À travers l'hémisphère sud, ou Mon second voyage autour du monde. Tome 2 Équateur, Panama, Antilles, Mexique, Îles Sandwich, Nouvelle-Zélande, Tasmanie, Australie.

Part 5

Chapter 53,735 wordsPublic domain

La canne une fois plantée dure de sept à huit ans, selon les terrains. On la coupe une fois l'an. La deuxième et la troisième récoltes sont les plus abondantes. La canne doit être débarrassée de toute herbe; c'est pourquoi les esclaves la nettoient trois fois l'an par un léger labour à la pioche.

Nous nous proposions d'aller dans les champs pour voir au travail 250 esclaves, lorsqu'un déluge arrive et nous force à rester dans l'usine. Un quart d'heure après les pauvres esclaves arrivent complètement trempés; les surveillants aussi sont absolument inondés, eux et leurs chevaux.

Nous les suivons à l'habitation. Ils se rangent sous les portiques, en ligne de bataille. Le directeur arrive, un récipient de fer blanc à la main, et le présente aux lèvres de chacun et de chacune à tour de rôle. Il a soin de le retirer promptement après la première gorgée. À un signal donné, tout ce monde se disperse et s'en va dans les chambrées changer de linge. Je demande au directeur quel est le liquide qu'il vient de distribuer d'une manière si singulière. Il met sa main dans le seau de fer blanc et me présente son doigt à sucer. Naturellement je refuse, et mettant moi-même un doigt dans le seau, je le porte à la bouche, et je constate ainsi que le liquide est du rhum.

J'inspecte les chaudrons de la cuisine; un vieux nègre y plonge les haricots noirs, les morues et les ignames dans un état de propreté à peu près égal à celui de nos paysans lorsqu'ils préparent la nourriture aux vaches.

Le dimanche, les esclaves travaillent jusqu'à 9 heures du matin. Quelques-uns obtiennent ensuite la permission d'aller à la messe à Marianao.

Nous saluons ces braves gens, remercions le directeur et le mécanicien, et chemin faisant nous voyons sur le tronc de chaque palmier géant décimé par les vers, un énorme _gallinaso_, les ailes déployées, qui se sèche au soleil. On dirait autant de hampes surmontées de l'aigle impérial.

À Marianao, je laisse une carte à M. Duragnone pour le remercier de son obligeance, et nous reprenons le train qui doit nous ramener à la Havane. Je me trouve à côté d'un créole très distingué qui parle parfaitement le français. Je l'interroge sur les hommes et les choses du pays, et d'abord sur l'origine de ces sales petits billets de papier-monnaie qui à eux seuls suffiraient à propager la fièvre jaune. Il me dit que la banque espagnole, établie à Cuba, au capital de 4,000,000 de piastres, avait été autorisée à émettre des billets pour une égale somme. Plus tard, ayant porté son capital à 8,000,000, elle fut autorisée à élever son émission de papier à 16,000,000 de piastres; mais à l'époque de l'insurrection, le gouvernement ayant besoin d'argent, l'engagea à émettre pour son propre compte 40,000,000 de piastres, qui d'abord eurent cours au pair. Plus tard, voyant que le gouvernement se refusait à les rembourser, ils commencèrent à baisser, et ils perdent en ce moment 110%. Dans ces dernières années, on a établi un impôt dont le produit est destiné à l'amortissement de ce papier-monnaie; mais le gouvernement, toujours à court d'argent, ne cesse de l'employer ailleurs par des virements.

Après la Révolution, l'Espagne a accordé une certaine représentation aux habitants de Cuba. Ils envoient aux Chambres, à Madrid, une trentaine de députés et une douzaine de sénateurs. Le suffrage est restreint. Il faut payer un impôt de 25 piastres pour être électeur. Toutefois, tout cela est rendu illusoire par le pouvoir accordé au capitaine général, de suspendre la constitution toutes les fois qu'il en trouve la convenance. De plus, de nombreuses lois préexistantes à la constitution n'ont pas été abrogées, et le gouverneur les applique lorsque cela lui convient, bien qu'elles détruisent les garanties constitutionnelles.

Le pays est divisé en deux partis: les autonomistes et les conservateurs. Le premier est surtout composé de créoles qui réclament l'autonomie et voudraient être placés vis-à-vis de l'Espagne à peu près dans une situation analogue à celle du Canada à l'égard de l'Angleterre. Les conservateurs sont surtout des Espagnols qui préconisent l'assimilation et se perdent en distinctions subtiles entre assimilation et identité. Au fond, ils amusent le public en paroles, pour conserver le _statu quo_ qui leur permet de s'enrichir.

Les impôts qui, avant la Révolution, s'élevaient à 13,000,000 de piastres, atteignent maintenant 35,000,000. Si le gouvernement né remplit pas ses caisses, les employés qu'il envoie ici font de rapides fortunes. Ils vont en jouir dans la mère patrie pour faire place à d'autres. On cite tel directeur de douanes qui, après 2 ans d'emploi, possédait 700,000 piastres. Dans le journal _La Democracia historica_ du 25 courant, je lis le fait d'un nommé Carlos Urretia, inspecteur de police, qui avait autorisé les filles d'une maison publique à voler l'argent de ceux qui les visiteraient, leur promettant l'impunité à condition de partager avec lui. Ce brave homme, pris en flagrant délit, a été condamné à deux ans de _presidio_. Avec une pareille administration, un pays ne saurait prospérer. Mais le parti conservateur se moque des récriminations. Il a su former un corps de volontaires de 70,000 hommes dont il a soin d'exclure les autonomistes, et gare à qui lui résistera.

Il y a quelque temps, un capitaine général intelligent et honnête voulait donner une certaine satisfaction aux autonomistes. Il se vit bientôt cerné par 14,000 volontaires qui envahirent son palais et l'embarquèrent pour le renvoyer en Espagne. S'ils n'ont pas toujours été aussi violents, ils ont toujours réussi à faire déplacer tout capitaine général qui ne faisait pas assez bien leurs affaires. Si au moins ces volontaires couraient sus aux bandes de brigands qui en ce moment ravagent la campagne et rançonnent les propriétaires! Durant la Révolution, les Cubains avaient voulu se donner aux États-Unis; mais ceux-ci, qui sortaient à peine de la grande lutte qui avait abouti à l'abolition de l'esclavage, redoutaient l'entrée dans l'Union d'un pays à esclaves, et ils refusèrent. Dans quatre ans, cette question aura cessé d'exister, et au premier embarras de l'Espagne, si les Cubains renouvellent l'offre, elle pourrait bien être acceptée.

Combien mieux aimée eût été la mère patrie si, par une administration sage et honnête, elle s'était attachée le coeur de ses sujets de Cuba! Mais comment pourrait-elle donner au loin cette administration sage et honnête, puisqu'elle en manque elle-même dans son sein, et que les plaies dont elle afflige les colonies sont celles mêmes dont elle souffre à son tour depuis si longtemps!

Pendant que nous causons, le train approche de la ville, et je demande le prix des terrains à bâtir. Dans les faubourgs, ils se payent environ 20 fr. le mètre carré, et dans le centre à peu près 100 fr. le mètre carré.

Mais revenons à la canne à sucre, qui forme la richesse de l'île. Colomb, dans son second voyage, commença par porter des Canaries la canne créole. En 1795, Francisco Arango introduisit celle de Taïti. Puis on porta celle de Java, et en 1826 la cristalline de la Nouvelle-Orléans.

On calcule en ce moment, que tous les ans, dans le monde entier, on produit et on consomme 5,335,000 tonnes de sucre, dont 1,465,000 sont de sucre de betterave et 120,000 de maïs et autres grains.

Des 3,750,000 tonnes de sucre de canne, l'île de Porto-Rico produit 150,000 tonnes, Cuba 630,000 tonnes, les Philippines 200,000 tonnes, les Antilles françaises y compris la Réunion 150,000 tonnes, les Antilles anglaises y compris Maurice 200,000 tonnes, Java 200,000, le Brésil 200,000, la Chine 50,000, la Louisiane 100,000, et le reste divers autres pays.

Cuba produit aussi une quantité assez considérable de café. On calcule de la manière suivante la production du café dans le monde entier: le Brésil 176,000,000 de livres, Java 124, les îles Célèbes 1, l'Arabie 3, Sumatra 8, Ceylan 40, l'Équateur 1/5 de million, les Philippines 3, Vénézuéla 35, Nicaragua 2-1/2, Guatemala 120, les Antilles anglaises 8, les Antilles françaises et hollandaises 2, Cuba et Porto-Rico 30, Malabar et Missouri 5 millions.

Après le sucre, le tabac forme le principal revenu de Cuba. À la Havane, on rencontre à chaque pas des magasins remplis de ballots de tabac du poids d'environ 100 livres. Le prix varie de 50 à 200 piastres le quintal. Le meilleur vient de la _Vuelta Abajo_ et sert à faire les cigares exquis de la Havane; le plus grossier s'en va en Allemagne. Le gouvernement français entretient ici un agent pour l'achat du tabac nécessaire à ses manufactures. Le consul est chargé des traites, et cela lui forme un _boni_ moyen d'environ 30,000 fr. l'an ajouté à son traitement, qui est de 40,000 fr.

Je ne veux pas quitter la Havane sans visiter une fabrique de cigares et une de cigarettes. Chez Villar-Villar, Calle de la Industria, nº 174, je trouve 200 ouvriers fabricant 62 sortes de cigares; les _villares flor fina_ valent 500 piastres le 1,000, ce qui les met à 2 fr. 50 pièce; ils sont gros et longs de 18 centimètres. Les _Londres de Corte_ valent 40 piastres le 1,000, les _Rothschild flor fina_ valent 125 piastres le 1,000, les _Victoria_ 110 piastres, les _Damas_ ou petits cigares pour dames 38 piastres, etc. Il faut ajouter à cela le droit d'exportation qui est de 2 piastres le mille, et celui d'importation qui est de 25 fr. le kilog. en France et de 15 fr. en Allemagne, le port et le bénéfice du détaillant, etc. Les ouvriers sont payés à raison de 24 piastres le 1,000. Ils font une moyenne de 100 cigares de luxe par jour et gagnent ainsi de 12 à 15 fr. Nous les voyons à l'oeuvre; ce n'est pas peu de chose que de former un cigare de luxe. Il faut choisir le tabac qu'on place à l'intérieur, et en poser les couches avec attention; puis choisir encore mieux la feuille qui les enveloppera. Cette feuille doit être sans défaut. Les jaunes clair couvriront les cigares destinés à l'Allemagne, les autres ceux qui vont en France et en Angleterre. Le difficile c'est de bien former la pointe. L'ouvrier colle avec une pâte de farine le dernier morceau, et lorsque c'est nécessaire, il perfectionne le bout avec ses lèvres. Le cigare est ensuite mesuré, coupé et passé à ceux qui opèrent le triage. Les côtes des feuilles sont jetées. Le tabac est employé à l'état naturel sans aucune sauce. C'est le même tabac qui sert aux divers cigares. Ce n'est que le poids, la façon et le luxe du paquetage qui en changent le prix. Dans l'entrepôt, nous voyons amoncelés 3,000 ballots de la récolte de 1883, contenant chacun 100 livres. Ils valent 200,000 piastres, soit 1,000,000 de francs. Tous les jours, des _moricos_ baignent dans l'eau la quantité qui sera travaillée le jour même. Le tabac ordinaire doit être consommé dans l'année de la récolte. Le meilleur se conserve 2 ans. Réduit en cigares, il se conserve plus longtemps. Avant de nous quitter, M. Villar pousse l'amabilité jusqu'à nous remettre à chacun un _villar flor fina_, son plus cher et meilleur cigare. Je ne suis pas connaisseur, mais mes compagnons le trouvent délicieux, seulement vu sa grosseur et sa longueur (0m 18) il dure trop longtemps et accumule au bout une trop forte quantité de nicotine.

À la fabrique des cigarettes de Diego Gonzales, Calle de la Reina, je trouve 400 Chinois. Les uns ont la queue, les autres l'ont coupée, quelques-uns portent la blouse nationale et de grosses lunettes.

Une machine à vapeur fait fonctionner les lames qui coupent le papier et le tabac: le papier est de 3 sortes: jaune en paille de blé, bleu en coton, et brun ou pectoral. Le tabac est coupé court et fin. Les Chinois le plient avec rapidité dans le papier et en replient le bout avec une espèce de dé en fer blanc. Ils sont payés à raison de 4 piastres papier la _tarea_ de 6,100 cigarettes. Un homme peut faire en moyenne 1/2 _tarea_ par jour. On a de la peine à surveiller ces célestiaux pour les empêcher de fumer l'opium et de parfumer ainsi leur travail. Une salle séparée est occupée par 50 femmes, elles font les cigarettes aussi bien et aussi vite que les hommes, et reçoivent le même salaire.

La caisse est toujours ouverte, chaque ouvrier peut à tout moment de la journée y porter son travail et en recevoir le montant. On fait tous les jours une moyenne de 180 _tareas_, soit plus de 1,000,000 de cigarettes. Elles sont mises en paquets de 12 et vendues à raison de 2 fr. 50 ou une piastre papier les 27 paquets.

Selon mon habitude, je me rends au marché principal. C'est un grand corps de bâtiments à portiques extérieurs. Sous ces portiques sont des magasins ou bazars surmontés de logements. La cour couverte est occupée par les vendeurs de viande, de fruits et de légumes. Cette disposition est défectueuse, parce que les magasins empêchent la circulation de l'air.

Avant de quitter la ville, nous venons encore une fois à la plaza de Arme ou place centrale, voir la colonne surmontée d'une madone et portant sur le piédestal un buste de Christophe Colomb. Elle s'élève au-devant d'une chapelle dans laquelle en 1519 fut célébrée la première messe dans l'île.

Enfin je dis adieu à la Havane et monte sur une nacelle qui me ramène au steamer. L'odeur du port est nauséabonde: il reçoit tous les égouts de la ville; c'est pourquoi ses abords sont toujours les premiers visités par le _vomito negro_. La Supérieure du Sacré-Coeur me disait: «Nous n'avons plus perdu de soeurs de la fièvre jaune depuis que nous nous sommes éloignées du port.»

Nous passons encore à côté de beaux steamers qui vont à New-York; ils ont un double étage de cabines ouvrant sur un promenoir extérieur. Vers le commencement du mois, un d'eux, dans un cyclone, a eu le salon enlevé. Le déplacement de la cargaison avait couché le navire sur le flanc et le gouvernail avait été emporté. Le maître d'hôtel seul et un domestique ont perdu la vie. Après deux jours la tempête s'étant calmée, le navire a pu être remorqué et les passagers sauvés.

En quittant la terre, j'avais acheté un journal: la _Democratia Historica_. J'en cite un paragraphe pour donner le ton de la presse de ce côté des mers:

«Escribimos (harto lo sabemos) sobre un volcan de passiones: no importa. Siempre necessitan las grandes audacias de la libertad el fuego subterraneo de los pueblos, la sanguinaria rabia de los despotas, los immortales delirios de la fè republicana, factores tremendos de la sociedad moderna, labor genesiaca y épica que forma con sus convulsiones irascibles y sus imponentes calmas la corteza de la libertad y el granito de la democracia.»

«Nous écrivons (déjà nous le savons), sur un volcan de passions; peu importe. Les grandes audaces de la liberté nécessitent toujours le feu souterrain du peuple, la rage sanguinaire des despotes, les délires immortels de la foi républicaine, facteurs terribles de la société moderne, travail génésiaque et épique qui avec ses convulsions irascibles et ses calmes imposants forment l'écorce de la liberté et le granit de la démocratie.»

Nous arrivons à l'_Éden_ une demi-heure en retard de l'heure du repas, et j'ai de la peine à exiger de mon nègre qu'il me serve à dîner. Le soir, M. Solano et ses amis Palacios et Caballero ont l'amabilité de venir passer la soirée sur le navire. M. Solano est avocat et m'apprend que, d'après les lois cubaines, le père peut disposer par testament de 1/5 de ses biens en faveur d'un parent ou d'un étranger, et qu'au surplus il peut encore donner à titre de préciput à un de ses enfants le 1/3 des autres 4/5.

La recherche de la paternité est permise, et si, de l'ensemble des faits, le juge est convaincu de la culpabilité, il condamne le séducteur à donner une dot à la mère et à reconnaître l'enfant, à moins qu'il ne préfère régulariser la position par le mariage.

Le lendemain, à 8 heures, nous sortons du port et suivons les côtes de l'île.

Le 26 septembre nous entrons dans le golfe du Mexique et naviguons au sud-ouest.

Le 27, même navigation, orages fréquents. De nombreux petits oiseaux se réfugient sur le navire et se laissent prendre avec facilité. Déluge durant la nuit.

Le 28, vers le soir, nous arrivons à Vera-Cruz.

CHAPITRE VII

La République mexicaine. -- Surface. -- Constitution. -- Population. -- Les diverses branches ou familles indiennes. -- Cause de leur dépérissement. -- Revenus. -- Dépenses. -- Chemins de fer. -- Télégraphe. -- Poste. -- Instruction publique. -- Mines. -- L'isthme de Tchuantepec. -- Histoire. -- Fernando Cortez et la conquête. -- Fin de Montézuma, dernier empereur des Aztecas. -- Les sacrifices humains. -- Le vice-roi. -- Fin tragique de deux empereurs.

La République fédérative mexicaine comprend un territoire de 1,920,000 kilomètres carrés, presque 4 fois la surface de la France. Elle compte 27 États; 5 vers le nord: Sonora, Chihuahua, Coahuila, Nueva-Leon et Tamaulipas; 4 sur le golfe du Mexique: Vera-Cruz, Tabasco, Campêche, Yucatan; 7 sur le littoral du Pacifique: Sinaloa, Xalisco, Colima, Michoacan, Guerrero, Oaxaca, Chiapas; 11 dans le centre: Durango, Zacatecas, Aguascalientes, San Luis Potosi, Guanajuato, Queretaro, Hidalgo, Mexico, Morelos, Puebla, Tlaxcala. Aux 27 États il faut ajouter le district fédéral et le territoire de la Basse-Californie.

Ces États sont indépendants et confédérés. Le pouvoir exécutif est confié à un président de la République élu pour quatre ans et entouré de six ministres responsables. Le pouvoir législatif est exercé par le Congrès formé de deux Chambres: le Sénat et la Chambre des députés. Chaque État élit deux sénateurs pour quatre ans; ils se renouvellent par moitié tous les 2 ans. Les députés sont élus en raison de 1 pour 40,000 habitants et se renouvellent aussi par moitié tous les deux ans. Toutes les élections se font par le suffrage universel.

La constitution de 1857, qui régit le pays, commence ainsi:

«En el nombre de Dios y con la autoritad del Pueblo mexicano; los rapresentantes de los diferentes Estados, etc...»

Puis vient l'énumération des droits de l'homme, la définition et distribution des pouvoirs, etc.

Le pouvoir judiciaire est confié à une Cour suprême composée de 11 membres élus pour six ans. Viennent ensuite les tribunaux de district et de circuit. La noblesse est abolie, les Ordres religieux sont proscrits, l'instruction est laïcisée; l'Église est séparée de l'État.

Les Mexicains ont copié servilement l'oeuvre de nos révolutionnaires, et, comme nous, ils ont donné jusqu'à ce jour le triste spectacle de continuelles révolutions, tombant alternativement du despotisme militaire dans l'anarchie.

D'après le cens de 1879, la population compte 9,873,670 habitants. Sur ce chiffre, 48% sont du sexe masculin, et 52% du sexe féminin, 19% sont Européens ou Espagnols américains, 38% indigènes ou Indiens, 43% de race mêlée. Parmi les indigènes Indiens, la branche

ou famille mexicaine compte 1,626,511 membres. La famille Sonorense Opatu-Pima 84,000 -- La branche Guaicura et Cochinii-Laimon 2,533 -- -- Séri 200 -- -- Tarasca 230,000 -- La race ou famille Zoque Mixe 55,000 -- La famille Totonaca 90,000 -- -- Mixteco-Zapoteca 578,000 -- -- Matlalzinga o Pirinda 5,000 -- -- Maya 400,000 -- -- Chontal 31,000 -- -- Huave 3,800 -- -- Apache 10,000 -- -- Othomi 650,000 -- ------------------ TOTAL 3,766,044 membres.

En 1810, ils étaient 3,676,281. Ils sont restés presque, stationnaires pendant que la race mêlée a triplé, et que l'européenne a augmenté de 69%.

Plusieurs Mexicains semblent voir la cause de la future disparition des indigènes dans leur indolence, dans leurs mauvais logements et maigre nourriture; mais ceux qui emploient l'Indien savent que lorsqu'il est encouragé, il travaille plus que tout autre, et s'il est mal nourri, c'est qu'il est mal rétribue; s'il est mal logé, c'est que les propriétaires se soucient peu de le loger mieux. En un mot, l'Indien, s'il n'est pas relégué comme aux États-Unis dans ses _Réservations_, c'est que le propriétaire mexicain préfère l'utiliser et en tirer tout ce qu'il peut, en lui donnant le moins possible.

Dans plusieurs États et notamment dans la ville de Mexico, la mortalité excède les naissances. Pour Mexico on attribue le fait à l'infection de l'air causée par les égouts de la ville et les marais des campagnes. Depuis longtemps on propose le drainage de la vallée pour assainir la capitale.

Le revenu, d'après les dernières statistiques que m'a fournies le ministère de Formento (Travaux publics), a été:

Pour le Gouvernement fédéral, de 21,936,165 piastres.

Pour les États 7,011,962 -- -------------------- Soit un total de 28,948,127 piastres.

La piastre mexicaine vaut environ 4 fr. 50.

La dépense a été de 20,431,896 piastres. pour le Gouvernement fédéral, et de 6,825,684 -- pour les États. -------------------- Soit un total de 27,257,580 piastres.

Pour tous les États, la valeur de la propriété urbaine est évaluée à 169,684,376 piastres.

La propriété rurale à 181,873,994 -- ---------------------- Ce qui fait un total de 351,568,530 piastres.

Les chemins de fer en exploitation comptent 1,055 kilomètres.

Sont en construction actuellement 6,856 -- Et sont concédés ou à l'étude 4,906 -- ----------------- Soit un total prochain de 12,817 kilomètres.

La subvention de l'État pour les diverses lignes varie de 6,000 à 9,000 piastres par kilomètre.

Les lignes télégraphiques atteignent presque 17,000 kilomètres et ont expédié dans l'année 800,800 dépêches qui ont produit 400,000 piastres. La poste expédie 7,000,000 de lettres et plis et produit 600,000 piastres.

L'instruction publique comprend 2 élèves par 100 habitants. Les États-Unis ont 17-1/2 élèves par 100 habitants; l'Allemagne, le Danemark, la Suisse en ont 15; la France, les Pays-Bas 13; l'Angleterre et la Norwège 12; la Belgique 11; l'Autriche et l'Espagne 9; l'Irlande 8; la Hongrie 7; l'Italie 6; la Grèce et la République Argentine 5; l'Uruguay 3; le Portugal 2-1/2 et la Russie 2. Il n'y a que le Brésil, la Turquie, l'Équateur et le Vénézuéla qui en ont moins de 2.

Les mines, depuis la découverte du Mexique, ont donné plus de 15 milliards de francs. Dans presque tous les États on trouve l'argent, l'or, le cuivre, le plomb, mais faute de capitaux et d'initiative, l'exploitation se fait encore d'une manière imparfaite et primitive.

Les 14 Monnaies de la République depuis 1537 jusqu'à 1880 ont frappé pour 3 milliards de piastres d'argent et pour 118 millions de piastres d'or.

On sait que les États-Unis, n'ayant pu réussir à se rendre maîtres du canal de Panama, cherchent à le contrecarrer, tantôt en faisant croire qu'ils vont exécuter le canal de Nicaragua, tantôt en publiant qu'ils vont construire un chemin de fer à l'isthme de Tehuantepec pour transporter les vaisseaux d'un Océan à l'autre. Le gouvernement mexicain vient en effet de concéder à un général américain[2] la construction de ce chemin de fer, mais il doute fort lui-même que ce projet se réalise jamais.