A Selection from the Comedies of Marivaux
Chapter 83
DUBOIS, DORANTE.
DORANTE.
Ah! Dubois.
DUBOIS.
Retirez-vous.
DORANTE.
Je ne sais qu'augurer de la conversation que je viens d'avoir avec elle.
DUBOIS.
A quoi songez-vous? Elle n'est qu'a deux pas: voulez-vous tout perdre?
DORANTE.
Il faut que tu m'eclaircisses...
DUBOIS.
Allez dans le jardin.
DORANTE.
D'un doute...
DUBOIS.
Dans le jardin, vous dis-je; je vais m'y rendre.
DORANTE.
Mais...
DUBOIS.
Je ne vous ecoute plus.
DORANTE.
Je crains plus que jamais.
ACTE III
SCENE PREMIERE.
DORANTE, DUBOIS.
DUBOIS.
Non, vous dis-je; ne perdons point de temps. La lettre est-elle prete?
DORANTE, _la lui montrant_.
Oui, la voila, et j'ai mis dessus: "Rue du Figuier."[126]
DUBOIS.
Vous etes bien assure qu'Arlequin ne sait pas ce quartier-la?
DORANTE.
Il m'a dit que non.
DUBOIS.
Lui avez-vous bien recommande de s'adresser a Marton ou a moi pour savoir ce que c'est?
DORANTE.
Sans doute, et je lui recommanderai[127] encore.
DUBOIS.
Allez donc la lui donner; je me charge du reste aupres de Marton, que je vais trouver.
DORANTE.
Je t'avoue que j'hesite un peu. N'allons-nous pas trop vite avec Araminte? Dans l'agitation des mouvements[128] ou elle est, veux-tu encore lui donner l'embarras de voir subitement eclater l'aventure?
DUBOIS.
Oh! oui, point de quartier. Il faut l'achever, pendant qu'elle est etourdie. Elle ne sait plus ce qu'elle fait. Ne voyez-vous pas bien qu'elle triche avec moi, qu'elle me fait accroire que vous ne lui avez rien dit? Ah! je lui apprendrai a vouloir me souffler mon emploi de confident pour vous aimer en fraude!
DORANTE.
Que j'ai souffert dans ce dernier entretien! Puisque tu savois qu'elle vouloit me faire declarer, que ne m'en avertissois-tu par quelques signes?
DUBOIS.
Cela auroit ete joli, ma foi! Elle ne s'en seroit point apercue, n'est ce pas? Et d'ailleurs, votre douleur n'en a paru que plus vraie. Vous repentez-vous de l'effet qu'elle a produit? Monsieur a souffert! Parbleu! il me semble que cette aventure-ci merite un peu d'inquietude.
DORANTE.
Sais-tu bien ce qui arrivera? Qu'elle prendra son parti, et qu'elle me renverra tout d'un coup.
DUBOIS.
Je lui[129] en defie. Il est trop tard; l'heure du courage est passee; il faut qu'elle nous epouse.
DORANTE.
Prends-y garde: tu vois que sa mere la fatigue.[130]
DUBOIS.
Je serois bien fache qu'elle la laissat en repos.
DORANTE.
Elle est confuse de ce que Marton m'a surpris a ses genoux.
DUBOIS.
Ah! vraiment, des confusions! Elle n'y est pas. Elle va en essuyer bien d'autres! C'est moi qui, voyant le train que prenoit la conversation, ai fait venir Marton une seconde fois.
DORANTE.
Araminte pourtant m'a dit que je lui etois insupportable.
DUBOIS.
Elle a raison. Voulez-vous qu'elle soit de bonne humeur avec un homme qu'il faut qu'elle aime en depit d'elle? Cela est-il agreable? Vous vous emparez de son bien, de son coeur; et cette femme ne criera pas? Allez, vite, plus de raisonnement; laissez-vous conduire.
DORANTE.
Songe que je l'aime, et que, si notre precipitation reussit mal, tu me desesperes.
DUBOIS.
Ah! oui, je sais bien que vous l'aimez: c'est a cause de cela que je ne vous ecoute pas. Etes-vous en etat de juger de rien? Allons, allons, vous vous moquez. Laissez faire un homme de sang-froid. Partez, d'autant plus que voici Marton qui vient a propos, et que je vais tacher d'amuser,[131] en attendant que vous envoyiez Arlequin.