A Selection from the Comedies of Marivaux

Chapter 76

Chapter 76449 wordsPublic domain

ARAMINTE, LE COMTE, Mme. ARGANTE, MARTON, DUBOIS, ARLEQUIN.

ARLEQUIN, _en entrant_.

Tu es un plaisant[97] magot!

MARTON.

A qui en avez-vous donc, vous autres?

DUBOIS.

Si je disois un mot, ton maitre sortiroit bien vite.

ARLEQUIN.

Toi? Nous nous soucions de toi et de toute ta race de canaille comme de cela.[98]

DUBOIS.

Comme je te batonnerois, sans le respect de Madame!

ARLEQUIN.

Arrive, arrive: la voila, Madame.

ARAMINTE.

Quel sujet avez-vous donc de quereller? De quoi s'agit-il?

Mme. ARGANTE.

Approchez, Dubois. Apprenez-nous ce que c'est que ce mot que vous diriez contre Dorante; il seroit bon de savoir ce que c'est.

ARLEQUIN.

Prononce donc ce mot.

ARAMINTE.

Tais-toi, laisse-le parler.

DUBOIS.

Il y a une heure qu'il me dit mille invectives, Madame.

ARLEQUIN.

Je soutiens les interets de mon maitre, je tire des gages pour cela, et je ne souffrirai pas qu'un ostrogoth menace mon maitre d'un mot; j'en demande justice a Madame.

Mme. ARGANTE.

Mais, encore une fois, sachons ce que veut dire Dubois par ce mot: c'est le plus presse.

ARLEQUIN.

Je lui[99] defie d'en dire seulement une lettre.

DUBOIS.

C'est par pure colere que j'ai fait cette menace, Madame, et voici la cause de la dispute. En arrangeant l'appartement de monsieur Dorante, j'y ai vu par hasard un tableau ou Madame est peinte, et j'ai cru qu'il falloit l'oter, qu'il n'avoit que faire la, qu'il n'etoit point decent qu'il y restat; de sorte que j'ai ete pour le detacher: ce butor est venu pour m'en empecher, et peu s'en est fallu que nous ne nous soyons battus.

ARLEQUIN.

Sans doute, de quoi t'avises-tu d'oter ce tableau, qui est tout a fait gracieux, que mon maitre consideroit, il n'y avoit qu'un moment, avec toute la satisfaction possible? Car je l'avois vu qu'il[100] l'avoit contemple de tout son coeur, et il prend fantaisie a ce brutal de le priver d'une peinture qui rejouit cet honnete homme. Voyez la malice! Ote- lui quelqu'autre meuble, s'il en a trop, mais laisse-lui cette piece, animal.

DUBOIS.

Et moi, je te dis qu'on ne la laissera point, que je la detacherai moi- meme, que tu en auras le dementi, et que Madame le voudra ainsi.

ARAMlNTE.

Eh! que m'importe? Il etoit bien necessaire de faire ce bruit-la pour un vieux tableau qu'on a mis la par hasard, et qui y est reste. Laissez-nous. Cela vaut-il la peine qu'on en parle?

Mme. ARGANTE, _d'un ton aigre_.

Vous m'excuserez, ma fille: ce n'est point la sa place, et il n'y a qu'a l'oter; votre intendant se passera bien de ses contemplations.

ARAMINTE, _souriant d'un air railleur_.

Oh! vous avez raison: je ne pense pas qu'il les regrette. (_A Arlequin et a Dubois._) Retirez-vous tous deux.