A Selection from the Comedies of Marivaux

Chapter 89

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ARAMINTE, Mme. ARGANTE, M. REMY, LE COMTE, DORANTE.

DORANTE.

Je vous demande pardon, Madame, si je vous interromps. J'ai lieu de presumer que mes services ne vous sont plus agreables, et, dans la conjoncture presente, il est naturel que je sache mon sort.

Mme. ARGANTE, _ironiquement_.

Son sort! Le sort d'un intendant: que cela est beau!

M. REMY.

Et pourquoi n'auroit-il pas un sort?

ARAMINTE, _d'un air vif, a sa mere_.

Voila des emportements qui m'appartiennent. (_A Dorante._) Quelle est cette conjoncture, Monsieur, et le motif de votre inquietude?

DORANTE.

Vous le savez, Madame. Il y a quelqu'un ici que vous avez envoye chercher pour occuper ma place.

ARAMINTE.

Ce quelqu'un-la est fort mal conseille. Desabusez-vous: ce n'est point moi qui l'ai fait venir.

DORANTE.

Tout a contribue a me tromper, d'autant plus que mademoiselle Marton vient de m'assurer que dans une heure je ne serois plus ici.

ARAMINTE.

Marton vous a tenu un fort sot discours.

Mme. ARGANTE.

Le terme est encore trop long: il devroit en sortir tout a l'heure.[152]

M. REMY, _comme a part_.

Voyons par ou cela finira.

ARAMINTE.

Allez, Dorante, tenez-vous en repos; fussiez-vous l'homme du monde qui me convint le moins, vous resteriez; dans cette occasion-ci, c'est a moi-meme que je dois cela; je me sens offensee du procede qu'on a avec moi, et je vais faire dire a cet homme d'affaires qu'il se retire; que ceux qui l'ont amene, sans me consulter, le remmenent, et qu'il n'en soit plus parle.