A Selection from the Comedies of Marivaux

Chapter 61

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DORANTE, MARTON.

DORANTE.

Cette mere-la ne ressemble guere a sa fille.

MARTON.

Oui, il y a quelque difference, et je suis fachee de n'avoir pas eu le temps de vous prevenir sur son humeur brusque. Elle est extremement entetee de ce mariage, comme vous voyez. Au surplus, que vous importe ce que vous direz a la fille, des que la mere sera votre garant? Vous n'aurez rien a vous reprocher, ce me semble; ce ne sera pas la une tromperie.

DORANTE.

Eh! vous m'excuserez; ce sera toujours l'engager a prendre un parti qu'elle ne prendroit peut-etre pas sans cela. Puisque l'on veut que j'aide a l'y determiner, elle y resiste donc?

MARTON.

C'est par indolence.

DORANTE.

Croyez-moi, disons la verite.

MARTON.

Oh! ca, il y a une petite raison a laquelle vous devez vous rendre: c'est que monsieur le Comte me fait present de mille ecus le jour de la signature du contrat; et cet argent-la, suivant le projet de monsieur Remy, vous regarde aussi bien que moi, comme vous voyez.

DORANTE.

Tenez, Mademoiselle Marton, vous etes la plus aimable fille du monde; mais ce n'est que faute de reflexion que ces mille ecus vous tentent.

MARTON.

Au contraire, c'est par reflexion qu'ils me tentent; plus j'y reve, et plus je les trouve bons.

DORANTE.

Mais vous aimez votre maitresse; et, si elle n'etoit pas heureuse avec cet homme-la, ne vous reprocheriez-vous pas d'y avoir contribue pour une miserable somme?

MARTON.

Ma foi, vous avez beau dire: d'ailleurs, le Comte est un honnete homme, et je n'y entends point de finesse.[42] Voila Madame qui revient; elle a a vous parier. Je me retire. Meditez sur cette somme, vous la gouterez aussi bien que moi.

DORANTE.

Je ne suis pas si fache de la tromper.