Part 24
Si je suis femme, les enfants de mes soeurs sont mes enfants, et les enfants de mes frères sont mes neveux et nièces; les petits-enfants de mes soeurs et de mes frères sont mes petits-enfants. Tous les frères de mon père sont mes pères, mais toutes les soeurs de mon père sont mes tantes. Toutes les soeurs de ma mère sont mes mères, mais tous les frères de ma mère sont mes oncles. Les enfants des frères de mon père sont mes frères et soeurs; il en est de même pour les enfants des soeurs de ma mère, mais les enfants des soeurs de mon père et ceux des frères de ma mère sont mes cousins. Si je suis un homme, les enfants de mes cousins sont mes neveux et nièces, mais les enfants de mes cousines sont mes enfants.
L'autre type est celui des nègres, caractérisé par les cheveux crépus; toutefois, ils n'ont pas les grosses lèvres des Africains. On suppose que les Arabes ont fourni un large contingent à l'Australie; on trouve en effet dans la plupart des tribus l'usage de la circoncision et aucune d'elles n'adore les idoles. Les Australiens sont grands, généralement bien faits, ont une belle démarche, mains et pieds petits, superbes dents. Les femmes sont plus petites et moins belles, et leur condition est misérable. On ne trouve en Australie aucune trace d'architecture; l'indigène vit en plein air ou se loge dans des cabanes en écorce d'eucalyptus; il sait pourtant faire des paniers, des filets, des armes consistant en _boomerangs_, casse-tête de diverses formes, hachettes de pierre, flèches et arcs, écus et lances. Il vit de chasse et de pêche. Dans les guerres, il mange l'ennemi; il pratique la polygamie.
À l'arrivée des Européens, les tribus avaient chacune leurs lois et leur territoire qu'elles ne pouvaient dépasser. Celles de la côte, obligées de faire place aux blancs et ne pouvant se réfugier en arrière, périrent pour la plupart de faim ou de la petite vérole.
Les tribus sont généralement divisées en _clans_, et chaque _clan_ a son _totem_ ou enseigne; c'est le plus souvent un des animaux de la contrée qui sert d'enseigne: le kanguroo, l'ému, le chat, le chien, un serpent, etc.
Les mariages entre personnes du même clan et du même sang sont défendus. Celui qui veut se marier doit s'adresser à un autre clan, et il est obligé de donner une soeur en échange pour la femme qu'il prend. Il peut prendre autant de femmes qu'il a de soeurs à donner. S'il n'a point de soeurs, il doit aller au loin et enlever une femme dans une autre tribu. Pour le mariage, on consulte les vieillards du clan; on ne consulte jamais la fiancée; les parents et les deux clans s'assemblent à l'occasion du mariage et font, un _corroborée_ (fête) avec chants et danses. La fiancée est conduite à la cabane du fiancé, elle marque son consentement en allumant le feu dans la cabane de l'époux. Ils dorment à distance pendant les 5 premières nuits; ensuite les invités rentrent chacun dans leur quartier. Il est défendu à la belle-mère de parler au beau-fils comme à celui-ci de lui adresser la parole. Les Australiens sont très jaloux de leurs femmes; elles sont chargées de préparer la nourriture et de fournir les légumes; l'homme doit fournir le gibier et le poisson. Lorsque le mari a deux femmes qui se querellent, il remet un bâton à chacune et les force à se battre; si elles refusent, il les bat lui-même toutes les deux.
La justice est réglée par les vieux. S'il y a 2 coupables, ils se placent à distance et se tirent mutuellement une flèche; si un seul est coupable, celui à qui il a fait tort lui administre un certain nombre de coups de bâton. Les garçons et les filles ne peuvent jouer ensemble; l'incontinence avant le mariage est punie de mort.
La propriété particulière est inconnue, tout ce qu'on possède est propriété du _clan_. La mère s'éloigne de la maison pour les couches, elle est assistée par des amies; lorsqu'elle rapporte l'enfant, le père lui donne un nom et combine déjà les fiançailles avec les vieux du clan; mais souvent l'enfant meurt faute de soins et quelquefois la mère le tue pour se soustraire aux peines et soucis de l'élevage. Selon l'usage des Juifs, la veuve passe à son beau-frère; s'il n'y a pas de beau-frère et qu'elle ne choisisse un autre mari, elle devient la propriété publique. Pour les funérailles, ils font généralement peu de cérémonies; ils creusent la terre, et y déposent le cadavre tantôt couché, tantôt debout avec les genoux ramassés à la poitrine.
Les maladies dominantes sont celles du foie et de la poitrine. Depuis l'arrivée des blancs, il faut y ajouter l'ivrognerie et les maladies vénériennes. Ils croient aux mauvais esprits, et pratiquent beaucoup de sorcelleries; ils sont persuadés que la maladie a toujours pour cause le mauvais vouloir d'un sorcier. Le gras humain, l'os d'ému et des cheveux, le tout mêlé ensemble, forme un _charm_. L'os entre dans le corps de la victime et la rend malade. Ces _charm_ sont cause de beaucoup de guerres et de morts. Ils croient en un Être suprême créateur de toute chose, qui n'a eu aucun commencement et n'aura pas de fin; ils l'appellent Norallie; ils disent qu'il est marié et qu'il a un fils unique excellent; ils croient que la femme de Norallie punira à son heure tous les méchants. Ils racontent que le cours de la rivière le Murray a été formé par la fuite d'un grand serpent, et que ce grand serpent a été tué par Norallie. Ils croient que Norallie habitait la terre, mais l'homme l'ayant dégoûté par ses méfaits, il s'en est allé dans l'autre monde. Un jour, il revint, et voyant que l'homme détruisait le gibier, il appela les animaux et leur dit de se garer des hommes; dès ce jour, animaux et oiseaux devinrent sauvages et difficiles à prendre. Ils excellent à soigner les blessures, et emploient pour cela de la terre et quelques herbes.
Le langage varie selon les tribus, mais, il a presque toujours la même construction; il est de source arienne, et comprend beaucoup de mots venant du sanscrit. Ils n'ont pas de chiffres au-delà de cinq. Pour exprimer un plus grand nombre, ils disent beaucoup. Ils manquent des lettres f v s et z. Dans les déclinaisons des noms, les cas sont formés par la variation de la terminaison. Pour dire mon père, la tribu de Titnie à Fowlers-bay dit _Mumma_; la tribu Maroura, sur le lac Darling, dit _Guia Kambïa_; la tribu Meru, sur le Bas-Murray, dit _Pita_; la tribu Narrinyeri dit _Nanghaï_; la tribu Tatiara à Border-Town dit _Mamee_.
Pour donner une idée des sons, je mets ici la traduction du _Pater_ dans le langage parlé sur la rivière Darling.
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«Ninnana combea, innara inguna karkania, Munielie nakey, Emano pumum culpreatheia, ona kara canjelka, yonangh patua, angella, Nokinda ninnana kilpoo, yanie Thickundoo wantindoo ninnanna Illa ninnanna puniner, thullaga, Thillthill Chow norrie morrie munda, lullara munie. Euelpie.»
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Ils ont une certaine poésie, et un vrai talent d'imitation. Voici le refrain de leur chanson, à leur première vue de la locomotive:
«Voyez-vous la fumée en kapunda? La vapeur, souffle en mesure, Se répand rapide et blanche comme la gelée. Elle court comme une eau courante, Elle frappe comme une baleine qui crache.»
Dans plusieurs tribus, les jeunes gens ne sont admis aux privilèges accordés aux hommes, parmi lesquels celui du mariage et le droit de manger certaines sortes d'aliments, qu'après avoir passé par certaines épreuves ayant pour but de fortifier leur courage. Parmi ces épreuves, une consiste à arracher une dent incisive, l'autre à tatouer le dos; mais la plus pénible est la dépilation. Pour la première de ces épreuves, on choisit les jeunes gens en âge voulu; le vieux médecin place l'extrémité d'un bâton contre une incisive, il bat avec une massue sur l'autre bout et la dent saute. Pour la dépilation, on place le patient à terre, et le vieux médecin lui arrache un à un tous les poils, en s'accompagnant d'un chant monotone. Après l'opération, qui doit être endurée sans pousser un cri, le patient est proclamé guerrier, et prend place à côté de ses compagnons d'armes. Toutefois, plusieurs meurent à la suite de ces cruelles épreuves.
Les divers gouvernements ont essayé de civiliser ces malheureuses populations, mais sans résultat; il y a encore quelques établissements où ils sont reçus et instruits par les missionnaires, et dans l'intérieur il y a de nombreuses stations où on leur distribue des couvertures et des aliments aux frais de la colonie; mais le résultat de ces efforts n'est pas grand. Les indigènes prennent les défauts des civilisés bien plus que les qualités, et périssent par l'abus des liqueurs, du tabac, et par les maladies vénériennes. On peut prévoir le temps où il sera des indigènes de l'Australie ce qui a été de ceux de la Tasmanie; ils ne vivront plus que dans la mémoire des anciens, et par l'histoire. Mais il est temps de reprendre mon récit de voyage.
CHAPITRE XXVII
Port-Philipp. -- Melbourne. -- La ville. -- Les faubourgs. -- Le téléphone. -- La colonie de Victoria. -- Situation. -- Surface. -- Rivières, lacs, montagnes. -- Population. -- Religion. -- Armée. -- Marine. -- Terres. -- Revenu. -- Dépenses. -- Bétail. -- Navigation. -- Exportation.-Importation. -- Produits. -- Poste. -- Télégraphe. -- Chemins de fer. -- Banques. -- Caisse d'épargne. -- Écoles. -- Usines. -- Mines. -- Églises. -- Agriculture. -- Les parcs. -- Le jardin zoologique. -- Leledale. -- Le vignoble de Saint-Hubert. -- Les sauterelles. -- Retour à Melbourne. -- Départ pour Ballarat. -- Geelong. -- L'eucalyptus. -- Une condamnation sévère. -- La loi morale et la loi divine. -- _Struggle for life._ -- Les trois bébés retrouvés.
C'est le 15 décembre 1883 au matin, que j'arrive à l'entrée de Port-Philipp. Cette immense baie a 32 milles de long sur 22 de large; l'entrée n'a que 2 milles. À droite, je vois construire des batteries en terre, à gauche s'élèvent les beaux hôtels de _Quen's cliff_, station de bains qu'on atteint de Melbourne par 4 heures de railway. Des bouées marquent le canal sud où passent les grands navires; ceux d'un faible tirant suivent un canal au centre: plusieurs phares indiquent la route pendant la nuit. Un peu plus loin, un navire échoué indique la présence de bancs de sable. Nous dépassons plusieurs voiliers, et, après 2 ou 3 heures, nous laissons à droite 2 navires de guerre et à gauche Williamstown où s'arrêtent les steamers de gros tonnage. Nous pénétrons dans le Yarra-Yarra, rivière tortueuse qu'on est en train de draguer; ses rives sont couvertes d'usines, dont quelques-unes fabriquent les engrais et exhalent une odeur insupportable. On projette un canal pour atteindre en ligne droite Melbourne et éviter les nombreux détours de la rivière; à 10 heures 1/2 notre navire jette l'ancre devant la douane dans la capitale de Victoria.
C'est une ville d'environ 300,000 âmes, qui rappelle les plus belles capitales européennes; les divers palais de ville, les nombreuses banques, le palais de justice, l'Université, le Musée, le Palais de l'Exposition sont des monuments de premier ordre. La ville est bâtie sur deux collines; ses rues ont 99 pieds de large et se coupent à angle droit: de nombreux et vastes parcs séparent les divers quartiers: d'innombrables faubourgs s'étendent au loin et, par leurs parcs et leurs églises, ressemblent à autant de petites villes.
C'est samedi; à 2 heures presque tous les magasins ferment. Dans _Collin's street_ je vois une très belle statue de Burke, le grand explorateur qui a fini d'une manière si tragique. Près de là, un vaste marché couvert, de belle architecture, réunit les fruits et légumes du printemps à côté de tous les joujoux et jouets, des perroquets de toutes sortes, des collections de chiens en cage, etc. Entre _Collin's street_ et _Bourke street_, 5 ou 6 longues galeries ou passages couverts étalent dans de vastes magasins les plus riches étoffes, et tous les produits de l'industrie européenne.
Je fais quelques visites dans les faubourgs; les chemins de fer et les omnibus facilitent la circulation; une compagnie de tramway va installer le système de la ficelle continue qui fonctionne à San-Francisco. À peine je sors de la ville, je vois partout des parties de _criket_ ou de _lawn-tennis_. De jolis petits pavillons entourés de gracieux jardins sont la demeure des gens d'affaire qui quittent la ville aussitôt qu'ils sortent du bureau ou du comptoir.
À la poste, des jeunes filles répondent au guichet. À chaque coin de rue, ce sont aussi des jeunes filles qui servent dans les _bar_. Des inconvénients sérieux se sont produits, et un mouvement se forme dans l'opinion publique pour demander la suppression des filles dans les _bar_. Les fils du téléphone enserrent la ville de toute part; le soir, la lumière électrique alterne sur certains points avec le gaz.
Au centre de la ville et près du port, je remarque d'immenses entrepôts de laine dans des édifices en pierre à 5 étages. À l'imprimerie du gouvernement, j'achète l'_Australian handbook_, recueil statistique officiel qui vient de paraître, et d'où j'extrais les renseignements ci-après.
Victoria, la plus petite du territoire, une des plus jeunes parmi les colonies australiennes, est pourtant celle qui a fait le plus de progrès.
Elle a commencé par un établissement de _convicts_. En 1835, les squatters John Batman et Pascoe Fawkner arrivant de Tasmanie, s'établirent sur le terrain qu'occupe aujourd'hui Melbourne. Bientôt Sir Thomas Mitchell les rejoint, arrivant par terre de Sydney et amenant du bétail. La fertilité de la contrée qu'il traversa lui fit donner le nom d'_Australia felix_. Le pays se peupla si vite qu'en 1851 il obtint d'être séparé de _New South Wales_, pour être érigé en colonie indépendante, sous le nom de Victoria. Peu après, de riches dépôts d'or furent découverts et attirèrent de nombreux _diggers_ de tous les points du globe. Les _diggers_, traités trop rudement par la police, se révoltèrent à Ballarat, en 1854; le sang coula des deux côtés, mais à la fin, les abus qui avaient été la cause de ce désordre cessèrent. En 1855, on obtint une nouvelle constitution avec gouvernement responsable.
La colonie de Victoria s'étend sur un terrain de 87,884 milles carrés, soit 56,245,660 acres ou arpents. Elle a pour limites, au nord et à l'est, la rivière Murray depuis les _springs_ dans _Forest hill_, jusqu'au cap Howe; à l'ouest, elle confine avec la colonie du _Sud Australie_ sur une ligne longue de 242 milles, près le 141° méridien de longitude _Est_, depuis le Murray jusqu'à la mer. Au sud, elle a pour limite l'océan Pacifique et le détroit de Bassus. Une rangée de montagnes traverse la colonie; elles portent le nom d'Alpes australiennes vers l'est, et de Pyrénées vers l'autre extrémité: le Bogong, pic le plus élevé, atteint 6,100 pieds. De nombreuses rivières arrosent la colonie; la principale est le Murray, qui est en même temps la plus importante de toute l'Australie; sa longueur est de 1,300 milles; 158 lacs sont répandus ça et là, et leur surface varie depuis 57,000 jusqu'à 40 acres; quelques-uns sont salés.
La population en 1882 atteignait le chiffre de 906,225 âmes. Sur ce chiffre on compte 12,000 Chinois, et à peine 780 indigènes. Par rapport à la densité, on compte 10, 31 habitants par mille carré. Quant à la nationalité, je relève que nous sommes tout au bas de l'échelle dans toutes les colonies australiennes. Nous avons 1,042 Français en Victoria, 1,205 en Nouvelle Galle du Sud, 261 en Queensland, 213 dans l'Australie du Sud, 21 dans l'Australie de l'Est, 28 en Tasmanie, 614 en Nouvelle-Zélande, soit 3,384 Français sur 3 millions 1/2 d'âmes qui peuplent ces colonies.
Pour la religion, en Victoria, 210,070 habitants sont catholiques romains, 4,472 juifs, 11,563 païens, les autres sont protestants de diverses sectes. L'armée compte 3,000 volontaires avec 117 canons, et la marine 372 hommes et 58 canons.
Pour les terres, Victoria a aussi le système de sélection. Le nombre d'acres que chaque personne peut choisir est fixé à 320, au prix de 20 schellings payables en 20 ans, à 1 sch. par an; le sélecteur doit cultiver le dixième de son terrain, améliorer le reste jusqu'à concurrence de 20 sch. par acre, et résider 5 ans sur la terre.
Le revenu en 1882 était de 5,592,362 l. stg.; la dépense de 5,145,764 l. stg. La terre vendue dans la même année comprend 441,443 acres, ayant réalisé 598,079 l. stg.
La terre cultivée comprenait 2,040,916 acres.
Le bétail s'élevait à 280,274 chevaux, 1,287,088 têtes bovines, 10,174,246 moutons, 237,917 porcs.
Les 1,218 bureaux de poste avaient timbré 28,877,977 lettres et 12,383,928 journaux. Les navires entrés dans les ports de la colonie étaient au nombre de 2,089 avec 1,349,093 tonnes; 2,079 étaient sortis, jaugeant ensemble 1,341,791 tonnes. L'importation s'est élevée à 18,748,081 l. stg., et l'exportation à 16,193,579 l. stg. Dans ces chiffres, la laine figure pour 108,029,246 livres, du prix de 5,902,624 l. stg.; le suif pour 13,722,240 livres, du prix de 189,304 l. stg.; les peaux pour 136,105 l. stg.; blé, farine, pain et biscuits pour 3,457,390 boisseaux, de la valeur, de 966,487 l. stg. La dette publique en 1882 était de 22,103,202 l. stg. L'or extrait dans la même année était de 898,535 onces, du prix de 3,594,144 l. stg.
Les 1,355 milles de chemin de fer avaient donné 1,781,078 l. stg. Les 336 bureaux télégraphiques avaient expédié 1,418,769 dépêches.
Les 12 banques, avec un capital de 9,432,250 l. stg., capital versé, avaient un _asset_ de 31,248,586 l. stg., et _liabilities_ pour 25,496,305 l. stg. Les 222 caisses d'épargne avaient reçu, de 122,584 déposants, 3,121,246 l. stg.; 776 sociétés de bienfaisance (friendly societies) comptaient 51,399 membres. Les 58 villes et villages possédaient une propriété imposable de 34,559,353 l. stg., avec un revenu de 458,781 l. stg. Les 2,417 écoles avaient 257,388 élèves inscrits. Sur les 135 élèves de l'Université de Melbourne, 73 avaient été gradués. Le nombre des personnes arrêtées avait été de 26,423, sur lequel 616 avaient passé devant le jury et 402 condamnées. Le nombre des usines était de 2,469, celui des mines de 4,149; on comptait 3,518 églises et chapelles.
Pour l'agriculture, 969,362 acres cultivées à blé avaient donné 8,751,474 boisseaux; 5,732 acres de vignes avaient donné 516,763 gallons de vin, 3,377 gallons d'eau-de-vie, outre 15,543 quintaux de raisin vendus pour la table. Le phylloxéra ayant fait son apparition, une loi prescrit l'arrachement des vignes attaquées et des vignes non attaquées, dans un rayon de 3 milles. Le propriétaire est indemnisé du montant de la récolte d'une année pour l'arrachement des vignes attaquées, et du montant de la récolte de 3 années pour les vignes non attaquées.
Le dimanche, tous les magasins, tous les bureaux, y compris la poste, sont fermés; c'est le bon jour pour visiter les oeuvres catholiques. Il y a 70,000 catholiques à Melbourne et plusieurs paroisses; une superbe cathédrale est en construction. Mgr l'archevêque me reçoit avec bonté; c'est un bon vieillard un peu fatigué: les Pères Jésuites, les Carmes, les Soeurs de la Merci et de la Providence, tous Irlandais, ont de nombreux collèges, couvents, orphelinats. J'ai vu aussi une association de jeunes gens sous le nom de _Young men Christian Association_, et la Société des filles de Marie. À la cathédrale, j'entends une messe chantée par des voix d'hommes et de femmes d'un très bel effet.
Les parcs sont vastes et bien tenus; partout des joueurs d'_organini_, des vendeurs de glace ou de statuettes, tous Italiens. Au jardin zoologique, je remarque une belle collection de _cocotoes_, perroquets indigènes à belle crête, de nombreux kanguroos, des opossums, des chats sauvages, des ému ou autruche australienne, le _dingo_ ou chien sauvage, le cassowary, immense dindon; l'oiseau à lyre, le _pavo cristatus_ blanc, le pigeon couronné de la Nouvelle-Guinée, le démon de Tasmanie ou _sarcophilus ursinus_, petit chien noir et affreux qui tue les moutons; l'aigle sifflant et plusieurs aigles indigènes, de superbes tigres du Bengale, des lions d'Afrique, des ours de Bornéo, des alpaca et llamas de l'Amérique du Sud.
Le jardin est arrangé avec beaucoup de goût: au centre il y a un rond-point avec bancs et tables pour les pique-niques. Dans un des compartiments on a eu la bonne pensée de dresser quelques cabanes des anciens habitants; ce sont des écorces d'eucalyptus inclinées; on y a placé des armes, lances, casse-têtes, boomerangs, les _totem_ ou insignes du clan, les filets, paniers, nattes et autres instruments fabriqués par les Australiens indigènes, et on a ajouté: Telle était la ville de Melbourne il y a 40 ans!
Je me rends aux divers faubourgs de Richmond, Kiew, Brighton, Authorn, etc.; ils ont tous leurs parcs et de magnifiques avenues.
Le 17 décembre, la journée se passe à visiter le palais de l'exposition, les jardins, les musées, les faubourgs et divers personnages. Je suis heureux de trouver une banque française: le Comptoir d'escompte de Paris; M. Phalampin, qui en est le directeur, est plein de bonté pour moi et me renseigne sur beaucoup de choses concernant le pays. Plusieurs des grandes maisons de commerce en Australie sont entre les mains de Belges. Ce sont des jeunes gens envoyés ici par l'Institut commercial d'Anvers. Cette école supérieure de commerce choisit tous les ans les élèves les plus distingués et leur donne 500 fr. par mois durant 3 ans, à condition qu'ils s'établissent à l'étranger dans le pays de leur choix pour étudier et faire le commerce. Tous ces jeunes gens réussissent, souvent ils deviennent chef de grandes maisons et demandent les marchandises belges. Ils sont ainsi bien plus utiles à leur pays que s'ils étaient restés chez eux pour passer quelques années dans la caserne.
Nous n'avons point de consul en ce moment à Melbourne; le chancelier me met en relation avec M. de Castella, qui possède dans le district de Leledale le vignoble le plus important de l'Australie. M. de Castella est de Fribourg (Suisse française), mais par son éducation et ses relations il appartient encore plus à la France; il veut bien m'emmener à son vignoble. Le chemin de fer nous fait bientôt franchir les 40 milles qui séparent Leledale de Melbourne; la contrée est ondulée. Au sortir de la zone des faubourgs, nous entrons dans les forêts d'eucalyptus qui couvrent la plus grande partie de l'Australie. De Leledale à Saint-Hubert, nous avons encore 7 à 8 milles et la voiture de M. de Castella nous prend à la gare pour nous déposer bientôt après chez lui.
Sur un petit mamelon qui domine la propriété, s'élève la maison du maître, flanquée d'une tour pittoresque. Un joli parc au-devant avec ses bouquets d'arbres et ses pelouses parsemées de corbeilles de fleurs. À côté, un superbe verger et fruitier réunit les légumes et les fruits de l'Europe. Derrière la maison, à une certaine distance, sont les ateliers, les caves et les pressoirs. De nombreux bébés viennent au-devant du papa, et j'arrive enfin à la reine du foyer, Mme de Castella, mère de huit enfants. L'aîné est en ce moment à Bordeaux pour suivre la vendange. Il se propose d'étudier ensuite la viticulture en Champagne, sur le Rhin et en Hongrie.