Albert Durer a Venise et dans les Pays-Bas autobiographie, lettres, journal de voyages, papiers divers

Part 10

Chapter 101,767 wordsPublic domain

L'abbé du cloître des Augustins d'Anvers veut bien accepter une Vie de la Vierge que je lui offre. Je donne deux philippes pour quatorze peaux de poissons. J'ai dessiné le portrait du grand Antoine Haunolt et celui de maître Aest Braun[126] avec sa femme sur deux feuilles royales. Je l'ai fait autrefois au poinçon. J'ai reçu un angelot pour ces différents travaux. J'ai donné à l'orfévre qui a estimé mes bagues des gravures pour la valeur d'un florin. Ces trois bagues, que j'ai échangées contre des gravures, sont évaluées ainsi qu'il suit:

Les deux moins belles quinze couronnes, et le saphir vingt-cinq couronnes; total cinquante-quatre florins huit sous, et parmi les choses échangées, le Français a reçu trente-six grands livres à neuf florins. L'homme aux trois bagues m'a payé trop peu de moitié.

[126] Peintre sur verre.

Décidément, je n'ai pas d'esprit.

J'achète un couteau pour deux sous, et je donne dix-huit sous à mon filleul pour un bonnet rouge. Je perds douze sous au jeu, et je dépense deux sous à boire. J'achète trois jolis rubis pour onze florins d'or et douze sous.

Je dîne une fois chez les Augustins et deux fois chez Tommaso.

Je donne six sous pour des brosses de soies de sanglier, trois sous pour six autres brosses, un florin pour une paire de burins, six sous pour un encrier, vingt et un sous pour une douzaine de gants de femmes et six sous pour un sac.

Antoine Haunolt me donne trois philippes pour son portrait, et Bernard Stecher un petit livre en écaille de tortue. Je fais le portrait de la fille de sa belle-sœur et je dîne une fois avec son mari. Il me paye deux philippes, et je donne un sou de pourboire à son valet. Antoine Haunolt accepte deux livres que je lui offre.

J'ai donné quelque chose de maître Grun Hansen[127] à maître Joachim. Je donne à la femme de Joost quatre gravures sur bois et deux livres des plus grands à son domestique Frédéric, deux aussi au fils d'Honing, le peintre sur verre. Je dîne deux fois chez Bernard et deux fois chez Mme Tommaso.

[127] Hans Baldung Grun, célèbre peintre et graveur de médailles.

Rodrigues me fait cadeau d'un perroquet venu de Malaga. Je donne cinq sous à son domestique; pour trois sous, j'achète une paire de souliers et des bas.

Je donne à Pierre deux grandes feuilles de gravures sur cuivre et beaucoup de gravures sur bois. Je dîne deux fois chez Mme Tommaso.

J'offre à maître Aert, le peintre sur verre, une Vie de la Vierge et tout mon œuvre gravé à maître Jean, le sculpteur français; ce dernier avait donné à ma femme six fioles précieusement travaillées remplies d'eau de rose.

Cornelis, le secrétaire, me fait présent de la Captivité de Babylone par Luther; je lui envoie en revanche mes trois grands livres. Je donne à Honing le peintre sur verre deux grands livres, et au moine Pierre Puz des gravures pour la valeur d'un florin environ.

Lucas de Leyde me fait cadeau de son œuvre entier; il reçoit en échange une collection de mes gravures que j'évalue à huit florins. J'achète un sac pour neuf sous, je paye sept sous pour une demi-douzaine de cartes des Pays-Bas, trois sous pour un petit cornet de poste jaune, vingt-quatre sous pour de la viande, et dix-sept sous pour du gros drap.

Rodrigues m'envoie six aunes de drap noir pour me faire un manteau; l'aune vaut une couronne; je donne deux sous au domestique du tailleur.

Le jour de saint Pierre et Paul, j'ai fait mon compte avec Joost. Je lui devais trente et un florins que je lui ai payés. Déduction faite des deux peintures à l'huile, il m'a donné en supplément cinq livres de borax, poids des Pays-Bas.

En Flandre, dans toutes mes transactions, dans toutes mes ventes et autres affaires, dans tous mes rapports avec les personnes de haute ou de basse condition, j'ai été lésé, spécialement par Mme Marguerite, qui ne m'a rien donné pour les présents que je lui ai faits et pour les travaux que j'ai exécutés pour elle.

Je donne sept sous de pourboire au domestique de Rodrigues; à maître Henri, qui m'a envoyé de savoureuses cerises, ma Passion sur cuivre; et au tailleur, pour la confection de mon manteau, quarante-cinq sous.

Je fais accord avec un voiturier qui s'engage à me transporter d'Anvers à Cologne pour treize mauvais florins, dont un vaut vingt-quatre mauvais sous.

Jacob Relinger me paye son portrait au charbon un ducat, et maître Gerhard me fait présent de deux tonneaux de câpres et d'olives; je donne quatre sous de pourboire à son domestique et un sou à celui de Rodrigues. Je fais un échange avec le beau-fils de Jacob Tomasso; il m'envoie une pièce d'étoffe blanche pour mon portrait de l'empereur.

Alexandre Imhoff me prête cent florins d'or la veille de la fête de la Vierge. Je lui donne mon sceau et ma signature avec promesse de les lui rendre lorsqu'il me présentera cette pièce à Nuremberg. J'achète une paire de souliers pour six sous, je paye onze sous au pharmacien et trois sous pour des cordes. Je fais cadeau au cuisinier de Tomasso d'un philippe; à la jeune demoiselle, sa fille, d'un florin d'or. Je donne à la femme de Joost un florin, un florin à ses cuisiniers, et, en dernier lieu, encore deux sous.

Tomasso m'offre une boîte du _meilleur thériaque_. Je donne dix sous à son valet de chambre, un sou à Pierre, trois sous au domestique de maître Jacob, et trois sous au messager.

Le jour de la Visitation, comme je suis sur le point de quitter Anvers, le roi de Danemark[128] m'envoie chercher en toute hâte. Je fais son portrait au charbon, ainsi qu'il le désirait, et aussi celui de son chambellan Antoni. Le roi me retient à dîner. Il se montre fort affable.

[128] Christian II, roi des royaumes unis de Danemark, de Suède et de Norvége, surnommé le Néron du Nord.

Je recommande mon bagage à Léonard Sucher, et lui donne ma pièce d'étoffe blanche. Ce n'est pas ce voiturier qui m'a transporté; au moment du départ, je suis tombé en désaccord avec lui.

Gerhard me donne des objets d'art italiens très-remarquables. J'ai chargé le _Vicarius_ du transport de mes curiosités.

Le lendemain de la Visitation, je pars pour Bruxelles par la même voie que le roi de Danemark, à qui j'offre les meilleures pièces de mon œuvre gravé. Je me suis amusé de la mine étonnée des Anversois devant la mâle beauté du roi de Danemark qui ne craint pas de traverser le pays de ses ennemis. J'ai vu l'empereur de Bruxelles venir à sa rencontre et le recevoir cordialement et en grande pompe. J'ai vu aussi le splendide banquet que l'empereur et Mme Marguerite lui ont offert le lendemain.

Je paye deux sous pour une paire de gants.

Monsieur Antoni me donne douze florins de Horn. J'en remets deux au peintre qui a acheté le panneau pour le portrait et qui a fait broyer mes couleurs. Je prends les huit autres florins pour ma dépense.

Le dimanche qui précède la Sainte-Marguerite, le roi de Danemark offre un grand banquet à l'empereur, à dame Marguerite et à la reine d'Espagne. Il m'invite, je dîne au palais et je donne douze sous au cuisinier du roi.

Je fais le portrait du roi à l'huile, il me le paye trente florins. Je donne deux sous au jeune Bartholomé qui a broyé mes couleurs, quatre demi-feuilles au domestique de maître Jean, et une Apocalypse à son rapin.

Polonius me fait cadeau d'une belle œuvre d'art italienne.

Le tailleur de maître Joost m'ayant invité, je mange avec lui le soir.

Je passe huit jours à Bruxelles et je dépense vingt-deux sous pour mon logement. Je donne une Passion à la femme de l'orfévre Jean. J'avais dîné trois fois chez lui. Je fais cadeau à Bartholomé, le domestique du peintre, d'une Vie de la Vierge.

Je dîne avec Nicolas Zigler et je donne quinze sous à Jean le domestique.

Je me suis retenu deux jours à Bruxelles par la faute de ma voiture.

Enfin, le vendredi matin, je quitte Bruxelles, je dois donner dix florins au voiturier. Je paye à mon hôtesse, pour cette seule nuit, cinq sous.

Nous traversons deux villages et arrivons à Louvain, où nous dépensons treize sous pour notre repas. De là nous allons à Tirlemont, petite ville où nous passons la nuit; ma dépense s'élève à huit sous.

Le jour de sainte Marguerite, de bon matin, nous partons et après avoir traversé deux villages nous nous arrêtons dans la ville de Saint-Trond, où l'on bâtit une très-belle tour; nous traversons ensuite des endroits assez misérables et nous nous trouvons à Tongres, où nous déjeunons pour six sous. De là, en passant par des villages plus pauvres encore, nous arrivons à Maëstricht, où nous couchons. Nous dépensons douze sous et deux blancs pour droits de garde.

Le dimanche matin, nous nous rendons à Aix, où nous mangeons assez bien pour quatorze sous. De là nous mettons six heures pour arriver à Altenburg, où nous sommes obligés de passer la nuit, car le voiturier s'est perdu plusieurs fois.

Le lundi, nous traversons Juliers, nous dînons à Berchem pour trois sous, et nous partons pour Cologne.

Ici s'arrête le journal d'Albert Dürer. Il n'a pas pris de notes en route depuis Cologne, peut-être parce qu'il a précipité son retour, peut-être aussi parce que son voyage n'a été marqué par aucun incident digne d'être raconté.

TABLE. Pages

INTRODUCTION IX Lettres d'Albert Dürer à Bilibald Pirkeimer IL Journal du voyage d'Albert Dürer dans les Pays-Bas LXXXI

GRAVURES. Pages

Portrait d'Albert Dürer I Fac-simile d'une médaille attribuée à Albert Dürer, de la collection de M. Niel IX Le grand Cheval XV Pfenning gravé par Albert Dürer pour Martin Luther XXVI Les Armoiries de la tête de mort XXXII La Sainte Trinité, dessin d'Albert Dürer, collection de M. Reiset. (Gravure hors texte.) XXXIX Les Cavaliers hongrois, XLI Tombeau d'Albert Dürer à Nuremberg XLV Les trois Génies XLVIII Portrait de Bilibald Pirkeimer. (Gravure hors texte.) LI Le petit Crucifix LI Rébus LV Fac-simile d'un dessin d'ornement par Albert Dürer, de la collection de M. Gatteaux LVII La Vierge au singe LXIV Caricature par Albert Dürer LXX La Dame à cheval LXXII Cachet, principaux monogrammes, écriture et signature d'Albert Dürer LXXVII Lettre. A LXXXI Système pour pourtraire trouvé par Albert Dürer LXXXV La Sépulture LXXXIII La Mélancolie XCIII Sainte Véronique XCVII La Nativité CI Le Christ faisant ses adieux à sa Mère CVII Samson tuant le lion CIX Portrait de Gaspard Sturm; dessin de la collection de M. F. Reiset CXIII Un Bourgeois d'Anvers, collection de M. Ambroise-Firmin Didot. (Gravure hors texte) CXIX Le Mariage de la Vierge CXXI Décollation de saint Jean-Baptiste CXXIX Le Seigneur et la Dame CXXXVII

PARIS.--J. CLAYE, IMPRIMEUR, RUE SAINT-BENOIT, 7.