Abrégé de l'Histoire Générale des Voyages (Tome 2)
Chapter 14
Jobson rapporte que l'agriculture est l'office de tous les Nègres, sans exception de rang et de condition. Les rois et les chefs des villes en sont seuls exempts. Ils se mettent l'un à la suite de l'autre pour former les sillons; de sorte que chacun levant à peu près la même quantité de terre, le travail n'est pénible pour personne. Ces sillons sont faits avec autant d'ordre et de propreté qu'en Europe. Ils y jettent la semence et les remplissent aussitôt de la même terre; leur industrie ne s'étend pas plus loin, à l'exception du riz, qu'ils sèment d'abord dans de petites pièces de terres basses et marécageuses, et qu'ils prennent la peine de transplanter: aussi croît-il en abondance.
Ils observent des saisons pour semer leurs grains, surtout pour planter le tabac, dont chaque famille cultive sa provision autour de ses cabanes. Ils n'apportent pas moins de soin à la culture du coton, et la plupart des villages en ont des champs entiers.
Comme ils n'ont pas de pluie depuis le mois de septembre jusqu'à la fin de mai, la terre est si dure dans cet intervalle, qu'ils ne peuvent la cultiver. Les pluies commencent vers la fin de mai, et continuent dans le mois de juin avec une grande violence, un tonnerre et des éclairs épouvantables; et la terre ne pouvant manquer d'être assez amollie, c'est la saison du labourage. Le plus mauvais temps, c'est-à-dire l'extrême violence des eaux, se fait ordinairement sentir depuis le milieu de juin jusqu'à la fin de septembre; c'est alors que les rivières s'élèvent de trente pieds perpendiculaires; mais jusqu'à la fin d'octobre les pluies et les eaux diminuent par degrés comme elles ont commencé.
Pour semer le millet, le Nègres mettent un genou à terre, font de petits trous comme on en fait en Europe pour planter des pois, y jettent trois ou quatre grains, et bouchent chaque trou de la même terre. D'autres ouvrent des sillons en ligne droite, y jettent leur millet et les couvrent de même; mais la première de ces deux méthodes est la plus commune, parce que plus le grain est enfoncé dans la terre, plus il est en sûreté contre les oiseaux, dont le nombre est incroyable.
Le temps où les Nègres sèment est pour eux une saison de fêtes pendant laquelle ils se traitent les uns les autres. Leurs terres sont si fertiles, que la moisson du millet se fait dès le mois de septembre; et c'est encore l'occasion d'une infinité de réjouissances.
Les rois étant maîtres absolus de toutes les terres, chaque famille est obligée de s'adresser à eux ou à leurs alcades pour se faire assigner la portion dont elle doit tirer sa subsistance. Les Nègres sont si paresseux, qu'ils ne cultivent point assez de terre pour leur usage, et que, leur moisson ne suffisant pas à leurs besoins, ils vivent d'une racine noire qu'ils font sécher jusqu'à ce qu'elle ait perdu son goût naturel, et des pistaches de terre. Si leur moisson manque, ils ne peuvent éviter la plus affreuse famine, et les Européens en ont vu souvent des exemples.
Ils se laissèrent séduire une fois par les promesses d'un de leurs marabouts, de la tribu des Arabes, qui, sous le voile de la religion, s'était rendu maître d'un grand pays entre les états du siratik et les Sérères. Cet imposteur trouva le moyen de leur persuader qu'il était inspiré du ciel pour les venger de la tyrannie de leurs princes. Il leur promit des forces miraculeuses pour les soutenir dans leur révolte; et, ce qui fit sur eux encore plus d'impression, il leur garantit que leurs terres produiraient chaque année une moisson abondante, sans qu'ils prissent la peine de les cultiver. La paresse des Nègres ne résista point à des offres si flatteuses. Ils se rangèrent sous les étendards du marabout; et les sujets du damel, qui furent les plus ardens, parvinrent à détrôner leur souverain. Ils attendirent pendant deux ans les miraculeuses moissons du marabout; mais la famine devint si terrible, que, faute d'alimens, ils furent contraints de se manger les uns les autres, ou de se livrer volontairement à l'esclavage pour éviter la mort. Une si triste expérience leur ayant fait ouvrir les yeux sur leur folie, ils chassèrent l'usurpateur, et remirent le damel en possession de sa couronne.
Nous avons déjà parlé de leurs armes: ils y ont moins de confiance qu'à leurs grisgris, avec lesquels, malgré l'expérience journalière, ils s'obstinent à se croire invulnérables et supérieurs à leurs ennemis. Les Européens sont les seuls qu'ils désespèrent de vaincre, parce qu'ils ont éprouvé qu'aucun grisgris n'est à l'épreuve des armes à feu, auxquels ils donnent le nom imitatif de _pouffs_.
On n'est point encore parvenu à se faire de justes idées du langage des Nègres. Les principales langues sont celles des Iolofs, des Foulas et des Mandingues. La langue la plus commune sur la Gambie est le mandingue; avec cette clef, on peut voyager sans embarras depuis l'embouchure de la rivière jusqu'au pays des Dionkos, ou des marchands auxquels on donne ce nom, parce qu'on achète d'eux un très-grand nombre d'esclaves; ce pays est à six semaines de route de Jamesfort, principal comptoir des Anglais sur la Gambie.
Outre la langue commune, les Mandingues ont un jargon mystérieux entièrement ignoré des femmes, et dont les hommes ne font usage qu'à l'occasion du _moumbo dioumbo_, dont nous parlerons plus bas. Le créole portugais, qui est une corruption de la langue portugaise, est devenu le langage ordinaire du commerce entre les Européens de la Gambie et les Nègres. Peut-être ne serait-il pas entendu à Lisbonne; mais les Anglais l'apprennent plus facilement que la langue des Nègres, et leurs interprètes n'en emploient pas d'autres. Les Foulas et plupart des mahométans qui habitent la rivière parlent fort bien l'arabe, quoiqu'ils soient Mandingues. Chaque royaume ou chaque nation a d'ailleurs sa langue particulière.
Les compilateurs, des voyages ont placé ici des tables d'un certain nombre de mots des langues nègres. Il semble qu'une esquisse de ces jargons barbares, dans lesquels on ne peut pas même reconnaître les premiers rapports que le langage humain a dû présenter entre les objets et les sons, ne doive pas être fort intéressante pour nous; cependant la curiosité s'étend sur tous les détails de ces peuplades lointaines, ébauches imparfaites de la nature, et qui donnent aux nations policées le plaisir de sentir toute leur supériorité. Le lecteur retrouvera donc ici les mêmes tables que dans l'_Histoire générale des Voyages_.
TABLE PREMIÈRE.
VOCABULAIRE IOLOF ET FOULA.
_Français._ _Iolof._ _Foula._
Aiguille, Poursa, Messelaël. Ananas, Ananas, Annanas. S'arrêter, Guékiffi, Deradan. S'asseoir, Songoane, Ghiod. Aveugle, Bomena, Gomdo. Autruche, Nedau. Se baigner, Mongro-sangou. Un bal, Folgar. La barbe, Sekiem, Onhare. Barre de fer, Barra-win, Barra. Barril, Pippa. Beaucoup, Barena, Huri. Blé _ou_ maïs, Dougoub, Makkari. Une boîte, Ovachande. Un veau _ou_ un boeuf, Nague. Boire, Mangrinam, Hiarde. Bois, Matte, Leggal. Boiteux, Sogha, Bossara. Borgne, Patte. La bouche, Gueminin, Hendouko. Les boyaux, Vuete, Chabiburde. Une branche, Kala, Baberou. Branle, Tidoap, Lesso. Les bras, Smallou, Ghiomgé. Une brebis, Sedre. Un canon, Bamborta, Fetel. Un canot, Lana. Capitaine, Capitane, Loamdo. Carquois, Smakalla. Chair, Yap, Tehan. Chanter, Ovayel, Yemdi. Un chat, Guenape, Oulonde. Un chaudron, Kranghiare, Barma. Une chemise, Bougtovap, Dolanke. Un cheval, Farfs, Pouskiou. Cheveux, Kogavar, Soukenko. Chèvre, Bay, Behova. Un chien, Kraf, Rahovanden. Chier, Mangredouli, Boude. Le ciel, Assaman, Hialla. Une clef, Donovachande, Bidho. Un clou, Dinguetite, Pauomgal. Un cochon de lait, Droai, Babaladi. Un coffre, Ovachande, Breteval. Une corde, Bouma, Boghol. Le coude, Smainoton, Somdon. Couper, Doghol, Tay. Un couteau, Pakha, Pake. Cracher, Toffii, Toude. Cravate, Sma, Leffol. Crocodile, Guasik, Norova. Les cuisses, Loupe, Benhall. Cuivre, Prum, Hiackaovale. Danser, Faike, Hemde. Demain, Aileg akaghiam, Soubako. Demeure, Gangone, Ghiodorde. Les dents, Sonobenatia, Nhierre. Dents d'éléphans, Gnieï negnay, Nhierre-ghiova. Le derrière, Tate _ou_ Ghir, Rotec. Le diable, Guinnay, Guine. Dieu, Ihalla, Allah. Les doigts, Smaharam, Sedohenda. Dormir, Danadi. Eau, Mdoch, Diam. De l'eau-de-vie, Sangara, Sangara. Écorcher, Maugre fesse, Houtonde. Écrire, Binde, Ovindove. Un éléphant, Gnieï, Ghiova. Enfans des princes, Domeguaïbe, Byla hamde. Une épée, Gnassi, Kaffe. Un esclave, Gnamen, Mokkioudou. Éternuer, Maugre-tesseli, Hisseloude. Étui de couteau, Gangone, Ghiodorde. Feu, Safara, Ghia hingol. Une femme, Dighen, Debo. Le séve des femmes, Facere _ou_ Fere, Kotto. Une femme de mauvaise vie, Ghelarbi, Sakke. Une femme grosse, Dighen gohir, Deboredo. La fièvre, Guernama. Fil à coudre, Ovin, Gnarabi. Une fille, Ndaougdighen, Soukka. Une flèche, Sinaklonghar. Un fourreau, Finan harguaisi, Ovana. Un fripon, Abonde. Un fusil, Sochhorby, Loussoul fetel. Un garçon, Ovassi, Soukagorko. Les genoux, Smahoum, Holbondon. Glouton, Haderors. Gomme, La konde. Le gosier, Smanpourreh, Dandy. Goudron, Sandol. Graisse _ou_ Suif, Dirgunek, Helere. Grand, Maguma, Mahardo. Gratter, Hock-halma, Nanhyadi. Habit, Bouboutouvap, Dolangue. Hameçons, Delika, Ovande. Haut-de-chausses, Touap, Tonhouka. Herbes, Miagh. Un homme, Goourgue, Goskomaodo. La jambe, Lmappaice, Kovassongal. Jeter, Sanner, Verlady. Les joues, Bekigg, Kobe. Le jour, Lelegh, Soubakka. La langue, Lamaing, D'heingall. Se laver les mains, Raghen, Lahonyongo. Les lèvres, Smatovin, Fondo. Ligne à pêcher, Smabou, Delingha ovande. Un lit, Cuntodou, Lessen. Un livre, Smater gumara jank, Torade allah. Livre à écrire, Smakiel gumorebind, Deffeterre. La lune, Vhackiré, Leour. La main, Leho, Yongo. Une maison, Smanrig, Souddo. Une maîtresse, Soumak hiore, Medodano. Maïs, sorte de blé, Dougoub, Makkarg. Malade, Raguena, Ognia hui. Les mamelles, Ouhanie, Enhdo. Marc du millet, Changle. Marcher, Docholl, Medo hyassa. Un matelas, Entedou, Lesso. La mer, Smandai, Guéeck. Mentir, Namna, Hadarime. Mordre, Matt, N'hadde. La mort, Dehaina, Mahyse. Se moucher, Niendoou, Ngiéto. Un mousquet, Fairal, Fetel. Moi et mien, Sman. Le nez, Smackbockan, Hener. Non, Dhaair, Ala. La nuit, Goudina, Guiema. Un oeuf, Nen, Ouchirnde. Un oiseau, Arral, Niolli. Les ongles, Huai, Chegguen. Oranges, Kanghe. Les oreilles, Smanoppe, Noppy. Les orteils, Smahuajetanks, Pedly. Du pain, Bourou, Bourou. Papier, Kahait, Harkal. Parler, Ovache, Hall. Un pavillon, Raya, Arhair billam. La peau, Smagdayr, Goure. Pêcheur, Moll, Kiruballs. Toiles peintes, Calicos, Calicos. Perroquet, Inkay, Saleron. Petit, Nercina, Chonkayel. Les pieds, Simatank, Kossede. Une pierre, Doyg, Hayre. Un pigeon, Petreik. Pincer, Domp, Mouchionde. Une pipe, Smanan, Hy-ardougal. Pisser, Berouch, Kaing-huye. Pleurer, Dgoise, Ouhedde. Plomb, Bettaigh, Chaye. Plume, Dongue, Donguo. La pluie, Taon, Tobbo. Poisson, Guenn, Lingno. Un pot, Kingu, Sahando. Une poule, Gnaar, Guertpgal. Un rat, Guenak, Donbron. Reine, Gnache, Guefoulbe. Rire, Raihal, Ghialde. Rouge, Laghovek, Bode ghioune. Le roi, Bur, Lahamdé. Le sang, Galtovap. Du sel, Sokmate, Lambdan. Serment, Smabok hanabi, Soldehama _ou_ Kotelyacmo. Serpent, Gnaun, Body _ou_ Gorory. Siffler, Ananileste, Honde. Un singe, Golok, Ovandou. Soleil, Ghiante Sinkan, Nahangue. Souliers, Dole, Pade. Les sourcils, Hiamhianke. Sucre, Lhom, Lhiombry. Tabac, Tmagha, Taba. Une table, Gangona, Gango. Tasse de coco, Tassa, Horde. La terre, Soffi, Letudi. La tête, Smabab, Horde. Toiles, Endimon, Chomchou. Le tonnerre, Denadeno, Dherry. Tortu, Loko. Tousser, Sokka, Loghiomde. Trembler, Denalock, Chinhoude. Troquer _ou_ Échanger, Nanvequi, Sohade. Trompette, Bouffra. Tuer, Rui, Ouarde. Un vaisseau, Manguma, Randi. Les veines, Sa ditte, Dadok. Le vent, Gallaon, Hendon. Le ventre, Smahir, Rhédo. Vin de France, Msangotovabb, Chenk. Vin de palmier, Msangojeloffi, Chengue. Une voile, Ouir, Ougderelhana. Les yeux, Smabut, Hytere.
NOMBRES.
Un, Ben, Goto. Deux, Gniare, Didy. Trois, Gniet, Taty. Quatre, Gnianet, Naye. Cinq, Gurom, Guioï. Six, Gurom-ben, Guiego. Sept, Gurom-Gniare, Guiedidy. Huit, Gurom-gniet, Guietaty. Neuf, Gurom-gnianet, Guienaye. Dix, Fouk, Sappo. Onze, Fouk-ak-ben, Sappo-e-go. Douze, Fouk-ak-gniare, Sappo-e-didy. Treize, Fouk-ak-gniet, Sappo-e-taty. Quatorze, Fouk-ak-gnianet, Sappo-e-naye. Quinze, Fouk-ak-gurom, Sappo-e-guioï. Seize, Fouk-ak-gurom-ben, Sappo-guiego. Dix-sept, Fouk-ak-gurom-gniare, Sappo-guiedidy. Dix-huit, Fouk-ak-gurom-gniet, Sappo-guietaty. Dix-neuf, Fouk-ak-gurom-gnianet, Sappo-gui-e-naye. Vingt, Nitte, Sappo. Vingt-et-un, Nitt-ak-ben, Sappo-e-go. Trente, Frononir, Noggas. Quarante, Gnianet-fouk, Tchiapaldé taty. Cinquante, Gurom-fouk, } Soixante, Gurom ben-ak-fouk, } Soixante-dix, Gurom-gniare-fouk, } _Le Foula s'est_ Quatre-vingts, Gurom-gniet-fouk, } _perdu._ Quatre-vingt-dix, Gurom-gniaï-fouk, } Cent, Temir, Témédéré. Cent un, Temir-ak-ben, Témédéré-go. Deux cent, Gniare-temir, Témédéré-didy. Trois cent, Gniet-temir, Témédéré-taty. Mille, Guné, Témédéré-sappo. Mille vingt, Guné-ak-nitte, Témédéré-sappo.
PHRASES FAMILIÈRES.
_Français._ _Iolof._ _Foula._
Bonjour, monsieur, Diarakio-samba, Cossé samba. Comment vous portez-vous? Dia mesa, Ada heghiam. Fort bien, monsieur, Diam édal, Samba mido. Venez, Calé, Arga. Venez manger, Calé lek. Ne venez pas, Bouldik, Da rothan. Allez-vous-en, Dock hodem, Hia. Montez, Quia qua ou, Arga. Descendez, Démal-ki-souf, Hialesse. Je veux, Doina man, Bido hidy. Je ne veux pas, Baino man, My hida. Donnez-moi à boire, Maïman nan, Loca hiarde. Apportez-moi Iassi ma ommgharg, Addou nambalou. vite une brebis, Je vous remercie, Diorekio, Medo hietoma. Allons nous promener, Caï dokhan, Harque Guehin hilojade. J'y vais, Man ghé dok, Mede Lebo. Il fait grand vent, Galigou baréna, Hendou hevy. Il pleut, Vta ou. Il tonne, Denadeno, Dhirry. Il fait chaud, Gniak éna, Ouarn hiend. Il fait froid, Lioul na, Ghiangol. Je vous vois, Guesnala, Medo hyma. Taisez-vous, Noppil, De you. Fort matin, Leleg, Soubake allau. Bonsoir, monsieur, Diaragonal samba. Fon angiam samba. Je voudrais coucher Bougué nadièkil Medo leleby. avec une kil ak béné fille, dighen, Je m'endors, Nélao. Je ne m'en souviens pas, Fatou ma, Myfa hiacke. Mettez-le dans Guinguela Ovarguihielle les fers, maguiou, cassedo.
TABLE SECONDE.
VOCABULAIRE MANDINGUE.
L'astérisque* marque les mots qui se trouvent dans la première table.
_Français._ _Mandingue._