A Selection from the Comedies of Marivaux

Chapter 85

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DUBOIS, MARTON, ARLEQUIN.

ARLEQUIN, _voyant Dubois_.

Ah! te voila donc, mal bati?

DUBOIS.

Tenez: n'est-ce pas la une belle figure pour se moquer de la mienne?

MARTON.

Que veux-tu, Arlequin?

ARLEQUIN.

Ne sauriez-vous pas ou demeure[136] la rue du Figuier,[137] Mademoiselle?

MARTON.

Oui.

ARLEQUIN.

C'est que mon camarade, que je sers, m'a dit de porter cette lettre a quelqu'un qui est dans cette rue, et, comme je ne la sais[138] pas, il m'a dit que je m'en informasse a vous ou a cet animal-la; mais cet animal-la ne merite pas que je lui en parle, sinon pour l'injurier. J'aimerois mieux que le diable eut emporte toutes les rues que d'en savoir une par le moyen d'un malotru comme lui.

DUBOIS, _a Marton, a part_.

Prenez la lettre. (_Haut._) Non, non, Mademoiselle, ne lui enseignez rien; qu'il galope.

ARLEQUIN.

Veux-tu te taire?

MARTON, _negligemment_.

Ne l'interrompez donc point, Dubois. Eh bien! veux-tu me donner ta lettre? Je vais envoyer dans ce quartier-la, et on la rendra[139] a son adresse.

ARLEQUIN.

Ah! voila qui est bien agreable! Vous etes une fille de bonne amitie, Mademoiselle.

DUBOIS, _s'en allant_.

Vous etes bien bonne d'epargner de la peine a ce faineant-la.

ARLEQUIN.

Ce malhonnete! Va, va trouver le tableau, pour voir comme il se moque de toi.

MARTON, _seule avec Arlequin_.

Ne lui reponds rien; donne ta lettre.

ARLEQUIN.

Tenez, Mademoiselle; vous me rendrez[140] un service qui me fait grand bien. Quand il y aura a trotter pour votre serviable personne, n'ayez point d'autre postillon que moi.

MARTON.

Elle sera rendue exactement.

ARLEQUIN.

Oui, je vous recommande l'exactitude, a cause de monsieur Dorante, qui merite toutes sortes de fidelites.

MARTON, _a part_.

L'indigne!

ARLEQUIN, _s'en allant_.

Je suis votre serviteur eternel.

MARTON.

Adieu.

ARLEQUIN, _revenant_.

Si vous le rencontrez, ne lui dites point qu'un autre galope a ma place.