A Selection from the Comedies of Marivaux

Chapter 70

Chapter 70288 wordsPublic domain

LE COMTE, MARTON.

LE COMTE.

Bonjour, Marton.

MARTON.

Vous voila donc revenu, Monsieur?

LE COMTE.

Oui. On m'a dit qu'Araminte se promenoit dans le jardin, et je viens d'apprendre de sa mere une chose qui me chagrine: je lui avois retenu un intendant, qui devoit aujourd'hui entrer chez elle, et cependant elle en a pris un autre qui ne plait point a la mere, et dont nous n'avons rien a esperer.

MARTON.

Nous n'en devons rien craindre non plus, Monsieur. Allez, ne vous inquietez point, c'est un galant homme; et, si la mere n'en est pas contente, c'est un peu de sa faute: elle a debute tantot par le brusquer d'une maniere si outree, l'a traite si mal, qu'il n'est pas etonnant qu'elle ne l'ait point gagne. Imaginez-vous qu'elle l'a querelle de ce qu'il etoit bien fait.

LE COMTE.

Ne seroit-ce point lui que je viens de voir sortir d'avec[83] vous?

MARTON.

Lui-meme.

LE COMTE.

Il a bonne mine, en effet, et n'a pas trop l'air de ce qu'il est.

MARTON.

Pardonnez-moi, Monsieur: car il est honnete homme.

LE COMTE.

N'y auroit-il pas moyen de raccommoder cela? Araminte ne me hait pas, je pense, mais elle est lente a se determiner, et, pour achever de la resoudre, il ne s'agiroit plus que de lui dire que le sujet de notre discussion est douteux pour elle. Elle ne voudra pas soutenir l'embarras d'un proces. Parlons a cet intendant; s'il ne faut que de l'argent pour le mettre dans nos interets, je ne l'epargnerai pas.

MARTON.

Oh! non; ce n'est point un homme a mener par la; c'est le garcon de France le plus desinteresse...

LE COMTE.

Tant pis! ces gens-la ne sont bons a rien.

MARTON.

Laissez-moi faire.