A Travers L Hemisphere Sud Ou Mon Second Voyage Autour Du Monde

Chapter 7

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Une autre plaie des nations de race espagnole est la loterie. Loterie d'État, loteries particulières, par l'appât du gain, dépouillent le pauvre peuple des quelques sous nécessaires à son existence. Rien d'étonnant alors que la mortalité excède les naissances, et que les 16,000,000 d'Indiens qui peuplaient le pays avant la conquête soient maintenant réduits à moins de 10,000,000.

Au _Paseo_, promenade publique, je remarque une belle statue équestre en bronze, et plus loin, la statue colossale de Christophe Colomb. Elle est flanquée de 4 moines assis aux angles du piédestal. La musique militaire joue sous un kiosque ses plus belles marches. Sous les allées d'eucalyptus défilent les landaus et les calèches, où s'étalent les riches toilettes des _señoras_ et des _señoritas_ mexicaines. Les cavaliers caracolent à leurs côtés. Leurs selles remontent sur le devant en un large pommeau, et en arrière forment un petit dossier. Elles sont posées sur une peau de chèvre, qui pend des deux côtés sur la croupe du cheval. Les rênes sont ornées d'argent; le mors est en argent massif, ainsi que les étriers. Ceux-ci sont garnis d'un cuir qui couvre le soulier, l'abrite de la pluie, et, en cas de chute, empêche le pied d'être pris. Les éperons, en argent massif, sont semblables à ceux des cavaliers du moyen âge. La promenade se prolonge fort loin, jusqu'au Castillo de Chapultepec. À gauche s'élève le volcan d'Ameca, actuellement éteint. Je rentre en ville, et finis ma journée par une visite au P. Mariscal, supérieur des Lazaristes.

CHAPITRE IX

Excursion à Guadalupe. -- Les faubourgs. -- L'armée. -- Le sanctuaire. -- Les oeuvres charitables. -- L'administration ecclésiastique. -- Les banques. -- Le musée. -- La pierre du Soleil. -- La déesse de la terre Coatlicue. -- Le dieu des morts Mictlanteuhtli. -- Les pierres à jeu de paume. -- Les chevaliers aigle et le messager du Soleil. -- Quetzalcoalt, ou le sage mystérieux. -- Les inscriptions. -- Les urnes funéraires. -- Les vierges ou prêtresses. -- Manière de marquer le temps. -- Le cycle ou xinhmopillé. -- Chalchinhtlicue, déesse de l'eau. -- Tlaloc, dieu du tonnerre. -- La céramique. -- Les bijoux. -- L'écriture. -- Le Sénat. -- Le Conservatoire.

Le lendemain, à la pointe du jour, je me dirige vers la _plaza de Arme_, à la recherche du tramway pour _Guadalupe_. C'est de cette place que partent les voitures pour toutes les directions. Il y en a de 2 classes, qu'on distingue à la couleur: dans les unes, on paie un réal (12 sous); dans les autres, la moitié de ce prix.

À mesure qu'on s'éloigne du centre de la ville les rues sont moins propres, et les maisons en adobe. Ce sont les quartiers du bas peuple. Quelques rues ne sont pas pavées. Les églises abondent et les _pulcherias_ aussi. Les porteurs d'eau ont deux seaux au bout d'un bâton, comme à Venise; mais le plus souvent ils portent sur le dos et sur la poitrine deux amphores en terre, suspendues à la tête au moyen d'une large courroie de cuir. Les femmes portent sur l'épaule ou sur la tête ces amphores de forme romaine, rondes ou longues, qui ne peuvent par elles-mêmes tenir debout. Devant les casernes, je vois de nombreuses femmes portant la nourriture aux soldats leurs maris. Il n'y a pas de conscription au Mexique: le recrutement se fait dans la rue. La police prend et enrôle de force les sujets qui lui semblent bons; et ces pauvres Indiens, mariés ou non, se trouvent tout à coup soldats sans y penser. Rien d'étonnant qu'en cas de guerre il faille une armée pour garder de tels soldats. En campagne, les femmes précèdent les troupes et préparent la nourriture de leurs maris.

Il en est autrement du corps des volontaires, qui s'équipent à leurs frais. Le soldat reçoit de 2 à 3 réaux par jour; le colonel, 270 piastres par mois; le commandant, 125; le capitaine, 70; le lieutenant, 60 piastres par mois.

Au sortir de la ville, je vois un champ de courses, puis des terrains marécageux. Par-ci par-là des animaux paissent tranquillement. Plus loin, quelques champs de maïs et d'orge. Enfin, après trois quarts d'heure de route sous une allée de poivriers, le tramway arrive au village de Guadalupe, que domine son sanctuaire renommé. La tradition rapporte qu'en décembre 1531, la sainte Vierge apparut quatre fois, dans le Cerro (colline) de Tepeyac, à un Indien appelé Juan Diego, et laissa son image imprimée sur son manteau. De nombreux miracles attirèrent bientôt la foule des Indiens vers cette image. En 1533, elle fut solennellement transportée à Guadalupe, à l'endroit qu'elle occupe actuellement. Un temple somptueux lui a été élevé. L'extérieur de cet immense édifice, avec ses cloches et sa coupole, est par trop massif; mais l'intérieur, en style corinthien, est de meilleur goût. On y voit quelques beaux tableaux et beaucoup de laides statues. Les ornements, blanc et or, sont d'un bel effet. L'image miraculeuse, au maître-autel, est sur fond jaune répandant des rayons d'or. La sainte Vierge, de grandeur naturelle, debout sur une demi-lune que supporte un ange, tient les mains jointes. Sa robe est rouge, son manteau bleu est parsemé d'étoiles d'or. Elle porte sur la tête une couronne d'or. Le regard est bienveillant; l'attitude, celle de la prière. Dans l'église, le choeur a la même disposition que celui de la cathédrale de Mexico, et occupe un grand espace. Les balustrades qui le séparent du public sont en argent massif. Lors de la spoliation de l'église, le gouvernement voulut les enlever; mais les Indiens menacèrent de prendre les armes, car ils aiment leur cher sanctuaire. Je les ai vus en effet, arrivant de toute part, priant avec dévotion sur le pavé de l'église et s'en retournant en famille après leur pèlerinage. Les nombreux _ex-voto_ suspendus aux murs du temple indiquent qu'ici, comme ailleurs, la Mère des miséricordes se plaît, par son intercession, à préserver des dangers et à répandre le baume de la consolation dans les coeurs éprouvés. Ici ce sont des gens sauvés d'un naufrage; là, d'autres échappent à un incendie; plusieurs, dans des chutes dangereuses, n'éprouvent aucun mal; un grand nombre reviennent d'une maladie mortelle. Ces tableaux ne brillent pas par le côté artistique, ils sont parfois assez grotesques; mais, dans leur simplicité, ils disent bien la foi naïve et la reconnaissance intime de ceux qui les ont déposés.

Après mon pèlerinage, je me rends à un établissement de bains ferrugineux, situé près du village. L'eau est pompée au moyen de l'air chauffé.

Rentré en ville, je rends visite à M. Jésus Urpiaga, qui me renseigne sur les oeuvres charitables du pays. Il n'est pas rare, dans les contrées de race espagnole, de trouver chez les hommes le nom de Jésus, comme on trouve chez les femmes celui d'Incarnacion, de Concepcion, d'Annonciacion, d'Assompcion, etc. Il y a quatorze Conférences de Saint-Vincent de Paul à Mexico, et une soixantaine dans la république. Elles comprennent ensemble un millier de membres actifs, 500 honoraires, secourent un millier de familles pauvres, visitent les prisons, catéchisent les enfants, réhabilitent les unions illicites, ensevelissent les cadavres, ouvrent des écoles et recueillent des orphelins. Ils pratiquent ainsi l'essence de la religion, qui se réduit à ceci: Aimez-vous les uns les autres; faites aux autres ce que vous voudriez que l'on fît pour vous. Les jeunes gens ont leur cercle catholique, leur bibliothèque, et une petite imprimerie avec leur journal. Sous le rapport religieux, le Mexique est divisé en 20 diocèses; mais le clergé est insuffisant. Les prêtres disent souvent quatre à cinq messes par jour. Le dimanche, les curés s'en vont de village en village, et reçoivent pour chaque messe une aumône de cinq piastres.

Il y a quelques années, les biens de l'Église, qui étaient très importants, furent séquestrés, et les Communautés chassées. N'ayant su résister aux dangers de la richesse, elles s'opposaient aux réformes que réclamait le Saint-Siège.

Plus tard, les Soeurs de Charité aussi ont été renvoyées, en haine de la France. Notre funeste expédition n'avait pas suscité les sympathies du pays à notre égard. Mais les Soeurs de Charité ont emporté les regrets unanimes de la population. Elles faisaient ici ce qu'elles font partout: les oeuvres charitables, avec simplicité et abnégation.

Outre les retraites et exercices spirituels, assez fréquents dans ce pays, j'ai remarqué une dévotion fort longue, qui consiste en exercices journaliers et prédications à l'église durant 36 jours. Ces exercices sont appelés _el Desagravio_, et ne peuvent servir qu'aux désoeuvrés.

Dans l'après-midi, je fais ma visite aux banques. Jusqu'au jour où l'on aura unifié les monnaies, le voyageur est obligé de changer ses valeurs dans chaque pays. Il y a deux banques ici: une anglaise, la _London Bank of Mexico and south America;_ l'autre, française, sous le nom de _Banco méridional de Mexico_. Cette dernière, de création récente, est sortie d'un traité passé entre le gouvernement mexicain et la banque franco-égyptienne.

Le capital social est de 6,000,000 de piastres, avec faculté de le porter à 20,000,000. La banque pourra commencer ses opérations avec 3,000,000 de piastres. Pour chaque million de piastres en caisse, elle est autorisée à émettre 3,000,000 de billets. La concession est pour 30 ans. La banque est obligée d'ouvrir au gouvernement un compte courant, dont l'intérêt ne pourra être moindre de 4% ni supérieur à 6% l'an. Le gouvernement, pour toutes ses opérations de banque, s'oblige, à conditions égales, à donner la préférence à la banque nationale. Le capital de la banque doit être exempt de tout impôt.

Elle prête et escompte avec un intérêt d'environ 1% par mois.

Le _National Monte de Piedad_, qui prête sur gages au taux de 1% par mois, est, lui aussi, autorisé à émettre des billets et à faire des opérations de banque.

Les journaux parlent d'un emprunt de 10,000,000 de piastres que le gouvernement se propose d'émettre aux États-Unis. L'intérêt serait de 9%, et l'émission à 80 fr., ce qui porterait l'intérêt à 13%. Un pays qui ne peut emprunter qu'à ce taux inspire peu de confiance, et n'évite la ruine que par la banqueroute.

M. l'abbé Hély veut bien me conduire au musée et se faire mon cicérone. Il est précepteur d'un jeune garçon dans une famille mexicaine. Il me présente son élève, qui, selon lui, n'avance pas assez rapidement dans les sciences; mais de la conversation que nous avons ensemble, je relève qu'il sait parfaitement ce qu'on paie chaque ouvrier dans ses diverses fermes, et les attributions de chacun: j'en conclus que, s'il n'a pas assez l'esprit scientifique, il a certainement l'esprit pratique.

Chemin faisant, M. l'abbé Hély me fait remarquer un immense disque en pierre, adossé à l'une des tours de la cathédrale. Son diamètre est de 3m 35. Il fut découvert le 17 décembre 1790, en nivelant la place, et sera prochainement transporté au musée. Le baron de Humboldt calcule son poids à 24,400 kilogrammes. Comme, à plus de dix lieues à la ronde, on ne trouve point du porphyre dont il est formé, il faut supposer que les Aztèques ont eu des moyens mécaniques pour transporter de si loin un aussi grand poids. Les opinions sont divisées à son sujet. On ne sait donner d'explication bien nette aux nombreuses sculptures qui le couvrent. Les uns l'appellent un calendrier aztèque. Ils croient qu'il servait de cadran, et qu'il marquait, pour les prêtres, les jours de fête et de sacrifice. D'autres observent, que les éléments pour marquer le temps font défaut, et l'appellent _pierre du soleil_, croyant qu'il fut simplement un monument votif en l'honneur du soleil.

La cour du musée est garnie de dattiers. Au rez-de-chaussée, on fait des réparations: une quantité d'objets précieux sont entassés sans ordre, attendant d'être transportés dans les nouvelles salles. Je remarque une statue en pierre, de 2m 57, découverte en 1790 sur la _plaza mayor_. La poitrine est celle d'une femme; son jupon est composé de couleuvres; elle a autour du cou un collier de mains et de bourses, qui renfermaient le copal qu'on offrait aux dieux. À la ceinture pend un crâne humain par devant, et un autre par derrière. Selon les uns, cette statue représente la déesse Teoyomiqui, qui recueillait les âmes des guerriers morts dans les batailles. On supposait que ces guerriers allaient au ciel habiter la maison du soleil, et qu'après quelques années ils se transformaient en colibris. D'autres pensent que cette statue représente la déesse Terre ou Coatlicue, et en donnent plusieurs raisons.

Un disque de basalte, de 1m 20 de diamètre, porte sculptée l'image de Mictlanteuhtli, dieu des morts. Il porte des crânes humains. Les Aztèques appelaient mictlan l'endroit où se rendaient les défunts qui mouraient de mort naturelle. Mictlanteuhtli en était le seigneur, et sa femme s'appelait Mictecacihualt; ce qui correspond au Pluton et à la Proserpine des Grecs et des Romains. Les Mexicains se figuraient que cet endroit lugubre était situé au centre de la terre, et l'appelaient Tlaxico: ce qui signifie ombilic ou centre de la terre. Après la conquête, les Espagnols firent de ce disque une meule de moulin.

On remarque aussi 2 disques en pierre, de 90 et 81 centimètres de diamètre, avec un trou au milieu. Ces pierres servaient au jeu de paume. Les parties s'organisaient deux contre deux, ou trois contre trois. Les joueurs nus ne portaient que le _maxtlatl_, large bande à la ceinture. L'endroit où ils jouaient s'appelait Tlachco. La paume était en résine élastique, et les joueurs ne pouvaient la toucher qu'avec les muscles ou le coude; s'ils la touchaient avec la main, le pied ou la jambe, ils perdaient un point. Le joueur qui jetait la balle jusqu'au mur opposé gagnait un point; s'il parvenait à la faire passer par le trou du disque en pierre qui se trouvait au milieu du jeu, non seulement il gagnait la partie, mais il gagnait encore les vêtements de tous ceux qui étaient présents. Les rois jouaient aussi, et se défiaient, comme firent Montézuma II et Nazahualpilli. Plusieurs localités étaient tenues à un tribut annuel de pelotes, comme Tochtepec et Otatitlan. Le nombre atteignait jusqu'à 1,600: ce qui prouve combien ce jeu était répandu.

Un cylindre en pierre, de 8m 28 de circonférence et 0m 84 d'épaisseur, connu sous le nom de pierre du sacrifice, est le Cuanhxicalli de Tizoc. Il porte au centre l'image du soleil, auquel il était dédié. Sur la surface convexe du cylindre, on voit cinq groupes de deux personnes, représentant un même guerrier vainqueur, qui soumet, en les tenant par les cheveux, divers prisonniers représentant les peuples vaincus. Ce guerrier est Tizoc, septième roi du Mexique, qui régna de 1481 à 1486.

Au Mexique, un ordre de nobles, qui avaient pour patron le soleil, s'appelaient les _chevaliers aigle_.

À certains jours de fête, ils sacrifiaient sur cette pierre une victime humaine, qu'ils appelaient _le messager du Soleil_. Je traduis du P. Durand[3] les détails de ce sacrifice.

[Note 3: _Historia de las Indias._]

«Au son des instruments, ils amenaient un prisonnier de guerre, entouré de grands personnages. Il avait les jambes rayées de blanc, et la moitié de la figure peinte en rouge. Ses cheveux étaient ornés de plumes blanches. Il tenait d'une main un joli bâton garni de plumes; de l'autre, il portait une pierre au bout d'une corde, avec cinq plumets de coton. Sur le côté, il tenait un panier dans lequel étaient des plumes d'aigle, des morceaux d'ocre, des morceaux de plâtre, des morceaux de sapin résineux pour la lumière, des papiers, de la toile cirée. Toutes ces bagatelles, que portait le prisonnier, étaient ensuite déposées au pied de l'escalier du temple; et là, à voix haute entendue de tout le peuple, on lui disait: «Nous te prions d'aller devant le Soleil notre Dieu, de le saluer de notre part, et de lui dire que ses enfants les chevaliers ici présents le supplient de se souvenir d'eux. Qu'il daigne les combler de ses faveurs, qu'il reçoive ce petit présent que nous lui envoyons. Tu lui donneras ce bâton pour qu'il marche, cette pierre avec sa corde pour qu'il se défende, et tout le reste qui est dans le panier.» L'Indien, après avoir entendu cette ambassade, répondait qu'il l'agréait. Alors on le déliait, et il commençait à gravir les escaliers de la pyramide, au sommet de laquelle était le temple. Il faisait une longue pause à chaque marche. Arrivé au sommet, il montait sur la pierre Cuanhxicalli, qui portait gravées au centre les armes du Soleil. Là, tourné vers l'image du Soleil qui était dans le temple et de temps en temps vers le vrai soleil, il répétait son ambassade. Lorsqu'il achevait, 4 ministres du sacrifice montaient par 4 escaliers vers la pierre, lui enlevaient le bâton, la pierre au bout de la corde et le panier, et le prenaient par les pieds et par les mains. Alors le sacrificateur principal, avec son couteau, l'égorgeait, lui imposant d'aller avec son ambassade au soleil véritable, dans l'autre vie. Le sang coulait dans le bassin sur la pierre, et se répandait sur les armes du Soleil. À peine le sang avait-il cessé de couler, qu'on lui ouvrait la poitrine, et on arrachait le coeur, qu'on présentait au soleil, tenant la main levée jusqu'à ce que le pauvre prisonnier fût devenu froid. Telle était la fin du malheureux messager du Soleil.»

On voit aussi diverses autres statues et urnes. Une des pièces les plus curieuses est la couleuvre avec plumes. On croit qu'elle représente Quetzalcoatl, le dieu de l'air, dont le nom se compose de deux paroles mexicaines: _quetzalli_ (plume fine) et _coatl_ (couleuvre). Figurativement, _quetzalcoatl_ (couleuvre avec plumes fines) s'applique à une personne recommandable par ses mérites. Selon les uns, ce personnage mystérieux est la planète Vénus; selon les autres, c'est cet homme blanc et barbu, vêtu d'une soutane couverte de croix. Nous avons dit que l'histoire toltèque l'enregistre comme ayant apparu chez eux, leur prêchant une religion nouvelle, l'amour du travail, le respect de la Divinité et la pratique de plusieurs autres vertus. Il leur enseigna à travailler les métaux et les pierres précieuses, leur montra les améliorations dans l'agriculture, et corrigea leur calendrier, leur enseignant à mieux compter le temps. Il leur prédit l'arrivée d'hommes blancs et barbus comme lui, qui se rendraient maîtres du royaume et détruiraient le culte ancien pour le remplacer par un semblable à celui qu'il leur prêchait. Cet homme extraordinaire fut déifié; il eut à Tula un temple somptueux, et, dans le Yucatan, on l'adora sous le nom de Kukulcan. À cause de ses connaissances astronomiques, il fut identifié avec la planète Vénus, et enfin il prit place dans l'Olympe azteca, comme dieu du vent.

Plusieurs ont cru voir saint Thomas dans ce Quetzalcoatl; mais, comme il a apparu vers le Xe siècle, d'autres pensent que c'était un missionnaire islandais. En tout cas, sa prédiction, très répandue au Mexique, contribua beaucoup, comme je l'ai déjà dit, à faciliter la conquête de ce pays aux envahisseurs espagnols. Ce fait prouve aussi combien Dieu, à travers les siècles, a eu souci de tous les peuples, en leur envoyant en temps opportun des sages ou des missionnaires, pour maintenir vivant le flambeau de la vérité. Les Juifs, qui par leur génie commercial étaient répandus sur tous les points du globe, portaient partout avec eux la vérité consignée dans leurs livres sacrés. Au surplus, les Chinois eurent un Confucius; les Persans, un Zoroastre; les Grecs, un Socrate; les Romains, un Cicéron. Les Américains du Nord et du Sud eurent aussi leur sage mystérieux, que mentionne l'histoire du Mexique et du Pérou.

Parmi les nombreuses statues en pierre, on en voit quelques-unes qui représentent des individus offrant des sacrifices, revêtus de la peau d'une victime humaine: preuve nouvelle de la vivacité de la tradition concernant la chute de l'humanité, la nécessité d'une réparation et le rachat par le sang d'une noble victime.

Nombreuses sont les sculptures de serpents. La plupart ont la figure d'une femme: ce qui ajoute encore aux traditions concernant les circonstances de la chute primitive. On voit aussi une croix en basalte, de 0m 95 de haut et de 0m 80 de large. Les premiers missionnaires qui pénétrèrent dans le pays affirment qu'ils y trouvèrent partout la croix en grande vénération. Parmi les nombreuses inscriptions, une rappelle une grande famine qui eut lieu de 1452 à 1434; une autre, l'achèvement du grand temple du Soleil, en 1487. Ces hiéroglyphes indiquent que Tizoc en prépara les matériaux et qu'Ahuitzolt en acheva la construction. Celui-ci, à l'occasion de sa dédicace, sacrifia 60,000 prisonniers de guerre. Son nom reste encore dans le pays comme synonyme de cruel et de méchant.

Les urnes funéraires sont de plusieurs dimensions, selon qu'elles devaient recevoir le corps entier, ou le crâne, ou les cendres. Elles portent presque toutes un hiéroglyphe, qui indique la date de la mort et le nom de la personne qu'elle renferme. Sur le couvercle on voit la figure de Mictlanteuhtli, seigneur chargé de recueillir les âmes des morts.

On peut remarquer les sculptures de quelques prêtresses ou religieuses. Elles faisaient des voeux temporaires ou perpétuels, et se vouaient au jeûne et à la pénitence. Elles demeuraient dans les annexes du temple. Toute faute contre l'honnêteté était punie de mort. Lorsqu'elles se présentaient pour être admises, on leur coupait les cheveux. Elles dormaient habillées, par modestie et pour être prêtes au travail. Ce travail, adapté à leur sexe, avait lieu dans de grandes salles. Elles gardaient le silence et tenaient les yeux baissés. Dans certaines fêtes, elles suspendaient le jeûne et mangeaient de la viande. Elles assistaient aux danses religieuses. À cette occasion, elles ornaient de plumes leurs pieds et leurs mains, et peignaient leur visage avec du fard. En temps de pénitence, elles se piquaient les oreilles, se peignaient la face avec le sang qui en sortait, et se lavaient dans un étang spécial.

Une pièce représente les quatre mouvements du soleil, ou les quatre saisons. Les prêtres mexicains, du haut de leurs pyramides, observaient les astres, et spécialement le soleil. Ils indiquaient les jours de fête et les heures du jour et de la nuit, et les annonçaient avec des instruments entendus à de grandes distances. Les quatre saisons étaient représentées par une croix formée avec des ailes de moulin à vent.

Un cylindre en basalte, de 0m 41 de longueur et 0m 16 de diamètre, représente le cycle mexicain. Les Aztèques avaient divisé le jour en plusieurs parties correspondant à nos heures. Leurs semaines étaient de cinq jours. Chaque cinq jours ils faisaient une fête. Quatre semaines formaient un mois de 20 jours, et 18 mois comprenaient 360 jours, auxquels ils en ajoutaient 5 pour former l'année entière. Le cycle ou siècle comprenait 52 ans. Le cylindre dont nous parlons représente un faisceau de cannes liées par des cordes, et signifie un cycle, dont le nom mexicain est _xinhmolpillé_, ou réunions d'années.