Alfred de Musset et George Sand dessins par Alfred de Musset
Chapter 3
»Il y a des opérations qui sont fort bien faites et qui font honneur à l'habileté du chirurgien, mais qui n'empêchent pas la maladie de revenir. En raison de cette possibilité, Alfred est redevenu mon amant; comme je présume qu'il sera bien aise de vous voir chez moi, je vous engage à venir dîner avec nous au premier jour de liberté que vous aurez. Puisse l'oubli que je fais de mon offense ramener l'amitié entre nous.
»Adieu, mon cher Tattet.
»Tout à vous,
»GEORGE SAND.»
Combien le ton de ce billet diffère de celui du 28 octobre 1834!... C'est que Musset avait parlé et raconté à George Sand, dans un moment d'expansion, que son ami Tattet avait fait de son mieux pour empêcher leur rapprochement: de là, colère de la maîtresse contre le gêneur, et, charmée de prendre sa revanche, elle tient à la lui faire savoir.
Peu après, se produit un incident qui remet Pagello en scène, et sur lequel nous n'avons pas d'autre renseignement que cette lettre écrite par George Sand à Alfred Tattet:
«14 février 1835.
»Monsieur,
»J'ai une affaire indispensable à terminer avec vous. Il s'agit d'une affaire d'argent, dans laquelle je suis compromise d'honneur aux yeux de Pierre Pagello. J'ai besoin d'une attestation de vous, et vous êtes trop galant homme pour me la refuser. Je sais que vous m'êtes extrêmement hostile et j'ai peu sujet de vous bénir. Mais soyez sûr que j'ai trop le sentiment des convenances pour vous en faire des reproches et que jamais aucune vengeance de ma part ne cherchera à vous atteindre. Ayez donc, monsieur, la bonté de recevoir chez vous quatre tableaux qui appartiennent à Pierre Pagello et que je m'étais chargé de vendre. Voyant qu'il avait besoin d'argent et sachant, par l'avis d'un expert, que les tableaux ne valaient rien, je lui en donnai la somme de deux mille francs et j'y ajoutai le procédé de lui cacher le secours que [je] lui apportais. Je lui ai remis mille francs en argent et le tins quitte d'une somme plus forte qu'il me devait. Je crus devoir ces ménagements à sa position fâcheuse et délicate à Paris. Aujourd'hui, Pierre Pagello, averti par un de mes amis, me fait un grand crime de cette action et pense que je l'ai faite à dessein de la divulguer et d'avilir son nom; d'abord, en racontant l'histoire telle qu'elle est, je n'ai point sujet de l'avilir; ensuite, je ne l'ai racontée qu'à Alfred qui vous l'a redite, à vous seul. Voulez-vous avoir la bonté, monsieur, de rendre témoignage de ma discrétion, lorsque vous écrirez à Pierre Pagello?
»En second lieu, cette personne insinue que je pourrais bien m'être défaite des tableaux à mon avantage, afin de me donner en même temps les gants d'une générosité singulière. Elle ajoute que, s'ils sont entre mes mains _en effet_, elle espère que vous voudrez bien les recevoir, afin de les lui renvoyer ou de les lui faire vendre. Je fais porter les tableaux chez vous; voulez-vous bien en accuser réception à Pierre Pagello? J'espère que oui. Vous avez pensé que le sentiment d'équité vous forçait à vous faire le bourreau d'une âme criminelle. Je ne savais pas que vous eussiez l'âme aussi austère et le bras aussi ferme. J'en souffre, mais je vous en estime d'autant plus, monsieur, et à cause de cela, je pense que vous me laverez de l'accusation de friponnerie, car, si votre amour de la vérité vous a commandé de me nuire, il doit vous commander de me réhabiliter sous les rapports par où je le mérite.
»Veuillez m'honorer d'un mot de réponse. J'ai l'honneur de vous saluer.
»GEORGE SAND.»
Cependant tous deux sont moralement à bout de forces; ils ne peuvent plus se voir sans se quereller et n'ont pas le courage de se quitter. C'est George Sand qui se reprend la première; le 6 mars, elle écrit à Boucoiran: «Aidez-moi à partir aujourd'hui.» Et le lendemain, Musset, venant au rendez-vous, trouve la maison vide:
À MONSIEUR BOUCOIRAN[26]
_Passage Choiseul_, 28.
«Monsieur,
»Je sors de chez madame Sand et on m'apprend qu'elle est à Nohant. Ayez la bonté de me dire si cette nouvelle est vraie. Comme vous avez vu madame Sand ce matin, vous avez pu savoir quelles étaient ses intentions, et, si elle ne devait partir que demain, vous pourriez peut-être me dire si vous croyez qu'elle ait quelques raisons pour désirer de ne point me voir avant son départ. Je n'ai pas besoin d'ajouter que dans le cas où cela serait, je respecterais ses volontés.
»ALFRED DE MUSSET.»
Cette fois, c'était fini et bien fini. Ce fut une détente, un soulagement:
GEORGE SAND À BOUCOIRAN
«9 mars 1835.
»Je suis très calme, j'ai fait ce que je devais faire. La seule chose qui me tourmente, c'est la santé d'Alfred.»
Pendant un mois environ, elle fut en proie à une sorte de maladie de langueur, puis le calme vint réellement, et bientôt l'indifférence.
Chez Musset, au contraire, l'apaisement parut se faire tout de suite, mais ce n'était qu'une apparence trompeuse:
J'ai vu le temps où ma jeunesse Sur mes lèvres était sans cesse Prête à chanter comme un oiseau Mais j'ai souffert un dur martyre Et le moins que j'en pourrais dire, Si je l'essayais sur ma lyre La briserait comme un roseau[27]...
Le 21 juillet, il écrivait à son fidèle ami:
MONSIEUR ALFRED TATTET
_À Baden, poste restante._
«Votre lettre, mon cher Alfred, est arrivée comme je n'étais pas à Paris, ce qui l'ait que ma réponse est en retard de quelques jours. Pour répondre d'abord à votre question sur ce qui regarde madame... (Affaire personnelle à Alfred Tattet)... je crois que ce que je puis vous dire de mieux, c'est qu'il y a tantôt huit ou neuf mois, j'étais où vous êtes, aussi triste que vous, logé peut-être dans la chambre où vous êtes, passant la journée à maudire le plus beau, le plus bleu ciel du monde et toutes les verdures possibles. Je dessinais de mémoire le portrait de mon infidèle; je vivais d'ennuis, de cigares et de pertes à la roulette. Je croyais que c'en était fait de moi pour toujours, que je n'en reviendrais jamais. Hélas! hélas! comme j'en suis revenu! Comme les cheveux m'ont repoussé sur la tête, le courage dans le ventre, l'indifférence dans le coeur, par-dessus le marché! Hélas! à mon retour, je me portais on ne peut mieux; et si je vous disais que le bon temps, c'est peut-être celui où on est chauve, désolé et pleurant!... Vous en viendrez là, mon ami. Je vous plains aujourd'hui bien sincèrement parce que vous souffrez. Quand vous serez guéri, vous n'en serez pas fâché, soyez-en sûr. Tout ce qui fait vivre est bon et sain. Je vous promets de vous tenir au courant de tout ce que je pourrai savoir.
»Je travaille à force. Combien de temps comptez-vous rester à Baden? Adieu, je suis à vous.
»ALFRED DE MUSSET.»
Hélas! non, Alfred de Musset «n'en était pas revenu...» Quelque chose s'était brisé en lui, laissant une plaie qui saigna jusqu'à sa mort.
VI
DEUX LIVRES
Le 15 janvier 1859, commençait dans la _Revue des Deux Mondes_ la publication de _Elle et Lui_. Comment expliquer cet ouvrage?
Ce n'est pas une réponse à la _Confession d'un Enfant du siècle_: nous avons donné la preuve que Musset, avant de l'écrire, avait l'autorisation de George Sand. Pourquoi ce silence de vingt-trois années si la _Confession_ était une accusation mensongère? Pourquoi n'avoir parlé que si tard, quand Musset n'était plus là pour la réplique?
Après leur rupture, Musset avait continué d'écrire à George Sand, à des intervalles plus ou moins longs; une correspondance d'un nouveau genre, tout amicale, s'était établie entre eux.
GEORGE SAND À ALFRED DE MUSSET
[1836.]
«Avec les gens qu'on n'aime ni n'estime, on peut avoir des exigences et ne pas se donner la peine de les motiver. De moi à toi, il n'en sera jamais ainsi, et je ne te demanderai jamais rien sans savoir de toi-même à quel point tu approuves ma demande.»
Pendant l'hiver de 1837, George Sand vient passer quelques jours à Paris; ils se retrouvent et ont «six heures d'intimité fraternelle, après lesquelles il ne faudra jamais se mettre à douter l'un de l'autre, fût-on dix ans sans se voir et sans s'écrire».
«Tu peux disposer de moi comme d'un ami et compter que je ferai avec joie tout ce qui te sera agréable», répond-elle, le 19 avril 1838, à Musset qui lui avait recommandé quelqu'un.
La même année ou l'année suivante, Musset impose silence à Alfred Tattet, qui avait raconté divers incidents du voyage à Venise:
«J'apprends, mon cher Alfred, que vous avez manqué plusieurs fois à la parole que vous m'aviez donnée de garder le silence sur tout ce qui s'est passé en Italie. Cela m'a fait beaucoup de peine, d'abord pour vous, qui manquez ainsi à votre promesse, et ensuite pour moi, qui ai cru, pendant plus de quatre ans, avoir un véritable ami.
»T. à v.
»ALFd DE MUSSET.»
M. de Spoelberch de Lovenjoul, dans son récent travail, cite les lettres qu'«Elle» et «Lui» échangèrent en 1840 à propos de leur correspondance passée.
Dans les premiers jours de 1841, nouvelle rencontre des deux anciens amants, qui inspire à Alfred de Musset son _Souvenir_[28].
Au commencement de l'année 1844 Paul de Musset visite l'Italie et son frère lui rappelle l'ancien amour dans les stances qu'il lui dédie[29].
En 1854, George Sand, pour repousser les attaques de la _Biographie_ de Mirecourt, adresse une lettre au journal _le Mousquetaire_[30]: «Je ne défendrai pas ici M. de Musset des offenses que vous lui faites. Il est de force à se défendre lui-même, et il ne s'agit que de moi pour le moment. C'est pourquoi je me borne à vous dire que je n'ai jamais confié à personne ce que vous croyez savoir de sa conduite à mon égard et que, par conséquent, vous avez été induit en erreur par quelqu'un qui a inventé ces faits. Vous dites qu'après le voyage en Italie, je n'ai jamais revu M. de Musset. Vous vous trompez, je l'ai beaucoup revu et je ne l'ai jamais revu sans lui serrer la main...»
Donc, malgré toutes ces bonnes relations d'amitié, vingt mois après la mort d'Alfred de Musset, _Elle et Lui_ parut, d'abord dans la _Revue des Deux Mondes_, puis en volume. Grand tapage au profit de Buloz, mais scandale énorme et qui retomba sur l'auteur. Quelques amis de George Sand, qui détestaient Alfred de Musset et avaient toujours essayé de lui nuire, furent seuls à approuver, avec les ennemis personnels du poète; le blâme fut général et il suffit de lire les journaux de l'époque pour s'en assurer.
Paul de Musset prit, comme il le devait, la défense d'Alfred. Sans rien dire à personne, il envoya _Lui et Elle_ au _Magasin de Librairie_, dirigé par Charpentier, l'éditeur de son frère[31]; ce fut par cette revue que madame de Musset mère apprit l'existence d'une réponse:
À MONSIEUR PAUL DE MUSSET
«Dimanche, 10 avril 1859.
»Si tu avais pris la peine, mon cher Paul, de m'écrire pour me donner tes raisons, comme tu l'as fait dans ta lettre d'hier, je n'aurais pas été si vivement impressionnée de cette nouvelle inattendue et je m'y serais probablement rendue comme je le fais aujourd'hui. Puisque la chose est faite, et sans remède, je m'y soumets, tout en regrettant amèrement de n'en avoir rien su d'avance. Je trouve ta première partie brillante de style, d'intérêt et d'esprit; on ne dira toujours pas de ceci que c'est ennuyeux, comme on l'a dit de l'autre. Les portraits sont de main de maître et d'une ressemblance vivante.
»Mais j'en reviens à mes inquiétudes. Je crois que tu te fais une foule d'ennemis irréconciliables. Tous ces personnages existent encore; sous leurs sobriquets, ils ne pourront manquer de se reconnaître. D'ailleurs, la dame les y aidera. C'est là vraiment la plus forte objection que j'ai toujours eue pour cette publication qui, dans ma prévision, t'attirera une foule de désagréments. Si ce n'était cette crainte, je ne pourrais m'empêcher d'être électrisée par des pages si belles et si bien écrites. Il y en a plusieurs d'étonnantes; mais si j'avais été consultée, je t'aurais engagé à ne pas oublier la scène étrange qui s'est passée entre elle et moi à l'occasion du départ pour l'Italie.
»Je t'ai raconté cent fois qu'avant de partir, ton frère m'avait demandé mon consentement à ce triste voyage et que je l'avais obstinément refusé; enfin, voyant mon désespoir, il s'était jeté à mes genoux en me disant: «Ne pleure pas, ma mère. Si l'un de nous deux doit pleurer, ce ne sera pas toi.» Ce sont ses propres paroles. Tu comprends que je ne les ai jamais oubliées; il s'en alla, après m'avoir rassurée, et déclara à la dame qu'il ne pouvait pas partir, qu'il ne pouvait affliger sa mère. Le bon fils! Que fit cette femme? À neuf heures du soir, elle prit un fiacre et se fit conduire à ma porte. On vint m'avertir que quelqu'un me demandait en bas; je descendis, me faisant suivre d'un domestique et n'y comprenant rien. Je montai dans cette voiture, voyant une femme seule. C'était elle. Alors elle employa toute l'éloquence dont elle était maîtresse à me décider à lui confier mon fils, me répétant qu'elle l'aimerait comme une mère, qu'elle le soignerait mieux que moi. Que sais-je? La sirène m'arracha mon consentement. Je lui cédai, tout en larmes et à contre-coeur, car _il avait une mère prudente_, bien qu'elle ait osé dire le contraire dans _Elle et Lui_.
»Cette scène a son prix, et je suis fâchée qu'elle ne se trouve pas dans ton récit véridique. Vois si tu peux l'introduire en parlant des regrets qu'il laissa derrière lui dans sa famille.
»Adieu, mon cher fils. Je suis peinée de t'avoir affligé par ma lettre. Le sort en est jeté, nous verrons ce que l'avenir nous garde.
»Je t'embrasse et t'aime tendrement.
»EDMÉE.»
Certes, Paul de Musset eut raison de répondre; nous blâmons seulement la manière. On ne riposte pas à un pamphlet par un autre pamphlet; on ne réfute pas des faits dénaturés dans un sens en les dénaturant dans le sens contraire. Selon nous, le mieux eût été d'opposer des documents certains à ces histoires plus ou moins travesties; de publier, en un mot, la correspondance même des deux amants:--nous en revenons toujours là!--Paul de Musset pouvait le faire. George Sand, ayant les originaux, se croyait à l'abri de cette réplique: elle ignorait qu'Alfred de Musset, aussitôt après leur rupture définitive, avait confié ses lettres à madame Caroline Jaubert, et que celle-ci en avait pris la copie exacte[32].
_Lui et Elle_ ne fit qu'augmenter le tapage; deux camps se formèrent et l'encre coula à flots. Nous ne prétendons pas écrire l'histoire de cette guerre; nous ne voulons plus que citer deux lettres inédites, la première et la dernière de celles que Paul de Musset recueillit en cette occasion et dont il forma tout un dossier.
AUGUSTINE BROHAN À PAUL DE MUSSET
«Avenue de Saint-Cloud, 28 mai 1859.
»Je viens de lire _Lui et Elle_, puis _Elle et Lui_. Cela, monsieur, vous sera sans doute fort indifférent d'avoir mon avis; mais votre esprit généreux comprendra que j'aie voulu vous le donner.
»Si vous vous souvenez de mon nom, vous vous souviendrez aussi que, pendant de longues années, notre grand poète, votre frère, m'appelait son _amie_, et ami, véritablement, je l'étais. Simplement, sans que cela fût la suite ou le commencement d'un autre voyage du coeur, il lui avait plu de se plaindre à moi de ces horribles souffrances qui avaient aigri et changé sa nature première, parce qu'il avait compris quelle sympathie il y avait dans mon âme pour sa pauvre âme brisée. Souvent il m'a dit que s'il y avait un remède pour le sauver de cette incurable maladie qui le minait, c'est moi qui le saurais trouver. Mais hélas! quels que fussent mes efforts, le besoin d'oublier le replongeait dans les étourdissements qu'il recherchait. D'ailleurs, là où votre affection échouait, il n'y avait plus de remède.
»Quand la mort, cruelle pour nous qui le perdions, est venue le délivrer, le seul regret qu'on peut raisonnablement avoir était de ne plus rien pouvoir pour lui; qui donc aurait pu jamais supposer qu'on eût à le venger? Il n'est pas besoin de vous dire quel dégoût (il n'est pas non plus besoin d'être femme pour l'éprouver) quel dégoût, dis-je, prend à la gorge en lisant ce pamphlet d'_Elle et Lui_!...
«Assurément, mon intention n'est point de faire de grandes phrases, mais comment parler posément de cette audacieuse calomnie qui a tenté de ternir la mémoire illustre d'un génie et d'un coeur comme celui que nous pleurons!
»Je ne voulais, monsieur, que vous dire bonnement que votre réponse a déchargé ma colère, dont j'étouffais. Je voulais vous remercier d'avoir remis dans mon coeur, fidèle au souvenir, les mots, les idées, les _airs ressemblants_ du cher mort. Vous m'avez donné de profondes joies et je vous devais de vous en dire ma reconnaissance.
»Alfred de Musset, vous l'avez bien voulu dire vous-même, appartient à la jeunesse, à ce qui souffre, à ce qui aime, et j'ai été jeune en son temps. J'ai souffert,--qui n'a pas souffert?--et j'aime un bel enfant qui est le mien, à qui j'apprends à épeler dans ces belles poésies sorties du coeur du poète et qui devaient le protéger contre tous, quand encore on n'aurait pas eu l'honneur d'être aimée de lui.
»Recevez, monsieur, mes compliments les meilleurs et les plus empressés sur la noble façon dont vous avez rempli la tâche que tout esprit honnête voudrait avoir à remplir.
»BROHAN.»
Si véhémente que puisse paraître cette lettre, aujourd'hui que les esprits sont calmés, elle n'égale pas en violence _la Correspondance littéraire_, _le Journal des Débats_, _la Revue contemporaine_, etc.
PHILARÈTE CHASLES À MADAME CHODZKO
«29 avril 1861.
»Vous devinez avec la grâce et la sûreté du coup d'oeil les plus charmantes, chère madame, tout ce qui peut m'être cher et précieux. Il n'y a pas d'être plus noblement doué ni que je vénère plus que madame Dudevant. C'est le premier écrivain de cette époque, et si Dieu lui avait donné un peu plus de faiblesse, c'est-à-dire un peu plus d'amour, et avec ce don un peu plus d'indulgence (l'amour n'est que pardon), elle ne serait peut-être pas un peintre aussi incomparable. Elle n'aurait pas non plus commis les deux seules erreurs graves de sa vie, de parler de ses ancêtres féminins dans ses Mémoires et d'Alfred de Musset dans son livre. Deux malheurs que l'honnête homme a pu se permettre, mais que _la femme_, si elle eût été plus terriblement femme, n'aurait pas admis, alors même que le vilain monstre pécuniaire et corrupteur qui lui a soufflé ces crimes contre la délicatesse d'âme, l'eût encore plus violemment entraînée à les commettre.
»Mais il faut accepter ce que Dieu nous donne, la cerise avec son poison et l'ananas avec son ivresse et le soleil de l'Inde avec la fièvre. Il y a chez George Sand un génie de peinture, une grandeur de sentiment, une largeur chaude de style artistique, rares chez les génies les plus rares, qui mêlés à une probité et à une équité superbes, en font un des plus beaux honneurs de notre France actuelle.
»Je serai très heureux qu'elle veuille bien agréer mon humble hommage et je vous remercie bien cordialement d'une entremise qui me rend, certes, notre grand homme plus favorable...
»Mille tendres et très respectueux remerciements.
»PHILARÈTE CHASLES.»
Et maintenant que nous avons apporté notre part de témoignages, quand donnera-t-on la parole aux deux héros eux-mêmes pour confesser toute la vérité?
MAURICE CLOUARD
INDEX BIBLIOGRAPHIQUE
1833
20 et 25 Juin.--Le Temps. Critique de _Un Spectacle dans un Fauteuil_, par A. G. (2 art.).
11 Juillet.--Journal des Débats. Crit. de _Valentine_, par C. R. (Cuvillier-Fleury).
28 Juillet.--Journal des Débats. Crit. de _Un Spectacle dans un Fauteuil_ et des _Contes d'Espagne et d'Italie_, par J. S.
LELIA, PAR G. SAND. Paris. Dupuis et Tenré. 1833. 2 vol. in-8°.
7 Août.--Bagatelle. Crit. de _Lelia_, par Lottin de Laval.
9 Août.--Europe Littéraire. La Vie Littéraire, autrefois et aujourd'hui, par C. de Feuillide.
15 Août.--Revue des Deux-Mondes. Crit. de _Lelia_, par G. Planche.
22 Août.--Europe Littéraire. Crit. de _Lelia_, par C. de Feuillide.
24 Août.--Le Figaro. Il ou Elle (Sur le duel Planche-De Feuillide).
30 Août.--Écho de la Jeune France. Le Duel de G. Planche et de C. de Feuillide.
1 Septembre.--Le Petit Poucet. Le Duel de G. Planche et de C. de Feuillide.
1 Septembre.--Journal des Débats. Crit. de _Lelia_, par C. R. (Cuvillier-Fleury).
29 Septembre.--Le National. Article par Sainte-Beuve.
4 Novembre.--Journal des Débats. Sur G. Sand, à propos d'_Indiana_, par J. J. (Janin).
29 Novembre.--Journal des Débats. G. Sand et les _Heures du Soir_, par J. J. (Janin).
1834
24 Mars.--Journal des Débats. G. Sand, à propos de _Valentine_, par J. J. (Janin).
15 Mai.--Revue des Deux Mondes. 1re Lettre d'un Voyageur, par G. Sand.
15 Juillet.--Revue des Deux-Mondes. 2e Lettre d'un Voyageur, par G. Sand.
15 Septembre.--Revue des Deux-Mondes. 3e Lettre d'un Voyageur, par G. Sand.
1er Octobre.--Journal des Femmes. Crit. de _Un Spectacle dans un Fauteuil_, par Mme Cl. Robert.
1er Octobre.--Revue des Deux-Mondes. Crit. de _Jacques_, par G. Planche.
15 Octobre.--Revue des Deux-Mondes. 4e Lettre d'un Voyageur, par G. Sand.
1835
1er Janvier.--Revue des Deux-Mondes. Une bonne Fortune, par Alf. de Musset.
15 Janvier.--Revue des Deux-Mondes. 5e Lettre d'un Voyageur, par G. Sand.
15 Juin.--Revue des Deux-Mondes. La Nuit de Mai, par Alf. de Musset.
15 Juillet.--Mercure de France. Quelques gens de lettres dans leur intérieur, par une Contemporaine (Mme Ida Saint-Elme).
15 Septembre.--Revue des Deux Mondes. Fragment de la Confession d'un Enfant du Siècle, par Alf. de Musset.
1er Décembre.--Revue des Deux-Mondes. La Nuit de Décembre, par Alf. de Musset.
1836
CONFESSION D'UN ENFANT DU SIÈCLE, PAR ALF. DE MUSSET. Paris. Bonnaire. 1836. 2 vol. in-8°.
15 Février.--Revue des Deux-Mondes. Crit. de _La Confession_, par Sainte-Beuve.
21 Février.--Chronique de Paris. Crit. de _La Confession_, par C. A. (Chaudesaignes).
1er Mars.--Revue des Deux-Mondes. Lettre à Lamartine, par Alf. de Musset.
10 Mars.--Petit Courrier des Dames. Crit. et Extr. de _La Confession_, n. s.
15 Mars.--Mercure de France. Crit. de _La Confession_, par S. H. Berthoudt.
15 Juin.--Écho de la Jeune France. Crit. de _La Confession_, n. s.
1er Juillet.--Revue des Deux-Mondes. Portrait de. G. Sand gravé sur acier par Calamatta, d'après Eugène Delacroix.
15 Août.--Revue des Deux-Mondes. La Nuit d'Août, par Alf. de Musset.
CRITIQUES ET PORTRAITS LITTÉRAIRES, PAR SAINTE-BEUVE. Paris. Renduel, 1832-1836. 3 vol. in-8°. Tome II. p. 283. Les _Nuits_, la _Confession_ et les _Lettres d'un Voyageur_.
10 Octobre.--Petit Courrier des Dames. Note et Extr. de _La Nuit d'Août_.
1837
LETTRES SUR LES ÉCRIVAINS FRANÇAIS, PAR VAN ENGELGOM (Jules Lecomte). Bruxelles. 1837. 1 vol. in-18, p. 35. Pourquoi, au théâtre, A. de Musset fuyait à la vue de G. Sand.
10 Mars.--Fronde. Crit. de _La Confession_, n. s.
LETTRES D'UN VOYAGEUR, PAR G. SAND. Paris. Souverain. 1837. 2 vol. in-8°.
1839
LE POÈTE DÉCHU, PAR ALFRED DE MUSSET. OEuvre inédite.
1840
CONFESSION D'UN ENFANT DU SIÈCLE, PAR ALF. DE MUSSET. Paris. Charpentier, 1840. 1 vol. in-12.
1841