voudrons. --Assurément, reprit la duègne, on ne contraint personne chez moi . . . Liberté entière, si les demoiselles dont je vous parle reçoivent du monde, c'est qu'elles le veulent bien, soyez très- sûres que l'on n'entrera point chez vous par force. . . . Mais je vous conseille de vous réjouir . . . Nous voilà dans le temps de la foire . . . Vous êtes jolies . . . vous ne manquerez pas de pratiques, je vous le répete, ma maison est sûre; savez-vous qu'il y vient des filles des plus gros bourgeois de la ville. . . . De petites poulettes en mantilles noires, qui disent à leurs parens qu'elles vont à confesse . . . et comme les églises sont humides, je les reçois ici, le directeur s'y trouve, et la cérémonie se passe sans scandale. . . . La pénitence est quelquefois un peu rude, mais au moins sont-elles toujours sûres de l'absolution. --Madame dis-je à notre hôtesse, nous sommes encore novices dans le métier, nous nous contenterons d'exécuter les ordres de _Brigandos_, nous irons par-tout où il nous enverra, mais nous ne recevrons assurément personne; ensuite nous traitâmes de notre nourriture, _Laurentia_ nous dit qu'ordinairement avec les femmes que lui envoyait notre chef, elle se chargeait de toutes ces choses, et qu'elle ne nous laisserait manquer de rien, elle sortit; nous envoya tout ce qui était nécessaire, et nous ne songeâmes ce premier jour qu'à nous reposer.

Le lendemain comme nous ouvrions nos fenêtres, le premier spectacle qui nous frappa, fut l'appareil lugubre d'un malheureux que l'on conduisait au supplice, il était suivi d'une foule innombrable. . . . Dans tous les pays du monde, et peut-être plus en Espagne, qu'ailleurs, cette fatale curiosité est toujours celle du peuple. . . . --Quel est le crime de cet homme demanda _Clémentine_ à _Laurentia_? --Un événement affreux arrivé avant-hier, le coupable n'ayant pu soutenir l'horreur de son crime, est venu l'avouer lui- même. C'est un des premiers seigneurs de la ville, je suis surprise que vous n'ayez pas entendu parler de cela, tout s'est passé à une demie lieue d'ici, précisément du côté d'où vous venez. --oh ciel dis-je, je parie que nous avons vu la victime . . . Et que cette infortunée jeune fille . . . --Une fille assassinée, vous l'avez vue? --Oui. --C'est celà, c'est celà . . . Oh l'histoire vous fera frémir. . . . Mais que vois-je? . . . Cachez-vous mignones, voilà deux cordeliers qui me font signe, nous les gênons, ils veulent s'introduire secrétement chez moi. . . . Dînez en paix, j'irai vous tenir compagnie au dessert, et vous faire part de cette sanglante aventure. La duègne sortit . . . les cordeliers entrèrent. . . . Nous dinâmes, et à peine eûmes-nous fini que Laurentia reparut; écoutez-moi, nous dit-elle, je vais vous raconter la cause de la fin tragique de ce gentilhomme que vous venez de voir passer, et qui vient de mourir comme un saint.

Ici Léonore ayant demandé à la compagnie si l'on désirait qu'elle rendit cette histoire, et tout le monde l'y ayant invitée elle le fit de la manière suivante. . . .

[Footnote 1. Des loix très-sages punissaient en Sirie bien plutôt celui qui par défaut de soins, exposait ses effets à la tentation, que celui qui les dérobait; celui qui manque et qui prend ce qu'il trouve, fait, à fort peu de choses près, ce qu'il a dû; mais celui qui laisse ce qu'il possède à l'abandon, est loin de faire ce qu'il aurait dû faire, et mérite, par conséquent, une punition, bien plutôt que l'autre. Voilà comme raisonnaient les Siriens.]

[Footnote 2. Saint-Thomas objecte seulement contre la sorte d'inceste dont il s'agit ici, que si les frères s'alliaient à leurs sœurs, il en résulterait un trop grand amour dans les ménages, amour qui deviendrait alors par sa trop grande force, contraire à la chasteté; on a peu de chose à dire contre ce qu'on a dessein de réfuter, quand on est réduit à employer de tels sophismes; c'est donc à dire, d'après Saint-Thomas, que l'inceste est vicieux parce qu'il nait de lui ce qui fait la plus grande perfection des mariages; avouons-le, il est absolument impossible de trouver un argument légitime contre ces sortes d'alliances, mais il est aisé de prouver en revanche quelle foule de vertus il en résulterait.]

[Footnote 3. Nous lisons dans le quatrième livre de l'Énéide:

_Nocturnos que ciet manes mugire videbis_

_Sub pedibus erram._

Et dans Horace, satire 8, livre premier:

_Cruor in fossam codjusus ut inde_

_Manes alicerent animas responsa daturas._]

[Footnote 4. Voilà où Brigandos est dans l'erreur. Un meilleur logicien l'a dit dans ce même ouvrage, et avec bien plus de raison: _il n'est jamais permis de faire le mal pour arriver au bien_. Peut-être verrons-nous notre Bohême agir et raisonner mieux par la suite.]

[Footnote 5. La mandragore est la racine de brivna, sa forme est celle de l'homme. On lui attribue la propriété d'engourdir les sens; d'autres disent que semblable au ginseng, elle excite à l'amour. Circé s'en servit dans ses enchantemens, et ce fut là, dit-on, le secret de Jeanne d'Arc; quelques personnes prétendent qu'elle est produite _ex semine hominis suspensi vel quovis alio supplicio morte muletati_. --Pour qu'elle ait de la vertu, il faut qu'elle soit cueillie au printemps, lorsque la lune est en conjonction avec Jupiter ou Venus. La distribution de cette poudre par les Bohémiens, paraît contrarier un peu ce qu'ils ont dit tout à l'heure en se défendant de causer des avortemens. Car on sait que cette racine produit ce criminel effet, et vraisemblablement ils en distribuaient dans plus d'une intention.]

[Footnote 6. On n'est point encore convenu d'un nom honnête pour cet égarement. Celui que les femmes de mauvaise vie lui donnent, est affreux, puisque _Sapho_ s'immortalisa bien plus par ce désordre que par ses vers; pourquoi ne conviendrait-on pas de nommer _saphotisme_ ce travers singulier du libertinage des femmes.]

[Footnote 7. Il ne faut pas que le lecteur s'étonne de voir Brigandos quitter les principes de sa religion dans le morceau suivant, ainsi que dans quelqu'autres. Chaque fois qu'il parle à des gens qui ne sont pas au fait de ses principes, il est tout simple qu'il s'accommode aux leurs; nous le reverrons redevenir manichéen, lorsqu'il parlera à ses femmes, ou à ses compagnons.]

[Footnote 8. C'est, dit l'auteur des talismans justifiés, le sceau, la figure, le caractère ou l'image d'une figure céleste, d'une planète ou d'une constellation gravée sur une pierre simpathique, ou sur un métal correspondant à l'astre, par un ouvrier qui ait l'esprit attaché à l'ouvrage et à la fin de son ouvrage, sans être distrait par quoi que ce puisse être, au jour, à l'heure de la planète, en un lieu fortuné, par un tems serein et beau, afin d'attirer plus fortement les influences du ciel, par un effet dépendant du même pouvoir et de la vertu de ses influences.]

[Footnote 9. C'est de cette indécente manière que beaucoup de curés en Espagne et même dans plusieurs provinces de France, portent le viatique dans les campagnes.]

[Footnote 10. Ces événemens étaient pour lors ceux du jour.]

[Footnote 11. L'or et l'argent étaient en Espagne en si grande abondance, dit Strabon, qu'on rencontrait quelquefois des masses de ces métaux en labourant; les rivières en charriaient, et l'on creusait rarement la terre sans trouver les rameaux d'une mine. Strab. Lib. 3.

Les Siriens et les Phéniciens n'y formèrent de si riches établissemens qu'à cause de cela.]

[Footnote 12. C'est la prétention et le droit des Catalans comme noble, titre qu'ils se donnent tous.]

[Footnote 13. Environ 25 écus.]

[Footnote 14. Environ 42 liv.]

[Footnote 15. Les quinze piastres font à peu près 84 l.]

[Footnote 16. Il n'y a qu'à Paris et à Londres où ces méprisables créatures soient ainsi soutenues. À Rome, à Venise, à Naples, à Varsovie, à Pétersbourg on leur demande lorsqu'elles comparaissent aux tribunaux dont elles dépendent, si elles ont été payées ou non; si elles ne l'ont pas été, on exige qu'elles le soient, cela est juste; si elles l'ont été, et qu'elles n'ayent à se plaindre que de traitemens, on les menace de les faire enfermer si elles étourdissent encore les juges de saletés pareilles; changez de métier, leur dit-on, ou si celui-ci vous plaît, souffrez-le avec ses épines. Aussi, dans toutes les villes, y a-t-il un tiers de ces filles de moins qu'à Paris et à Londres, proportion gardée.]

[Footnote 17. Il est très-extraordinaire qu'un magistrat ait mis dans sa cervelle qu'il pouvait résulter quelque bien d'éclairer et de publier les secrètes horreurs que le libertinage enfante. Comment ce magistrat tel qu'il soit ou tel qu'il ait pu être, a-t-il arrangé ce systême avec la religion ou la décence dont les loix s'opposent si formellement à cette publicité? Il faudrait au contraire punir sévèrement la malheureuse prostituée assez bête pour revêler ces écarts, et qui en les dévoilant non seulement se fait tort à elle-même, mais corrompt et le juge qui se délecte à ces indignes confidences, et tous ceux qui vont les apprendre par l'éclat du juge. Que l'on daigne un instant comparer le danger qui peut naître de fermer les yeux sur ces vilainies, à celui qui résulte de leur scandaleux éclat; ne vaut-il pas mieux qu'il y ait dans une ville cent libertins cachés que d'en faire éclore aussitôt dix mille, en divulguant les travers de ces cent? Avant le règne de Louis quinze, on ignorait cet art infâme de pervertir ainsi la jeunesse, et de produire un très-petit bien, en opérant d'aussi grands maux, il n'y avait point d'espions tentateurs, point de journaux chez les courtisanes, et tout allait aussi bien qu'aujourd'hui; c'est à Sartine que furent dues ces absurdités inquisitoires, et c'est depuis ce _grand_ magistrat, qu'un homme sait aujourd'hui à quinze ans, ce qu'il ignorait encore à quarante autrefois. On ordonnait à ce méprisable espagnol de faire des listes de toutes ces turpitudes, pour en réveiller l'engourdissement du souverain. Cet imbécile imagina qu'il fallait colorer d'un vernis d'équité la déshonorante fonction dont on le chargeait, et prendre l'amour des mœurs et de la décence pour excuse de ces vexations. Malheureux Français, voilà comme on vous trompait, comme on se moquait de vous. . . . Voilà comment, pendant que vous chantiez et couriez vos catins, on enchaînait votre liberté, comme on grévait vos goûts et vos fantaisies les plus simples. Comme on mettait des entraves sur vos besoins les plus naturels, et comme on gangrenait vos enfans et tout cela sous le spécieux prétexte d'une excellente police. Les Romains conquéraient l'univers et n'avaient point d'espions chez leurs courtisanes. On assure qu'il fut présenté à l'illustre magistrat dont il s'agit ici, un ingénieux projet de vexation sur le citoyen, en raison de la manière dont il perdrait son urine. Le premier plan ayant passé, celui-ci pouvait bien avoir lieu malheureusement, il y avait peu de profit, aucun détail obscêne, point de liste qui put amuser les petits soupers du roi, et Sartine refusa.]

[Footnote 18. Chapelle fondée sous ce nom pour 12 chanoines, dans la cathédrale, par le cardinal Kimènès. On appelle ainsi les nouveaux chrétiens, c'est-à-dire les maures convertis.]

[Footnote 19. Promenade de Tolède.]

[Footnote 20. L'hippomane est regardé, par les gens crédules, comme le plus sûr de tous les talismans; c'est une excroissance de chair qui se trouve au front des poulains naissans; il est rare, parce que la mère l'arrache à belles-dents du front du poulain, dès qu'elle l'a mis bas; son effet est de se faire aimer de la femme à qui l'on en fait avaler.]

[Footnote 21. Théodora était femme de Justinien; voyez ses désordres dans Procope; une partie des loix que nous suivons encore est l'ouvrage de ses amans, en amusant son mari de ces codes atroces, elle lui voilait sa conduite; l'imbécile Justinien compilait et sa femme couchait.]

[Footnote 22. La raison de cela est simple; c'est avec de l'esprit qu'on résiste aux argumens que le vice emploie pour triompher. Tout ce qu'on objecte flatte donc, parce qu'on n'y parvient qu'en développant une qualité qui nous honore; mais s'il est démontré que la conduite qu'on a, que les opinions qu'on adopte soient réellement des ridicules, voilà l'orgueil compromis, et dès ce moment on change de plan; le ridicule blesse tellement notre vanité, que s'il était possible de persuader l'être le plus sage, que la vertu est un ridicule; il l'abjurerait à l'instant.]

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LE CRIME

DU SENTIMENT,

OU

LES DÉLIRES DE L'AMOUR.

NOUVELLE ESPAGNOLE [1].

IL n'y avait point à Tolède de maison plus riche que celle du comte de _Flora-Mella_, point de seigneur dans les deux Espagnes, qui joignit à cet avantage, une naissance plus illustre, et de plus flatteuses prérogatives; mais la fortune ne se soutient pas toujours également chez ceux qu'elle favorise ainsi, et sa main inconstante ne les élève souvent au faîte des grandeurs que pour les en précipiter avec plus d'éclat.